<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>tabdrakathmanov, Author at Novastan France</title>
	<atom:link href="https://novastan.org/fr/author/tabdrakathmanov/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link></link>
	<description>L&#039;Asie centrale expliquée, avec Novastan</description>
	<lastBuildDate>Mon, 12 Jul 2021 13:13:54 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>
	hourly	</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>
	1	</sy:updateFrequency>
	<generator>https://wordpress.org/?v=7.0.1</generator>

<image>
	<url>https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/08/cropped-Logo_2_2000-1700-300DPI-32x32.png</url>
	<title>tabdrakathmanov, Author at Novastan France</title>
	<link></link>
	<width>32</width>
	<height>32</height>
</image> 
	<item>
		<title>Quand seul un chat comprend tes poèmes : rencontre avec le poète ouzbek Davron Radjab</title>
		<link>https://novastan.org/fr/ouzbekistan/quand-seul-un-chat-comprend-tes-poemes-rencontre-avec-le-poete-ouzbek-davron-radjab/</link>
					<comments>https://novastan.org/fr/ouzbekistan/quand-seul-un-chat-comprend-tes-poemes-rencontre-avec-le-poete-ouzbek-davron-radjab/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[tabdrakathmanov]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 22 May 2021 07:26:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ouzbékistan]]></category>
		<category><![CDATA[Société et Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Davron Radjab]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Poésie]]></category>
		<category><![CDATA[Société et culture]]></category>
		<category><![CDATA[Traduction]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://novastan.org/fr/?p=47499</guid>

					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/quand-seul-un-chat-comprend-tes-poemes-rencontre-avec-le-poete-ouzbek-davron-radjab/">Quand seul un chat comprend tes poèmes : rencontre avec le poète ouzbek Davron Radjab</a></p>
<p>Davron Radjab est un auteur qui s&#8217;intègre dans la tradition poétique ouzbèke. Interviewé par Fergana News, il parle notamment de la vision soufie de l&#8217;amitié, de son chat et du kourach, la lutte traditionnelle ouzbèke. Novastan reprend et traduit ici un article publié le 31 mai 2020 par le média russe spécialisé sur l’Asie centrale [&#8230;]</p>
<p>The post <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/quand-seul-un-chat-comprend-tes-poemes-rencontre-avec-le-poete-ouzbek-davron-radjab/">Quand seul un chat comprend tes poèmes : rencontre avec le poète ouzbek Davron Radjab</a> appeared first on <a href="https://novastan.org/fr">Novastan France</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/quand-seul-un-chat-comprend-tes-poemes-rencontre-avec-le-poete-ouzbek-davron-radjab/">Quand seul un chat comprend tes poèmes : rencontre avec le poète ouzbek Davron Radjab</a></p>

<p class="wp-block-paragraph"><strong>Davron Radjab est un auteur qui s&rsquo;intègre dans la tradition poétique ouzbèke. Interviewé par Fergana News, il parle notamment de la vision soufie de l&rsquo;amitié, de son chat et du kourach, la lutte traditionnelle ouzbèke.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Novastan reprend et traduit ici un article publié le 31 mai 2020 par le média russe spécialisé sur l’Asie centrale <a href="https://fergana.site/articles/118631/">Fergana News</a>.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Davron Radjab est né en 1967 à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ourguentch">Ourgentch</a> dans la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Province_de_Khorezm">province de Khorezm</a>. Il est l’auteur des recueils <em><a href="https://n.ziyouz.com/books/uzbek_zamonaviy_sheriyati/Davron%20Rajab.%20Bir%20tomchi%20yulduz.pdf">Une goutte d’étoile</a></em> (1995) et <em>Les vents du bonheur</em> (2016). Ses poèmes ont été traduits en anglais, russe et hindi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce poète reste plongé dans ses livres. Il laisse sa marque chez ses élèves, auprès de qui il apprend à son tour. Autant dans la poésie contemporaine qu’ancienne de l’Ouzbékistan, l’idée de la continuité et de l’apprentissage est aussi importante que la tradition du <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Plov">plov</a> matinal.</p>


<p style="background-color: #d4d4d4;"><span style="color: #000000;">Novastan est le seul média européen (en français, en allemand et en anglais) spécialisé sur l'Asie centrale. Entièrement associatif, il fonctionne grâce à votre participation. Nous sommes indépendants et pour le rester, nous avons besoin de vous ! Vous pouvez nous soutenir <strong><a href="https://novastan.org/fr/sabonner/"> en vous abonnant</a></strong>, en réalisant <a href="https://www.okpal.com/soutenez-novastan-seul-media-francais-sur-l-asie/#/"> un don défiscalisé à 66 %</a>, ou en devenant membre actif<strong> <strong><a href="https://novastan.org/fr/novastan-france/devenez-membre-devenez-novastan/">par ici</a></strong>.</strong></span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://ru.wikipedia.org/wiki/%D0%AF%D0%BD%D1%8B%D1%88%D0%B5%D0%B2,_%D0%A1%D0%B0%D0%BD%D0%B4%D0%B6%D0%B0%D1%80_%D0%A4%D0%B0%D0%B0%D1%82%D0%BE%D0%B2%D0%B8%D1%87">Sandjar Ianychev</a>, poète et écrivain, s’est entretenu avec Davron Radjab. Celui-ci a parlé de la définition <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Soufisme">soufie</a> de l’amitié, de son mentor et des jeunes professeurs, de la guerre et des points communs entre le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Kourach">kourach</a> et la poésie.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Fergana News : Que signifie ton pseudonyme littéraire, Radjab ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Davron Radjab :</strong> Radjab, c’est le prénom de mon grand-père. Je ne connais que peu de choses sur lui. Il est né en 1883 et mort en 1941, bien avant ma naissance. On dit qu’il était un homme à succès. Jusqu’à la révolution, il avait un bout de terre. Il jouait du <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Tamb%C3%BBr">tanbur</a> <em>(instrument de la famille des luths, répandu en Asie centrale, ndlr)</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En plus, il avait beaucoup de livres en arabe et en ancien ouzbek. Souvent, mon grand-père réunissait ses amis sur les bords de l’étang à l’ombre d’un grand platane millénaire, ils chantaient, organisaient des mouchaïras : des joutes poétiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant les années de répression, ces réunions ont été interdites. Quant à la maison avec son <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Howz">howz</a> <em>(bassin de jardin dans l’architecture persane, ndlr)</em>, mon grand-père en a été exproprié. Pour protéger sa famille et lui-même, il a enterré certains de ses livres précieux.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quel a été leur sort ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Hélas, je ne sais pas, je demanderai à mon père… Mais je me souviens de cet arbre, seul et abandonné dans les faubourgs d’Ourgentch. Désormais, un élevage de ver à soie s’y trouve.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mon père, Djabbar, est diplômé de la faculté d’études ouzbèkes de l’Institut pédagogique d’Ourgenth. Il travaillait la journée comme menuisier et après son travail, il enseignait à l’école du soir. Il écrivait des poèmes qui étaient publiés dans un journal régional.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>C&rsquo;est curieux que le prénom de ton père sonne comme un anagramme de celui de ton grand-père…</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je pense que ce n&rsquo;est pas un hasard. Pour mon grand-père, cette consonance était importante.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Notre famille est grande : j’ai trois frères et quatre sœurs. Je suis le cadet.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Notre aînée Gavkhar est devenue agronome. Une autre, Zévar, était diplômée de la faculté des langues à l’Institut pédagogique, comme notre père. Elle écrivait aussi des poèmes, même si elle ne les montrait à personne. Elle a quitté ce monde tôt, suite à une maladie grave, toute jeune.</p>



<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="496" height="310" class="wp-image-47540" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/poete-ouzbek3.jpeg" alt="Ouzbékistan Poésie Davron Radjab" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/poete-ouzbek3.jpeg 496w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/poete-ouzbek3-300x188.jpeg 300w" sizes="(max-width: 496px) 100vw, 496px" />
<figcaption>Davron Radjab (tout à droite) et sa famille dans les années 1970.</figcaption>
</figure>
</div>



<p class="wp-block-paragraph">L’amour pour la musique et la lecture est apparu chez mon frère Charif et chez moi dès notre jeune âge. Il y avait une grande bibliothèque et des instruments de musique divers à la maison. La musique ne m’a pas réussi. En revanche, Charif, malgré son métier d’ingénieur, joue parfaitement du <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Rab%C3%A2b">roubab</a> <em>(instrument à cordes d’origine perse, ndlr)</em>, encore aujourd’hui.</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’aimais bien dessiner, c’est pour cela que j’ai décidé de devenir peintre. En 1982, je suis entré à l’école d&rsquo;art Pavel Benkov à Tachkent. Mais j’ai fini mon cursus il y a seulement cinq ans : à cause du décès de ma mère, j’ai dû prendre un congé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après mon service militaire, j’ai pris le poste de peintre-décorateur dans la bibliothèque régionale de Khorezm. Lors d&rsquo;une soirée de poésie, j’ai fait connaissance avec le poète Matnazar Abdoulkhakim, c’est là qu’a commencé mon cheminement littéraire.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Qu’en ont pensé tes parents ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Mon père a été mon premier critique. Un jour, il m’a dit que je marchais sur les pas de Raouf Parfi <em>(considéré comme l&rsquo;un des auteurs ouzbeks les plus brillants de la fin du XXème siècle, ndlr)</em>. Et il m’a montré son recueil <em>Aks sado</em> (<em>Écho</em>, 1970), alors que je n’avais aucune notion sur ce poète. Je ne regardais pas ce qu&rsquo;il y avait sur l’étagère de mon père, je ne sais pas, j&rsquo;avais honte&#8230; Quelques années plus tard, à Tachkent, j’ai eu l&rsquo;occasion de parler avec Raouf Parfi. C’était en 1995.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/la-litterature-ouzbeke-isolee-du-monde/">La littérature ouzbèke isolée du monde</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">D’habitude, si on me fait des éloges, je fuis, tout simplement. Mon mentor, Matnazar Abdoulkhakim, n’a jamais vanté mes poèmes lui non plus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avant de le rencontrer, je réfléchissais beaucoup à la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9trique_(po%C3%A9sie)">métrique</a>, je croyais que les poèmes devaient être corrects, lisses. Mais un jour, j’ai montré au poète mon journal manuscrit. Après avoir lu quelques pages, il s’est exclamé que c&rsquo;était de la véritable poésie. Non pas les poèmes que j’avais tapés scrupuleusement à la machine à écrire, mais ces notes « crues » dans mon journal.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comment était-ce à l’armée ? Tes commandants savaient-ils que tu étais poète et écrivain ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ils savaient seulement que j&rsquo;étais peintre. Un jour, à l’école, mes camarades de classe ont trouvé mon cahier et se sont moqué de moi. Depuis lors, je cachais mes poèmes dans un endroit sûr, même jusqu’en 1989, quand je les ai publiés dans la revue <em>Yochliq</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Est-ce honteux d’être un poète ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Jusqu’à ma rencontre avec Matnazar, je n’osais pas parler de moi en tant que poète. Lui-même n’était pas que poète, mais aussi pakhlavan, lutteur de kourach. J’avais besoin d’avoir un tel mentor.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Est-ce que tu t’es déjà bagarré ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, bien sûr. La toute première fois, en septième classe <em>(l&rsquo;équivalent de la cinquième française, ndlr)</em>, à cause d’une fille. À l’époque, j’étais très faible physiquement. Après cet incident, j’ai tout abandonné pendant un an, y compris l’atelier de peinture, et je me suis mis à m’entraîner.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Au karaté ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">À la boxe.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Y a-t-il un lien entre le kourach et la poésie ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Peut-être qu&rsquo;une certaine philosophie les relie. Par exemple, il y avait un poète et lutteur khorezmien, Pakhlavan Makhmoud. Entre autres choses, il a fondé le mouvement soufi Javonmardlik (littéralement <em>« </em>Bravoure de la jeunesse<em> »</em>).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les principes de base de cet ordre sont la générosité, la clémence, la noblesse et la modestie. Il avait ces qualités lui-même, comme mon maître Matnazar Abdoulkhakim qui, 7 siècles plus tard, a traduit les <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ruba%C3%AF">rubaïs</a> <em>(poèmes lyriques suivant un système métrique défini, ndlr)</em> de Pakhlavan Makhmoud du persan en ouzbek.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le principe qu&rsquo;ils prêchaient était d’apporter le bonheur aux gens secrètement, pour que personne n&rsquo;en devine la source et que Dieu soit remercié. C’est une science à part entière. Demandez plus de détails à Google, je dirais seulement que nous sommes encore trop loin d’accomplir ce principe.</p>



<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large"><img decoding="async" width="496" height="310" class="wp-image-47541" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/poete-ouzbek2.jpeg" alt="Ouzbékistan Poésie Davron Radjab Portrait Matnazar Abdoulkhakim" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/poete-ouzbek2.jpeg 496w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/poete-ouzbek2-300x188.jpeg 300w" sizes="(max-width: 496px) 100vw, 496px" />
<figcaption>Portrait de Matnazar Abdoulkhakim par Davron Radjab.</figcaption>
</figure>
</div>



<p class="wp-block-paragraph">Un jour, je me suis retrouvé avec mon maître chez un de ses amis. Après la pêche, tandis que la soupe de poisson cuisait, nous nous reposions sur les berges de la rivière. Matnazar et son ami lisaient à voix haute les <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ghazal">ghazals</a> <em>(poèmes d&rsquo;amour répandus dans les pays sous influence arabe et perse, ndlr)</em> du recueil d’<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Mir_Alicher_Navo%C3%AF">Alicher Navoï</a>, <em>Hazoyin ul-maoniy</em> (<em>Trésor des sens</em>), puis ils discutaient longuement du sens des mots.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Moi, bien évidemment, j’étais intéressé par ce sujet, mais le sommeil m’a dominé et je me suis endormi. En voyant cela, l’hôte a dit : <em>« Matnazar, pendant que nous discutons, Davron dort, quel irrespect envers le grand poète ! »</em> Alors mon maître a répondu : <em>« L&rsquo;endroit où est Davron maintenant est beaucoup plus intéressant. »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/les-annees-tachkentoises-un-pan-de-vie-ignore-dans-loeuvre-danna-akhmatova/">Les années tachkentoises, un pan de vie ignoré dans l’œuvre d’Anna Akhmatova</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Matnazar Abdoulkhakim comprenait les personnes à la vitesse de la lumière, si l&rsquo;on peut dire les choses ainsi. Il disait qu&rsquo;un ami, selon les anciens soufis, était un <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Thaumaturgie">thaumaturge</a>. Matnazar était un tel thaumaturge pour nous. Il a quitté ce monde en 2010. Voici certains de ses vers :</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Je marche dans un verger de cognassiers :<br />Tous les arbres ont courbé leurs têtes…<br />Leurs fruits sont devenus orphelins &#8211;<br />Ta main n’en a touché aucun »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comment définis-tu ta poétique ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui m’importe, c’est de capturer un moment et de l’immortaliser sur le papier.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Il est logique d’attendre d&rsquo;un peintre qu&rsquo;il sache aussi faire de la poésie, par exemple en tant que pointilliste.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Parfois, il vaut mieux parler peu et écouter davantage le souffle de tout être vivant. La nature même raconte tout. Lorsque le travail du peintre est bon, les gens s’arrêtent et le contemplent. Nous aussi, il nous faut nous arrêter et garder le silence devant ce monde. La parole est capable de tout gâcher.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>J’ai compris, tu es un poète taoïste !</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Certes, la poésie est l&rsquo;art des mots. Pourtant, le poète doit éviter un contenu verbal vide. Le poète est un chasseur : il cherche des frissons devant la vie et sa beauté. Pendant qu&rsquo;on parle, l&rsquo;instant s’enfuit. L&rsquo;instant même que le poète romain <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Horace">Horace</a> incitait à capturer.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Carpe diem.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui ! Matnazar Abdoulkhakim écrit ainsi dans un ghazal :</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« La vie est un tracas mais elle ne dure qu&rsquo;une seconde :<br />Qu&rsquo;elle soit longue ou courte, elle dure une seconde.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Le bonheur s’en va, c&rsquo;est pour toujours.<br />Le bonheur arrive, il dure une seconde.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>L’attente du bien-aimé dure un siècle,<br />Et même ce moment passe en une seconde.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>L&rsquo;acte héroïque est une gloire éternelle,<br />Le temps du héros dure une seconde.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Le Créateur nous a donné la vie éternelle,<br />Au Soleil et au Ciel, Il n&rsquo;a donné qu&rsquo;une seconde.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Le cœur souffre et s&rsquo;enflamme.<br />Tout feu se limite à une seconde.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Cher ami, ton atout est la patience :<br />Le méchant n’a pas même une seconde. »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>As-tu consacré des poèmes à des filles ? Les as-tu récités ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Oh oui ! J&rsquo;en ai dédié aussi à ma femme, mais elle ne le sait pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comment cela ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle ne lit pas mes poèmes.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Elle ne s’intéresse pas à la littérature ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ma femme aime&#8230; comment dire exactement&#8230; les non-modernistes.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les traditionalistes ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, cela se peut. Elle n’aime pas l’incompréhensible. Moi, je suis son reflet, ou plutôt son antireflet, n’est-ce pas ? Moi, au contraire, j’aime tout ce qui est mystérieux. Je ne sais pas si c’est bien ou mal. Cela m’apaise quand il y a une force indéfinissable. Peut-être est-ce indiscret d’en parler : je t’ai dit que mon fils s’appelait Sanjarbek <em>(littéralement « celui qui attaque », ndlr)</em> ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Non. C’est bien ! Quels espoirs as-tu mis dans ce prénom ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">C’était l’idée de mon père…</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Demande-lui s’il te plaît.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je le ferai. Sanjarbek a déjà 22 ans. Il écrit des poèmes, mais je ne peux pas les lire : il y a trop de fautes d’orthographe <em>(rires)</em>. Quant à ma fille, je l’ai nommée Asal, littéralement « miel ». Il y a aussi le chat, Jimmaj, « le petit doigt » en dialecte du Khorezm. Il n’aime pas son prénom.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Qu’est-ce qu’il aime alors ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Mon clavier. Dès que je m’éloigne de l’ordinateur, il est déjà bien installé dessus. Et il fait semblant de dormir.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Cela veut dire que certains de tes poèmes sont écrits par Jimmaj. Tu peux mettre tout sur son dos.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Parfois, il me semble que seul Jimmaj comprend mes poèmes… Il m’apprend à être observateur. Car même les mots arrivés par hasard ont du sens, sans parler de ceux qu&rsquo;utilise le poète. Celui qui cherche une perle dans les mots la trouvera obligatoirement. Ne cherche rien d&rsquo;autre qu&rsquo;un trésor.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comme dans ton poème <em>Ne lis pas ce qui n&rsquo;est pas écrit</em>.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui. Dans le sens : ne cherche pas du hasard puisque il n’y en a pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quand tu sors dans la rue et que tu tombes sur quelqu’un, même dans son visage il y a quelque chose de précieux.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Tes poèmes t&rsquo;ont-ils déjà aidé dans une situation ? Ou, au contraire, ont-ils apporté des désagréments ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ma prime jeunesse, je suis tombé amoureux d’une fille. Je lui ai écrit une déclaration mais je n’ai pas osé l’envoyer. Quelques années plus tard, j’ai trouvé cette lettre dans un tas de papiers, j’y ai découvert sa photographie. Les mots étaient très simples, mais les sentiments forts. La fille était déjà mariée à cette époque-là.</p>



