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Les édifices remarquables et lieux uniques à découvrir à Tachkent, la capitale ouzbèke

À Tachkent, il est possible d’apprécier le modernisme soviétique, l’architecture expérimentale, le plus beau métro du monde, les délices de la route de la Soie, le pilaf, la culture émergente et de bénéficier des conseils des locaux. Tour des attractions de la capitale ouzbèke à l’heure où le pays s’ouvre à l’étranger.

Novastan reprend et traduit un article publié le 14 février 2020 par le média russe Daily Afisha.

Ensoleillée, chaleureuse, pas encore gâtée par les établissements à la mode, Tachkent est une ville riche de nombreux chefs-d’œuvre mondiaux. Elle n’est pourtant pas encore submergée par des foules de touristes. Les éléments d’architecture soviétique à couper le souffle et les jardins où fleurissent les acacias et mûrissent des kakis n’ont pas encore été atteints par les objectifs d’appareils photo.

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Tachkent est comme un amour que personne n’a encore avoué. Il est très vraisemblable que dans cinq ans, elle sera un nouveau Tbilissi et dans vingt ans la capitale culturelle mondiale.

Comment une ville se réinvente

Fin 2019, l’Ouzbékistan est devenu le pays de l’année selon The Economist. La République a cessé d’être une « dictature soviétique à l’ancienne ». Évidemment il lui reste encore un long chemin à parcourir « mais aucun pays n’a autant progressé jusqu’à présent » note le magazine. Le président Chavkat Mirzioïev, arrivé au pouvoir en décembre 2016, a conduit de grands changements dans la politique, l’économie et la culture.

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Il a débuté ce processus de modernisation avec des réformes structurelles restaurant notamment les droits et les libertés. À titre d’exemple, le travail obligatoire dans les champs de coton a ainsi été interdit. Avec le renouvellement du régime politique, l’Ouzbékistan s’est enfin ouvert. Symboliquement et physiquement d’ailleurs. Les ressortissants de près de 50 pays peuvent y entrer sans visa, avant la période de confinement du coronavirus.

L’émergence de la culture

À l’automne 2021, une exposition consacrée à la route de la Soie ouvrira ses portes au musée du Louvre. Pas moins de 300 œuvres du patrimoine culturel de l’Ouzbékistan seront réunies pour la première fois dans un même espace.

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Des grands projets se préparent aussi à Tachkent. Le célèbre architecte japonais Tadao Ando, lauréat du prix Pritzker d’architecture s’occupera d’un nouvel espace pour le Musée des Arts d’Ouzbékistan qui possède une collection riche et éclectique. On peut aussi bien y admirer des tapis aux ornements nationaux que des travaux de Picasso sur la céramique. L’architecte affirme que le musée sera différent de tous ses projets « à l’Est, et à l’Ouest » et promet qu’il deviendra « le symbole de la renaissance et de l’espoir ».

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Un autre élément de rupture dans le paysage culturel de la ville est l’installation du Centre d’art contemporain dans un bâtiment emblématique : l’ancienne centrale au diesel. Celle-ci fournissait dans le passé de l’énergie à la première ligne de tramway de Tachkent. Elle est désormais tournée vers l’avenir avec cette nouvelle fonction.

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Un premier évènement public, fruit d’une collaboration avec le Musée Garage de Moscou, y a d’ailleurs déjà eu lieu. Une exposition de la cinéaste et artiste ouzbèke Saodat Ismailova, qui vit entre Tachkent et Paris, y a ainsi été programmée en avril 2019. Lors de l’été 2020, une grande exposition consacrée aux algorithmes est prévue. L’Ouzbékistan est considéré comme le berceau de ce concept mathématique. Le savant Al-Khwârismî, qui a leur a donné son nom, serait en effet né à Khiva, dans l’ouest du pays.

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Le Centre d’art contemporain de Tachkent se veut une institution progressiste. Les jeunes artistes et les chercheurs ouzbeks travailleront sur des projets dans un espace ouvert et libre. Ils s’occuperont notamment de la préparation du pavillon national de l’Ouzbékistan lors de première participation de leur pays à la Biennale de Venise en 2020-2021.

