Réputé pour la qualité de son raisin, l’Ouzbékistan a pourtant vu ses vignobles massivement détruits à la chute de l’URSS, dans le cadre de mesures visant à limiter la consommation d’alcool. Il aura fallu des années de travail à la famille Akhunov pour reconstituer une collection de vin aujourd’hui unique en Asie centrale. Reportage sur la renaissance encore balbutiante de l’industrie viticole ouzbèke.
Quelques tours de clés suffisent. Et déjà par l’entrebâillure de la porte, on commence à les apercevoir. Des touches de couleurs violacées diluées dans le feuillage. Les plus anciens de ces pieds de vigne sont issus de boutures datant d’il y a près de 80 ans : plantés les uns à côté des autres, ils se dressent vers le ciel jusqu’à l’obstruer. Avec le temps, ils ont tissé leur toile, formant un écrin de verdure pour envelopper les précieuses grappes de raisin.
D’un pas décidé, Kamila Akhunova, 30 ans, s’engouffre dans ce lieu verdoyant, situé à quelques pas de la propriété familiale. Les Akhunov sont propriétaires d’un domaine de 21 hectares, situé dans la ville de Qibray en Ouzbékistan, à une vingtaine de kilomètres de la capitale Tachkent. Sur ces terres reculées, près de 15 hectares sont dédiés à la production de raisin. Leur société, UzumFermer, produit ainsi 100 000 litres de vin par an.
A l’abri des regards se dévoile alors la caverne d’Ali Baba des cépages. Ici, se côtoient des raisins de toutes formes et de toutes sortes. Parmi eux, un trésor unique, un raisin japonais nommé « rubis rose » et vendu à près de 10 000 dollars la grappe. Un peu plus loin, Kamila Akhunova nous présente une autre variété : le « Jupiter ». « C’est aussi un trésor car seulement cinq pays dans le monde en possèdent. Et sur notre continent, nous sommes les seuls à l’avoir ».
Une collection unique en Asie centrale
Cet échantillonnage unique de pieds de vigne a été « collecté partout en Ouzbékistan, et est le seul qui existe dans le pays », insiste Kamila Akhunova. « Nous sommes allés dans d'anciens laboratoires, dans d'anciens jardins pour récupérer tous ces raisins ». Une quête minutieuse pour constituer cette collection. De nombreuses années à parcourir le sol ouzbek. Aujourd’hui, c’est avec fierté qu’elle contemple les 125 variétés de vignes différentes : « 100 sont destinés au raisin de table et 25 pour le vin standard ».
« Le rubis rose », un raisin japonais : la perle rare de cette collection de cépages. © Louise Simondet
A l’origine de cette démarche, son père, Rachid Akhunov. A 57 ans, après avoir étudié la physique en Russie et délaissé laboratoires et pipettes, ce passionné de vignes et de raisins a décidé de se consacrer à la reconstitution de celles-ci. « Pour moi, c’était une véritable quête. Lors de mes voyages, j’ai commencé à collectionner toute sortes de raisins », souligne-t-il avec fierté. « Mon père, insiste Kamila Akhunova,
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En Ouzbékistan, une famille veut accompagner la relance de la production de vin
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