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Tadjikistan Université Recteur Suhaïl Naqvi

« Nous investissons dans l’avenir du Tadjikistan »

L’Université d’Asie centrale (UCA) est une université laïque construite et financée par la Fondation Aga Khan. Le recteur de l’UCA, Dr Suhaïl Naqvi évoque auprès d’Asia-Plus le projet de l’université.

Novastan reprend et traduit ici un article publié le 9 août 2020 par le média tadjik Asia-Plus.

C’est l’une des plus grandes universités en Asie centrale. Fondée en 2016, l’Université d’Asie centrale (UCA) a un campus à Naryn, dans le centre du Kirghizstan, ainsi qu’à Khorog, dans le sud du Tadjikistan depuis 2017. C’est une université laïque qui ne s’adresse pas uniquement aux ismaéliens, la branche de l’islam chiite majoritaire au Tadjikistan. L’UCA est financée entièrement par la Fondation Aga Khan, du nom de l’Aga Khan, le leader spirituel des ismaéliens.

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À l’avenir, la plupart de ses enseignants seront des ressortissants des pays d’Asie centrale, et l’université elle-même introduira des normes mondiales d’éducation dans les autres universités du Tadjikistan. Le Dr Suhaïl Naqvi, recteur de l’Université d’Asie centrale, s’est exprimé à ce sujet et bien plus encore dans une interview accordée à Asia-Plus.

Asia-Plus : Dr Suhaïl Naqvi, pourquoi une université de classe mondiale est-elle construite dans les collines de l’Asie centrale et non dans les capitales régionales ?       

Dr Suhaïl Naqvi : L’objectif de notre université est précisément le développement des régions de montagne. Nous voulons montrer que, grâce à la connaissance, les communautés peuvent se développer et rester dans l’air du temps.       

D’après ce que nous savons, le coût annuel de l’institution par étudiant est de 25 000 dollars (21 000 euros), mais les frais de scolarité ne sont fixés qu’à 8 000 dollars (6 700 euros), et les étudiants payent encore moins. Comment pouvez-vous expliquer cette différence ? Comment l’université récupère-t-elle ces coûts ?

Nous avons déjà parlé de la raison pour laquelle cette université a été construite dans une région montagneuse. Lorsqu’il s’agit de talent humain, peu importe que vous veniez d’une petite ou d’une grande ville. Le talent se trouve partout, et il incombe à l’université de l’utiliser efficacement. Le corps enseignant et les étudiants sont les éléments les plus importants de l’université.

Tadjikistan Université Recteur Suhaïl Naqvi
Dr Suhaïl Naqvi, recteur de l’Université d’Asie centrale.

Nous avons créé un environnement extraordinaire dans lequel le corps enseignant et les étudiants bénéficient d’un environnement propice à l’apprentissage et à la recherche. Nous sommes également soucieux d’attirer le meilleur personnel académique du monde entier. Tout cela nécessite un investissement financier important.

Lire aussi sur Novastan : Le président tadjik a ouvert officiellement l’Université d’Asie Centrale à Khorog

Comme vous l’avez mentionné, nous dépensons plus de 25 000 dollars (21 000 euros) par étudiant par an. Actuellement, tous les coûts associés aux frais de scolarité des étudiants proviennent du Réseau de Développement Aga Khan (AKDN).

Le principe de base de notre université est que si vous avez suffisamment de connaissances pour vous inscrire dans notre université, votre situation financière ne doit pas être un obstacle, nous garantissons donc une aide financière.

De cette manière, nous attirons les meilleurs esprits du pays et leur offrons un environnement dans lequel ils peuvent être créatifs. Le climat de montagne donne de la sérénité à ce processus et nous nous intéressons également à la vie des gens et à l’amélioration de la qualité de vie dans ces régions. Tel est l’objectif de l’Université d’Asie centrale.

Vous acceptez donc aussi les étudiants sur une base gratuite ?

Oui. Comme je l’ai mentionné précédemment, lorsque les étudiants demandent à être admis, nous nous intéressons avant tout à leur talent. Nous ne nous penchons pas sur l’aspect financier de la question.

Le montant moyen que les étudiants paient pour les frais de scolarité, les dortoirs, la nourriture et un ordinateur portable est de 1 500 dollars (1 260 euros) par an. Mais il y a des étudiants qui ne paient rien du tout. Je ne connais pas le chiffre exact, mais je pense qu’il atteint environ 20 %. 

