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Élections en Hongrie : qu’implique la fin de l’ère Orban pour l’Asie centrale ?

Pendant ses 16 ans de mandat, le Premier ministre Viktor Orban avait noué des liens avec les États asiatiques et surtout les pays d’Asie centrale. Après sa défaite aux élections parlementaires une question se pose : quelles sont les conséquences du changement de pouvoir à Budapest pour les relations entre la Hongrie et l’Asie centrale ?

Poignée de main entre Tokaïev et Orban
Défait aux élections: Le premier ministre de Hongrie Viktor Orban (g.) était un hôte apprécié en Asie centrale (ici avec Kassym-Jomart Tokaïev à d., photo d'archive du 2.11.23), Photo: Akorda.kz

Pendant ses 16 ans de mandat, le Premier ministre Viktor Orban avait noué des liens avec les États asiatiques et surtout les pays d’Asie centrale. Après sa défaite aux élections parlementaires une question se pose : quelles sont les conséquences du changement de pouvoir à Budapest pour les relations entre la Hongrie et l’Asie centrale ?

De manière surprenante, tout s’est finalement déroulé sans heurts : au lieu d’une opération sous faux drapeau ou d’une contestation des résultats, les élections parlementaires hongroises du 12 avril se sont conclues avec un simple appel du Premier ministre en exercice, Viktor Orban, à son successeur, Péter Magyar, pour le féliciter de sa victoire.

Le raz de marée en faveur de Péter Magyar et de son parti Tisza, qui a fait son entrée sur la scène politique il y a seulement deux ans et qui dispose maintenant de la majorité des deux tiers au Parlement, a mis un terme de manière fracassante au long règne de Viktor Orban qui dirigeait depuis 16 ans le pays d’Europe centrale.

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Péter Magyar s’est fait un devoir de normaliser les relations du pays avec l’Union européenne. Sous Viktor Orban, la Hongrie s’était mué en État-paria au sein de l’organisation du fait de nombreuses infractions aux principes de l’État de droit, et de sa collaboration appuyée avec des autocrates. Le futur des relations de la Hongrie avec les pays d’Asie centrale, avec lequel le prédécesseur de Péter Magyar a noué des liens étroits, reste quelque peu en suspens.

Rapprochement et développement des relations économiques

Le rapprochement de la Hongrie avec l’Asie centrale s’inscrivait dans le cadre d’une politique commerciale étrangère de Viktor Orban qui devait depuis 2012, sous le slogan « Ouverture à l’Est », stimuler le commerce avec les marchés asiatiques. Aux côtés de pays comme la Chine ou la Russie, la Turquie et les pays d’Asie centrale, qui avaient auparavant fondé l’Organisation des États turciques (OET), ont joué un rôle prédominant. Viktor Orban avait surtout les ressources énergétiques dans le viseur, des ressources qui lui permettraient de réduire la dépendance de la Hongrie aux hydrocarbures russes.

En 2014 la Hongrie, premier pays d’Europe centrale, signait un partenariat stratégique avec le Kazakhstan. Le commerce bilatéral entre les deux pays atteignait en 2024 un volume de presque 200 millions d’euros et la Hongrie investit fortement dans divers secteurs de l’économie kazakhe, notamment l’agriculture, l’industrie et la logistique. En Ouzbékistan, la banque OTP acquérait une part de 73,71 % dans la banque Ipoteka, le cinquième établissement financier du pays le plus peuplé d’Asie centrale.

L’obtention du statut d’observateur à l’OET en 2018 inaugurait une plateforme commune censée favoriser les relations commerciales avec l’Asie centrale. Un an plus tard un bureau de représentation de l’organisation s’implantait à Budapest, censé servir d’avant-poste officieux en Europe.

Relations Hongrie-Asie centrale après les élections : Quo vadis, Magyar ?

Ce qu’il adviendra des liens Hongrie-Asie centrale demeure incertain. Le lien entre Orban et les chefs d’État centrasiatiques était fortement marqué par des contacts personnels et une confiance réciproque. Ces derniers se voient maintenant obligés de renouer un contact rapproché avec le successeur d’Orban.

La réaction à la passation de pouvoir en Hongrie s’est faite plus prudente. C’est seulement le 15 avril, soit trois jours après l’annonce des résultats, que le président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev félicitait Peter Magyar pour sa victoire. En guise de comparaison, il y a quatre ans, Viktor Orban avait reçu un télégramme du président kazakh dès le lendemain des élections. Les gouvernements d’Asie centrale sont actuellement dans l’expectactive, attendant de voir quelle orientation le nouveau gouvernement hongrois donnera à sa politique extérieure.

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Les experts font cependant preuve d’un optimisme prudent, estimant que les relations fructueuses entre le pays d’Europe centrale et l’Asie centrale sont amenées à perdurer sous le gouvernement Magyar.

L’avis des politologues kazakhs

« La direction du Kazakhstan sous le président Kassym-Jomart Tokaïev est apte à former des liens de manière professionnelle, diplomatique et pragmatique avec les autorités officielles de n’importe quel État. Pour nous, peu importe quelles forces un certain politique étranger représente. Ce qui déterminant, c’est qu’il soit légitime et élu par le peuple », déclarait le politologue kazakh Ourazgali Selteïev au média kazakh CMN.

« Magyar est un représentant de l’élite d’opposition issue de la classe politique établie. Et de tels politiciens connaissent très bien les règles et le fonctionnement des relations internationales. C’est pourquoi il n’y aura pas de gestes abrupts ou radicaux », ajoute-t-il.

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Au lieu d’une tabula rasa dans les relations, il se pourrait plutôt que l’on assiste à une rupture dans l’approche des deux parties pour le politologue Anwar Bahithanov. « La coopération entre le Kazakhstan et la Hongrie dépasse depuis longtemps la diplomatie personnelle. Elle s’appuie sur des mécanismes interétatiques, des projets économiques et l’intérêt de Budapest pour l’Asie centrale. C’est pourquoi un changement de gouvernement devrait plutôt voir la transition vers un modèle de coopération plus pragmatique et plus institutionnel, sans soubresauts politiques », estime-t-il.

Corridor médian : les intérêts communs de l’UE et de la Hongrie

Un autre élément en faveur d’une poursuite des relations est l’intérêt commun de la Hongrie et de l’UE à développer les itinéraires commerciaux entre l’Europe et la Chine. Depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022 le « corridor médian » qui relie l’Europe et la Chine par voie terrestre a grandement gagné en importance.

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Au vu des risques géopolitiques en Europe de l’Est et au Moyen-Orient, le corridor médian est censé garantir un accès européen aux marchés asiatiques. Dans cette organisation logistique, ce sont les pays membres de l’OET comme l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan, le Kirghizstan, la Turquie et l’Ouzbékistan qui jouent le rôle crucial de pays de transit.

Après une incursion dans le monde turcique pensée par Viktor Orban comme une rupture avec l’UE, les relations institutionnelles cultivées ces 15 dernières années pourraient aider Budapest à accélérer la coopération logistique et énergétique entre les deux parties. Péter Magyar s’étant fixé comme objectif d’arrondir les angles avec Bruxelles, celui-ci pourrait utiliser le vecteur centrasiatique pour faire apparaître le pays sous un meilleur jour dans l’UE.

Benedikt Stöckl pour la rédaction allemande de Novastan

Traduit de l’allemand par Arnaud Behr

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