<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large"><img decoding="async" width="496" height="310" class="wp-image-47539" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/poete-ouzbek4.jpeg" alt="Ouzbékistan Poésie Davron Radjab" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/poete-ouzbek4.jpeg 496w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/poete-ouzbek4-300x188.jpeg 300w" sizes="(max-width: 496px) 100vw, 496px" />
<figcaption>Davron Radjab avec sa fille Asal et son neveu Khouchnoud.</figcaption>
</figure>
</div>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai froissé ma lettre en la brûlant avec la photo. Quelques années se sont encore écoulées, je suis parti à Tachkent et j’ai écrit ceci :</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Le papier froissé<br />Est redevenu lisse.<br />Les lettres inscrites<br />Sont retournées dans le crayon.<br />La photographie<br />S&rsquo;est envolée de la flamme.<br />Le feu est redevenu allumette.<br />La pupille<br />A ravalé son idée.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Rien,<br />Rien<br />Ne s’est passé. »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est probable que ce poème m’ait aidé à comprendre ce que sont les sentiments passés, comme ce papier froissé et brûlé : le premier amour et les mots non prononcés.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>J&rsquo;ai une question liée à l’anniversaire du jour de la Victoire. À quel point le thème de la guerre est-il développé dans la poésie ouzbèke ? Dans la poésie russe, à titre d’exemple, il y a beaucoup de poètes combattants ; chez les poètes des générations suivantes, qui n’ont pas participé à la guerre, ce thème est présent comme une blessure persistante qu’il faut « panser de nouveau »…</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Une anthologie, <em>Urush, noming uchsin jahonda</em> (<em>Guerre, que ton nom brûle en l’enfer</em>), vient de sortir.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Il y a déjà un message antimilitariste dans le titre ? Ou l’homme qui l’a écrit a envie d&rsquo;oublier la guerre mais n’y arrive pas ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Je ne veux même pas entendre ton nom »</em>, quelque chose dans ce genre-là.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Que représente-t-elle, cette guerre, pour la génération contemporaine des poètes ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je crois que le poète ne peut jamais ignorer l’injustice et le mal. Et cette guerre-là était un très grand mal qui a touché quasiment chacun d’entre nous.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quelqu’un de ta famille a participé à la guerre ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, le frère de mon grand-père, Mukhammad Rakhim. Il n’est pas revenu, il a péri quelque part en Europe. Quant au grand-père dont je t’ai parlé, Radjab, il est mort l’année où la guerre a commencé. Je connais cette période par ma grand-mère Aïjan.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par exemple, elle racontait que le peuple avait été contraint de donner tous ses bijoux, son or et ce qu&rsquo;on appelait le « tank soliq », c&rsquo;est-à-dire l&rsquo;impôt de guerre. L’État achetait du matériel aux États-Unis avec tout cet or. Ma grand-mère a donné tous ses bijoux traditionnels, y compris le cadeau de mon grand-père : un tillaqoch, un très joli diadème. J’ai l’impression que ce tillaqoch n’est pas arrivé jusqu’en Amérique.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/quand-les-intellectuels-ouzbeks-essayaient-de-moderniser-louzbekistan/">Quand les intellectuels ouzbeks essayaient de moderniser l’Ouzbékistan</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Mon autre grand-père, du côté de ma mère, Salaï Khodja, était brigadier du kolkhoze, c’est pour cela qu’il n’a pas été mobilisé et est resté ouvrier pour contribuer à l’effort de guerre. Il fallait que quelqu’un travaille dans les champs, récolte du coton et du blé. Mon grand-père savait tout sur l’agriculture, il s’occupait aussi de la melonnière. Les melons de Khorezm étaient très appréciés sur le front.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Khodja&#8230; Il a fait le hajj ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Non, c’est un titre qui se transmet de père en fils. Il se peut que son père ait fait le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Hajj">hajj</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Salaï était très sévère, tout le monde avait peur de lui. On craignait de lui serrer la main : ses mains étaient puissantes comme un étau. Un jour, il a tabassé un ouvrier parce qu&rsquo;il renâclait à la besogne : il se cachait quelque part et dormait, mais pendant le déjeuner il réapparaissait pour manger avec les autres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mon grand-père lui a mis un coup de fouet. Ensuite, un vol a été constaté dans l’entrepôt et mon grand-père a été arrêté suite à la dénonciation de ce fainéant, mais, heureusement, il a été innocenté et un mois plus tard il est revenu dans le kolkhoze à son poste habituel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans notre famille, il n’y avait pas de déserteurs, seulement des musiciens et des pakhlavans <em>(rires)</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mon grand-père ne tenait pas en place, il avait de l&rsquo;énergie ! Il est décédé en 1980, je me souviens bien de lui. Il disait <em>« rien ne s’obtient gratuitement ! »</em> J’ai commencé à travailler à partir de la 8ème classe <em>(équivalent de la quatrième française, ndlr)</em>, de ce fait je connaissais la valeur du pain. Je me rappelle aussi le goût de ses melons. Il cultivait des variétés de melons qui n’existent plus. Si le jus tachait une chemise blanche, il ne se lavait pas, c&rsquo;était comme un vernis incolore.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Jusqu’à ses derniers jours, il vivait avec ma grand-mère à la campagne près de l’aéroport d’Ourgentch. Je passais toutes mes vacances dans leur maison.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ils sont tous dans le même cimetière : Salaï, ma grand-mère Aïcha, ma mère Anabibi. Les Boeing s&rsquo;envolent à côté, ne les laissant pas reposer tranquillement.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Qu’est-ce que tu en penses, où vit mieux le poète : dans une grande ville ou dans la nature ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Après avoir été admis en 2001 aux cours supérieurs de littérature auprès de l’Union des écrivains de l’Ouzbékistan, je suis resté vivre à Tachkent. Je souhaitais revenir à Ourgentch, mais mon mentor Matnazar Abdoulkhakim avait dit : <em>« Davron, reste dans la capitale, même si cela sera difficile. Quel que soit l’endroit où vit le poète, il reste dans ses livres »</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quelles sont les difficultés que tu as vécues ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les difficultés ? Je n’ai jamais aspiré à une vie de luxe, donc je n’ai pas remarqué les vicissitudes. J&rsquo;ai connu un salaire modeste, des foyers de travailleurs, des coins que je louais.</p>



<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="496" height="310" class="wp-image-47538" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/poete-ouzbek5.jpeg" alt="Ouzbékistan Poésie Davron Radjab" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/poete-ouzbek5.jpeg 496w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/05/poete-ouzbek5-300x188.jpeg 300w" sizes="auto, (max-width: 496px) 100vw, 496px" />
<figcaption>Davron Radjab avec un ami et des élèves poétesses.</figcaption>
</figure>
</div>



<p class="wp-block-paragraph">Actuellement, j’habite dans la banlieue de Tachkent, dans le quartier de Qibraï, dans mon appartement de deux pièces.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Décris, s’il te plaît, ton entourage proche : qui sont tes amis, qui lis-tu ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour moi, un bon poète est un précepteur, un ami, un frère. Je connais beaucoup de poètes éminents, de ceux que je lis et que je n’arrêterai pas de lire, d&rsquo;Alicher Navoï à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_Pouchkine">Alexandre Pouchkine</a>, de Raouf Parfi à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Evgueni_Evtouchenko">Evguéni Evtouchenko</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Parmi les poètes contemporains, je lis Sirojiddin Sayyid, Ikrom Atamourad, Bakhrom Rouzimoukhammad, Gouzal Begim, Babour Elmourad. Je respecte également nos poètes russes : Raïsa Krapaneï, Nikolaï Iline, Bakha Akhmédov, Vika Osadtchenko, Natalia Beloïedova… J’ai traduit leurs poèmes en ouzbek. J’aimerais bien un jour éditer un livre bilingue de mes traductions.</p>


<p style="background-color: #d4d4d4;"><span style="color: #000000;">Envie d'Asie centrale dans votre boîte mail ? Inscrivez-vous gratuitement à notre newsletter hebdomadaire <strong><span style="text-decoration: underline;"><a href="https://2ff41361.sibforms.com/serve/MUIFAEUtgQP8Waps-GeAAxU6xgHAdCwla_phFOCNHYUG2N5pyugc_FC9NR3XbOOigQxU5CuQ4V0IZJcq6LjCU6Hx9fBECllNbyvRpMFItJi2WzECxpflAKA-cS-isERi5gQRcgrqND1R6toUU-9w6b_7bd4-Ty-GtfBQfXNFFjMIK0bYtfXjv8bCS5qFaXUgi00yBrR5vK187H2N">en cliquant ici.</a></span></strong></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour moi, découvrir un nouveau poète est comme découvrir une nouvelle école, un nouveau mentor, car les jeunes n’ont pas oublié comment faire passer le cours du temps par leur cœur.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>J’ai lu quelque part que tu étais « conseiller littéraire pour le travail avec la jeunesse ». Comment se passent tes consultations ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">À côté de la revue <em>Jahon adabiyoti</em> (<em>Littérature mondiale</em>) où je travaille, un cercle a été créé : les très jeunes poètes viennent me voir, nous analysons leur poèmes, je recommande certains d&rsquo;entre eux pour l’édition, …</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Y a-t-il une recommandation universelle pour les jeunes talents ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Si un peintre ne touche pas son pinceau pendant trois jours, il n’est plus peintre. Pour ne pas perdre la forme, le sportif s’entraîne chaque jour. Et que fait le poète ? Je rappelle l’expression d’un écrivain d’Amérique latine : <em>« Jeunes poètes, pleurez davantage »</em>.</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Propos recueillis par Sandjar Inychev<br />Journaliste pour Fergana News</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Traduit du <a href="https://fergana.site/articles/118631/">russe</a> par Talgat Abdrakhmanov</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Édité par Paulinon Vanackère </strong></p>
<p class="has-text-align-right"><strong>Relu par Anne Marvau</strong></p>


<p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a> ou nous envoyer un email à <a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p>
<p>The post <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/quand-seul-un-chat-comprend-tes-poemes-rencontre-avec-le-poete-ouzbek-davron-radjab/">Quand seul un chat comprend tes poèmes : rencontre avec le poète ouzbek Davron Radjab</a> appeared first on <a href="https://novastan.org/fr">Novastan France</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://novastan.org/fr/ouzbekistan/quand-seul-un-chat-comprend-tes-poemes-rencontre-avec-le-poete-ouzbek-davron-radjab/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Entre France et Ouzbékistan, un « potentiel de coopération énorme »</title>
		<link>https://novastan.org/fr/ouzbekistan/entre-france-et-ouzbekistan-un-potentiel-de-cooperation-enorme/</link>
					<comments>https://novastan.org/fr/ouzbekistan/entre-france-et-ouzbekistan-un-potentiel-de-cooperation-enorme/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[tabdrakathmanov]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 03 Feb 2021 14:05:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Economie]]></category>
		<category><![CDATA[L'Europe et l'Asie centrale]]></category>
		<category><![CDATA[Ouzbékistan]]></category>
		<category><![CDATA[Coopération économique]]></category>
		<category><![CDATA[Entreprenariat]]></category>
		<category><![CDATA[Entreprise]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Medef]]></category>
		<category><![CDATA[Medef International]]></category>
		<category><![CDATA[Traduction]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://novastan.org/fr/?p=42832</guid>

					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/entre-france-et-ouzbekistan-un-potentiel-de-cooperation-enorme/">Entre France et Ouzbékistan, un « potentiel de coopération énorme »</a></p>
<p>Depuis 2018, la vague de réformes radicales impulsée par le président ouzbek Chavkat Mirzioïev a servi de base pour une refonte de la coopération franco-ouzbèke dans le secteur privé. Grâce à ces changements, le Medef international a renouvelé ses efforts pour stimuler l’entreprenariat et l’investissement des compagnies françaises en Ouzbékistan, ainsi que le dialogue de [&#8230;]</p>
<p>The post <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/entre-france-et-ouzbekistan-un-potentiel-de-cooperation-enorme/">Entre France et Ouzbékistan, un « potentiel de coopération énorme »</a> appeared first on <a href="https://novastan.org/fr">Novastan France</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/entre-france-et-ouzbekistan-un-potentiel-de-cooperation-enorme/">Entre France et Ouzbékistan, un « potentiel de coopération énorme »</a></p>

<p class="wp-block-paragraph"><strong>Depuis 2018, la vague de réformes radicales impulsée par le président ouzbek Chavkat Mirzioïev a servi de base pour une refonte de la coopération franco-ouzbèke dans le secteur privé. Grâce à ces changements, le Medef international a renouvelé ses efforts pour stimuler l’entreprenariat et l’investissement des compagnies françaises en Ouzbékistan, ainsi que le dialogue de haut niveau France-Ouzbékistan. Dans cette entrevue avec un média ouzbek, Christophe Fontaine, représentant du conseil des chefs d’entreprise France-Ouzbékistan pour le Mouvement des entreprises de France à l’international, fait l’état des lieux du renouveau des relations entre les deux pays.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Novastan reprend et traduit ici un article publié le 3 avril 2019 par le média économique ouzbek <a href="https://evu.uz/intervyu/transformacziya-privlekayushhaya-biznes.html">Economicheskii Vestnik Ouzbekistana.</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est l’un des acteurs de France en Ouzbékistan. Le Mouvement des entreprises de France à l’international (<a href="https://www.medefinternational.fr/accueil">Medef International</a>) est une organisation patronale à but non lucratif. Créée en 1989, avant la transformation du Medef en 1998, elle représente les intérêts des entreprises françaises à l’étranger, et est dirigée par <a href="https://www.medefinternational.fr/gouvernance-bureau/">Frédéric Sanchez</a>, directeur général de l’entreprise <a href="https://www.fivesgroup.com/fr/">Fives Group</a>. Le Medef International soutient le développement des entreprises françaises à l’étranger et fournit de l’aide dans la réalisation de projets et de partenariats à long terme sur les marchés internationaux. Sur ce plan, l’Asie centrale n’échappe pas à la règle, avec une antenne de l’organisation installée dès 1992.</p>


