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S’installer en Ouzbékistan : comment envisager sereinement le déménagement ?
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S’installer en Ouzbékistan : comment envisager sereinement le déménagement ?

Déménager dans un pays étranger ne va jamais sans son lot de surprises et de déceptions. Comment les expatriés vivent-ils leur installation en Ouzbékistan ? Voici le témoignage de trois familles.

Novastan reprend et traduit ici un article publié le 8 février 2021 par le média ouzbek Hook Report.

En 2020, malgré la pandémie, la recherche « Comment déménager à l’étranger ? » a globalement augmenté de 29 % sur Internet. Mais déménager dans un autre pays ou une autre ville, indépendamment, est un processus compliqué qui s’accompagne inévitablement de déconvenues et de dépenses imprévues.

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Le plus souvent, les migrants préfèrent s’installer dans des pays dotés d’une infrastructure développée, comme les États-Unis, l’Allemagne ou le Japon. Pourquoi alors s’installer en Ouzbékistan ?

L’Ouzbékistan comme nouvelle maison

L’Ouzbékistan a longtemps été un pays fermé avec un régime répressif. Mais ces dernières années, la situation s’est nettement améliorée. Les réformes fiscales et monétaires ont fait leur effet sur le monde des investisseurs et à présent, certaines multinationales voient la région comme un marché à conquérir.

Lire aussi sur Novastan : L’Asie centrale peut-elle attirer les investisseurs ?

Dans les faits, le pays manque de personnels qualifiés : la demande de cadres dirigeants, géologues, ingénieurs, techniciens gaziers et pétroliers et en managers est manifeste. C’est pourquoi le gouvernement soutient le recrutement d’étrangers : il a réduit les impôts sur le revenu, supprimé la procédure d’autorisation et rallongé la durée maximale des contrats de travail à trois ans.

Le climat doux et clément, le faible coût de la vie par rapport aux standards étrangers, entre autres, attirent les expatriés. Mais qu’en est-il vraiment ? Des familles d’expatriés ont accepté de témoigner sur leur installation en Ouzbékistan.

Une famille biélorusse passe cinq mois à Tachkent

Un couple biélorusse et ses trois enfants ont passé cinq mois à Tachkent. Les propos rapportés ci-dessous sont ceux de la mère de famille.

Mon mari a passé un entretien d’embauche pour une compagnie basée en Ouzbékistan. Au début, nous n’avons pas pris la proposition au sérieux. Il y a peu de renseignements sur le pays et ils proviennent principalement de Wikipédia. L’Ouzbékistan est un pays d’Asie centrale avec des traditions ancestrales où il fait très chaud et où l’on trouve plein de fruits secs : voilà tout.

Ce sont les avantages financiers, les perspectives d’évolution professionnelle et le fait de vivre une expérience nouvelle qui nous ont convaincus de partir.

Ouzbékistan Expatriation

Chacun a sa propre relation avec le pays (illustration). [alt]
Ilia Sazonov

Notre première impression a été pour le moins étrange. Nous avons eu l’impression de revenir 15 ans en arrière. Le contraste était frappant sur bien des points : il y a des palais et des barres d’immeubles tombant en ruines, le niveau de revenu est faible mais les prix élevés, beaucoup de petites voitures côtoient des véhicules hauts-de-gamme. Comme on dit, « vous sentez la différence » !

Les fruits et légumes là-bas sont savoureux, effectivement. Mais en Biélorussie, on peut pratiquement tout acheter, on n’est donc pas forcément gagnant sur ce point. Nous supportons mal le climat local, avec son air sec, sa poussière et ses brusques changements de températures.

« Coincé dans les années 2 000 »

L’Ouzbékistan doit impérativement développer trois secteurs : les infrastructures, les services publics et l’éducation. Le faible niveau de l’éducation est en particulier navrant. Un système éducatif de qualité, c’est pourtant la base d’un Etat prospère et fort. Nous avons donc opté pour une école privée, mais nous n’observons pas pour autant les résultats escomptés. Et que dire alors des établissements publics…

Lire aussi sur Novastan : Les conséquences ignorées des grands projets d’infrastructure en Asie centrale

Il est encore un peu tôt pour faire le bilan. Nos attentes se sont heurtées aux réalités. Pour le moment, on ne se sent pas encore très à l’aise ici.

Comment décrire l’Ouzbékistan en trois expressions ? « Coincé dans les années 2000 », « un marché en pleine expansion » et « l’Est est un sujet délicat » (citation issue du Soleil blanc du Désert, film soviétique sorti en 1970, ndlr).

Une famille lituanienne passe un an et demi à Tachkent

La mère d’une famille lituanienne de deux enfants ayant passé un an et demi à Tachkent raconte son expérience.

