Tous nos contenus en accès illimité !

Abonnez-vous

X

Human Rights Watch critique le rapprochement entre l'UE et l'Ouzbékistan - Novastan Français Novastan | Human Rights Watch critique le rapprochement entre l’UE et l’Ouzbékistan
Union européenne UE Ouzbékistan Relations SPG+ Commerce Diplomatie HRW Human Rights Watch

Human Rights Watch critique le rapprochement entre l’UE et l’Ouzbékistan

Alors que les accords bilatéraux entre l’Union européenne et l’Ouzbékistan doivent être renouvelés et que les droits de douane doivent être réduits pour les produits ouzbeks, Human Rights Watch s’inquiète d’une situation toujours préoccupante en matière de droits de l’Homme.

Novastan reprend et traduit ici un article publié le 22 novembre 2020 par notre version allemande.

Avec l’arrivée de Chavkat Mirzioïev au pouvoir en décembre 2016 après la mort du dictateur de longue date Islam Karimov, l’Ouzbékistan s’est progressivement libéralisé et réformé. Le rapprochement avec l’Union Européenne (UE) constitue un pilier important de cette évolution. En parallèle, l’UE y voit également l’occasion de renforcer son influence en Asie centrale et cherche de plus en plus à dialoguer.

Novastan est le seul média en français et en allemand spécialisé sur l'Asie centrale. Entièrement associatif, il fonctionne grâce à votre participation. Nous sommes indépendants et pour le rester, nous avons besoin de vous ! Vous pouvez nous soutenir en vous abonnant, en réalisant un don défiscalisé à 66 %, ou en devenant membre actif par ici.

Mais le système politique autoritaire et répressif mis en place sous Islam Karimov complique la coopération. La situation ne se serait pas tant améliorée, estime Hugh Williamson, responsable du département pour l’Europe et l’Asie centrale de l’ONG Human Rights Watch (HRW). “Imaginez qu’un homme ait maltraité sa famille pendant des années. Un jour, il deviendra un peu plus gentil et promet d’être beaucoup plus gentil à l’avenir. Est-ce le moment de le récompenser pour ses petits changements de comportement ? “, résume-t-il par une métaphore dans un communiqué publié le 4 novembre dernier.

Lire aussi sur Novastan : L’Union européenne et l’Asie centrale veulent approfondir leur coopération

Cette prise de parole de l’ONG intervient alors que l’UE et l’Ouzbékistan négocient des accords de partenariat et de coopération élargis (EPCA), qui doivent remplacer l’accord de partenariat et de coopération (APC) en vigueur depuis 1999. D’autre part, l’Ouzbékistan bénéficie déjà du système des préférences tarifaires généralisées (SPG), qui permet un accès plus facile au marché européen pour ses exportations. Selon le Tachkent Times, en juin 2020, l’Ouzbékistan a demandé le statut SPG+, qui offre de nouvelles baisses de tarifs douaniers et des incitations spécifiques au développement durable et à la bonne gouvernance.

Un mauvais signal

Actuellement, 3 000 marchandises peuvent être exportées sans droits de douanes vers les pays de l’UE et 3 200 marchandises avec des droits réduits. Avec le SPG+, le pays pourrait exporter 6 200 marchandises en sans droits de douanes. L’objectif du système tarifaire préférentiel est en principe d’aider les pays en développement à éliminer la pauvreté et à créer de nouveaux emplois. Le Kirghizstan voisin bénéficie du statut SPG + depuis 2016.

Lire aussi sur Novastan : Les produits kirghiz obtiennent un accès préférentiel au marché de l’UE

L’accès au statut SPG+ est celui qui occupe le plus Hugh Williamson. Alors que la candidature est examinée par l’UE, le respect par l’Ouzbékistan de 27 conventions internationales relatives aux droits de l’Homme, au travail et à l’environnement sera déterminant. Ces conventions ont été ratifiées par l’Ouzbékistan, mais selon les estimations de HRW, le pays n’est pas en mesure de respecter les normes qui y sont fixées à ce stade.