<p style="background-color: #d4d4d4;"><span style="color: #000000;">Novastan est le seul média européen (en français, en allemand et en anglais) spécialisé sur l'Asie centrale. Entièrement associatif, il fonctionne grâce à votre participation. Nous sommes indépendants et pour le rester, nous avons besoin de vous ! Vous pouvez nous soutenir <strong><a href="https://novastan.org/fr/sabonner/"> en vous abonnant</a></strong>, en réalisant <a href="https://www.okpal.com/soutenez-novastan-seul-media-francais-sur-l-asie/#/"> un don défiscalisé à 66 %</a>, ou en devenant membre actif<strong> <strong><a href="https://novastan.org/fr/novastan-france/devenez-membre-devenez-novastan/">par ici</a></strong>.</strong></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette dynamique se concrétise par le biais de 200 actions collectives organisées annuellement sous la forme de rencontres entre chefs d’État, gouvernements, ministres, organisations du secteur privé, institutions financières et représentations diplomatiques étrangères. Une grande partie de l’activité du Medef International est liée à des questions de financement des entreprises. Des relations solides avec des institutions financières internationales ont été établies, telles que la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (<a href="https://www.ebrd.com/fr/home">BERD</a>), la Banque mondiale (<a href="https://www.banquemondiale.org">BM</a>), ainsi que la Banque asiatique du développement (<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Banque_asiatique_de_d%C3%A9veloppement">BAD</a>). L’organisation est en outre constamment en relation avec le secteur privé.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/la-collaboration-economique-franco-ouzbeke-survit-a-la-pandemie/">La collaboration économique franco-ouzbèke survit à la pandémie</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Chokroukh Azamov, rédacteur en chef du média ouzbek <a href="https://evu.uz/intervyu/transformacziya-privlekayushhaya-biznes.html">Ekonomitcheski Vestnik Ouzbekistana</a>, a rencontré Christophe Fontaine, représentant du conseil des chefs d’entreprise France-Ouzbékistan pour le Medef International. Il fait l’état des lieux du renouveau des relations entre les deux pays.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ekonomitcheski Vestnik Ouzbekistana : Pouvez-vous nous raconter l’histoire des relations entre le Medef International et l’Ouzbékistan ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Christophe Fontaine :</strong> Le conseil des chefs d’entreprise France-Ouzbékistan du Medef International a été créé en 1992, après l’indépendance de l’Ouzbékistan. Le but de cette action était de suivre l’actualité politique, économique et sociale du pays. Depuis 2016, je dirige ce conseil, tout en étant le président de la société Roxalex. Depuis 2007, plusieurs événements ont été organisés entre la France et l’Ouzbékistan, tels que l’accueil de délégations à Tachkent, ainsi que des rencontres entre des entrepreneurs français et leurs homologues ouzbeks à Paris. En outre, le Medef International représente le secteur privé français auprès de la commission intergouvernementale France-Ouzbékistan.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis début 2017, le conseil s’est réuni dix fois pour parler des résultats de la coopération bilatérale franco-ouzbèke et de la réalisation de projets français en Ouzbékistan. Je viens moi-même régulièrement dans le pays à des fins professionnelles et profite pour rencontrer des chefs d’entreprise ouzbeks ainsi que les partenaires du comité d’État pour les investissements du ministère de l’Investissement et du commerce international, et de la chambre du commerce et de l’industrie de l’Ouzbékistan. En 2016 et 2018, deux protocoles d’accord ont été signés.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan: </strong><a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/le-medef-international-repond-present-au-plan-de-relance-agricole-ouzbek/"><strong>Le Medef-International répond présent au plan de relance agricole ouzbek</strong></a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je profite d’ailleurs de l’occasion pour exprimer ma fascination pour la capitale de l’Ouzbékistan. Tachkent est une ville moderne, très propre et agréable. Ce qui m’attire en particulier, ce sont les couleurs orientales et l’abondance des marchés qui me rappellent ceux de mon enfance. C’est pour cela qu’à chaque fois que je viens ici, j’essaie de trouver du temps pour y passer.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/tournee-diplomatique-et-economique-francaise-en-asie-centrale/">Tournée diplomatique et économique française en Asie centrale</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En avril 2019, j’ai accompagné <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Baptiste_Lemoyne_(homme_politique)">Jean-Baptiste Lemoyne</a>, le secrétaire d’État auprès du ministre de l’Europe et des Affaires européennes et étrangères, <a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/tournee-diplomatique-et-economique-francaise-en-asie-centrale/">pendant sa visite à Tachkent</a>. Le mois suivant, c&rsquo;est le président de la 7<sup>ème</sup> délégation des hommes d’affaires que j&rsquo;ai accompagné, lors de sa rencontre avec 32 entrepreneurs français.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quels sont les objectifs de ce travail en commun et des projets futurs entre le Medef International et l’Ouzbékistan ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’année 2018 a donné un nouvel élan dans les relations entre le Medef International et l’Ouzbékistan en dynamisant le partenariat État-secteur privé entre nos deux pays. Le Medef International, en collaboration avec l’ambassade d’Ouzbékistan en France, a en effet organisé deux forums d’entreprises. Le premier a eu lieu en juillet 2018, en présence de Choukhrat Vafaïev, vice-représentant du comité d’État pour les investissements de la République de l’Ouzbékistan. Le second a été organisé en octobre, avec <a href="https://invest.gov.uz/ru/mediacenter/news/suhrob-holmuradov-vstretilsya-s-glavoj-ao-rosnano/">Soukhrob Kholmouradov</a>, vice-Premier ministre et représentant de ce même comité. Ces deux forums, qui ont regroupé jusqu’à 100 sociétés françaises et partenaires ouzbeks, ont eu un grand succès, tout comme la 7<sup>ème</sup> Commission économique commune du mois de juillet 2018. En effet, lors de cette commission, le Medef International a présenté aux autorités des deux pays des idées constructives pour une coopération accrue avec le secteur privé français.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces événements ont servi de base à l’organisation de rencontres politiques et économiques de haut niveau. Un exemple marquant est notamment la visite historique <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/une-visite-en-france-fructueuse-pour-le-president-ouzbek/">en France</a> de <a href="https://www.novastan.org/fr/ouzbekistan/qui-est-le-nouveau-president-de-louzbekistan/">Chavkat Mirzioïev</a>, président de la République de l’Ouzbékistan. Ce renouveau des relations entre les deux pays a d’ailleurs favorisé une hausse de confiance et d’intérêt pour la collaboration avec l&rsquo;Ouzbékistan parmi les entreprises françaises. Cela a notamment mené à l’établissement de partenariats à long terme, ainsi qu’à la signature de divers accords de coopération.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/une-visite-en-france-fructueuse-pour-le-president-ouzbek/">Une visite en France “fructueuse” pour le président ouzbek</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je voudrais d’ailleurs exprimer ma gratitude envers l’ambassade de l’Ouzbékistan en France pour son soutien des entreprises françaises. J’aimerais particulièrement remercier l’ambassadeur d’Ouzbékistan en France, <a href="https://www.gazeta.uz/ru/2018/06/29/ambassador/">Sardor Roustambaïev</a>, pour son implication personnelle dans la consolidation de nos relations économiques et commerciales bilatérales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aujourd’hui, la France est le 16<sup>ème</sup> investisseur étranger en Ouzbékistan. En outre, il y a environ 50 sociétés françaises qui travaillent dans divers secteurs de l’économie ouzbèke. Je crois que le potentiel de notre coopération est énorme, ce qui permet aux entreprises françaises ayant une grande expérience dans l&rsquo;innovation de jouer un rôle plus important dans le développement de l’économie ouzbèke. Les domaines prometteurs incluent notamment l’énergie, l’aérospatial, la construction, le secteur automobile, l’agriculture ou encore les services comme le tourisme.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan: </strong><a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/bouygues-signe-un-contrat-pour-construire-une-zone-touristique-a-boukhara/"><strong>Bouygues signe un contrat pour construire une zone touristique à Boukhara</strong></a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je suis sûr qu’un partenariat durable avec le secteur privé français aidera l’Ouzbékistan à régler nombre de ses problèmes socio-économiques. De surcroît, certaines entreprises, enthousiasmées par les réformes en cours, qu’elles soutiennent d’ailleurs vivement, avaient pour projet d’ouvrir leurs bureaux dans la capitale ouzbèke fin 2019. Cette décision témoigne, non seulement de leur intérêt et attachement au marché ouzbek, mais aussi de la reconnaissance du succès ouzbek sur le chemin de la transformation.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pourriez-vous parler de la rencontre du Medef International avec une délégation de l’administration de la province de Djizak qui a eu lieu en janvier 2019 ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 16 janvier 2019, le Medef International a rencontré Azim Akhmedkhodjaïev, vice-gouverneur de la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Province_de_Djizak">province de Djizak</a>, lors d’un événement en présence de sociétés françaises. Cette rencontre a donné aux participants la possibilité de découvrir la province, son plan stratégique de développement et de parler de perspectives de coopération. Le projet de développement de la région a d’ailleurs intéressé les entrepreneurs français, ce qui s’est traduit par la signature d’un mémorandum d’accord entre la province de Djizak et le Medef International. Ce protocole stimulera le développement futur de la région, à travers la participation de potentiels partenaires français.</p>


<p style="background-color: #d4d4d4;"><span style="color: #000000;">Envie d'Asie centrale dans votre boîte mail ? Inscrivez-vous gratuitement à notre newsletter hebdomadaire <strong><span style="text-decoration: underline;"><a href="https://2ff41361.sibforms.com/serve/MUIFAEUtgQP8Waps-GeAAxU6xgHAdCwla_phFOCNHYUG2N5pyugc_FC9NR3XbOOigQxU5CuQ4V0IZJcq6LjCU6Hx9fBECllNbyvRpMFItJi2WzECxpflAKA-cS-isERi5gQRcgrqND1R6toUU-9w6b_7bd4-Ty-GtfBQfXNFFjMIK0bYtfXjv8bCS5qFaXUgi00yBrR5vK187H2N">en cliquant ici.</a></span></strong></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">Selon un accord du 16 mai 2016, le Medef International a envoyé à Djizak une délégation d&rsquo;une dizaine d&rsquo;entrepreneurs français, bien accueillis par les représentants de la province et spécialement de la zone économique de Djizak. Les hommes d’affaires français ont par exemple visité différents sites de production et usines de la région. Je dois dire que, faisant partie de la délégation, j’étais content de découvrir moi-même cette région très dynamique de l’Ouzbékistan. Djizak est différente de la beauté traditionnelle de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Samarcande">Samarcande</a> ou de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Boukhara">Boukhara</a>, ce qui ouvre de nombreuses possibilités pour les entreprises françaises.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan:</strong><a href="https://novastan.org/fr/europe-et-asie-centrale/rungis-sexporte-en-ouzbekistan/"><strong> Rungis s’exporte en Ouzbékistan</strong></a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les secteurs préconisés pour le partenariat franco-ouzbek désignent a priori les branches industrielles, telles que la fabrication de matériaux de construction ou la construction automobile. S&rsquo;ajoute également <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/suez-et-tachkent-un-contrat-strategique-pour-le-groupe-francais/">la gestion de l’eau</a> et <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/le-scandale-des-cochons-secoue-la-decharge-de-lafd-en-ouzbekistan/">des déchets</a>, de même que le commerce au détail. Il y a encore beaucoup à faire au niveau du secteur textile, du numérique ou pour la promotion de l’écotourisme. Par ailleurs, les entreprises françaises sont également prêtes à soutenir le développement d’autres régions ouzbèkes.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>En février 2019 a été organisé un forum Ouzbékistan-France des entreprises. Le mois suivant, une délégation du Medef se rendait en Ouzbékistan. Ces rencontres ont contribué à maintenir le cap établi en 2018 pour le développement actif de la coopération bilatérale franco-ouzbèke. Pouvez-vous nous faire brièvement le point sur les retombées de ces deux événements ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La réunion du conseil du Medef International du 13 février 2019 se place dans la lignée des forums de 2018. L’objectif principal de cette réunion était de mieux comprendre comment obtenir des résultats concrets et engager des actions pragmatiques entre les sociétés françaises et ouzbèkes. À ce moment-là, il était important pour les entreprises françaises d’entendre parler de l’avancée des réformes et des changements que celles-ci ont apporté dans la structure du gouvernement ouzbek, notamment avec la création d’un ministère de l’Énergie.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan: </strong><a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/suez-et-tachkent-un-contrat-strategique-pour-le-groupe-francais/"><strong>Suez et Tachkent un “contrat stratégique” pour le groupe français</strong></a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Durant les mois qui ont précédé ces événements, les efforts du Medef International se sont principalement concentrés, avec l’accord des autorités ouzbèkes, sur la réflexion autour d’une refonte de la coopération franco-ouzbèke pour satisfaire les attentes des deux parties intéressées. En outre, ces multiples rencontres d’entreprises, telles qu’organisées à Tachkent et à Djizak en format B2B (<em>business to business, ndlr)</em>, ont permis l&rsquo;avancée et la gestation de projets, en fonction des besoins et des moyens de chacun. Certaines entreprises ont même découvert de nouvelles opportunités.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comment évalueriez-vous les changements dans le secteur privé entre nos deux pays ? À  votre avis, quelles sont les opportunités de coopération qui s’ouvrent <strong>aujourd’hui</strong></strong> <strong>avec l’Ouzbékistan ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis 1991, le monde observe la transformation de l’Ouzbékistan. L’Ouzbékistan est identifié comme l’un des pays les plus dynamiques d&rsquo;Asie centrale, mais aussi des plus attractif pour les entreprises. Cette réalité s’est en effet concrétisée pendant les trois dernières années, qui, selon l’avis commun des entrepreneurs français, marquent une nouvelle ère. Ce vent de changement provient notamment des réformes radicales entreprises par le président actuel de l’Ouzbékistan, Chavkat Mirzioïev.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/louzbekistan-en-pleine-perestroika-a-louzbeke/">L’Ouzbékistan en pleine « perestroïka à l’ouzbèke »</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces réformes ont effectivement eu un impact positif, par exemple dans le domaine des banques et de la finance. Elles ont permis de renforcer la présence des organisations financières internationales en Ouzbékistan, et par conséquent des sociétés françaises. Ces dernières peuvent en effet maintenant compter sur la multiplication des sources de financement. Cette abondance de financement est favorisée par le renouveau des relations bilatérales, notamment à travers l’arrivée de l’<a href="https://www.afd.fr/fr">Agence française de développement</a> et de <a href="https://www.bpifrance.fr">BPIFrance</a>. Des relations multilatérales, à travers l’installation de la BAD, de la BERD ou encore de la BM ont également été développées. Cette évolution ouvre de nouvelles perspectives de coopération, sur de nombreux projets dans des domaines variés tels que les « villes intelligentes », l’industrie agro-alimentaire, l’énergie, <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/le-spatial-nouveau-terrain-dentente-entre-la-france-et-louzbekistan/">l’aérospatiale</a>, les infrastructures de services publics et des transports ou le <a href="https://novastan.org/fr/europe-et-asie-centrale/economie-culture-tourisme-entre-louzbekistan-et-la-france-des-collaborations-multiples/">tourisme</a> et bien d’autres encore.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/europe-et-asie-centrale/economie-culture-tourisme-entre-louzbekistan-et-la-france-des-collaborations-multiples/">Économie, culture, tourisme : entre l’Ouzbékistan et la France, des collaborations multiples</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans le cadre de leurs activités, les sociétés françaises s’appuient sur l’introduction et le respect des bonnes pratiques internationales en termes de technologie et de droit. Elles se préoccupent particulièrement des questions de respect de la législation et des normes de droit des contrats conclus avec des partenaires publiques ou privés. Grâce à l’amélioration des conditions évoquées plus haut, les sociétés françaises appellent les autorités ouzbèkes à soutenir le mouvement réformateur, notamment pour favoriser une gestion administrative efficace et une lutte efficace contre la bureaucratie et la corruption.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/un-centre-culturel-franco-ouzbek-ouvrira-en-2022-a-tachkent/">Un centre culturel franco-ouzbek ouvrira en 2022 à Tachkent</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En tant que représentant du secteur privé de la France et des sociétés françaises implantées à l’étranger, le Medef International invite les autorités de l’Ouzbékistan à soutenir les reformes amorcées par le gouvernement actuel. Le Medef International encourage aussi les efforts pour améliorer les relations bilatérales et attirer des investisseurs français. Ceux-ci contribueront certainement à renforcer les relations franco-ouzbèkes, sur des bases de confiance mutuelle. Ces deux axes sont indispensables pour la réalisation de perspectives ambitieuses établies entre la France et l’Ouzbékistan : une route construite et renforcée ensemble.</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph" style="text-align: right;"><strong>Propos recueillis par Chokroukh Azamov</strong><br /><strong>Rédacteur en chef d’Ekonomitcheski Vestnik Ouzbekistana </strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph" style="text-align: right;"><strong>Traduit du </strong><a href="https://evu.uz/intervyu/transformacziya-privlekayushhaya-biznes.html"><strong>russe</strong></a><strong> par Talgat Abdrakhmanov</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph" style="text-align: right;"><strong>Édité par Anne-Charlotte Marcombe</strong></p>
<p style="text-align: right;"><strong>Relu par Charlotte Bonin</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Relu par Charlotte Bonin</strong></p>


<p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a> ou nous envoyer un email à <a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p>
<p>The post <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/entre-france-et-ouzbekistan-un-potentiel-de-cooperation-enorme/">Entre France et Ouzbékistan, un « potentiel de coopération énorme »</a> appeared first on <a href="https://novastan.org/fr">Novastan France</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://novastan.org/fr/ouzbekistan/entre-france-et-ouzbekistan-un-potentiel-de-cooperation-enorme/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Au Kazakhstan, l&#8217;enfer des rescapés du Xinjiang</title>
		<link>https://novastan.org/fr/kazakhstan/au-kazakhstan-lenfer-des-rescapes-du-xinjiang/</link>
					<comments>https://novastan.org/fr/kazakhstan/au-kazakhstan-lenfer-des-rescapes-du-xinjiang/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[tabdrakathmanov]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 05 Dec 2020 06:36:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Kazakhstan]]></category>
		<category><![CDATA[Région Ouïghoure]]></category>
		<category><![CDATA[Camp]]></category>
		<category><![CDATA[Camps de rééducation]]></category>
		<category><![CDATA[Chine]]></category>
		<category><![CDATA[Droits de l'Homme]]></category>
		<category><![CDATA[Ouïghours]]></category>
		<category><![CDATA[Religion]]></category>
		<category><![CDATA[Répression]]></category>
		<category><![CDATA[Traduction]]></category>
		<category><![CDATA[Xinjiang]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://novastan.org/fr/?p=41421</guid>

