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Regards sur le cinéma féminin d’Asie centrale Novastan | Regards sur le cinéma féminin d’Asie centrale
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Regards sur le cinéma féminin d’Asie centrale

Du 25 août au 30 septembre 2020 se tenait la troisième édition du festival FemAgora. Ce festival de cinéma féministe a été l’occasion de discussions sur le regard que portent les réalisatrices sur le cinéma féminin d’Asie centrale.

Novastan reprend et traduit ici un article publié le 26 septembre 2020 par le média tadjik Asia-Plus.

Le 26 septembre 2020 avait lieu en ligne le festival féministe FemAgora, dans le cadre duquel ont été montrés des films, autant des documentaires que des fictions, tournés par des réalisatrices d’Asie centrale et d’Allemagne. Des discussions ont aussi été organisées avec les autrices, lors desquelles a été évoqué le fait de créer des films documentaires dans la région, rapporte le média centrasiatique Newreporter.org.

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Beaucoup de ces films ne sont pas disponibles en ligne, et c’est pourquoi les organisateurs les ont postés sur le site du festival. Les débats, quant à eux, ont eu lieu sur les pages Facebook et sur YouTube. Ainsi, le film The crying of Tanbur (2018) de la réalisatrice tadjike Anisa Sabiri, y est disponible en ligne. Vingt-trois films documentaires et fictions sont disponibles sur le site du festival.

Le cinéma féminin centrasiatique

Ces œuvres nouvelles rendent les débats publics sur le cinéma féminin intéressants. Le maître de séance, Moldiyar Ierguebekov, professeur à l’Université Süleyman Demirel, a par exemple discuté du rôle des femmes dans le cinéma centrasiatique avec des réalisateurs et des réalisatrices du Kazakhstan, du Kirghizstan et du Tadjikistan, lors d’un débat intitulé Documentaires de femmes.

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Reprenant les propos de Debra Zimmerman, la directrice de la fondation américaine Women Make Movies, Katerina Souvorova explique que « dans la plupart des cas, les hommes, privilégiés, peuvent très bien raconter des histoires sur d’autres hommes, mais que les femmes, qui n’ont pas ces privilèges, peuvent parler et des uns et des autres. Les autrices ont plus d’objectivité et d’empathie pour des héros et des thèmes déterminés ». C’est ce que considère la cinéaste indépendante, directrice d’un studio documentaire au Kazakhstan.

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Beguim Joldoubaï, la réalisatrice kirghize du documentaire Far away, a pris part au débat. Dans son film, elle montre un monde strictement masculin : la vie des bergers d’Asie centrale. « Ce monde m’est familier, j’en connais le héros depuis l’enfance et j’ai pu raconter sa véritable histoire », explique-t-elle.

De plus, les participantes ont parlé du regard d’autrice qu’elles portent sur le documentaire.

« Pour moi, il est important de faire des films documentaires sur ce qu’il se passe maintenant. Peut-être qu’aujourd’hui ce n’est ni populaire ni à la mode. Les gens qui me plaisent le plus sont ceux qu’on ne voit pas, par exemple des personnes âgées qui collectionnent des livres », raconte Katerina Souvorova.

« Quand nous avons fait le film Demain la mer, il y avait un vieil homme de 86 ans. Le fait que nous l’ayons filmé de son vivant, que nous ayons conservé l’image d’un homme qui, un jour, a vécu, est maintenant très important pour moi. J’accorde une grande valeur à la possibilité de capturer la vie dans un documentaire », partage la réalisatrice kazakhe.

La composante sociale du documentaire

Makhpora Kiromova, journaliste et autrice du film documentaire tadjik Mardikor, qui a défrayé la chronique, considère que la composante sociale reste l’élément principal d’un documentaire. « Je vais vous dire ce que je ressens : je ne suis pas réalisatrice. Pour moi, le film documentaire est une extension du journalisme, mais dans un format plus complexe. Je sens en tant que journaliste qu’il ne s’agit pas seulement de documenter les faits et les événements, ce n’est pas le but premier ».

La réalisatrice tadjike poursuit en expliquant :« Pour moi, le film documentaire est un produit qui a du sens socialement, dont le but n’est pas seulement de raconter, mais d’agir sur la situation. Peut-être pas dans des proportions énormes, mais en tout cas d’agir ».

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Elle raconte qu’après la sortie de son premier documentaire sur des femmes à tout faire, des centaines de Tadjiks ont commencé à aider les personnages du film. Cette aide ne s’est pas avérée limitée à des dons d’argent, de nourriture ou de vêtements : les femmes ont eu la possibilité d’être formées à des métiers, ce dont elles n’avaient jamais eu l’occasion auparavant.

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À propos des protagonistes de son documentaire, Makhpora Kiromora précise : « ces femmes n’ont pas d’éducation, et c’est pourquoi sans mari elles se mettent à gagner leur vie sur le marché des femmes à tout faire. Elles sont embauchées pour toutes sortes de travaux : elles portent du sable, creusent, font du plâtre, tout ça pour quelques sous ».

Après la diffusion de son documentaire, les choses vont changer pour ces femmes. « Non seulement les personnages de mon film, mais aussi d’autres femmes issues de ce mardikor-bozor (en tadjik, désigne un marché où se vendent des services divers, de la main d’œuvre, ndlr) vont apprendre à exercer des professions, elles vont apprendre les bases des affaires, afin qu’elles puissent ensuite se nourrir, elles et leurs enfants. Une organisation publique s’en occupera, et une autre leur octroiera des bourses pour qu’elles puissent étudier sans avoir à penser à nourrir leurs enfants », raconte Makhpora Kiromova.

L’importance des festivals comme FemAgora

La réalisatrice Katerina Souvorova ajoute que dans le cadre des festivals de cinéma, il existe des fondations spéciales qui peuvent organiser une campagne militante sur un thème social soulevé par un film.

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« Bien sûr, nous faisons tout bénévolement. C’est un travail important qui nécessite autant de force que la réalisation même du film. Pour les auteurs, il est important de savoir qu’il y a des fondations qui conçoivent des campagnes qui peuvent être déployées dans tout le pays. Pendant le travail sur le film, il est possible d’inclure immédiatement des organisations publiques pour qu’elles poursuivent le travail après la sortie du film », conseille Katerina Souvorova.

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« Je n’étais vraiment pas préparée à ça, je pensais que j’allais finir le film et partir filmer d’autres histoires. Mais j’ai passé un mois à travailler avec mes personnages après la sortie du film. Et je ne pouvais pas juste les abandonner, j’ai dû m’immiscer dans toutes ces histoires, réfléchir aux problèmes de ces femmes et les résoudre », raconte Makhpora Kiromova.

D’ailleurs, ce même 26 septembre 2020 avait lieu trois workshops privés sur les thèmes de la création documentaire dans la région, de son évolution dans différents festivals de cinéma et de la défense des droits d’auteur et de la liberté d’expression.

Plus d’informations sont disponibles sur les comptes du festival sur les réseaux sociaux : femagora.org, Facebook, Instagram.

 

Newsreporter.org pour Asia-Plus

Traduit du russe par Paulinon Vanackère

Edité par Frédérique Faucher

Relu par Robin Leterrier

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