Le 28 avril dernier, l’Organisation de Coopération de Shanghaï a tenu un sommet dans la capitale kirghiz, réunissant les ministres de la défense des pays membres. L’occasion pour les autorités russes et chinoises de réaffirmer leur influence sur l’Asie centrale, tandis que l’Iran pourrait s’imposer comme un nouvel acteur sécuritaire dans la région.
Région clé tant pour la Russie que pour la Chine, l’Asie centrale continue d’être tiraillée par des acteurs extérieurs. A Bichkek, au sommet de l’Organisation de Coopération de Shanghaï (OCS), organisation multilatérale qui comprend 10 États membres et dominée par Moscou et Pékin, les déclarations des ministres russe et chinois ont mis en exergue la réaffirmation d’une influence sur la région. Il ciblaient implicitement les influences extérieures américaines et européennes.
La présence militaire russe et chinoise réaffirmée
« Nous surveillons attentivement les tentatives ed’acteurs extérieurs à la région d’assurer une présence militaire et logistique en Asie centrale. Nous considérons cela comme inacceptable », a déclaré sèchement le ministre russe de la Défense Andreï Belooussov, affirmant que la Russie s’oppose à tout partenariat militaire d’un pays non-membre de l’OCS avec un pays d’Asie centrale. Les autorités russes redoutent une influence étrangère trop importante, notamment occidentale, qui tend à s’élargir dans le Caucase.
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« L’instabilité persiste en Afghanistan. Il reste la principale source de criminalité transnationale et de menace terroriste » a ajouté M. Belooussov, plaçant ainsi l’Afghanistan comme l’une des menaces de l’organisation. Cette affirmation n’est pas nouvelle, puisque la Russie avait placé le pays dirigé par les talibans comme la principale menace de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), cette dernière annonçant la livraison de matériels militaires au Tadjikistan voisin.
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« L’OCS, en tant que modèle de multilatéralisme, devrait défendre fermement l’ordre international, défendre conjointement l’équité et la justice, promouvoir conjointement la gouvernance de la sécurité, éliminer les sources de troubles et de conflit par le biais d’un développement partagé, et contribuer à la « force de l’OCS » pour la paix, au développement et à la prospérité durables », a plus sobrement déclaré le ministre chinois de la Défense. En outre, les autorités chinoises, conformes à leur doctrine de neutralité diplomatique, se réservent toute dégradation dans le dialogue. Elle rejoignent cependant les autorités russes dans une interprétation exclusivement régionale de la sécurité et de la défense.
Vers une affirmation de l’Iran comme acteur sécuritaire régional ?
L’Iran, membre de l’organisation depuis 2023, montre également une volonté de s’imposer dans la région. « Aujourd’hui, la République islamique d’Iran est prête à partager ses capacités en matière d’armement et de défense avec les pays indépendants, en particulier les États membres de l’Organisation de coopération de Shanghaï, a déclaré le vice-ministre de la défense Reza Talaei-Nik.Téhéran est prêt à partager son expérience dans sa confrontation avec les États-Unis avec d’autres membres de l’OCS. ».
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L’Iran fait valoir sa résilience lors du conflit qui dure depuis le 28 février dernier, l’opposant aux États-Unis et à Israël. Parmi les pays d’Asie centrale, seul le Tadjikistan est un partenaire militaire de l’Iran, abritant une prétendue usine d’assemblage d’Ababil-2 depuis 2022, une munition rôdeuse aussi utilisée comme drone cible. Cependant, comme l’a révélé Radio Free Europe le 31 mars dernier, il n’y a jusqu’à présent aucune trace de ces infrastructures.
La situation d’avant-guerre en Iran était peu favorable à un rapprochement officiel entre autorités iraniennes et centrasiatiques. Avec leurs retours d’expérience dans la lutte anti-aérienne, la frappe en profondeur via des munitions rôdeuses, et la stratégie navale asymétrique basée sur une « flotte moustique » avec des vedettes rapides, l’Iran cherche à valoriser son expérience militaire et sécuritaire pour former les pays de la région.
La diplomatie multi-vectorielle centrasiatique mise à mal
Le sommet de Bichkek met en évidence les pressions auxquelles est confrontée la diplomatie multi-vectorielle, dont les pays d’Asie centrale martèlent leur attachement. Malgré leur volonté d’entente cordiale avec l’ensemble des organisations mondiales, leurs engagements auprès d’institutions dominées par la Russie et la Chine finissent par prendre le dessus.
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Un rapprochement avec l’Iran serait certainement sujet à des sanctions américano-israéliennes, en plus de celles européennes régulièrement prises à l’encontre des États centrasiatiques. Tout partenariat militaire entre Iraniens et Centrasiatiques pourrait être vu comme un moyen d’approvisionner en matériel militaire ou civil la Russie, engagée en Ukraine. Le risque que l’Union européenne puisse élargir et durcir ses prochains paquets de sanctions n’est pas à exclure dans ce scénario.
Le positionnement de l’Afghanistan comme principale menace de l’OCS et la crise continue au Moyen-Orient accentuent la dépendance sécuritaire, avec des alternatives qui s’amenuisent progressivement.
Lenny Cabrol Noto
Rédacteur pour Novastan
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