					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/au-kazakhstan-lenfer-des-rescapes-du-xinjiang/">Au Kazakhstan, l&rsquo;enfer des rescapés du Xinjiang</a></p>
<p>Les citoyens chinois d’ethnie kazakhe sont, à l’instar des Ouïghours, la cible d&#8217;une répression extrêmement violente en Chine. Parmi eux, nombreux sont ceux qui ont été détenus dans les camps d’internement créés par le gouvernement chinois afin de «&#160;ré-éduquer&#160;» les populations musulmanes du Xinjiang, soupçonnées de radicalisation religieuse et de séparatisme. Après avoir subi torture [&#8230;]</p>
<p>The post <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/au-kazakhstan-lenfer-des-rescapes-du-xinjiang/">Au Kazakhstan, l&rsquo;enfer des rescapés du Xinjiang</a> appeared first on <a href="https://novastan.org/fr">Novastan France</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/au-kazakhstan-lenfer-des-rescapes-du-xinjiang/">Au Kazakhstan, l&rsquo;enfer des rescapés du Xinjiang</a></p>

<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les citoyens chinois d’ethnie kazakhe sont, à l’instar des Ouïghours, la cible d&rsquo;une répression extrêmement violente en Chine. Parmi eux, nombreux sont ceux qui ont été détenus dans les camps d’internement créés par le gouvernement chinois afin de «&nbsp;ré-éduquer&nbsp;» les populations musulmanes du Xinjiang, soupçonnées de radicalisation religieuse et de séparatisme. Après avoir subi torture et travail forcé, certains ont pu fuir la Chine mais leur calvaire ne s’est pas arrêté à la frontière. Témoignages.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Novastan reprend et traduit ici un article publié le 4 septembre 2020 par le média kazakh <a href="https://vlast.kz/obsshestvo/41550-vybratsa-iz-sinczana.html">Vlast</a>.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la région autonome ouïghoure du <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Xinjiang">Xinjiang</a>, en Chine se trouvent pas moins d&rsquo;1,5 million de Kazakhs, plus de 11 millions <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ou%C3%AFghours">d’Ouïghours</a>, près d’un million de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Dounganes">Dounganes</a> et environ 200&nbsp;000 Kirghiz<em>. </em>La politique de répression extrêmement violente du pouvoir central chinois depuis le tournant des années 2010 et qui vise ces populations, majoritairement musulmanes et <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Peuples_turcs">turciques</a>, a conduit à l’enfermement du plus d’un million d’individus, <a href="https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2018/09/china-xinjiang-families-of-up-to-one-million-detained-demand-answers/">selon Amnesty International</a>. </p>


<p style="background-color: #d4d4d4;"><span style="color: #000000;">Novastan est le seul média européen (en français, en allemand et en anglais) spécialisé sur l'Asie centrale. Entièrement associatif, il fonctionne grâce à votre participation. Nous sommes indépendants et pour le rester, nous avons besoin de vous ! Vous pouvez nous soutenir <strong><a href="https://novastan.org/fr/sabonner/"> en vous abonnant</a></strong>, en réalisant <a href="https://www.okpal.com/soutenez-novastan-seul-media-francais-sur-l-asie/#/"> un don défiscalisé à 66 %</a>, ou en devenant membre actif<strong> <strong><a href="https://novastan.org/fr/novastan-france/devenez-membre-devenez-novastan/">par ici</a></strong>.</strong></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">La minorité kazakhe n’y fait pas exception et Pékin n’hésite pas à traquer ses citoyens hors de son propre territoire. L’enfer vécu par les Kazakhs de Chine parvenus à fuir les camps pour rejoindre le Kazakhstan témoigne de l’ambiguïté de <a href="https://www.novastan.org/fr/kazakhstan/la-capitale-du-kazakhstan-renommee-nur-sultan/">Nur-Sultan</a> et des pressions politiques exercées par la Chine.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Gülzira Awelkhan, restée 15 mois dans un camp</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Gülzira Awelkhan, âgée de 41 ans, est née dans la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Pr%C3%A9fecture_autonome_kazakhe_d%27Ili">préfecture autonome kazakhe d’Ili</a>, en Chine. En 2014, elle déménage au Kazakhstan avec sa fille cadette et son mari. Une partie de sa famille, dont sa fille aînée, reste en Chine. &nbsp;</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="900" height="600" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/1-Gülizira-Awelkhan.jpg" alt="Gülzira Awelkhan Kazakhstan Chine Camps Xinjiang" class="wp-image-41518" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/1-Gülizira-Awelkhan.jpg 900w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/1-Gülizira-Awelkhan-300x200.jpg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/1-Gülizira-Awelkhan-768x512.jpg 768w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/1-Gülizira-Awelkhan-128x86.jpg 128w" sizes="auto, (max-width: 900px) 100vw, 900px" /><figcaption>Gülzira Awelkhan</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">En 2017, Gülzira Awelkhan se rend en Chine afin de rendre visite à son père, qui est gravement malade. Mais après avoir traversé la frontière, la police lui confisque son passeport et l’interroge. Quelques heures plus tard, elle est transférée dans un camp où elle est détenue pendant 15 longs mois. Son sort ressemble à celui de centaines de Kazakhs partis de Chine, qui pour une raison ou pour une autre, y sont retournés et se sont retrouvés piégés dans les camps chinois.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Mon passeport a été saisi à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Khorgos">Khorgos</a></em> (le point de passage à la frontière sino-kazakhe, ndlr) <em>et transmis à la police locale. Le policier m’a dit&nbsp;: Si tu essaies de retourner au Kazakhstan, je ne te laisserai jamais partir. Je n’ai pas compris et j’ai demandé&nbsp;:&nbsp;Pourquoi ? Ma famille est là-bas. Ai-je tué quelqu’un&nbsp;? Ai-je braqué une banque&nbsp;?&nbsp;Il m’a répondu&nbsp;: je t’emmènerai dans un endroit dont tu ne pourras jamais sortir. Je l’ai donc provoqué&nbsp;et j’ai dit&nbsp;:&nbsp;allez-y&nbsp;!&nbsp;»</em>, se souvient Gülzira Awelkhan dans un entretien avec le média kazakh Vlast. La police chinoise l’interroge, prélève ses empreintes digitales puis lui fait lire un livre à haute voix pour enregistrer sa voix.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Ensuite, on m’a amenée chez mon beau-frère où j’ai passé la nuit. Le lendemain matin, la police chinoise est venue me chercher. J’ai dit que je venais voir mon père car il était malade. Ils m’ont répondu que je rentrerai dans 15 jours. Alors j’ai dit que j’avais besoin de prendre quelques vêtements, mais on m’a répondu que ce n’était pas la peine, qu’on me donnerait des vêtements spéciaux, puis on m’a emmené dans le camp. Les 15 jours se sont transformés en 15 mois&nbsp;»</em>, raconte Gülzira Awelkhan.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan&nbsp;: <a href="https://novastan.org/fr/region-ouighoure/camps-de-re-education-au-xinjiang-on-peut-rester-dans-ces-camps-tres-longtemps-certains-a-perpetuite/">Camps de ré-éducation au Xinjiang&nbsp;: « On peut rester dans ces camps très longtemps, certains à perpétuité »</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans le camp se trouvaient près de 800 femmes&nbsp;: Ouïghoures et Kazakhes notamment. Pour empêcher toute communication entre elles, les femmes d’une même ethnie ne partagent jamais la même cellule.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>« Certaines avaient des toilettes, d’autres, non »</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Le matin, nous allions en cours en rang, comme du bétail, puis le soir ils nous emmenaient dans des dortoirs collectifs. Lorsqu’ils nous donnaient l’ordre de se coucher ou de se lever, on obéissait. Certaines avaient des toilettes, d’autres, non »</em>, décrit Gülzira Awelkhan.<em> « On dormait sur le côté, car les chambres étaient surpeuplées et nous n’avions pas assez de place. Ils nous interdisaient de s’allonger sur le dos parce qu’ils pensaient que dans cette position, nous pourrions prier. On sortait vers cinq heures du matin puis on revenait le soir, entre 21 heures et 22 heures »</em>, ajoute-t-elle. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Entre les chambres et les salles de travail, il y avait une ligne jaune au sol. Les «&nbsp;étudiants&nbsp;» suivaient la ligne jaune en deux rangs. De part et d’autre, il y avait des lignes blanches. D’un côté, les instituteurs, de l’autre, les gardiens. S’il nous arrivait de tousser et ou faire le moindre geste, les gardiens nous frappait la tête avec des bâtons. Chaque personne avait deux minutes pour faire ses besoins et sa toilette. Si nous restions davantage, ils nous battaient jusqu’à ce qu’on arrive dans la classe. À cause de ça, on avait des œdèmes, les yeux rouges et une mauvaise haleine&nbsp;»</em>, raconte Gülzira Awelkhan.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Des produits stérilisants</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour chaque geste, il faut demander l’autorisation en chinois. <em>«&nbsp;Si nous nous déplacions sans permission, on nous disait qu’on était repérés par la caméra et on nous amenait dans une pièce à part. Dans cette pièce se trouvait une chaise à laquelle nous étions attachées avec des menottes. Au moindre mouvement, les menottes se resserraient sur nos poignets »</em>, se souvient-elle.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Trois mois plus tard, ils ont commencé à nous injecter des produits, sans jamais qu’on nous explique vraiment de quoi il s&rsquo;agissait. On nous a dit que cette piqûre était administrée pour la toux. Après ces injections, beaucoup de femmes n’avaient plus leurs règles »</em>, dit Gülzira Awelkhan. <em>« Ils nous faisaient cette piqûre tous les jours, puis ils nous donnaient des petits cachets blancs. Les médecins et les infirmières venaient contrôler. Ils nous obligeaient à manger du porc, ils appelaient ça «&nbsp;la nourriture familiale&nbsp;». Au début, on refusait, on pleurait, mais après ces piqûres, on oubliait tout et on ne pensait qu’à manger. »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>« C’est mon certificat de mariage qui m’a sauvé du viol »</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Puis, les autorités chinoises ont donné un travail à Gülzira Awelkhan&nbsp;:<em> «&nbsp;Ils m’ont dit que j’allais travailler, grâce à la bonne politique du gouvernement chinois »</em>, se souvient-elle.<em> « Je pensais faire du ménage, quelque chose d’ordinaire, mais j’ai atterri dans un endroit où on mettait des femmes à disposition des hommes. Je rangeais leurs affaires, je faisais leur lit. Puis des hommes entraient dans leur chambre et fermaient les rideaux pendant plusieurs heures. J’ai fait ça pendant six mois puis on m’a ramené au camp. C’est mon certificat de mariage qui m’a sauvé du viol. Les femmes veuves ou divorcées étaient violées, on venait les cherchait en pleine nuit et elles ne revenaient pas&nbsp;»</em>, décrit Gülzira Awelkhan.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans le camp, les interrogatoires étaient incessants. <em>«&nbsp;Ils nous demandaient si nous étions allées à l’étranger, si nous faisions la prière, si nous croyions en Allah.&nbsp;On m’a interrogé 27 fois durant 15 mois »</em>, décrit Gülzira Awelkhan. <em>« Parfois je pensais à ma famille, à mes proches et je pleurais. Si nous pleurions, on nous attachait à la chaise avec les menottes pendant 12, 16 ou 24 heures&nbsp;»</em>, explique la rescapée.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan&nbsp;: <a href="https://novastan.org/fr/region-ouighoure/dans-la-region-ouighoure-la-surveillance-detat-au-plus-pres-des-familles/">Dans la région ouïghoure, la surveillance d’État au plus près des familles</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans le camp, les gardiens chinois brûlaient des exemplaires du Coran et les tapis de prière. <em>«&nbsp;Il y en avait beaucoup. Ils disaient aux familles des détenus&nbsp;d’apporter tout ce qu’elles possédaient qui était lié à la religion, comme le Coran et les tapis de prière. En échange, le Parti les pardonnerait »</em>, décrit Gülzira Awelkhan. <em>« On nous disait&nbsp;: apprenez le chinois, il n’y a pas d’autres langues ni d’autres ethnies&nbsp;: Kazakhs, Ouïghours, Kirghiz, vous ressemblez aux Chinois. Vous vivez sur les terres chinoises, grâce à l’argent chinois. »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Des examens de langue chinoise</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y avait parfois des contrôles de dirigeants du Parti communiste chinois : <em>«&nbsp;Lorsqu’ils venaient, ils nous teignaient nos cheveux blancs, nous maquillaient et nous parfumaient. Nos chambres étaient décorées. Ils mettaient au premier rang les gens qui parlaient chinois. Nous devions les accueillir avec un sourire, puis sortions à l’extérieur du camp et nous dansions. Nous chantions des chansons à la gloire de la nation chinoise »</em>, raconte Gülzira Awelkhan.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="622" height="350" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/Camps-Xinjiang.jpg" alt="Ouïghours Kazakhs Musulmans Chine Xinjiang Camps" class="wp-image-41496" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/Camps-Xinjiang.jpg 622w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/Camps-Xinjiang-300x169.jpg 300w" sizes="auto, (max-width: 622px) 100vw, 622px" /><figcaption>Des hommes détenus dans un camp d&rsquo;internement au Xinjiang</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Un examen de langue chinoise avait lieu chaque semaine. <em>«</em>&nbsp;<em>Nous étions obligées de tricher car il était difficile d’apprendre la langue. Nous écrivions les réponses sur nos doigts. Ils nous disaient que si l’on réussissait, on aurait le droit de sortir »</em>, décrit Gülzira Awelkhan.</p>