Vous envisagez d’ouvrir une autre branche de l’université au Kazakhstan. Quand cela se réalisera-t-il ?

L’université d’Asie centrale a été créée par un accord international entre le gouvernement du Tadjikistan, premier signataire, le gouvernement du Kirghizstan, le gouvernement du Kazakhstan et l’Imamat Ismaïli [une entité supranationale, représentant des imams se succédant depuis l’époque du prophète Mahomet, ndlr].

Au Kazakhstan, à Tekeli, nous attendons l’approbation parlementaire des protocoles nécessaires et, dès que cela sera fait, nous commencerons à concevoir et à construire le campus.

Lire aussi sur Novastan : À Naryn, l’inauguration de l’Université d’Asie centrale

De plus, dans le cadre de ce projet universitaire, nous avons l’intention de créer une école des sciences humaines, sciences naturelles et sciences exactes à Tekeli. Notre école de formation professionnelle et continue s’y trouve déjà.

Au Kazakhstan, on craint qu’à l’avenir, votre université ne concurrence les universités prestigieuses de ce pays.

Tous les pays du monde réalisent que leur atout le plus important est leur jeunesse. Chaque pays souhaite que ses universités soient implantées dans d’autres nations afin que les jeunes puissent poursuivre leurs meilleurs projets. Les succès universitaires ne sont pas des marchandises que l’on peut sortir d’un pays. C’est une composante de cette nation, ces succès profiteront au pays.

Acceptez-vous uniquement les étudiants des pays d’Asie centrale ou également ceux du monde entier ? Existe-t-il des restrictions ?

Oui, il y a une restriction ici. 85 % des étudiants du Tadjikistan, du Kirghizstan et du Kazakhstan sont acceptés. Les 15 % restant proviennent du monde entier, mais nos efforts se concentrent principalement sur les régions montagneuses et marginales du monde. 

Tadjikistan Université Campus
Le campus de l’Université d’Asie centrale à Khorog, Tadjikistan.

Dans les pays d’Asie centrale, dont le Tadjikistan, certaines personnes considèrent votre université avec une certaine appréhension. Ils affirment que les activités de l’université vont au-delà de la science et de l’éducation et poursuivent des objectifs politiques. Que répondez-vous à ça ?

La charte et l’accord de base de l’université stipulent expressément que l’université n’est ni politique ni religieuse. L’université fonctionne en totale conformité avec ces statuts. 

Tout ce que nous enseignons est disponible en ligne. Il n’y a rien de secret et il n’y a pas d’instructions cachées.

Notre objectif est d’offrir une éducation de classe mondiale aux étudiants les plus talentueux et d’attirer des professeurs de renommée mondiale pour enseigner, faire de la recherche et contribuer au développement du pays. 

Cependant, étant donné que l’université, comme vous l’avez dit, est soutenue par l’Organisation de développement de l’Aga Khan, il existe une idée selon laquelle l’université est uniquement destinée aux ismaéliens. C’est vrai ?

Je ne suis absolument pas d’accord ! Comme le stipule la charte de l’université, l’institution est laïque et apolitique. Pour sélectionner les étudiants, nous utilisons un système de double anonymat. En d’autres termes, les étudiants ne savent pas qui est le comité qui les sélectionne et le comité ne connait pas le nom des étudiants qu’il sélectionne. Tous les étudiants se voient attribuer un numéro d’identification et l’admission est basée sur ce numéro, et non sur le nom. 

Quand j’étais sur les deux campus de votre université, c’est peut-être une coïncidence, mais il m’a semblé que la plupart des étudiants étaient ismaéliens. Existe-t-il des statistiques sur le nombre d’ismaéliens et de non-ismaéliens qui étudient à l’université ?

Il y a des statistiques. Par exemple, nous comptons environ 118 employés sur notre campus de Naryn. La ville de Naryn, comme vous le savez, est un endroit où les ismaéliens ne vivent pas. Tous les employés sont de Naryn même. Aucun d’entre eux n’est ismaélien.

Quant aux étudiants, la plupart de ceux qui entrent à l’université sont ismaéliens car ils sont plus renseignés sur les projets de l’Aga Khan. 

Tadjikistan Khorog Université Campus
Les étudiants de l’Université d’Asie centrale à Khorog, Tadjikistan.

Au fur et à mesure que la notoriété des universités a augmenté dans ces trois pays, nous avons constaté une augmentation du nombre de candidats non-ismaéliens. Comme mentionné précédemment, les étudiants sont sélectionnés au mérite et le comité de sélection des étudiants n’a aucun moyen de savoir s’ils sont ismaéliens ou non.