Selon Hugh Williamson, l’acceptation du statut SPG+ à L’Ouzbékistan enverrait un mauvais signal. “Les développements récents sont les bienvenus, mais ce ne sont que de petits pas. Les promesses de réformes du gouvernement sont encore inachevées.”, estime-t-il. Il évoque par exemple la situation des prisonniers politiques. Ainsi, bien que beaucoup aient été licenciés, selon HRW, ceux-ci n’ont pas reçu d’aide économique, sociale et sanitaire suffisante de la part de l’État, dont ils auraient besoin après un si long séjour en prison.

L’Ouzbékistan ne suit pas les recommandations de l’ONU

En dehors de cela, les personnes critiques continuent d’être arrêtées pour extrémisme ou trahison. Au début de l’année 2020, le diplomate Qodirjon Yussupov et l’ancien journaliste du magazine du ministère de la Défense Vladimir Kaloshin ont été condamnés à de longues peines d’emprisonnement pour trahison, a relevé le média russe spécialisé sur l’Asie centrale Fergana News. En outre, en plus des représailles ouvertement menées par le régime, Hugh Williamson critique la forte autocensure des créateurs de médias. Selon lui, le droit de réunion n’est pas non plus accordé. Son évaluation de la situation coïncide également avec le classement Freedom House, qui considère l’Ouzbékistan comme un pays non-libre en 2020, avec 10 points sur 100, dans la même catégorie que la Chine.

Lire aussi sur Novastan : Législatives en Ouzbékistan : pourquoi deux partis d’opposition n’ont pas pu se présenter aux élections

Dans un rapport du Comité des droits de l’Homme publié en avril 2020, les Nations Unies constatent également que l’Ouzbékistan agit à l’encontre des recommandations du Comité dans divers domaines. Si le Comité fait l’éloge des progrès réalisés dans la lutte contre la corruption, la prévention de la violence à l’égard des femmes, les réformes judiciaires et la lutte contre le travail forcé et les enfants dans le secteur de la construction, des violations telles que la torture dans les prisons, la captivité politique, la répression des organisations non gouvernementales ou la discrimination fondée sur le genre continuent d’avoir lieu.

Ce rapport donne une position très claire pour Hugh Williamson concernant la candidature de l’Ouzbékistan au SPG+. « La Commission européenne devrait tenir compte des évaluations internationales indépendantes et admettre que, malgré de petits changements, l’Ouzbékistan ne peut pas respecter les conventions nécessaires pour le statut SPG+ », décrit le responsable Europe et Asie centrale d’HRW.

Hugh Williamson demande à la Commission européenne, au lieu d’accorder le statut SPG+, de donner à l’Ouzbékistan un calendrier de libération des prisonniers politiques, de lutte contre la torture dans les prisons et d’adapter le droit de réunion aux normes internationales. En particulier, l’UE devrait surveiller la situation de la production de coton. “En fin de compte, la Commission devrait mettre en place un processus de suivi impliquant des groupes de la société civile locale et internationale, de sorte que la transparence puisse être accordée”, prévoit le représentant de HRW.

Reconnaissance internationale pour l’ouverture de l’Ouzbékistan

Mais le SPG+ n’est l’unique négociation en cours entre Ouzbékistan et UE. La renégociation des accords de partenariat et de coopération fixe un cadre encore plus large et potentiellement plus facile pour les relations entre les deux partenaires. Cette renégociation est le résultat de la stratégie de l’UE pour l’Asie centrale adoptée en 2019, expliquent dans une interview accordée au média européen Eureporter les chercheurs Simon Helwitt et Alberto Turkstra, tous deux liés à l’Institut européen des sciences de l’Asie (EIAS). L’objectif de la stratégie européenne est de “promouvoir la résilience, la prospérité et la coopération régionale”, ce qui affecte également les négociations avec l’Ouzbékistan.

Le dialogue entre l’UE et l’Ouzbékistan, qui se déroule depuis 2018, est principalement dû aux “développements positifs dans la région, et en particulier en Ouzbékistan, qui s’est engagé à une libéralisation économique et à un processus de réforme global”, estiment les représentants de l’EIAS. En témoigne également la désignation de L’Ouzbékistan comme pays de l’année 2019 par le magazine britannique The Economist. L’Ouzbékistan est également passé entre 2015 et 2020 de la 141ème place à la 69ème dans le classement Ease of Doing Business de la Banque mondiale.