<p class="wp-block-paragraph">« <em>Il nous était permis de voir nos proches une fois par mois, pendant 15 minutes. Je ne voyais pas mon mari car il était au Kazakhstan. Quant aux proches, je les voyais à travers la grille. Ils venaient une fois tous les trois mois car ils habitaient loin. Leurs téléphones ont été contrôlés, on notait tous leurs contacts. Six mois après, la «&nbsp;bonne politique du gouvernement&nbsp;» nous a permis de se voir tête à tête. Mais nous ne voulions pas que nos proches viennent de peur qu’on ne les retienne dans les camps</em>&nbsp;», confie t-elle.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan&nbsp;: <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/lagman-et-paranoia-a-khorgos-pourquoi-linfluence-chinoise-a-la-frontiere-kazakhe-est-en-declin/">Lagman et paranoïa à Khorgos : pourquoi l’influence chinoise à la frontière kazakhe est en déclin</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La fille aînée de Gülzira Awelkhan, restée en Chine, a également été internée dans un camp. Les autorités chinoises ont échafaudé une raison pour la convoquer. «&nbsp;<em>Comme elle était institutrice, elle pouvait circuler plus librement mais je ne sais pas dans quel camp elle était&nbsp;»</em>, explique Gülzira Awelkhan.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Des fonctionnaires chinois chez soi</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Après 15 mois, Gülzira Awelkhan est libérée. En rentrant à son domicile en Chine, elle y découvre trois inconnues&nbsp;: deux Ouïghoures et une Chinoise. «&nbsp;<em>Elles m’ont observé. Puis nous nous sommes saluées, nous avons mangé ensemble et pris des photos. En partant le lendemain, elles ont laissé 20 yuans. J’ai demandé à la femme chinoise pourquoi elle me donnait de l’argent, elle m’a répondu&nbsp;: «&nbsp;Votre famille est notre famille</em>&nbsp;<em>» »</em>, décrit Gülzira Awelkhan. Comme <a href="https://www.hrw.org/fr/news/2018/05/13/chine-visites-imposees-de-fonctionnaires-dans-des-foyers-du-xinjiang">le relate Human Rights Watch</a>, depuis 2014, des fonctionnaires chinois se rendent systématiquement dans les familles musulmanes du Xinjiang pour observer leurs membres et contrôler leur intégration dans la société chinoise.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le lendemain de sa libération, Gülzira Awelkhan est convoquée pour faire de la propagande en faveur des camps auprès des habitants de son village. <em>«</em>&nbsp;<em>Je devais mentir et convaincre les gens qu’aller dans un camp pour étudier le chinois et suivre des formations était une belle opportunité »</em>, dit-elle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Peu de temps après, les autorités chinoises autorisent Gülzira à rentrer au Kazakhstan. <em>«&nbsp;On m’a demandé de me rendre au Kazakhstan et dire à mon mari que j’étais tombée malade, que j’avais perdu mon passeport »</em>, se souvient Gülzira Awelkhan. <em>« J’ai demandé à récupérer mes papiers, mais ils m’ont dit que je partirai seulement avec mon permis de séjour, qu’ils me donneraient 250&nbsp;000 yuans, et qu’à la frontière je serai accueillie par leurs agents. On m’a dit de ne rien dire sur les camps. J’avais peur de prendre de l’argent, mais j’ai promis que je reviendrai en Chine et que je ne dirai pas un mot sur le camp.&nbsp;»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan&nbsp;: <a href="https://novastan.org/fr/region-ouighoure/pourquoi-la-cause-ouighoure-peine-a-prendre-en-france/">Pourquoi la cause ouïghoure peine à prendre en France</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais la Chine n’a pas laissé Gülzira Awelkhan tranquille bien longtemps. Après quatre jours au Kazakhstan, les autorités chinoises l’ont appelée pour la faire travailler dans une usine pendant trois mois. <em>«&nbsp;Nous y avons cousu des gants »</em>, dit-elle. <em>« Tous les samedis, nous rentrions à la maison et la semaine nous étions logées dans une auberge. J&rsquo;ai cousu environ 20 gants par jour. Ma fille aînée y travaillait également »</em>, décrit Gülzira Awelkhan.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La menace d&rsquo;un retour dans les camps</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Après un certain temps, les ouvriers ont été autorisés à appeler leurs proches. <em>« Mon mari me demandait de revenir mais je n&rsquo;avais pas de passeport. Nous avons donc attendu trois mois »</em>, dit-elle. <em>«&nbsp;Un jour, les Chinois nous ont demandé de signer un document. Si on refusait de le signer, on nous emmenait à nouveau dans un camp. J’ai alors demandé : Ça fait presque deux ans que je suis ici, quand aurais-je le droit de rentrer chez moi&nbsp;? On m’a alors répondu&nbsp;: Quand tu signeras ce papier, nous le remettrons au bureau des affaires intérieures, après quoi nous recevrons de l’argent et vous serez libérée. Alors, j’ai écrit à mon mari et je lui ai demandé de me ramener au Kazakhstan par tous les moyens, que je risquais de mourir s’il ne m’aidait pas. Il s’est alors adressé à <a href="https://twitter.com/atajurt?lang=fr">Atajourt</a>, une organisation qui soutient les Kazakhs de Chine réfugiés au Kazakhstan, et on m’a conseillé de ne pas signer ce document »</em>, explique-t-elle.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="682" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/2-Gülzira-Awelkhan-1024x682.jpg" alt="Gülzira Awelkhan" class="wp-image-41520" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/2-Gülzira-Awelkhan-1024x682.jpg 1024w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/2-Gülzira-Awelkhan-300x200.jpg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/2-Gülzira-Awelkhan-768x512.jpg 768w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/2-Gülzira-Awelkhan-128x86.jpg 128w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/2-Gülzira-Awelkhan.jpg 1160w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption>Gülzira Awelkhan avec son mari et sa fille cadette</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Le 29 décembre 2018, à l’occasion des célébrations du Nouvel An, les ouvriers sont autorisés à partir plus tôt. Mais au moment de partir, ils sont de nouveau réunis et menacés. Comme Gülzira Awelkhan et sa fille refusent de signer le document, elles sont emmenées au commissariat. Une fois là-bas, les policiers chinois analysent le téléphone de Gülzira Awelkhan et trouvent la conversation qu’elle a eu avec son mari. Ils l&rsquo;interrogent et elle est obligée d&rsquo;avouer qu&rsquo;elle lui a tout raconté au sujet du camp.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Gülzira Awelkhan et sa fille sont alors emmenées au sous-sol du commissariat.<em> «&nbsp;C’était effrayant. J’ai cru vivre mes derniers instants. Ils m’ont posé une question en chinois, à laquelle je n’ai pas pu répondre. Puis ils m’ont électrocuté. Quand j’ai perdu connaissance, ils m’ont jeté de l’eau au visage et j’ai repris mes esprits. Ils ont repris l’interrogatoire en chinois. Ils m’ont planté des clous dans les mains, auxquels ils ont attaché mes cheveux. J’ai cru que ma nuque allait se casser. Puis ils m’ont rentré des aiguilles sous les ongles »</em>, raconte-t-elle.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>« Tu as trahi ta patrie en mangeant leur pain et en buvant leur eau »</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le lendemain matin, Gülzira Awelkhan est présentée à des policiers kazakhs. En les voyant, elle fond en larmes. <em>«&nbsp;Pourquoi tu pleures&nbsp;? Nous sommes là pour toi. Que faisais-tu dans une organisation illégale&nbsp;? Tu as trahi ta patrie en mangeant leur pain et en buvant leur eau&nbsp;»</em>, affirment les policiers. Gülzira Awelkhan cherche alors à comprendre pourquoi on l’empêche de retourner au Kazakhstan alors qu’elle a une carte de séjour. Elle leur explique que les policiers chinois ont confisqué son passeport, son acte de mariage et sa carte de séjour. Puis ils emmènent Gülzira Awelkhan dans un café et lui offrent à manger. Ils lui promettent qu’elle rentrera bientôt au Kazakhstan. Deux jours plus tard, Gülzira Awelkhan est autorisée à rentrer.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan&nbsp;: <a href="https://novastan.org/fr/region-ouighoure/xinjiang-identites-en-sursis/">Xinjiang, identités en sursis</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Au poste de contrôle frontalier, j’ai été déshabillée et on a fouillé toute ma valise. Quand nous sommes arrivés au contrôle des passeports, le policier a parlé avec les agents et ils m’ont laissé passer sans contrôle. Je crois qu’il a dit que j’avais passé «&nbsp;la rééducation&nbsp;». Après cela, j’ai passé la frontière et j’étais enfin au Kazakhstan. J’ai fondu en larmes&nbsp;»</em>, explique Gülzira Awelkhan.  </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>De nombreux signes de traumatisme</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Deux semaines après son retour, elle décide de raconter ce qu’elle a vécu. <em>«&nbsp;On m’a demandé pourquoi j’avais été absente pendant deux ans et comment j’avais pu rentrer sans passeport. Alors j&rsquo;ai décidé de tout expliquer, malgré le serment que j’avais fait aux Chinois. Au début, je voulais tenir cette promesse, mais trop de gens disparaissent, trop de gens souffrent. Je suis devenu proche des autres détenus, nous avons partagé le pain. Quand j’ai pu partir, d’autres personnes m’ont supplié de les sauver. Il y avait des gens fragiles, des personnes âgées et handicapées. Certains devenaient fous </em>», explique Gülzira Awelkhan.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec un titre de séjour temporaire, les Kazakhs de Chine sont obligés de rentrer sur le territoire chinois tous les six mois. Gülzira Awelkhan a donc sollicité les autorités kazakhes pour obtenir la nationalité. Mais sa demande est restée lettre morte. Elle s’est donc tournée vers les médias et les ONG, ce qui lui a permis de recevoir l’aide d’un avocat et d&rsquo;obtenir le statut de réfugiée, puis la nationalité kazakhe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Gülzira Awelkhan présente de nombreux signes de traumatisme. <em>«&nbsp;Durant ces 18 mois, j’ai vu de mes propres yeux la façon dont ils bafouent les droits humains. Je n’arrive plus à regarder les informations à la télévision car cela me rappelle les camps. Je ne comprends même pas la télévision au Kazakhstan », </em>décrit-elle.<em> « En Chine, il n’y a pas de films, on montre Xi Jinping du matin au soir et on répète sans cesse que la Chine est riche et prospère, par rapport aux autres pays où il n’y a que des guerres et des manifestations. Je n’ai plus de force, même pour pétrir de la pâte. J’ai sans cesse des migraines. Ma mémoire est défaillante. Une fois, j’ai oublié le chemin pour ramener ma fille de l’école »</em>, explique-t-elle.<em> </em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Je ne peux plus travailler, seul mon mari travaille et tout ce qu’il gagne, je le dépense pour acheter des médicaments. Mais les médecins ne savent pas comment me soigner. Parfois, mes règles durent plus de deux semaines. Je ne sais pas si je pourrai de nouveau avoir un enfant »</em>, s&rsquo;inquiète Gülzira Awelkhan.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>«&nbsp;Nous combattons sur deux fronts à la fois&nbsp;»</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Après que le Kazakhstan a obtenu son indépendance, près de 200 000 Kazakhs ont quitté la Chine pour rejoindre leur patrie grâce à un programme d’incitation au retour »</em>, explique à Vlast, Serikjan Bilach, un Kazakh lui-même rentré de Chine en 2000. Son association Naghyz Atajurt Eriktileri, « les Vrais Volontaires de la Patrie » en kazakh, soutient les Kazakhs du Xinjiang qui ont réussi à fuir les camps et à s’installer au Kazakhstan.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="682" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/3-Serijkan-1024x682.jpg" alt="Serijkan Bilach Atajurt Kazakhstan Chine Xinjiang Camps" class="wp-image-41521" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/3-Serijkan-1024x682.jpg 1024w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/3-Serijkan-300x200.jpg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/3-Serijkan-768x512.jpg 768w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/3-Serijkan-128x86.jpg 128w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/3-Serijkan.jpg 1280w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption>Serijkan Bilach et son association soutiennent les Kazakhs du Xinjiang qui ont réussi à fuir.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Si on compte ceux qui y résident avec un titre de séjour temporaire, les Kazakhs qui sont passés de Chine au Kazakhstan serait environ 500&nbsp;000. Tous ont de la famille en Chine. Les enfants de certains étudient ici, alors que leurs parents sont restés en Chine »</em>, décrit Serikjan Bilach<em>. « Des hommes font des affaires ici, tandis que leurs femmes et enfants habitent en Chine. Des retraités reviennent vivre au Kazakhstan alors que leurs enfants travaillent en Chine. Beaucoup de familles sont partagées entre les deux côtés de la frontière. Il n’existe aucune étude statistique à ce sujet, mais nous estimons qu’entre 700 -000 et 800 000 Kazakhs sont dans cette situation »</em>, assure-t-il.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan&nbsp;: <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/les-racines-de-la-sinophobie-au-kazakhstan/">Les racines de la sinophobie au Kazakhstan</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Serikjan Bilach a commencé à travailler avec des Kazakhs citoyens de Chine en 2009. Fin juin de cette année-là, il est arrivé à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%9Cr%C3%BCmqi">Ürümqi</a> de Hongkong. Le 5 juillet au soir, des tirs de mitraillette retentissent près de chez lui. Serikjan Bilach retrouve des impacts de balles sur les murs de sa maison. C&rsquo;est plus tard que les <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89meutes_au_Xinjiang_en_juillet_2009">émeutes de 2009</a> et la violente répression qui en a découlé ont pris le nom d’Événements de juillet. Ils ont servi de prétexte pour mettre en place un contrôle répressif systématique des populations musulmanes de Chine. Des camps d’internement sont créés au cours des années 2010. Les autorités chinoises présentent ces camps comme des centres éducatifs où les Ouïghours, les Kazakhs et les autres peuples musulmans du Xinjiang doivent apprendre le chinois et se soumettre à la politique de Pékin. Tout élément en lien avec l’islam et avec leurs cultures d’origine est proscrit.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une accélération en 2016</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Après 2009, j’ai commencé à conseiller aux Kazakhs de Chine&nbsp;de partir »</em>, se souvient Serikjan Bilach. Il publie alors plusieurs articles sur Internet pour les convaincre de rallier le Kazakhstan. Puis, en 2014, Serikjan Bilach propose son aide aux personnes désireuses de venir étudier ou chercher un emploi au Kazakhstan. Au même moment, la politique répressive de Pékin s’intensifie.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Les autorités chinoises ont commencé en confisquant les passeports des Kazakhs qui vivaient en Chine. Puis ils ont persécuté ceux qui utilisaient WeChat en vérifiant leurs téléphones et en copiant leurs contacts. Ils ont traqué ceux qui consultait des sites étrangers&nbsp;: leur téléphone pouvait être saisi pour trois à cinq jours, ils le contrôlaient et puis le rendaient. Certains sont repassés aux anciens téléphones basiques dès 2011, pour éviter tout problème »</em>, témoigne-t-il.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/region-ouighoure/le-prix-sakharov-2019-decerne-a-ilham-tohti-dissident-ouighour/">Le prix Sakharov 2019 décerné à Ilham Tohti, dissident ouïghour</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En 2016, Serikjan Bilach reçoit pour la première fois un message faisant état d’une disparition.<em> «&nbsp;Nous avions créé un groupe WhatsApp pour réunir les Kazakhs de Chine. Ils y échangeaient et racontaient leurs déboires. L’un deux a raconté que son frère, simple berger, avait disparu depuis un mois. Son frère disait que ses affaires étaient prêtes pour déménager au Kazakhstan. »</em> La même année, Serikjan Bilach et ses amis créent l’association Atajourt, « patrie » en kazakh.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les autorités chinoises ne tardent pas à exercer leur pression sur les Kazakhs ethniques qui travaillaient dans la fonction publique : il leur est interdit de démissionner tant que leurs enfants étudient au Kazakhstan. Les étudiants originaires de Chine inscrits dans l’enseignement supérieur au Kazakhstan commencent alors à rentrer.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>« On arrêtait les Kazakhs petit à petit, cinq dans un village, dix dans un autre »</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En 2017, Atajourt organise une conférence de presse lors de laquelle une femme raconte que son mari a été condamné par la justice chinoise à 13 ans de prison en 2005, jugé coupable d’espionnage au profit du Kazakhstan. Sa faute principale serait en fait d’avoir déménagé au Kazakhstan avec sa famille. Ces persécutions envers les Kazakhs de Chine sont d’abord passées inaperçues, puis sont peu à peu devenues visibles. <em>« On arrêtait les Kazakhs petit à petit, cinq dans un village, dix dans un autre. Au début, personne n’a remarqué ce qui se passait.</em>&nbsp;<em>Au début, lorsque les proches des personnes arrêtées en Chine s’exprimaient dans les médias étrangers, ces personnes étaient libérées. Si la famille avait peur et ne réagissait pas, certains pouvaient être envoyés en prison pour 10 ou 20 ans</em>« , raconte Serikjan Bilach.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les membres d’Atajourt commencent donc à collecter des informations sur les disparus et sur ceux qui sortaient des camps pour les transmettre aux médias et aux organisations de défense des droits de l&rsquo;Homme. <em>«&nbsp;Nous luttons sur deux fronts&nbsp;: à la fois avec la Chine mais aussi avec les prochinois au Kazakhstan</em>« , explique-t-il.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Des pressions côté kazakh</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En effet, Atajourt a subi de nombreuses pressions. En février 2019, Serikjan Bilach doit répondre devant un tribunal des accusations de participation à une organisation illégale. Le tribunal le déclare coupable et le condamne à payer une amende équivalente à 100 fois le salaire de base au Kazakhstan. Le mois suivant, il est arrêté pour <em>«&nbsp;suspicion de commettre une action préméditée ayant pour but d’inciter à la haine sociale ou interethnique&nbsp;».</em> Après cela, il est <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/un-defenseur-des-kazakhs-emprisonnes-dans-la-region-ouighoure-arrete-au-kazakhstan/">assigné à résidence pendant plusieurs mois</a>. En août 2019, le tribunal interdit à Serikjan Bilach de diriger une organisation publique.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/un-defenseur-des-kazakhs-emprisonnes-dans-la-region-ouighoure-arrete-au-kazakhstan/">Un défenseur des Kazakhs emprisonné dans la région ouïghoure arrêté au Kazakhstan</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Le 31 décembre 2019, la période de contrôle judiciaire a pris fin. Dès le 1<sup>er</sup> janvier 2020, j’ai déclaré que je travaillais pour Atajourt&nbsp;en tant qu’agent d’entretien. Je fais le ménage et parfois je sers comme conducteur. Selon la décision du tribunal, je ne peux pas être dirigeant. Je trouve cela risible&nbsp;; que craignent-ils, que je veuille diriger Nour-Otan&nbsp;?</em>&nbsp;», s&rsquo;interroge Serikjan Bilach, en référence <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Nour-Otan">au parti politique présidentiel kazakh</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En septembre 2019, le département de justice <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/almaty-la-ville-aux-1000-couleurs-et-aux-1001-annees/">d’Almaty</a> valide l&rsquo;inscription au registre l’organisation Atajourt Eriktileri, « Les Volontaires de la Patrie »&nbsp;en kazakh, dont la reconnaissance a été <a href="https://twitter.com/State_SCA/status/1177558966051770373">saluée par le département d’État américain</a>. Serikjan Bilach avait tenté à de nombreuses reprises de faire reconnaître Atajourt par les autorités kazakhes, en vain. Selon lui, l’organisation ainsi enregistrée est une coquille vide.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>« Si on refuse de nous enregistrer, c’est pour nous empêcher d’obtenir cette aide internationale »</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Accompagné de certains anciens compagnons, il décide de reprendre son engagement en créant une structure officieuse, Nagyz Atajourt Eriktileri, « les Vrais Volontaires de la Patrie »&nbsp;en kazakh.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Si on nous enregistrait légalement, nous pourrions obtenir des subventions importantes de la part de donateurs internationaux. Cet argent pourrait aider les Kazakhs qui ont souffert dans les camps, physiquement et psychologiquement. Si on refuse de nous enregistrer, c’est pour nous empêcher d’obtenir cette aide internationale. Les autorités ont enregistré une association bidon pour faire diversion et éviter la pression internationale</em>« , explique Serikjan Bilach.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En mars 2020, il dissout officiellement son association à cause du manque de moyens. Quatre mois plus tard, il est à nouveau condamné pour <em>« participation à une organisation illégale&nbsp;»</em>. Il explique au tribunal son action en faveur des Kazakhs fuyant le Xinjiang, mais le tribunal ne fait aucun cas de son engagement. Serikjan Bilach est poursuivi dans deux autres affaires liées à ses activités militantes. Son patrimoine immobilier, sa voiture et ses comptes bancaires sont alors saisis.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>30 000 plaintes de Kazakhs du Xinjiang</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Malgré cela, l’association Nagyz Atajourt Eriktileri poursuit son travail. Plus de 30&nbsp;000 plaintes émanant des Kazakhs du Xinjiang ont été transmises à des ONG de défense des droits de l&rsquo;Homme.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/xinjiang-des-kirghiz-se-mobilisent-a-bichkek-pour-alerter-sur-les-camps-chinois/">Xinjiang : des Kirghiz se mobilisent à Bichkek pour alerter sur les camps chinois</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le nombre de plaintes a diminué depuis le début de l’année 2020. <em>«&nbsp;Cela démontre que les pressions internationales sur la Chine ont produit des résultats. Mais le problème est loin d’être résolu. Les autorités chinoises ont emprisonné tous ceux qui pouvaient l’être. Le reste de la population musulmane est étroitement surveillé et les persécutions se poursuivent après la sortie des camps&nbsp;»</em>, affirme Serikjan Bilach. <em>«&nbsp;Ceux qui finissent par revenir sont physiquement et psychologiquement abîmés. Il leur est impossible de reprendre leur vie normalement et retourner au travail&nbsp;»</em>, décrit-il.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’après lui, nombreux sont les proches de détenus qui se replient sur eux-mêmes et se murent dans le silence. <em>«&nbsp;Je me souviens d’un homme à qui j’ai montré une photographie de ses enfants. Je lui ai demandé combien d’enfants il avait. Deux. Où sont-ils&nbsp;? En Chine. Depuis combien de temps&nbsp;? Deux ans. Avez-vous des nouvelles ? Non. Il a souri »</em>, décrit Serikjan Bilach.<em> « J’ai continué doucement&nbsp;: Ça vous manque&nbsp;? Oui. De quoi vous occupez vous&nbsp;? Je garde le bétail. Si vous perdez une vache, partez-vous à sa recherche&nbsp;? Oui, le jour-même. Ça fait deux ans que vos enfants ont disparu, pourquoi vous ne les cherchez pas ? Et là, il a commencé à pleurer. Leurs cœurs sont fermés à double tour. Il faut ouvrir ce verrou »</em>, affirme le militant. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>«&nbsp;Nous avons déménagé au Kazakhstan pour ne pas perdre notre enfant&nbsp;»</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Nagyz Atajourt Eriktileri aide les familles sur le plan psychologique, mais aussi financier . <em>«&nbsp;Quatre familles sont confiées à un homme d’affaires, trois à un autre. Il est responsable d’eux et chaque mois, il leur donne de l’argent. Les employés ordinaires prennent en charge une seule famille. Chacun fait ce qu’il peut en fonction de ses moyens »</em>, décrit Serikjan Bilach.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La famille de Bikamal Kaken est une des familles aidées par Serikjan Bilach. «&nbsp;<em>Mon mari, Adilgazy Mouqaï, a été condamné à 9 ans de prison. Il se trouve dans la prison de Qaramay. Il a 48 ans</em>&nbsp;», témoigne Bikamal Kaken.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un mois avant que la famille déménage au Kazakhstan, Adilgazy Mouqaï avait pris sa retraite pour raisons de santé. Bikamal Kaken était alors enceinte depuis quatre mois. <em>« Lorsque mon mari a commencé à travailler, il y avait des rumeurs selon lesquelles les familles qui auraient plus d’un enfant seraient obligées de payer une amende. Or nous avions déjà une fille. Nous étions inquiets qu’on nous impose une amende et qu’on nous arrête après la naissance de notre deuxième enfant. Nous avions aussi entendu que certaines avaient été obligées d’avorter. Nous avons décidé de déménager au Kazakhstan pour ne pas perdre notre enfant&nbsp;»</em>, raconte-t-elle.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/5-Bikamal-1024x683.jpg" alt="Bikamal Kaken Kazakhstan Chine Xinjiang Camp" class="wp-image-41522" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/5-Bikamal-1024x683.jpg 1024w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/5-Bikamal-300x200.jpg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/5-Bikamal-768x512.jpg 768w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/5-Bikamal-1300x867.jpg 1300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/5-Bikamal-128x86.jpg 128w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/5-Bikamal.jpg 1440w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption>Bikamal Kaken</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Après le déménagement, l’époux de Bikamal Kaken se rend régulièrement en Chine et n’a jamais eu aucun problème. En mai 2017, il est convoqué par la compagnie pétrolière pour laquelle il travaillait en Chine. En cas d’absence, on le menace de suspendre le versement de sa retraite.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La nouvelle de l&rsquo;arrestation arrive par les médias</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;La police a arrêté mon mari après le passage du poste-frontière à Khorgos. Trois jours plus tard, la police chinoise a apporté son sac chez sa sœur et a annoncé qu’il avait été arrêté. Ils n’ont jamais expliqué la raison de son arrestation. Trois ans se sont écoulés depuis et nous n’avons aucune nouvelle, aucune information »</em>, décrit à Vlast Bikamal Kaken. C’est trois ans après son arrestation qu&rsquo;elle apprend la condamnation de son mari à neuf ans de prison pour radicalisation religieuse.<em> «&nbsp;Je l’ai appris dans un article du Global Times </em>(un média d’État chinois, ndlr). <em>Dans cet article, l’ambassadeur de Chine au Kazakhstan, Jiao Siao, évoque la condamnation de mon mari à neuf ans de prison pour extrémisme et terrorisme&nbsp;»</em>, raconte-t-elle. Lors de son arrestation, Adilgazy Mouqaï avait dans son sac les clés de la maison dans laquelle il vivait avec Bikamal Kaken, en Chine. <em>«&nbsp;La police a pris ses clés et a fouillé la maison. Ils ont trouvé un exemplaire du Coran que nous avions acheté dans une librairie. Rien d’illégal&#8230;</em>&nbsp;», explique-t-elle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bikamal Kaken a pu avoir des nouvelles de son mari par des proches qui sont parvenus à le joindre par téléphone. Il disait courir un grave danger et ne pas être certain de survivre encore longtemps, il a demandé à ses amis de prendre soin de son épouse et de ses filles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais avec les premières apparitions médiatiques de Bikamal Kaken, l’entourage de son mari a changé de ton. <em>«</em>&nbsp;<em>Ils m’ont dit avoir réussi à parler avec lui via WeChat. Après cela, ma belle-sœur m’a dit qu’il allait bien et qu’il était en sécurité mais elle m’a demandé de ne plus les appeler. Je n’ai donc plus eu de contact après cela.&nbsp;</em>»</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Aucune aide kazakhe</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Ma fille aînée connaît son père car il est parti quand elle avait 18 mois. Elle joue souvent dans la cour avec d’autres enfants. Quand ceux-ci accourent pour accueillir leurs pères après le travail, ma fille rentre à la maison en pleurant et demande quand son père va rentrer. Quant à ma fille cadette, elle ne comprend même pas le mot papa&nbsp;« </em>, décrit la mère de famille.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan&nbsp;: <a href="https://novastan.org/fr/region-ouighoure/region-ouighoure-pour-les-etats-unis-le-mouvement-islamiste-au-turkestan-oriental-nest-plus-un-groupe-terroriste/">Région ouïghoure : pour les États-Unis, le Mouvement islamiste au Turkestan oriental n’est plus un groupe terroriste</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Bikamal Kaken et ses filles ont pu obtenir la nationalité kazakhe mais n&rsquo;ont droit à aucune aide sociale. <em>« J’ai demandé une aide pour mes enfants auprès du gouvernement du Kazakhstan mais on m’a répondu que pour obtenir une allocation, il me fallait un document attestant que mon mari était bien emprisonné en Chine. Mais c’est impossible. Je me suis quand même adressée au Ministère des affaires étrangères. Ils ont dit qu’ils m’enverraient une note. Je l’attends toujours »</em>, affirme-t-elle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Actuellement, Bikamal Kaken et ses filles sont aidés par l’association Nagyz Atajourt Eriktileri.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>«&nbsp;On m&rsquo;a dit que j&rsquo;aurais la nationalité si je me taisais&nbsp;»</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">De son côté, Qaycha Aqan raconte qu’elle a traversé la frontière kazakhe illégalement, parce qu’elle risquait un long internement dans le camp. L’école où se trouve la maison de ses parents au Xinjiang s’est transformée en un de ces camps.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;En face de notre maison, il y avait une école secondaire chinoise qui s’est subitement transformée en camp. Tous les écoliers ont été transférés dans une autre école. Après cela, le portail de ce bâtiment a été peint en noir. On a construit des murs d’enceinte de sept mètres de hauteur avec des barbelés »</em>, décrit Qaycha Aqan à Vlast<em>. « On a fait de l’école une prison. Des caméras ont été installées à un mètre d’intervalle, autour du camp. Désormais, personne n’approche ce bâtiment et il est interdit de le photographier. Puisque nous habitions à côté, les autorités chinoises nous ont déplacés. C’est exactement à ce moment-là que j’ai été convoquée à la police . »</em></p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/7-Qaysha-1024x683.jpg" alt="Qaycha Aqan Khorgos Kazakhstan Chine Xinjiang Camps" class="wp-image-41523" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/7-Qaysha-1024x683.jpg 1024w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/7-Qaysha-300x200.jpg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/7-Qaysha-768x512.jpg 768w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/7-Qaysha-1300x867.jpg 1300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/7-Qaysha-128x86.jpg 128w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/7-Qaysha.jpg 1440w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption>Qaycha Aqan</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">En 2017, Qaycha Aqan ouvre une entreprise à Khorgos, et se rend régulièrement en voyages d’affaires au Kazakhstan. Pendant le premier interrogatoire, la police s’intéresse aux raisons de ces voyages réguliers puis lui pose des questions sur sa pratique religieuse. <em>«</em>&nbsp;<em>J’ai répondu que je ne faisais pas la prière et je n’allais pas à la mosquée. Mais je n’ai pas caché le fait que je faisais le ramadan&nbsp;»</em>, décrit Qaycha Aqan. L’année suivante, les autorités installent en ville des postes de contrôle et vérifient les smartphones. Qaycha Aqan est hospitalisée pendant un mois, puis elle est à nouveau convoquée au commissariat car elle n’a pas enregistré son domicile. La police fouille alors dans son téléphone et l&rsquo;accuse d’avoir consulté un site kazakh.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan&nbsp;: <a href="https://novastan.org/fr/region-ouighoure/pourquoi-la-cause-ouighoure-peine-a-prendre-en-france/">Pourquoi la cause ouïghoure peine à prendre en France ?</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Je leur ai dit&nbsp;: d’accord, démontrez-moi que j’ai commis une faute qui s’oppose à la politique du gouvernement. Si vous pouvez me le prouver, je reconnaîtrai ma faute&nbsp;»</em>, décrit Qaycha Aqan.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>« Pourquoi vous me torturez et me détenez sans preuves&nbsp;? »</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">On l&#8217;emmène pour l’interroger sur la même chaise que Gülzira Awelkhan. <em>« C’était une chaise avec des menottes. J’étais habillée en vêtements d’hiver donc je ne pouvais pas m’y asseoir. Ils m’ont dit d’enlever mes vêtements. Je n’ai pas eu choix, même si sortais à peine de l’hôpital. Ensuite ils m’ont mis les menottes</em>&nbsp;», explique Qaycha Aqan.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;J’ai demandé&nbsp;:&nbsp;Pourquoi vous me torturez et me détenez sans preuves&nbsp;? On m’a répondu que durant dix ans, j’avais voyagé au Kazakhstan et que j’avais peut-être adopté une culture occidentale.</em> <em>Mes fautes étaient nombreuses&nbsp;: je visitais le Kazakhstan, je faisais le ramadan, je faisais partie d’une organisation terroriste, j’étais en contact avec des étrangers et j’écoutais les cours «&nbsp;Jarqyn jeti&nbsp;» », d</em>écrit Qaycha Aqan, faisant référence aux cours de préparation à l’installation au Kazakhstan de Serikjan Bilach<em>. « Le plus dur, c’était que ce qu’ils appelaient «&nbsp;étrangers&nbsp;» était mon peuple, les Kazakhs. On m’aurait condamné pour tout ça à huit ans de prison. Ils m’ont renvoyé chez moi en me faisant jurer de ne rien raconter à personne. Je devais revenir le lendemain pour faire des analyses. On m’a également demandé de ramener mon passeport »</em>, explique-t-elle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">A quatre heures du matin, Qaycha Aqan est partie à Khorgos en taxi. Mais plutôt que d’aller remettre son passeport à la police chinoise, elle a décidé de fuir la Chine définitivement. <em>«&nbsp;La police m’appelait toutes les cinq minutes. Je n’avais pas d’autre choix que de fuir. J’ai donc traversé illégalement la frontière kazakhe pour fuir la Chine. Je refusais d’aller en prison</em>. <em>»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La quête de la nationalité</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au Kazakhstan, Qaycha Aqan a été condamnée à six mois de prison avec sursis pour passage illégal de la frontière, sans expulsion vers la Chine. <em>«&nbsp;J’ai demandé l’asile au Kazakhstan. On m&rsquo;a donné une attestation de demande d’asile qui se renouvelle tous les trois mois. Selon la loi, on peut la prolonger quatre fois mais je vais le faire pour la cinquième fois »</em>, explique-t-elle. <em>« Le Kazakhstan ne m’a toujours pas accordé le statut de réfugié.&nbsp;Certains disent que si je me fais discrète, les autorités kazakhes me donneront la nationalité. Mais ça fait deux ans et demi que j’attends et rien ne vient&nbsp;»</em>, décrit la Kazakhe ethnique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En septembre 2019, les autorités chinoises ont accusé Qaycha Aqan de malversation financière. <em>«&nbsp;Ils m’ont accusé d’avoir pris de l’argent dans plusieurs entreprises avant de fuir au Kazakhstan. Ces histoires m’ont rendue insomniaque&nbsp;»</em>, affirme-t-elle.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>«&nbsp;Nous pensions que notre patrie serait accueillante&nbsp;»</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Deux autres Kazakhs de Chine, Qaster Musaqanuly et Murager Alimuly, se trouvent dans une situation similaire. Ils ont fui le Xinjiang en 2019, et depuis ils sont toujours en attente d’une reconnaissance de leur qualité de réfugié, privés de perspectives d’avenir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 4 octobre 2019, le ministre des Affaires étrangères Moukhtar Tléouberdi annonce qu’il n’y a plus aucun Kazakh dans «&nbsp;les centres éducatifs&nbsp;» chinois. <em>«&nbsp;Notre président a fait une visite d’État en Chine. Cette information a été confirmée dans les hautes sphères. Actuellement, il n’y a plus de Kazakhs ethniques vivant en Chine dans «&nbsp;les centres éducatifs&nbsp;». Dans ces centres, il n’y a que des criminels »</em>, a-t-il répondu aux journalistes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La veille, deux Kazakhs du Xinjiang, Qaster Mousaqanouly, 30 ans et Mourager Alimouly, 25 ans ont traversé la frontière sino-kazakhe, après dix jours de marche. Lors d’une conférence de presse à Almaty, Qaster Mousaqanouly raconte sa détention dans les camps chinois. <em>«&nbsp;Dire qu’il n’y a plus de Kazakhs dans les camps est un mensonge. Quand cinq personnes sont libérées, dix autres sont arrêtées »</em>, affirme-t-il, réfutant les paroles du ministre.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="900" height="600" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/9-qaster.jpg" alt="Qaster Musaqanuly Murager Alimuly Kazakhstan Chine Xinjiang Camps" class="wp-image-41524" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/9-qaster.jpg 900w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/9-qaster-300x200.jpg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/9-qaster-768x512.jpg 768w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/9-qaster-128x86.jpg 128w" sizes="auto, (max-width: 900px) 100vw, 900px" /><figcaption>Qaster Mousaqanouly et Mourager Alimouly</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Les deux jeunes hommes avaient l’intention de déposer une demande d’asile. Mais immédiatement après la conférence de presse, ils sont arrêtés par la police des frontières kazakhe.&nbsp;Menacés d’extradition vers la Chine, leur avocate, Lazzat Akhatova les défend en agitant le risque qu&rsquo;on les condamne à la peine capitale. Ils y échappent mais sont néanmoins condamnés à un an de prison pour avoir franchi la frontière illégalement. Ils sont sortis de prison le 22 juin dernier et n’ont toujours pas obtenu le statut de réfugié.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>« Comment pouvais-je avouer des crimes que je n’ai pas commis ? »</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Qaster Mousaqanouly raconte qu’avec Mourager Alimouly, ils faisaient commerce ensemble pendant deux ans. Puis de mars 2013 à novembre 2017, Qaster Mousaqanouly a été en détention.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;En 2009, j’étais à Urumqi lorsque la révolte a commencé. Je n’y avais même pas participé mais j’ai été interrogé et condamné à quatre ans et huit mois de prison », </em>se souvient Qaster Mousaqanouly. <em> » Au début, j’étais régulièrement torturé par électrocution. Comment pouvais-je avouer des crimes que je n’ai pas commis ? Ils ne me croyaient pas. Avant mon transfert dans un camps, j’ai subi de nombreux sévices&nbsp;: tabassages, violences, humiliations. Tous les deux ou trois jours, ils me torturaient, me plongeaient la tête dans l’eau. Puis j’ai été envoyé dans un camp. Là-bas, il était interdit de parler kazakh, de faire la prière, les ablutions, le ramadan. Pendant quatre ans, j’ai marché menotté, sans lever la tête. Désormais, j’ai les lombaires coincées. Je n’arrive pas à rester assis et à me tenir droit</em> <em>»</em>, raconte-t-il.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En Chine, la famille de Qaster Mousaqanouly subit des pressions. Il ne peut pas les appeler car leurs téléphones ont été mis sur écoute.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em> » Nous n’avions plus le droit d’être Kazakh « </em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Mourager Alimouly raconte qu’après la libération de son ami, il a décidé de fuir avec lui. <em>«&nbsp;Je suis venu au Kazakhstan car c’est mon pays, ma terre. Je voulais fuir les persécutions que nous vivions en Chine. Nous n’avions plus le droit d’être Kazakh, d’aller prier sur la tombe de nos ancêtres et de lire le Coran. Ils ont interdit les enterrements et ont détruit des mosquées »</em>, décrit-il.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan&nbsp;: <a href="https://novastan.org/fr/region-ouighoure/region-ouighoure-des-milliers-de-mosquees-recemment-detruites/">Région ouïghoure&nbsp;: des milliers de mosquées récemment détruites</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les deux jeunes hommes pensaient recevoir un bon accueil au Kazakhstan. Ils ne s’attendaient pas à être jugés ni emprisonné. Néanmoins, ils se disent reconnaissants de ne pas avoir été extradés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bawirkan Azanov, leur deuxième avocat, explique que selon la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Convention_relative_au_statut_des_r%C3%A9fugi%C3%A9s">convention de Genève de 1951</a>, ratifiée par le Kazakhstan, les personnes qui arrivent sur le territoire pour demander l’asile ne doivent pas être reconduites à la frontière. C&rsquo;est une violation du droit international. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Serikjan Bilach abonde en ce sens. <em>«&nbsp;Ils sont considérés comme demandeurs d’asile pendant une certaine période. Après cela, ils risquent d’avoir à nouveau des problèmes, peut-être d’être renvoyés en Chine. Lorsque les réfugiés vont en Europe pour obtenir l’asile et déclarent avoir été persécutés à cause de leur religion, de leur race ou de leur opinions politiques, on ne les arrête pas pour avoir traversé la frontière&nbsp;illégalement</em> <em>»</em>, explique le responsable de Nagyz Atajourt Eriktileri.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après avoir renouvelé trois fois leur attestation de demandeur d’asile, Qaster Mousaqanouly et Mourager Alimouly attendent que les autorités kazakhes prennent enfin une décision. Ils n’excluent pas d’aller demander l’asile ailleurs. <em>«&nbsp;Pour l’instant, nous n’avons rien planifié. Depuis notre arrivée au Kazakhstan, Atajourt nous vient en aide. Nous ne comprenons pas les lois du Kazakhstan »,</em> explique Qaster Mousaqanouly.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>«&nbsp;Lutter par l’écriture&nbsp;»</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Sayragul Sauytbay, une Kazakhe de Chine qui enseignait le chinois dans un camp, a été la première à témoigner de l’horreur des camps de rééducation chinois.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan&nbsp;: <a href="https://novastan.org/fr/region-ouighoure/proces-sauytbay-cette-mediatisation-met-en-lumiere-les-camps-dont-lexistence-etait-niee-par-la-chine/">Procès Sauytbay&nbsp;: «&nbsp;cette médiation met en lumière les camps dont l’existence était niée par la Chine&nbsp;»</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Début 2018, elle fuit le Xinjiang et se rend au Kazakhstan pour rejoindre son mari et ses enfants, partis avant elle. Ils étaient parvenus à obtenir la nationalité kazakhe. Au mois de mai, elle est arrêtée par les services de sécurité kazakhs. Durant le procès, en juillet 2018, Sayragul Sauytbay déclare avoir été obligée de franchir la frontière illégalement pour protéger sa propre vie. Le tribunal la condamne finalement à une peine d’emprisonnement avec sursis et l’astreint à un contrôle judiciaire, mais elle ne sera <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/un-tribunal-kazakh-se-prononce-contre-lexpulsion-dune-chinoise-dorigine-kazakhe/">pas expulsée vers la Chine</a>. Ne parvenant à obtenir le statut de réfugié au Kazakhstan, <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/une-rescapee-des-camps-de-reeducation-chinois-quitte-le-kazakhstan/">Sayragül Sauytbay se réfugie en Suède</a> avec sa famille en juin 2019.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="800" height="534" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/sayra.jpg" alt="Sayragul Sauytbay Kazakh Chine Camp Xinjiang" class="wp-image-41514" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/sayra.jpg 800w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/sayra-300x200.jpg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/sayra-768x513.jpg 768w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/12/sayra-128x86.jpg 128w" sizes="auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px" /><figcaption>Sayragul Sauytbay</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">En Suède, elle entend poursuivre sa lutte pour le droit des minorités ethniques et religieuses au Xinjiang. En juin 2020, elle publie un livre qui relate son internement dans les camps chinois, co-écrit avec l&rsquo;écrivaine allemande Alexandra Cavelius. Intitulé <em>Die Kronzeugin</em>, « la témoin » en allemand, il est actuellement en cours de traduction en anglais, russe, kazakh et de nombreuses autres langues. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan&nbsp;: <a href="https://novastan.org/fr/region-ouighoure/une-chinoise-dorigine-kazakhe-nommee-femme-de-courage-par-le-gouvernement-americain/">Une Chinoise d’origine kazakhe nommée « Femme de courage » par le gouvernement américain</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Le livre occupe la deuxième place des meilleures ventes en Autriche et la huitième place en Suisse. A travers ces chiffres, on constate qu’un large public s’intéresse à notre cause. Nous recevons de très nombreuses lettres de reconnaissance et c’est pour nous une grande victoire&nbsp;»</em>, se réjouit-elle auprès de Vlast. Mais elle déclare également avoir subi des pressions de <em>«&nbsp;gens qui travaillent pour les intérêts de la Chine&nbsp;»</em> et qui ont essayé d’empêcher la publication du livre. </p>


