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Habitat et urbanisme en Asie centrale : les cas de Tachkent et Bichkek - Novastan Français Novastan | Habitat et urbanisme en Asie centrale : les cas de Tachkent et Bichkek
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Habitat et urbanisme en Asie centrale : les cas de Tachkent et Bichkek

Afin de discuter des différents aspects de l’habitat et de l’urbanisme en Asie centrale, une trentaine de participant-e-s se sont réuni-e-s en ligne le 20 novembre 2020 pour l’événement “l’avenir du passé – habitat et urbanisme en Asie centrale : Tachkent et Bichkek”.

Novastan reprend et traduit ici un article publié le 15 décembre 2020 par notre version allemande.

Perspectives d’avenir mais l’impression de vivre dans le passé ? Ainsi peut-on souvent résumer l’impression laissée par les grandes artères des capitales d’Asie centrale. En parallèle des immeubles préfabriqués plus ou moins entretenus se trouvent des quartiers résidentiels, composés de maisons privées autour de cours intérieures avec des arbres fruitiers, où la vie s’organise selon les règles traditionnelles du patriarcat.
Ailleurs dans les villes, des bâtiments prestigieux aux allures futuristes, de conception ancienne ou moderne, se distinguent.

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Le 20 novembre 2020, une trentaine de participant-e-s se sont réuni-e-s en visioconférence pour faire l’état des lieux de ces différentes formes d’habitat et d’urbanisme en Asie centrale. La soirée “l’avenir du passé – habitat et urbanisme en Asie centrale” de deux heures, a été organisée et animée par l’assistant de recherche allemand Phillip Schroeder, également membre de Novastan.

Deux conférences liminaires ont lancé l’évènement. Celle de Mariya Petrova, de l’université de technologie de Darmstadt, était consacrée à Tachkent, la capitale de l’Ouzbékistan. La suivante présentée par David Leupold, de l’institut de recherche allemand Leibniz-Zentrum Moderner Orient, portait sur Bichkek, la capitale du Kirghizstan. La conférence de Kishimjan Osmonova initialement prévue sur la capitale kazakhe Nur-Sultan a dû être annulée pour cause de maladie.

Les deux intervenants ont traité de l’impact toujours visible des constructions soviétiques, de l’efficacité des projets de construction en cours, des différentes références au passé et au futur. Ils ont aussi abordé les lignes de division et de conflit afférentes, opposant archaïsme supposé et modernité ainsi que les initiatives publiques et les résistances dans certaines couches de la société.

L’influence architecturale de Nikita Khrouchtchev

Parmi les immeubles d’habitation encore debout, beaucoup datent de l’époque de Nikita Khrouchtchev, (1953-1964) parvenu à asseoir définitivement son pouvoir en 1956 avec son discours secret. Mariya Petrova et David Leupold se sont accordés pour dire qu’à l’inverse de ce qui se faisait durant la période stalinienne (1922-1953), le gouvernement soviétique s’est efforcé à partir de cette date de satisfaire les besoins de consommation de sa population. Il a notamment lancé dans tout le pays un programme de construction de logements offrant un minimum de confort : les fameuses khrouchtchevkas.

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Celles-ci, souvent encore objet d’un culte nostalgique malgré leur aspect peu engageant, constituent pour beaucoup en Asie centrale comme ailleurs la base matérielle de la normalité. Elles sont synonymes d’expériences et de relations sociales communes vécues par-delà les frontières nationales. Selon David Leupold, ces logements étaient moins perçus « comme un cauchemar concret de monotonie grise, ou comme un monument du totalitarisme […] mais comme un lieu d’interactions sociales réelles, d’intimité, où il faisait même bon vivre ».

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En tant que projets standards, ils formaient des micro-rayons, c’est-à-dire de grands lotissements, avec des quartiers ou des voisinages dans lesquels pouvait s’organiser facilement la vie quotidienne. Ils ont contribué à intégrer architecturalement l’Asie centrale à l’Union soviétique, prenant ainsi le relais du classicisme pompeux stalinien qui n’avait été que de courte durée. En conséquence, aujourd’hui à Tachkent, la « vie à l’étage » évoquée par Mariya Petrova et les habitations privées cohabitent, mais ne se rencontrent pas.

La construction de bâtiments classiques souhaitée par Joseph Staline mais non aboutie

Le classicisme des bâtiments de l’époque stalinienne à Tachkent, tout comme la transformation radicale de Bichkek, ont clairement montré la volonté du pouvoir stalinien de tout régir. Les imaginations du pouvoir total de Joseph Staline sont devenues claires sur le plan architectural. Alors que le plan de Bichkek était tracé en damier, Tachkent, en tant que capitale de l’Asie centrale, devait devenir un modèle exemplaire, comme l’a expliqué Mariya Petrova.