Outre le progrès économique, Simon Helwitt et Alberto Turkstra louent également l’amélioration de la situation des droits de l’Homme. “Le président Chavkat Mirzioïev a mis fin à beaucoup de choses de la domination despotique d’Islam Karimov, comme le travail forcé et la persécution des journalistes étrangers“, décrivent les chercheurs associés au think-tank. Dans ce contexte, ils soulignent l’amélioration des conditions de travail dans la production de coton, qui a longtemps été marquée par le travail des enfants et le travail forcé. 

Lire aussi sur Novastan : Campagne d’automne du coton en Ouzbékistan : travail volontaire ou forcé ?

Sur le fond, l’accord couvrira les domaines du dialogue politique et des réformes, de l’Etat de Droit, de la liberté et de la sécurité, des droits de l’Homme, de la lutte contre la corruption, des migrations, du commerce et du développement économique et durable. Le développement rural, la protection de la mer d’Aral et l’adhésion de l’Ouzbékistan à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) revêtent une importance particulière dans le contexte ouzbek.

Cette année, après cinq ans de négociations, l’UE a conclu un EPCA avec le Kazakhstan voisin et des négociations sont en cours avec le Kirghizstan. Cependant, selon Simon Helwitt et Alberto Turkstra, dans le cas de l’Ouzbékistan, la durée du processus de négociation serait réduite. Le dialogue devrait être achevé en 2020, ce qui pourrait toutefois ne pas être respecté en raison de la pandémie.

Manque de réformes sociales et politiques

“Dans tous les cas, par l’intermédiaire de l’EPCA, les deux parties signalent la volonté d’accroître leurs échanges et d’étendre la relation bilatérale sur le plan quantitatif et qualitatif”, notent avec optimisme les chercheurs associés de l’EIAS. Néanmoins, ils soulignent que l’Ouzbékistan a encore beaucoup à faire dans les domaines de la démocratisation, de la transparence et du respect des normes internationales.

Envie d'Asie centrale dans votre boîte mail ? Inscrivez-vous gratuitement à notre newsletter hebdomadaire en cliquant ici.

Ils critiquent également l’indépendance insuffisante du pouvoir judiciaire, la liberté de la presse restreinte et la répression contre les organisations non gouvernementales. Simon Helwitt et Alberto Turkstra caractérisent les récents développements en Ouzbékistan comme un “processus de réforme à deux vitesses”, dans lequel, bien que le développement économique soit fortement soutenu, les changements sociaux et politiques progressent beaucoup plus lentement.

Pour l’UE, l’EPCA revêt également une importance géopolitique importante, comme le souligne le directeur du centre UE-Asie Fraser Cameron. “Il est très important d’offrir une structure de soutien alternative aux côtés de la Chine et de la Russie “, affirme-t-il à Eureporter. Interrogé à propos d’un choix entre la Russie ou l’UE, Fraser Cameron estime que l’Ouzbékistan « reconnaît que les réformes fondamentales nécessaires pour améliorer la compétitivité sont soutenues par l’UE et non par la Russie. »

Lire aussi sur Novastan : La Russie tente une nouvelle approche diplomatique en Asie centrale

“Il est réjouissant de constater que ces dernières années, notre relation s’est intensifiée et a pris une nouvelle forme”, a également affirmé à Eureporter le porte-parole de l’ambassade d’Ouzbékistan à Bruxelles. « Nous sommes convaincus qu’il y a un important potentiel inexploité ici. La partie ouzbèke est prête à porter le volume des échanges bilatéraux à 10 milliards de dollars », a-t-il ajouté.

Cet aspect commercial est celui qui rapproche paradoxalement HRW et l’ambassade ouzbèke à Bruxelles. De fait, Hugh Williamson note que la candidature témoigne de grandes ambitions de l’Ouzbékistan pour le développement économique. Pour l’ONG, l’UE devrait soutenir la République d’Asie centrale dans cette voie, mais de manière durable dans la perspective du développement social.

Jana Rapp
Rédactrice pour Novastan

Relu par Guilhem Sarraute

Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez répondre anonymement à ce questionnaire ou nous envoyer un email à redaction@novastan.org. Merci beaucoup !

Partager avec
Aucun commentaire

Ecrire un commentaire

Captcha *