<p style="background-color: #d4d4d4;"><span style="color: #000000;">Envie d'Asie centrale dans votre boîte mail ? Inscrivez-vous gratuitement à notre newsletter hebdomadaire <strong><span style="text-decoration: underline;"><a href="https://2ff41361.sibforms.com/serve/MUIFAEUtgQP8Waps-GeAAxU6xgHAdCwla_phFOCNHYUG2N5pyugc_FC9NR3XbOOigQxU5CuQ4V0IZJcq6LjCU6Hx9fBECllNbyvRpMFItJi2WzECxpflAKA-cS-isERi5gQRcgrqND1R6toUU-9w6b_7bd4-Ty-GtfBQfXNFFjMIK0bYtfXjv8bCS5qFaXUgi00yBrR5vK187H2N">en cliquant ici.</a></span></strong></span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Après ce que j’ai vécu dans les camps chinois, ma santé s’est détériorée. À cela se sont ajoutées les difficultés que j’ai rencontrées au Kazakhstan. J’ai de nombreux rhumatismes et je ne suis plus capable de me lever d’une chaise toute seule. Il m’est difficile de descendre les escaliers » </em>, décrit Sayragul Sauytbay. <em>« J’ai aussi des problèmes de tension et de sommeil. Je rêve très souvent des camps. Depuis mon arrivée en Suède, je me soigne et ma santé s’améliore. Je me sens en sécurité et je suis heureuse d’être ici avec ma famille. Je continue de lutter pour nos droits. Je vais faire tout ce qui est possible pour nos frères restés en Chine soient libérés</em>« , explique-t-elle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sayragul Sauytbay reconstruit désormais sa vie en Suède. Elle apprend le suédois et cherche un travail. Elle rêve que ses enfants fassent des études supérieures.</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Olga Loguinova, Nazerke Qurmangazinova, Alina Jartieva</strong><br><strong>Journalistes pour Vlast</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Traduit du <a href="https://vlast.kz/obsshestvo/41550-vybratsa-iz-sinczana.html">russe</a> par Talgat Abdrakhmanov</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Édité par Guillaume Gérard</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Relu par Clément Beuselinck</strong></p>