Je suis une femme prudente et je prends une décision seulement si je suis complètement convaincue de son bien-fondé. Et je suis d’autant plus prudente si cela concerne le déménagement de toute la famille à 4 000 kilomètres de chez nous. La première chose que j’ai donc faite, c’est de me rendre sur place pour juger de la faisabilité du projet.

La première fois que je me suis retrouvée à Tachkent, c’était en mai. Toute la végétation avait alors repris des couleurs, et le soleil brillait comme si la ville n’avait jamais connu de journée maussade. Et ce sont justement sa propreté et ses fleurs qui m’ont alors tapé dans l’œil.

J’ai déjà voyagé en Asie, je suis allée en Inde, et j’ose donc dire que c’est une des villes les plus propres qu’il m’ait été donné de visiter. Bien sûr, il fallait aussi que je m’y sente en sécurité, que je puisse sortir seule. La seule fois où l’on m’a interpellée, on m’a appelé « sœur » de façon amicale.

Une première impression positive

Dans les magasins, j’ai trouvé presque tout ce à quoi nous étions habitués à la maison, y compris les produits dont les enfants ne peuvent pas se passer. J’ai même mis la main sur certains fameux produits lituaniens comme le fromage Djugas et le beurre Svalja. Et que dire des fruits et légumes locaux ! Quand ils les ont goûtés pour la première fois, les enfants ont cru qu’ils étaient saupoudrés de sucre.

Lire aussi sur Novastan : Tachkent est la ville la moins chère au monde pour les expatriés

Avant le déménagement, je ne connaissais malheureusement que le nom de la capitale et ne savais que ce que mon père avait raconté de ses escapades en Ouzbékistan dans les années 1980. Il parle encore aujourd’hui, des étoiles dans les yeux, du pilaf aux feuilles de pêche qu’il mangeait à Andijan, où on l’avait envoyé quelques fois en déplacement. Tous les proches à qui j’avais annoncé notre décision de partir n’en savaient guère plus.

Les questions qu’ils me posaient et me posent encore se divisent en trois catégories : « C’est dans le même coin que le Kazakhstan et le Turkménistan ? », « Rappelle-moi, quelle est la capitale ? », « C’est là où il y a la route de la Soie, Samarcande, l’Amou-Daria ? »

« Ne confonds pas tourisme et expatriation »

La démographie de l’Ouzbékistan et en particulier de Tachkent les a surpris. La capitale compte en effet 2,6 millions d’habitants, ce qui représente presque la population lituanienne. Le chiffre de 34 millions de personnes pour la totalité du pays, quant à lui, les fait siffler doucement.

Nous avons accepté le déménagement de suite parce que c’était important pour la carrière de mon époux. Les autres raisons étaient plutôt d’ordre sentimental. Le fait que ce soit un pays calme avec des personnes amicales, un temps agréable et de belles montagnes à seulement une heure de route nous a envouté.

Ouzbékistan Expatriation

Les attentes se heurtent souvent à la réalité (illustration). [alt]
Ilia Varlamov

Mais il me faut avouer qu’après le déménagement et l’installation d’une nouvelle routine, il a fallu redescendre sur terre. Une vieille blague me revient, elle se finit par ces mots : « Ne confonds pas tourisme et expatriation ». J’ai ainsi remarqué que pour les étrangers, les prix des marchandises et des services étaient démultipliés. Et pour fixer un rendez-vous avec les locaux, il faut toujours compter sur une marge d’erreur d’une heure. La notion de « demain » reste également vague.

Jusqu’ici je n’étais pas habituée à négocier au marché, c’est pourquoi je préfère faire mes achats dans les magasins. Mais ce sont de petits désagréments comparés à l’enthousiasme et à la bonne humeur des locaux. Il est vrai qu’on change d’humeur quand ils s’installent au volant : c’est alors le début d’une sorte de grand-prix automobile dont eux seuls connaissent le secret.

Des problèmes écologiques

Je considère que l’Etat devrait davantage faire attention à la population et à ses besoins. Pour moi, l’écologie est aussi un sujet qui fâche. Ici, les gens gaspillent le plastique. Ils mettent chaque produit dans un sac plastique, puis le tout dans un autre plastique plus grand pour plus de solidité !

Lire aussi sur Novastan : Tachkent, une ville sans avenir : les sept problèmes majeurs de la capitale ouzbèke

Mais il y a des choses que j’apprécie vraiment en Ouzbékistan. J’apprécie la possibilité de plonger dans la culture centrasiatique. Visiter les villes de la route de la Soie et voir les artefacts historiques de ses propres yeux, en vrai, et pas sur Internet, discuter avec les historiens de l’art, c’est une opportunité unique.