Optimistes quant à l’avenir

Certains jeunes partis à l’étranger pour poursuivre leurs études supérieures sont retournés dans leur pays, car ils croient aux changements que peuvent apporter ces réformes politiques. Actuellement, l’âge moyen d’un résident en Ouzbékistan est légèrement supérieur à 26 ans. Certains ont des choses à dire et s’expriment sans détours.

Fourkat Palvan-Zadé est auteur pour la chaîne Telegram Tachkent-Tbilissi et cofondateur des projets Sigma et Budka« C’est difficile pour moi de parler de mes endroits préférés à Tachkent. J’ai quitté cette ville quand j’avais 16 ans. Adolescent, je m’occupais de mon riche monde intérieur et des problèmes en lien avec ça. Enfant j’ai vécu des expériences psycho-géographiques et urbanistiques. Je me souviens de la cour où j’ai grandi. Tous les résidents se connaissent bien. Au lieu d’aller à la maternelle on pouvait passer notre temps à traîner chez les voisins », décrit-il.

Quant à l’évocation d’un souvenir marquant, Fourkat Palvan-Zadé se remémore une journée de canicule estivale. « Les anciens m’amènent sur la place de l’Indépendance, anciennement place Lénine, pour marcher le long de la fontaine. Je me rappelle qu’à l’époque il y avait beaucoup de monde sur la place. Je me souviens des têtards au fond d’une petite piscine. Et des pieds mouillés. J’aimais beaucoup les berges du canal de Tachkent. L’eau descendait des montagnes, nous y nagions. Je ne sais pas si on fait ça encore aujourd’hui mais dans ces années-là l’eau était très propre et glacée” se rappelle le jeune homme. “Je me rappelle très clairement notre “Broadway” : l’un des rares espaces publics de la ville. Des gens y vendaient des cassettes et des disques pirates. L’album Morskaïa de Mumiy Troll et l’album Discovery de Daft Punk sont parmi les évènements qui m’ont marqués. Tachkent était une ville très verte et confortable ».

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Sa vision de la capitale dans les années 2000 est plus sombre. « La ville est devenue complètement stérile. Pour des raisons qui me sont inconnues, une grande partie de l’architecture soviétique a été rénovée jusqu’à devenir méconnaissable. Les espaces publics ont été interdits d’accès. Mais il y a quelques années, les dirigeants du pays ont décidé de se tourner vers l’ouverture et le changement, ce dont je suis très content. On le sent dès qu’on sort de l’avion. Soudain il s’est avéré que la logistique de l’aéroport a pu être mise en ordre. Soudain il s’est avéré qu’une presse libre ce n’était pas si effrayant. Soudain il s’est avéré que les rassemblements de gens dans les jardins et les espaces publics, c’était en fait super. Je suis très content de ces changements dans le pays. J’espère qu’ils seront irréversibles », décrit Fourkat Palvan-Zadé.

Modernisme sismique, théâtre libre et pilaf

Dans les années 1970, Tachkent est devenue un terrain d’expérimentations architecturales, intégrant une dimension pratique d’un côté et une vision audacieuse de l’autre. Cela aurait pu ne pas se produire s’il n’y avait pas eu de tragédie. Au printemps 1966, un tremblement de terre a détruit une grande partie de Tachkent. La ville devait être restaurée de toute urgence. C’est ainsi qu’est apparu le phénomène urbain que certains appellent le modernisme sismique. Certains échantillons de ce style unique demeurent : le quartier de Chilanzar, la maison expérimentale Jemchug (« Des perles »), le marché Chorsu, le métro, les ornements et les mosaïques.

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Olga Kazakova est historienne de l’architecture et s’exprime sur l’héritage du modernisme soviétique à Tachkent. Selon elle, il faut garder à l’esprit quelques facteurs importants qui ont influencé la formation de cette architecture. Premièrement, c’est la plus grande ville d’Asie centrale. À l’époque soviétique, elle était considérée comme le centre de la région et une vitrine de l’Orient pour l’Union soviétique. C’est pour cela qu’un financement assez important a été alloué à l’architecture de Tachkent.