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Les projets de construction planifiés par le pouvoir central, comportant des éléments de style orientaux développés de manière classique, allaient de pair avec la démolition de la ville ancienne. Celle-ci symbolisait aux yeux des dirigeants soviétiques, l’archaïsme présumé de la région et le mode de vie local qui y prévalaient.

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La Seconde Guerre mondiale ainsi que les nombreuses personnes évacuées et réfugiées ont interrompu cette phase de construction. Toutes les ressources allaient désormais au front, tandis que la situation du logement sur place se détériorait.

Des laboratoires d’expérimentation du pouvoir politique

A côté du classicisme stalinien, des khrouchtchevkas et des tentatives pour adapter Bichkek aux normes antisismiques, David Leupold a illustré des visions d’avenir. Il s’est servi de documents iconographiques de propagande témoignant des laboratoires d’expérimentation qu’étaient les capitales et les villes d’Asie centrale. Il s’agissait d’y créer une modernité soviétique. Les urbanistes avaient carte blanche pour mettre en œuvre leurs conceptions presque ex nihilo.

Les traces de ces conceptions visionnaires soviétiques révolues coexistent aujourd’hui avec les projets modernistes contemporains. Parfois ils se superposent, faisant de ces villes de véritables palimpsestes.

En même temps, cela révèle que le passé était et reste encore une force de mobilisation. D’un côté, le pouvoir politique actuel considère ce passé comme un vide qu’il importe de combler en détruisant tous les restes matériels subsistant. De l’autre, les décisions prises jadis concernant par exemple le tracé des rues ou la protection contre les risques sismiques continuent à s’appliquer. Cela s’explique par certaines couches de la population qui conservent les mentalités héritées du passé, estimant par exemple que l’accès aux logements et aux équipements publics est un dû.

Le logement, un lieu politique

L’histoire se répète, comme le montrent certains débats actuels. L’exemple de Tachkent en constitue, selon Mariya Petrova, une excellente illustration. La collusion sur fond de corruption entre acteurs économiques et décideurs politiques rend difficile toute tentative de s’opposer aux nouveaux projets immobiliers, lancés en dehors de toute participation des riverains.

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Les décisions politiques sont imposées à une population isolée et impuissante. Par exemple, il est difficile pour une organisation non gouvernementale de se faire enregistrer officiellement. Inversement, les réalisations du passé peuvent être aussi une aide pour ceux qui veulent résister. Là où les habitant-e-s, grâce aux khrouchtchevkas et aux cours qui les relient, peuvent s’organiser pour former des comités de défense, ils ont une chance de se faire entendre des autorités.

Les intervenant-e-s ont tous deux souligné que, même si les immeubles construits paraissent bien peu engageants de l’extérieur, la politique du logement de Nikita Khrouchtchev a néanmoins dégagé des perspectives d’avenir positives. Elle a d’abord permis à la population d’accéder à un logement à bas coût, même si dans le détail toutes les promesses gouvernementales d’accès à l’équipement n’ont sans doute pas été tenues.

D’autre part elle a offert à la population soviétique, minée par la guerre et la terreur, une sorte de refuge, qui pouvait constituer un point de départ pour des actions collectives.

Un débat potentiellement transposable en Europe

Ces évolutions en Asie centrale permettent aussi d’éclairer certains débats sur la politique sociale dans les métropoles occidentales – toute comparaison gardée bien sûr, puisque dans les démocraties occidentales, les militants ont a priori davantage de possibilités d’interpeller l’Etat.

Selon David Leupold, une universalité de ces questions de construction de logements existe, comme le montre la création de la Gropiusstadt au Sud-Est de Berlin. En outre, dans ce dernier cas comme dans d’autres, on constate que le ressenti des habitants de ces grands ensembles est bien moins négatif que ce que le regard extérieur pourrait supposer.

Dans des villes qui, ici comme là-bas, subissent fortement les atteintes du néo-libéralisme et tendent à la ségrégation sociale, la résistance des habitants a plus de chances de se faire entendre si le territoire à défendre est déjà structuré. Il serait plus difficile de prendre la défense de terrains vagues contre les promoteurs.

Kerstin Bischl
Rédactrice pour Novastan

Traduit de l’allemand par Bruno Cazauran

Edité par Luna-Rose Durot

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