<p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a> ou nous envoyer un email à <a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
<p>The post <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/au-kazakhstan-lenfer-des-rescapes-du-xinjiang/">Au Kazakhstan, l&rsquo;enfer des rescapés du Xinjiang</a> appeared first on <a href="https://novastan.org/fr">Novastan France</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://novastan.org/fr/kazakhstan/au-kazakhstan-lenfer-des-rescapes-du-xinjiang/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>1</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Incident de Beryozovka : cinq ans après, un village déserté, des enfants intoxiqués, le silence des autorités</title>
		<link>https://novastan.org/fr/kazakhstan/incident-de-beryozovka-cinq-ans-apres-un-village-deserte-des-enfants-intoxiques-le-silence-des-autorites/</link>
					<comments>https://novastan.org/fr/kazakhstan/incident-de-beryozovka-cinq-ans-apres-un-village-deserte-des-enfants-intoxiques-le-silence-des-autorites/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[tabdrakathmanov]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 24 Jun 2020 15:09:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Kazakhstan]]></category>
		<category><![CDATA[Beryozovka]]></category>
		<category><![CDATA[Environnement]]></category>
		<category><![CDATA[Hydrocarbures]]></category>
		<category><![CDATA[Incident]]></category>
		<category><![CDATA[Karachaganak Petroleum Operating]]></category>
		<category><![CDATA[KPO]]></category>
		<category><![CDATA[Santé]]></category>
		<category><![CDATA[Traduction]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://novastan.org/fr/?p=33678</guid>

					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/incident-de-beryozovka-cinq-ans-apres-un-village-deserte-des-enfants-intoxiques-le-silence-des-autorites/">Incident de Beryozovka : cinq ans après, un village déserté, des enfants intoxiqués, le silence des autorités</a></p>
<p>Le 28 novembre 2014, dans le village de Beryozovka, dans l’ouest du Kazakhstan, 25 enfants et 4 instituteurs perdent conscience pendant les cours et sont hospitalisés. L’entreprise pétrolière Karachaganak Petroleum Operating B.V (KPO), qui possède un site à la bordure du village, est pointée du doigt par les parents et les écologistes. L’implication du consortium [&#8230;]</p>
<p>The post <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/incident-de-beryozovka-cinq-ans-apres-un-village-deserte-des-enfants-intoxiques-le-silence-des-autorites/">Incident de Beryozovka : cinq ans après, un village déserté, des enfants intoxiqués, le silence des autorités</a> appeared first on <a href="https://novastan.org/fr">Novastan France</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/incident-de-beryozovka-cinq-ans-apres-un-village-deserte-des-enfants-intoxiques-le-silence-des-autorites/">Incident de Beryozovka : cinq ans après, un village déserté, des enfants intoxiqués, le silence des autorités</a></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Le 28 novembre 2014, dans le village de Beryozovka, dans l’ouest du Kazakhstan, 25 enfants et 4 instituteurs perdent conscience pendant les cours et sont hospitalisés. L’entreprise pétrolière Karachaganak Petroleum Operating B.V (KPO), qui possède un site à la bordure du village, est pointée du doigt par les parents et les écologistes. L’implication du consortium dans l’intoxication massive n’a pas été prouvée. Résultat : affaire classée sans suite. Cinq ans après, la photographe Nata Li propose une exposition de photos qui met l’accent sur ce drame et pose à nouveau la question de la responsabilité de KPO. </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Novastan reprend et traduit ici un article initialement publié le 15 janvier 2020 par le média kazakh </strong><a href="https://www.the-village.kz/village/city/situation/8767-neft-ili-deti-vinovat-li-neftegazovyy-gigant-v-massovom-otravlenii-detey-v-berezovke?fbclid=IwAR1JaDw02Qa0c9BOfiTSgrx9a8nqqjvdLQRHzHYQpd-Eo5S8hKjeZ2Jr_KM"><strong>The Village</strong></a><strong>. </strong></p>
<p style="text-align: justify"><a href="https://mapcarta.com/fr/15396566">Beryozovka</a> est un village de 1 357 personnes au Kazakhstan occidental, à la frontière de la zone de sécurité qui sépare les villages de la société gazopétrolière Karachaganak Petroleum Operating B.V (KPO). Non loin, l’entreprise exploite une grande quantité de sulfure d’hydrogène en tant que matière première.</p>
<p style="text-align: justify">Cinq sociétés font partie de la Karachaganak Petroleum Operating : la kazakhe KazMunaiGaz, l’italienne Eni, la germano-britannique Shell, l’américaine Chevron Corporation et la russe Lukoil. La société kazakhe possède 10 % des actions.</p>
<p>
		<div class="flex flex-col md:flex-row justify-evenly items-center bg-yellow-100 my-20 p-10 space-y-10 subscribe">
			<div class="container flex flex-row justify-between">
				<div class="flex flex-col w-3/5">
					<h2 class="text-3xl text-secondary font-bold mb-4 text-[#749D02]">
						Soutenez Novastan, le media associatif d’Asie centrale </h2>
					<p>
						<span>En vous abonnant à Novastan, vous soutenez le seul média en anglais, français et allemand spécialisé sur l’Asie centrale.</span> Nous sommes indépendants et pour le rester, nous avons besoin de votre aide !</p>
				</div>
				<div class="flex flex-col w-2/5 flex flex-col justify-items-center justify-center">
					<div class="rounded-md bg-accent-500 px-10 py-5 text-center w-72 mx-auto">
						<p class="pricing text-2xl font-bold text-center">3€/mois</p>
						<p class="">Toute l’actualité d’Asie centrale</p>
						<a class="block rounded bg-white p-2 mt-4 font-bold" href="https://novastan.org/fr/sabonner">Abonnez-vous</a>
					</div>
				</div>
			</div>
		</div>