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Deuxièmement, c’était une tentative de créer une architecture « nationale pour sa forme et communiste pour son contenu » afin de démontrer la modernisation soviétique de l’Orient. Dans le langage de l’époque on parlait de tenir compte des « traditions architecturales locales ». Pour autant, un grand nombre de bâtiments parmi les plus importants du modernisme soviétique ont été conçus à Moscou. Les architectes moscovites sont donc les vrais créateurs de « l’architecture nationale moderne » à Tachkent. Pourquoi cela s’est-il produit ? C’est une autre histoire.

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Un autre facteur majeur est le tremblement de terre de Tachkent de 1966. Selon Olga Kazakova, cet évènement est devenu un point de départ pour la formation d’une nouvelle image de la ville, justement dans le style du modernisme soviétique. L’immense place Lénine a été conçue comme un ensemble central, avec des bâtiments administratifs et un large espace central. Et cela ne correspondait pas tout à fait, pour ne pas dire pas du tout, aux conditions de météo locale, ni aux traditions. Malgré tout, la place Lénine représentait un artefact très intéressant du point de vue de l’urbanisme soviétique. Aujourd’hui elle a été considérablement modifiée et est occupée par des bâtiments gouvernementaux dont l’accès est fermé.

Tachkent, une ville particulière à plus d’un titre

Dans son ouvrage Seismic Modernism : architecture and housing in Soviet Tashkent publié en 2016, le guide d’architecture autour de ce phénomène unique, Philipp Meuser la décrit comme la métropole millénaire de l’Union soviétique.

« C’est une ville qui surprend par ses contrastes architecturaux et ses paradoxes. Tachkent est célèbre pour les plus beaux bâtiments préfabriqués du monde. En termes d’urbanisme elle s’est toujours distinguée par une certaine dualité générée par la coexistence des influences orientales et russes. Évidemment ces contrastes et cette dualité sont apparus après le tremblement de terre dévastateur de 1966, lorsque la nouvelle ville fut construite, alors que l’ancienne est tombée en ruine. Mais cet évènement tragique a eu aussi un côté positif. »

À présent, voici une petite sélection d’endroits à visiter à Tachkent.

Marché de Chorsu

Si un seul lieu devait être visité à Tachkent, ce serait assurément le marché de Chorsu, qui veut dire “quatre routes”. Ce grand bazar existe depuis 500 ans et ressemble à un musée en plein air. C’est le meilleur endroit pour une expérience gastronomique authentique. Sa particularité : un immense dôme bleu sans un seul support. C’est un plaisir de l’admirer au milieu des bruits du bazar. Ici, les montagnes d’épices colorées et les ornements des piala, bols traditionnels pour le thé, sont légion. N’hésitez pas à goûter le kaki local, le kurut (fromage sec) et le thé des montagnes.

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« Maisons moscovites »

L’ensemble résidentiel de la place Hamid Alimjan, dans le centre de Tachkent est le premier symbole de la nouvelle ère dans la construction de logements. Conçus à Moscou, ces gratte-ciel aux façades bleu ciel sont reliés par un passage souterrain et sont en mesure de résister aux tremblements de terre. C’était d’ailleurs la principale exigence du projet. Dans les années 1990, il a été décidé de construire quatre autres bâtiments en face pour garder la symétrie. Il est cependant préférable de regarder les originaux.

La maison expérimentale Jemchug

En entrant dans Jemchug, vous êtes tout de suite capturés par l’atmosphère de communauté qui y règne. Son nom, Jemchug, veut dire “perle” en russe et vient du nom d’une bijouterie au sous-sol d’un immeuble. Construit d’après le projet d’Ophelia Aydinova, l’architecte de Tachkent, ce bâtiment résidentiel expérimental s’élève sur 16 étages. Sur le papier, il semblait que rien ne manquait pour s’épanouir : des cours publiques, de nombreux espaces de jeux pour les enfants, une buanderie au sous-sol, un toit avec une piscine pour tous les résidents. En réalité, le projet s’est transformé en expérience de survie. La construction du bâtiment a duré 11 ans. Certains n’ont pas eu la patience d’attendre leurs appartements. Et ceux qui ont fini par emménager se plaignent de son mauvais fonctionnement, attendent des travaux depuis des années qui, semble-t-il, ne peuvent plus insuffler le rêve du modèle 1985.