Et les tapis et les tissus faits main ont tant de valeur ! Je ne laisse filer aucune chance de discuter avec les artisans pendant qu’ils travaillent, qu’ils créent, dans leur vie quotidienne. D’ailleurs, voici un fait intéressant qui unit nos différents pays : à l’époque soviétique, les maîtres ouzbeks venaient souvent s’initier aux secrets de la céramique dans les pays baltes. C’est ainsi que j’arrive à retrouver des éléments caractéristiques de ma culture dans les exquises sculptures d’argile du musée de Tachkent.

Pour moi, l’Ouzbékistan, c’est l’impétuosité, la sincérité et l’authenticité.

Une famille israélienne passe trois ans à Tachkent

Un père de famille israélien ayant vécu trois ans à Tachkent raconte son expérience.

J’ai eu une proposition d’emploi à Tachkent. Cela me donnait des opportunités d’évolution et c’était intéressant sur le plan financier. En mettant dans la balance la famille, les proches, la communauté, l’éducation et les traditions, qui ont une grande importance en Israël, nous avons toute de même décidé de partir.

Nous ne savions pas grand-chose de l’Ouzbékistan. Nous avions une image d’Épinal en tête : c’est une ancienne république soviétique ; les hommes portent des tubeteïkas (coiffe traditionnelle, ndlr) ; quant aux femmes, elles ont pour coutume de se faire 40 tresses. Et bien sûr, il y a les melons ! L’Ouzbékistan est mieux connu de l’ancienne génération. Mes parents disaient avec un sourire énigmatique : « C’est l’Asie centrale mon grand, ne le prend pas mal », faisant allusion à la mentalité unique de la région.

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La première impression a été très intéressante. Pour découvrir la ville, nous avons eu en tout deux jours, que nous avons passés à la recherche de logements, d’écoles pour les enfants, et à explorer les infrastructures. On nous a fait visiter le Tachkent touristique : savoureux, coloré, riche et chaleureux. Mais en si peu de temps, il est difficile de se faire une vue d’ensemble. Et le meilleur nous attendait.

Une ville qui change

Aujourd’hui, je ne me souviens pas de tout, mais la mentalité exceptionnelle dont parlaient mes parents, les différentes scènes de la vie quotidienne et le manque de produits familiers me paraissent déjà bien loin. Il y a quatre ans, c’était une ville complètement différente.

Par exemple, 90 % du panel de produits dans les magasins a changé, il y a beaucoup d’importations dans les rayons, signe d’une société qui se développe à bon rythme. Tachkent a changé et nous avons changé. Les choses qui nous étaient étrangères, par exemple le kourout (petit fromage sec et très salé, ndlr), sont devenues des parts intégrantes de notre vie.

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Il y a encore quelques moments qui nous déroutent en Ouzbékistan. Nous avons remarqué que les jeunes parlent mal le russe, contrairement à la génération plus âgée. Cela s’avère critique dans la sphère des services, cela donne lieu à quelques quiproquos. A mon sens, l’usage du russe ne doit pas se perdre.

Depuis notre arrivée, nous avons remarqué un manque d’informations que nous ne nous expliquons pas. De nos jours, cela ne devrait plus être problématique de trouver des renseignements importants. Mais ici, ça demande du temps et de l’énergie pour, par exemple, avoir le programme des festivités pour le jour de l’Indépendance de l’Ouzbékistan.

Un problème d’accès à l’information

Ce genre de fête est pour nous un merveilleux prétexte pour organiser un véritable jour de congé, pour aller faire un tour dans les kermesses populaires, assister aux évènements organisés par la ville.

Il semblerait que plusieurs sites parlent de l’ampleur des festivités, mais ce qui se passe concrètement et à quelle heure n’est pas indiqué, et personne ne vous le dira. Ici, il y a un vrai problème d’accès à l’information.

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L’Ouzbékistan en trois mots : chilla (les 40 jours les plus chauds de l’année, ndlr), plov (riz pilaf, ndlr) et opportunités.

Chacun sa propre relation avec le pays

Chaque famille a sa propre histoire avec le pays : son premier contact, le moment où les clichés se dissipent et celui où elle plonge dans la vie réelle du pays. L’Ouzbékistan n’est pas un paradis sur Terre comme le promettent les guides touristiques, mais il n’est pas aussi mauvais que certains Ouzbeks peuvent le penser.

Le pays a des problèmes à résoudre et des richesses dont sa population doit être consciente. Et pour être objectif, il est utile que les Ouzbeks cherchent à regarder leur pays à travers les yeux des étrangers.

Alena Pouchkareva et Viktoria Erofeïeva pour Hook Report

Traduit du russe par Arnaud Behr

Édité par Marie Ponsot

Relu par Emma Jerome

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