		</p>
<p style="text-align: justify">La proximité du village de KPO a inquiété durant de longues années les habitants du village et les écologistes. En novembre 2014, c’est le drame : les élèves de l’école du village et leurs instituteurs sont pris de malaises. Ils sont hospitalisés. Une enquête est ouverte par la police, puis arrêtée, à plusieurs reprises. La responsabilité de KPO n’est pas prouvée. L’entreprise accepte cependant de dédommager financièrement les familles. Les habitants du village sont finalement transférés, mais les problèmes de santé des enfants persistent.</p>
<p style="text-align: justify">En 2019, une exposition de la photographe kazakhe Nata Li, <em>Post face</em>, « relance » l’affaire en retraçant l’histoire d’une jeune fille du village qui souffre toujours des suites de cette intoxication. La photographe pose le problème de la responsabilité de KPO et du coût du rêve pétrolier au Kazakhstan.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Des inquiétudes depuis 2002</strong></p>
<p style="text-align: justify">D’après <a href="http://www.greensalvation.org/index.php?page=berezovka">l’association écologique « Salut vert »</a>, une partie du village s’est retrouvée à cinq kilomètres de la zone de sécurité en 2002, ce qui est contraire à la législation du Kazakhstan. Les habitants devaient être transférés, mais au lieu d’exécuter cette mesure, la zone frontière a été réduite à trois kilomètres des installations pétrolières en 2003.</p>
<p style="text-align: justify">La même année, l’organisation écologique internationale Crude Accountability <a href="http://crudeaccountability.org/wp-content/uploads/2012/06/health_survey_results_2003.pdf">a publié</a> les résultats d’une enquête menée auprès des habitants de Beryozovka par les activistes locaux, suivant la méthodologie de Crude Accountability et Environmental Health Network. 886 adultes et 180 enfants et adolescents ont participé à cette enquête. Les résultats ont démontré que 45 % des habitants du village souffraient de maladies chroniques. Les adultes se plaignaient de perte de mémoire, de chute des dents et des cheveux, de douleurs musculaires et osseuses, de problèmes de cœur, de vue, du système digestif et de peau. Les écoliers ont cité parmi les symptômes des pertes de connaissance.</p>
<p style="text-align: justify">Selon les écologistes, les problèmes de santé de la population de Beryozovka étaient déjà alors liés aux effets des toxines, du sulfure d’hydrogène et d’autres produits dérivés de l’extraction du pétrole. En 2007 et 2008, les habitants locaux ont déposé deux plaintes et demandé un transfert de la population du village à cause des rejets nocifs dans l’atmosphère, mais l’affaire est restée au stade de l’étude.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Lire aussi dans Novastan : </strong><a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/kazakhstan-les-autorites-locales-veulent-du-petrole-les-villageois-de-leau/"><strong>Kazakhstan : les autorités locales veulent du pétrole, les villageois de l&rsquo;eau</strong></a></p>
<p style="text-align: justify">En 2009, les organisations « Salut vert », « Bureau pour les droits de l’Homme » et « Chanyrak » <a href="http://www.greensalvation.org/uploads/Berezovka/20091223-374-VS_berezovka.pdf">ont porté plainte</a> contre le gouvernement du Kazakhstan et le ministère de la Protection de l’environnement. En 2010, comme l’a rapporté <a href="https://365info.kz/2014/12/eshhe-shestero-shkolnikov-iz-berezovki-popali-v-bolnicu-s-priznakami-otravleniya-neizvestnym-gazom">le média kazakh 365info.kz</a>, la zone de sécurité a été restituée à cinq kilomètres, mais les habitants sont restés sur place.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Une intoxication massive</strong></p>
<p style="text-align: justify">Le 28 novembre 2014, pendant les cours dans la seule école du village, 25 élèves et quatre instituteurs se sont évanouis et ont été pris de convulsions, <a href="https://rus.azattyq.org/a/kazakhstan-otravlenie-berezovka/28267456.html">a décrit Radio Azattyk</a>, la branche kazakhe du média américain Radio Free Europe.  Des malaises du même ordre avaient eu lieu auparavant, comme <a href="https://crudeaccountability.org/two-years-tragedy-berezovka/">l’a fait remarquer « Salut vert »</a>, mais cet incident était le premier cas massif.</p>
<p style="text-align: justify">Dans la foulée, l’entreprise a publié <a href="https://www.kpo.kz/ru/novosti/novosti-kompanii/novosti-kompanii/article/soobshchenie-kpo-kasatelno-incidenta-v-srednei-shkole-po.html">un communiqué officiel</a> en affirmant que le contrôle n’avait pas dévoilé de dépassement de la concentration maximale autorisée des éléments nocifs. <em>« Alors que la raison de cet incident n’a pas été confirmée, la compagnie KPO participe activement à l’enquête, en collaborant étroitement avec des structures étatiques du Kazakhstan et la direction de la région du Kazakhstan occidental »</em>, affirmait alors le consortium<em>.</em></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Lire aussi dans Novastan : </strong><a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/kazakhstan-il-y-a-35-ans-un-tchernobyl-petrolier-a-tengiz/"><strong>Kazakhstan : il y a 35 ans, un Tchernobyl pétrolier à Tengiz</strong></a></p>
<p style="text-align: justify">En décembre 2014, le KPO a publié <a href="https://www.kpo.kz/ru/novosti/novosti-kompanii/novosti-kompanii/archive/2014/december/article/pojasnenija-kompanii-karachaganak-petrolium-opereiting.html">une autre annonce</a> affirmant qu’ils considéraient comme fausses les suppositions sur les rejets ou la fuite du gaz contenant l’hydrogène sulfuré. Il s’est avéré ultérieurement que juste avant l’intoxication massive, il y a eu un rejet de sulfure d’hydrogène.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Les « enfants de l’école tombaient »</strong></p>
<p style="text-align: justify">Un témoin de l’événement, Lidiya Samara, se souvient. <em>« Lorsqu’on passait près de l’école, on voyait les gens sortir les enfants de l’école : ils tombaient, certains avaient l’écume à la bouche et tremblaient », </em>décrit-elle<em>. </em></p>
<p style="text-align: justify">Juste après ces malaises, une enquête a été ouverte sur la base de l’article de loi « Infraction des règles de rejet des matières polluantes dans l’atmosphère ayant entraîné des préjudices de santé de deux personnes ou plus ». L’affaire a abouti à un non-lieu. Selon la version officielle, <a href="https://rus.azattyq.org/a/kazakhstan-otravlenie-berezovka/28267456.html">décrite par Radio Azattyk</a>, l’intoxication massive est due aux émissions de la chaudière à gaz dans le réfectoire de l’école.</p>
<p style="text-align: justify">En 2015, la direction du KPO a tout de même reçu une amende de 9,5 milliards de tengués (46,5 millions d’euros), <a href="https://rus.azattyq.org/a/kazakhstan-berezovka-children-poisoned-by-toxic-emissions/30295740.html">rapporte Radio Azattyk</a>. Plus tard, les représentants du parquet régional ont confirmé qu’en 2014, le KPO a rejeté des émissions de sulfure d’hydrogène excédant les normes à quatre reprises.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Des problèmes de santé persistants</strong></p>
<p style="text-align: justify">Après l’hospitalisation, les enfants se sont sentis mieux pendant un court moment, puis les symptômes ont repris : évanouissements, convulsons, migraines. Les médecins kazakhs ont établi les diagnostics qui n’étaient pas liés à l’intoxication par sulfure d’hydrogène, par exemple la dystonie neurovégétative. Mais les parents continuaient à établir le lien entre la dégradation de l’état physique de leurs enfants et les rejets du sulfure d’hydrogène émanant du gisement de <a href="https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Karachaganak">Karachaganak</a>.</p>
<p style="text-align: justify">Les écologistes et les habitants du village ont continué d’accuser KPO. Comme solution, l’entreprise a proposé de déménager les villageois dans un endroit écologiquement propre, étudier la situation et dédommager les enfants qui avaient subi des effets néfastes sur leur santé.</p>
<p><figure id="attachment_33680" aria-describedby="caption-attachment-33680" style="width: 1050px" class="wp-caption alignnone"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-33680" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/06/UMOQPbqrq6ln-6N_ffl9g.jpg" alt="Beryozovka Kazakhstan Incident KPO" width="1050" height="700" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/06/UMOQPbqrq6ln-6N_ffl9g.jpg 1050w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/06/UMOQPbqrq6ln-6N_ffl9g-300x200.jpg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/06/UMOQPbqrq6ln-6N_ffl9g-768x512.jpg 768w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/06/UMOQPbqrq6ln-6N_ffl9g-1024x683.jpg 1024w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2020/06/UMOQPbqrq6ln-6N_ffl9g-128x86.jpg 128w" sizes="auto, (max-width: 1050px) 100vw, 1050px" /><figcaption id="caption-attachment-33680" class="wp-caption-text">L&rsquo;entreprise Karachaganak Petroleum Operating est pointée du doigt par les familles et les écologistes.</figcaption></figure></p>
<p style="text-align: justify">En avril 2015, Crude Accountability a produit <a href="https://www.youtube.com/watch?v=JSEuVWTfTgk">un documentaire</a> sur les enfants de Beryozovka intitulé « Karachaganak : les enfants en échange du pétrole ». Le film a été primé second au Festival international des films documentaires de court-métrage au Venezuela.</p>
<p style="text-align: justify">En décembre 2015, 82 familles ont été relogées à <a href="https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Aksay_(Kazakhstan)">Aqsaï</a>, mais les enfants ont continué à tomber malades. <em>« De temps à autre, elle perd connaissance, ses jambes se paralysent. Il y a une semaine, elle est tombée à l’école, elle a eu un malaise. Elle est restée au lit toute la journée et a mis 20-25 minutes pour retrouver ses esprits. Les céphalées sont constantes »</em>, décrit <a href="https://rus.azattyq.org/a/kazakhstan-otravlenie-berezovka/28267456.html">à Radio Azattyk</a> une ancienne habitante du village à propos de sa fille, Svetlana Voskoboï.</p>
<p style="text-align: justify"><em>« J’ai eu peur. Sur les réseaux sociaux, des vidéos discréditent les parents et se moquent d’eux, en disant qu’ils extorquent de l’argent en prenant les enfants pour prétexte. Après cet incident, je ne suis allée nulle part pour demander de l’aide »</em>, a-t-elle ajouté.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Les familles dédommagées et déplacées</strong></p>
<p style="text-align: justify">En 2016, le consortium a accepté de payer 1 000 dollars (890 euros) à chaque famille du village et 200 dollars (178 euros) à chaque membre de la famille. De plus, KPO a dû verser une amende de plus de 526 millions de tengués (environ un million d’euros) au titre de l’indemnisation du dommage écologique.</p>
<p style="text-align: justify">La même année, les représentants de la coalition <em>« Les enfants ou le pétrole »</em> ont adressé aux compagnies faisant partie du KPO une pétition, <a href="https://rus.azattyq.org/a/27843349.html">a décrit Radio Azattyk</a>. Elle a été signée par 11 parents et 77 organisations des droits de l’Homme kazakhes et internationales. Ils soulignaient que KPO avait la responsabilité de fournir aux parents des enfants malades les moyens financiers nécessaires pour un examen médical sérieux et indépendant, l’obtention d&rsquo;un diagnostic et d&rsquo;un traitement et qu&rsquo;ils exigeaient en conséquence un financement adéquat.</p>
<p>			<div class="hp-newsletter col-span-3 lg:col-span-1 flex flex-col bg-primary-100 border-t-8 border-secondary-500 rounded-lg justify-center items-center lg:items-stretch px-6 py-6 gap-4 box-border">
			<div class="flex">
				<div class="enveloppe">
					<i class="far fa-envelope text-5xl text-secondary-300"></i>
				</div>
				<div class="formulaire_nl">
					<p>
						<span class="font-bold text-xl block">Toute l’Asie centrale dans votre boite mails</span>
						Abonnez-vous à notre newsletter hebdomadaire gratuite					</p>
					<form class="flex w-3/4 lg:w-full" action="https://us4.list-manage.com/subscribe?u=6a15a2256d412b041fdec39e8&id=d479236523" method="post" id="mc-embedded-subscribe-form" name="mc-embedded-subscribe-form" class="validate" target="_blank" novalidate="">
						<input class="flex-grow py-2 px-3 border border-primary-300 rounded-l" type="email" placeholder="Email" name="EMAIL" id="mce-EMAIL">
						<button class="bg-secondary-500 py-2 px-3 text-white rounded-r-md border border-secondary-500" type="submit" value="" name="subscribe">S’inscrire</button>
					</form>

					<a href="#" class="underline text-secondary-700">Découvrez la dernière édition</a>
				</div>	
			</div>
		</div><!-- newsletter -->
		</p>
<p style="text-align: justify">La réponse est arrivée l’année suivante du ministère de la Santé, <a href="https://rus.azattyq.org/a/28393580.html">a rapporté Radio Azattyk</a>. Elle affirmait que des soins à l’étranger et des consultations avec des spécialistes internationaux n’étaient pas nécessaires, alors que les activistes de la coalition avaient insisté sur le fait qu’il n’y avait pas, au niveau local, de traitement adapté pour les enfants.</p>
<p style="text-align: justify">En 2017, 100 maisons ont été construites dans le village d’<a href="https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Aralsk">Aral</a> et deux immeubles de neuf étages dans la ville <a href="https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Aksay_(Kazakhstan)">Aksaï</a>  par KPO, <a href="https://rus.azattyq.org/a/28743671.html">décrit Radio Azattyk</a>. En 2018, le relogement des habitants de Beryozovka s’est terminé, a rapporté <a href="https://inbusiness.kz/ru/last/zavershilos-pereselenie-zhitelej-problemnoj-berezovki-v-zko">le média kazakh inbusiness.kz</a>. Le service de presse de l’administration régionale a été souligné que les habitants de Beryozovka et <a href="https://maps.app.goo.gl/ZexixVDUXdnsiJEQ7">Bestaou</a> avaient reçu un dédommagement entre un et 15 millions de tengués (entre 2 800 et 42 000 euros).</p>
<p style="text-align: justify">La même année, une expertise indépendante a confirmé que l’intoxication était due aux émissions d’hydrocarbures, a décrit <a href="https://www.currenttime.tv/a/29189560.html">le média américain CurrentTimes</a>. D’après Sergueï Solyanik, qui dirigeait l’enquête, les médecins russes ont insisté sur la nécessité d’une réhabilitation pluriannuelle pour les victimes. Un diagnostic d’encéphalopathie toxique a été établi. Les demandes, avec la conclusion des experts moscovites, ont été envoyées au Parquet général du Kazakhstan et à l’ONU.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Une exposition relance l’affaire</strong></p>
<p style="text-align: justify">Au point de départ du renouveau de l’intérêt médiatique autour de l’affaire, on trouve l’exposition « <em>Post</em>&#8211;<em>face</em> », organisée par la photographe kazakhe Nata Li. Selon elle, cette exposition tente de traiter d&rsquo;un problème grave avec la langue vivante de la photo, sans relater des faits secs et des informations relevant d’un journal télévisé.</p>
<p style="text-align: justify">La protagoniste de l’exposition s’appelle Albina. Au moment de l’intoxication de masse dans le village, elle avait 14 ans, les médecins moscovites lui ont diagnostiqué « une intoxication du cerveau ». Son histoire est un portrait vif non seulement de sa vie, mais aussi d’autres enfants qui ont souffert. Aujourd’hui elle a 19 ans, habite à <a href="https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Oural_(Kazakhstan)">Oural</a> et écrit des poèmes sur Beryozovka.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Lire aussi dans Novastan : </strong><a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/lasie-centrale-sinquiete-des-consequences-economiques-de-la-chute-des-cours-du-petrole/"><strong>L&rsquo;Asie centrale s&rsquo;inquiète des conséquences économiques de la chute des cours du pétrole</strong></a></p>
<p style="text-align: justify">L’exposition réunit les essais audio et photos consacrés à ce sujet. Elle a été organisée à New York, Varsovie et en 2020 à Almaty. Pour toutes les questions liées au drame, c’est l’équipe de Crude Accountability qui a consulté les habitants. N-Map (New Media Advocacy Project) a aidé à organiser l’exposition dans le collège La Guardia à New York. Living Asia a aidé son organisation à Almaty.</p>
<p style="text-align: justify">Les tournages ont eu lieu à Oural et dans le village de Beryozovka en mai 2019. À Oural, la photographe a longuement interviewé Albina. Elle précise que c’était une tâche difficile de révéler l’héroïne et de la montrer comme une personnalité forte et non comme une victime.</p>
<p style="text-align: justify"><em>« La situation a été complètement différente lors du tournage à Beryozovka. Rien qu’à l’arrivée à Oural, j’ai compris qu’en dehors d’Almaty les gens vivent autrement. Au début cela semble curieux, mais ensuite vient le sentiment de terreur, surtout quand j’ai filmé une école détruite, les affaires abandonnées à l’emplacement des maisons. Je me suis dit que cela fait partie de mon pays et de moi-même »</em>, ajoute Nata Li.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>« De quel futur peut-on parler si de telles choses se passent dans le pays ? »</strong></p>
<p style="text-align: justify">La photographe explique les difficultés qu’elle a rencontrées pendant le tournage : après avoir filmé pendant quinze minutes ce qui restait du village après le relogement de ses habitants, l’équipe a été arrêtée par la police. Les images de l’école ont été réalisées en toute hâte, quelques minutes avant l’arrestation.</p>
<p style="text-align: justify"><em>« D’après la police, je me trouvais dans une zone écologique où le tournage est interdit, alors que selon la législation cela n’est pas le cas, les juristes me l’ont expliqué plus tard. Au lieu du travail planifié, j’ai passé trois heures au commissariat de police de la ville <a href="https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Aksay_(Kazakhstan)">Aksaï</a></em><em>. On me posait des questions du type « qui es-tu ? Et pourquoi es-tu ici ? ». Après l’interrogatoire, j’ai été relâchée »</em>, décrit Nata Li.</p>
<p style="text-align: justify">Elle ajoute que le but de l’exposition était de montrer le coût réel du rêve pétrolier au Kazakhstan. <em>« De quel futur peut-on parler si de telles choses se passent dans le pays ? Cette année est le cinquième anniversaire de la tragédie et les enfants continuent à souffrir. Les enfants de Beryozovka sont un véritable baromètre pour tout le Kazakhstan car cela concerne tout le monde »</em>, affirme la photographe kazakhe.</p>
<p style="text-align: justify"><em>« Un problème principal de la société transparaît : le non-respect de la vie de l’homme et l’irresponsabilité des autorités qui ferment les yeux face à de tels problèmes. Rien de tel que le silence et l’indifférence pour que les autorités se croient dans l’impunité »</em>, conclut la photographe.</p>
<p style="text-align: right"><strong>Damina Moukitanova<br />
Journaliste pour The Village </strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Photographies par Nata Li</strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Traduit <a href="https://www.the-village.kz/village/city/situation/8767-neft-ili-deti-vinovat-li-neftegazovyy-gigant-v-massovom-otravlenii-detey-v-berezovke?fbclid=IwAR1JaDw02Qa0c9BOfiTSgrx9a8nqqjvdLQRHzHYQpd-Eo5S8hKjeZ2Jr_KM">du russe</a> par Talgat Abdrakhmanov</strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Édité par Christine Wystup</strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Relu par Aline Cordier Simonneau</strong></p>
<p><p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a> ou nous envoyer un email à <a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p></p>
<p>The post <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/incident-de-beryozovka-cinq-ans-apres-un-village-deserte-des-enfants-intoxiques-le-silence-des-autorites/">Incident de Beryozovka : cinq ans après, un village déserté, des enfants intoxiqués, le silence des autorités</a> appeared first on <a href="https://novastan.org/fr">Novastan France</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://novastan.org/fr/kazakhstan/incident-de-beryozovka-cinq-ans-apres-un-village-deserte-des-enfants-intoxiques-le-silence-des-autorites/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
	</channel>
</rss>