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Mais le détour par Jemchug reste intéressant. Observer les coins arrondis, les passages complexes, les paniers de basket-ball, les arbres et les jardins sur des étages supérieurs est une expérience en soi. Son toit est un monde à part : des structures d’ingénierie complexe, un escalier en colimaçon, une piscine et une vue sur la ville.

Stations de métro

Visiter le métro de Tachkent est loin d’être une perte de temps quand on voit les remarquables intérieurs de ses 29 stations pour seulement trois lignes. À la station Uzbekiston observez ses abat-jour en coton, à Chilanzar des inserts en céramique colorée qui relatent le travail du peuple ouzbek, à la station Kosmonavtlar prêtez attention aux colonnes, à Mustakillik Maïdoni aux ornements nationaux au plafond, à Alicher Navoï prenez l’escalator pour observer son immense panneau géométrique. Prendre des photos était jusqu’en juin 2018 interdit dans le métro, alors considéré comme un matériel militaire.

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Omniprésence des mosaïques et des ornements

Contempler une magnifique mosaïque sur le mur d’un immeuble lambda est une chose courante pour Tachkent. Les frères Jarskiïe, Peter, Alexander et Nikolai, sont venus dans les années 1970 pour restaurer la ville en ruine et la rendre unique. Inspirés par des motifs orientaux et des contes russes, ils ont créé 200 fresques en 30 ans. Leurs travaux relatent l’égalité et la fraternité, l’espace et la propagande soviétique.

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Nulle part ailleurs on ne retrouve de telles combinaisons de sujets, d’ornements et de détails. À titre d’exemple, on peut voir, sur ce bâtiment de neuf étages, une série de fresques sur le thème de l’exploration spatiale. Les figures de cosmonautes sont entrelacées avec les signes du zodiaque et les ornements orientaux.

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Tour de télévision et le Centre de pilaf

À Tachkent, comme dans de très nombreuses villes, il y a une tour de télévision. Celle-ci possède tous les éléments propres à une tour de ce type : une terrasse d’observation – la plus haute de la ville -, une carte en pièces de puzzle, un restaurant tournant avec un intérieur soviétique et un contrôle d’accès strict. Cela vaut la peine de payer l’entrée pour visiter la onzième plus haute tour du monde, ne serait-ce que pour observer le panneau dans le hall. Fabriquée à base de marbre, de métal et de pierres semi-précieuses, cette œuvre fait penser aux mosaïques florentines.

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Le Centre de pilaf (ou plov) est le meilleur restaurant de la ville, et se trouve à trois minutes à pied de la tour de télévision. Le pilaf est préparé dans d’immenses chaudrons à l’entrée du restaurant, à l’extérieur. Une immense salle peut accueillir plusieurs centaines de personnes, et une salle plus calme se situe à l’étage. Au moment du déjeuner l’espace est rempli par le brouhaha des visiteurs et les bruits d’assiettes. Le menu propose trois types de pilaf : pilaf de mariage, pilaf spécial et pilaf chaïkhana, traduit par “salon de thé”. Tous sont servis avec les kazy, des saucisses de cheval et les œufs de caille. Un véritable connaisseur complètera son choix avec du Pepsi, de la salade piquante de tomates et d’oignons (achuchuk) et du suzma, quelque chose qui rappelle le yaourt.

