Liste offshore ouzbekistan corruption évasion fiscale président tachkent

L’Ouzbékistan publie la liste de ses investisseurs étrangers, une première en Asie centrale

L’Ouzbékistan a présenté sa liste d’investisseurs extraterritoriaux, qui devra être approuvée dans les prochains jours. Avec cette première en Asie centrale, Tachkent espère contrôler l’évasion fiscale, valoriser les capitaux ouzbeks et favoriser les investissements étrangers. En creux, l’Ouzbékistan joue franc jeu après des scandales de corruption.

Le Comité central des impôts ouzbek a publié le 22 mai dernier un projet de liste des juridictions extraterritoriales (offshore), le nom officiel des investisseurs étrangers, qui devrait être approuvée après le 6 juin. Cette liste présente 68 juridictions extraterritoriales qui investissent en Ouzbékistan, comme l’a indiqué le média ouzbek Spot.uz.

Novastan est le seul média en français et en allemand spécialisé sur l'Asie centrale. Entièrement associatif, il fonctionne grâce à votre participation. Nous sommes indépendants et pour le rester, nous avons besoin de vous ! Vous pouvez nous soutenir à partir de 2 euros par mois (défiscalisé à 66 %), ou en devenant membre actif par ici.

Parmi ces 68 investisseurs venus de l’étranger, le média ouzbek souligne l’importance des investissements directs à l’étranger (IDE) en provenance des Îles vierges britanniques, en reprenant les données de la Banque centrale d’Ouzbékistan datant de 2018. Les IDE du territoire connu pour son très faible taux d’imposition et ses sociétés écrans s’élevaient à 8 % au premier trimestre, soit une valeur totale de 4,3 milliards de dollars (3,9 milliards d’euros). Une part importante pour un pays comme l’Ouzbékistan, qui dépasse des pays comme la Russie (6 %), la Turquie (5 %) et l’Allemagne (4 %). Depuis, ces informations ont cessé d’être communiquées par la Banque centrale, malgré une politique de transparence en pleine expansion. Il est cependant estimé que le total des IDE tous secteurs confondus en 2019 est en moyenne deux fois supérieur à celui de 2018, informe le média ouzbek Tashkent Times.

L’objectif de l’Ouzbékistan est de concentrer ses efforts pour stimuler les investissements étrangers dans le pays tout en préservant les capitaux ouzbeks. Cette liste constitue donc un coup de maître pour valoriser notamment la politique d’investissement visée par le président ouzbek Chavkat Mirzioïev. Son ambition est de voir son gouvernement se transformer en entrepreneurs pour pousser le développement économique ouzbek. Il se doit ainsi de répondre à des normes globales et de transparence en termes de fiscalité.

Des réformes « mea culpa » à la suite d’affaires de corruption

Ce projet de lister publiquement les investisseurs étrangers intervient dans un contexte particulier. Au 1er janvier 2020, l’Ouzbékistan s’est doté d’un nouveau Code fiscal, qui a introduit un contrôle des activités de sociétés enregistrées et exerçant à l’étranger mais résidentes en Ouzbékistan, selon Spot.uz. Ainsi, la liste publiée par le Comité central des impôts s’aligne sur ces nouvelles mesures fiscales. Il s’agira de progressivement comptabiliser les bénéfices de ces sociétés étrangères contrôlées dès le 1er janvier 2022 afin de limiter l’évasion fiscale.

Perçue sur le papier comme une véritable politique de transparence vis-à-vis des flux financiers en provenance de zones extraterritoriales, à l’instar des Îles vierges britanniques, il s’agit néanmoins de mettre en avant le marché caché des investissements en Ouzbékistan.

Lire aussi sur Novastan : Corruption : l’Asie centrale en bas du tableau

En effet, ces mesures interviennent après que plusieurs affaires ont éclaté en 2018, date à laquelle la Banque centrale a cessé de publié les données concernant les juridictions extraterritoriales. L’affaire du mégaprojet immobilier de « Tashkent City », d’un coût estimé à 1,3 milliard de dollars (1,16 milliard d’euros), impliquant le maire de la capitale ouzbèke, Djarkhongir Artykkodjaïev, est la plus significative. L’analyse du site web britannique Open Democracy témoigne que le principal investisseur de ce projet, originaire d’Allemagne, Hyper Partners GmbH, aurait au final été l’idée d’un groupe d’hommes d’affaires ouzbeks, en mettant à la tête un jeune homme de 19 ans inexpérimenté dans le secteur de la construction. Pressé par l’opinion public, Tachkent a dû communiquer la liste de tous les investisseurs. Parmi les entreprises citées, celle détenue par le maire de Tachkent, Akfa Dream World, est sortie du lot.

Cette analyse a mis en avant les pratiques courantes de corruption en Ouzbékistan mêlant intérêts privés et intérêts publics au travers de sociétés fantômes européennes. Des faits illégaux dans le pays depuis 1992 et une résolution du Conseil des ministres, qui interdit aux hauts fonctionnaires, agents gouvernementaux et forces de l’ordre, dont les fonctions comprennent des prises de décisions liées au domaine des affaires, de s’engager dans des activités entrepreneuriales.

En somme, ces efforts juridiques sembleraient correspondre à une réponse internationale pour rassurer les investisseurs étrangers de continuer à s’impliquer dans le pays, plutôt qu’une véritable réforme pour lutter contre la corruption et l’évasion fiscale.

Malaurie Le Bail
Rédactrice pour Novastan

Relu par Aline Cordier Simonneau

Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez répondre anonymement à ce questionnaire ou nous envoyer un email à redaction@novastan.org. Merci beaucoup !


Partager avec
Aucun commentaire

Ecrire un commentaire

Captcha *