Pour moi, qui ai étudié et enseigné dans des universités du Tadjikistan, votre université offre un environnement incroyable que je n’arrive même pas à croire. Les étudiants répondent-ils à vos attentes ?

Totalement ! Nous avons les meilleurs étudiants du Tadjikistan. Ce n’est pas moi qui le dis, mais les employés des organisations où nos étudiants font des stages chaque été. Pendant trois ans, chacun de nos étudiants effectue un stage dans des organisations et entreprises telles que l’Unicef, Tcell, Coca-Cola, et dans d’autres industries. Certains de nos étudiants se sont déjà vu offrir un emploi après l’obtention de leur diplôme. 

Existe-t-il une différence entre les salaires de vos enseignants invités d’Amérique et d’Europe et ceux des enseignants locaux ?

Les salaires sont fixés en fonction du marché auquel ils appartiennent. Donc, s’ils enseignent en Australie et viennent ici, leurs salaires devraient être alignés sur ceux de l’Australie.

Notre objectif principal est que la majorité des enseignants soient des ressortissants d’Asie centrale. Pour l’atteindre, nous disposons du Programme de développement des enseignants en Asie centrale (CAFDP). Grâce à ce programme, nous trouvons les meilleurs talents de la région et leur donnons la possibilité de faire un doctorat dans les meilleures universités du pays. Ce processus demande du temps et des efforts, mais au final, à l’avenir, la majorité de nos enseignants seront des ressortissants d’Asie centrale.

Votre université a eu du mal à obtenir une licence pour travailler au Tadjikistan. Quel était le problème ?

Selon moi il est très important de regarder le présent et l’avenir. Aujourd’hui, j’ai eu le privilège de rencontrer le ministre de l’Éducation et son premier adjoint. Les activités de l’Université d’Asie centrale n’ont suscité qu’approbation et satisfaction.

Tadjikistan Khorog Université Campus
L’Université d’Asie centrale à Khorog, Tadjikistan.

Lorsque de nouvelles idées et institutions voient le jour, il y a toujours de nombreuses inconnues qui nécessitent du temps à résoudre et mettre en ordre.

Il n’y a donc pas eu de problème sérieux ?

Non. Pas du tout. Nous sommes actuellement en train de négocier avec les universités tadjikes pour y introduire les normes d’apprentissage internationales. Nous coopérons étroitement avec l’université de l’État de Khorog. Dans le domaine de la technologie, nous travaillons également en étroite collaboration avec le gouvernement du Tadjikistan pour atteindre les objectifs de développement du pays.

En tant que recteur de l’Université d’Asie centrale, vous êtes bien conscient que l’éducation dans nos pays, notamment au Tadjikistan, ne se développe pas correctement. Selon vous, quels sont les véritables problèmes dans notre secteur de l’éducation ?

Parlons d’abord des points positifs. Le Tadjikistan est remarquable car, bien qu’il ne soit pas un pays riche, plus de 95 % de sa population est alphabétisée. Le financement est l’un des problèmes les plus graves auxquels la sphère de l’éducation est confrontée. Et ce, malgré le fait que, par rapport au Tadjikistan, les pays développés sont 100 fois plus coûteux par étudiant. 

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En ce qui concerne la méthodologie d’enseignement, je peux affirmer qu’il faut davantage mettre l’accent sur la pensée critique et indépendante. Un autre problème est celui de la qualification des enseignants de mathématiques et de sciences. En outre, les écoles d’Asie centrale ont un programme scolaire de 11 ans, ce qui n’est pas conforme à la norme mondiale de 12 ans. Une année constitue une grande différence.

Malgré ces limites du système, le secteur de l’éducation fonctionne très bien. Des améliorations sont toutefois possibles.

Combien l’université paie de taxes au budget du Tadjikistan ?

Nous sommes une université à but non lucratif qui forme la prochaine génération de ce pays. Cela faisait partie de l’accord que nous avons signé. Nous offrons une éducation qui coûte plus de 25 000 dollars par an pour seulement 1 500 dollars. La différence de 23 500 dollars couvre l’investissement de l’université pour chaque étudiant qui étudie ici. Il s’agit d’un investissement dans l’avenir du Tadjikistan.

Irshod Sulaïmoni
Journaliste pour Asia-Plus

Traduit du russe par Salomé De Baets

Édité par Nazira Zhukabayeva

Relu par Anne Marvau

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