Musée de l’histoire d’Ouzbékistan

L’historienne de l’architecture Olga Kazakova développe et précise. « Le musée Lénine, devenu le musée de l’histoire d’Ouzbékistan en 1991, est construit selon le projet d’Evgeniï Rozanov et présente un grand intérêt. Le motif principal de la façade extérieure présente une pandjara (un motif traditionnel de l’époque des Timurides, ndlr) agrandie à une taille géante. Ce motif a été largement utilisé dans l’architecture de l’Ouzbékistan. Sur l’ancien boulevard Lénine se trouve le restaurant Golubiïe koupola (Les Dômes bleus, ndlr) qui vaut le détour. À l’époque de l’URSS c’était un salon de thé populaire, critiqué par l’État pour son orientalisme trop prononcé”, décrit l’historienne.

“Un autre lieu intéressant : le Palais des Arts. Également la création d’Evgeniï Rozanov et conçu par Elena Sukhanova, le bâtiment est construit en forme de « coffre » géant dont l’intérieur est fou dans le bon sens du terme. L’architecture intérieure du cirque est véritablement digne de la salle d’exposition de l’Union des artistes d’Ouzbékistan. Dans ce bâtiment trouvent leur équilibre les traditions architecturales locales et les matériaux modernes », estime Olga Kazakova.

Le quartier Eski Chakhar

« Pour moi, Tachkent c’est d’abord la vieille ville, le quartier Eski Chakhar où l’on peut se balader dans les ruelles étroites en saluant les enfants et les personnes âgées », raconte la réalisatrice Saodat Ismailova. Dans la même partie de la ville se trouve le marché Chorsu avec toutes sortes d’épices, de fruits secs, de pain. C’est aussi l’endroit où l’on peut apercevoir des ethnies qui viennent de différentes régions du pays. « Les gens comme ils sont ! » ajoute-t-elle.

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Elle revient également sur Chorsu. “Celui-ci impressionne par l’architecture de son dôme créée au début des années 1980. Non loin, il y a deux cimetières : Kukcha, le plus ancien avec le mausolée du cheikh Zaïnoudine, et le cimetière de Chagataï où sont enterrés des activistes et des artistes de la période soviétique. Les bustes en marbre se dressent parmi les cyprès et les chênes bien entretenus. Il me semble que le marché central et les cimetières représentent toujours les clés de l’histoire dans toutes les villes.”

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Lorsqu’on lui demande de citer un lieu qu’elle affectionne particulièrement, elle répond, sans hésiter : « En été, quand il fait + 40 °,  j’aime bien descendre dans le métro, frais et souvent vide. J’aime faire une pause à la station Cosmonautes, appuyé sur des colonnes froides qui symbolisent un flux de gaz lors du décollage d’une fusée. »

L’ancienne ville de Ming Urik

Les vestiges de l’ancienne ville Ming Urik (“mille abricotiers”) se trouvent en plein centre-ville. C’est grâce à cet endroit qu’on a su donner l’âge exact de Tachkent : 2 200 ans. Au milieu de ces ruines archéologiques, le visiteur peut imaginer une forteresse entourée d’une grande ville avec un palais, des maisons riches, des ateliers d’artisanat et un temple destiné au culte du feu.

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Cours d’immeuble : composante essentielle de la sociabilité

Rustam Khousanov, guide et historien local, fondateur du projet de recherche urbaine X-Places Tachkent estime que les cours d’immeubles de Tachkent sont l’une des composantes qui caractérisent la ville et son esprit. « Les habitants se souviennent très bien de l’ambiance qui y régnait jadis : les différentes cultures se mélangeaient, des gens venaient de partout et pour différentes raisons : des locaux, des nouveaux arrivants, des rescapés des goulags et puis il y avait ceux qui fuyaient la famine, la guerre, la répression. » explique-t-il.

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Certains guides touristiques incluent d’ailleurs les cours dans leurs itinéraires. Enfin, plusieurs auteurs reflètent cette ambiance dans leur livre. Le roman de Dina Rubina, Du côté ensoleillé de la rue, en est un bon exemple. Ce livre est une véritable déclaration d’amour pour la Tachkent soviétique où la nostalgie de l’auteure accompagne la vie des héros du roman. « Soixante-cinq ans se sont écoulés, et ces images sont devant mes yeux, comme si c’était hier … Combien sont laissés pour compte : Saratov, Moscou, des dizaines de villes …  Maintenant c’est Marburg, et ce sera Marburg jusqu’à la fin de mes jours. Mais dès que je ferme les yeux : je vois cette rue où on avance avec ma mère. En haut : les hautes couronnes des platanes forment un tunnel vert et ensoleillé … » décrit l’auteure, native de la ville qu’elle raconte.

La maison de Polovtsev

Le Musée moderne des Arts appliqués « La maison de Polovstev » a été bâti au XIXème siècle sur ordre d’Alexandre Polovtsev, diplomate russe et grand connaisseur de l’architecture. Les décorations des murs et des plafonds impressionnent par la perfection géométrique des ornements et de la calligraphie murale. Le musée est connu pour son exposition permanente de peintures, tissus, céramiques, porcelaines et de broderies d’or. C’est un plaisir particulier d’observer la cour du musée avec ses saules pleureurs et la fontaine, l’une des premières à Tachkent.

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Le théâtre Ilkhom

Le théâtre Ilkhom est le premier théâtre indépendant en Ouzbékistan. Créé par Mark Weil en 1976, l’lkhom a survécu à la perestroïka, aux intrépides années 1990 et à la mort tragique de son fondateur sans aucune aide de la part du gouvernement. Aujourd’hui, le répertoire de ce lieu culte varie entre les pièces classiques, les jeunes créations et les improvisations.

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Face à l’Ilkhom se trouve l’un des plus beaux bâtiments de Tachkent : le cinéma panoramique. Révolutionnaire selon les normes de l’URSS, ce chef-d’œuvre a survécu au tremblement de terre. Aujourd’hui, ce design surprend par son incroyable esthétique hors du temps. Photographe français et rédacteur en chef de Citizen K, Frédéric Chaubin a inclus ce bâtiment parmi les plus remarquables objets d’architecture des anciennes républiques soviétiques.

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Odil Mukhamedov, créateur du projet Men of Culture partage son opinion sur cet édifice particulier. « Je viens tout le temps au théâtre Ilkhom. Et je viens non seulement pour admirer des performances audacieuses et pertinentes où je trouve constamment quelque chose de nouveau, mais aussi pour l’atmosphère unique qui y règne. Ilkhom a depuis longtemps dépassé le concept du théâtre classique. Il y a régulièrement des festivals, des concerts, des expositions, des projections de films, des master class, des conférences. C’est bien plus qu’un simple théâtre. Après cette expérience culturelle particulière, j’ai souvent envie de faire une balade et de réfléchir à ce que j’ai vu. En quittant le théâtre je me promène le long de l’avenue principale de la ville en jetant d’abord un coup d’œil sur la place Pamyat et ensuite au Moujestvo, mon monument préféré à Tachkent. »

Une ville polymorphe, éclectique et inspirante

Le musée d’histoire de l’Ouzbékistan, le Palais de l’amitié des peuples, la salle d’exposition de l’Union des artistes, le cirque, l’hôtel Ouzbékistan sont incontournables pour compléter la liste de l’architecture expérimentale des années 70. Et au-delà de son patrimoine architectural, c’est l’esprit, l’ambiance qui s’en dégage. Tachkent est ainsi une ville où les rescapés des goulags comme Anna Akhmatova, Elena Bulgakova et Marina Tsvetaeva s’adaptaient à leur nouvelle vie. Les jardins de Tachkent se souviennent d’ailleurs encore de l’intelligentsia de Leningrad.

Et s’il fallait encore plus de raisons pour visiter Tachkent : le climat sec et doux, le soleil qui irradie la ville, la verdure, la nourriture délicieuse (et pas seulement ouzbèke), les réservoirs d’eau dans les montagnes, les pistes de ski en hiver et les plages en été, la culture florissante de bars et de festivals. C’est une ville qui gagne à être connue.

Elena Vereshchagina
Auteur pour Daily Afisha

Traduit du russe par Jelena Dzekseneva

Edité par Geoffrey Schollaert

Relu par Anne Marvau

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