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L’histoire de l’Aga Khan IV, chef spirituel des ismaéliens
Aga Khan

L’histoire de l’Aga Khan IV, chef spirituel des ismaéliens

Vivant autour de la région du Pamir, au Tadjikistan, mais aussi dans certaines régions du Pakistan et de l’Afghanistan, les ismaéliens ont pour chef spirituel l’Aga Khan IV. Cette personnalité, profondément respectée par la communauté, a des racines lointaines et une longue histoire.

Novastan reprend et traduit ici un article publié le 13 décembre 2021 par le média tadjik Asia-Plus.

Rattachés à un courant chiite de l’islam, les ismaéliens sont nombreux au Tadjikistan, notamment dans le Pamir. Leur imam porte le titre d’Aga Khan, l’actuel leader étant l’Aga Khan IV, renommé pour sa philanthropie. Qui est-il et quelles sont ses activités ?

Le prince Karim Aga Khan IV, descendant du prophète Mahomet

Le prince Karim Aga Khan IV, 49ème imam de la communauté ismaélienne chiite nizarite, est considéré comme le descendant direct du prophète Mahomet, par sa fille Fatima. Le titre d’Aga Khan a été conféré pour la première fois à Hasan Ali Chah en 1830. Il devient prince lorsqu’il épouse la fille du roi de Perse et est sacré 46ème imam des ismaéliens nizarites. Dès lors, tous les imams ismaéliens porteront le titre d’Aga Khan.

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En 1887, le comte de Dufferin, alors gouverneur général de l’Inde britannique, accorde à l’Aga Khan Ier le titre de prince en remerciement des services rendus aux Britanniques pendant la guerre d’Afghanistan (1839-1841).

Lire aussi sur Novastan : Le Tadjikistan, berceau des Ismaéliens

Le prince Karim devient chef spirituel ismaélien très tôt. Il reçoit le titre d’Aga Khan IV à l’âge de 21 ans, en 1957, à la suite du décès de l’Aga Khan III. La même année, la reine Elizabeth II lui décerne le titre d’Altesse et, en 1959, le chah d’Iran Mohammad Reza Pahlavi lui attribue le titre d’Altesse royale.

Des études d’histoire islamique

Le futur imam ismaélien, né à Genève en 1938, étudie à l’Institut Le Rosey en Suisse et intègre par la suite l’université de Harvard, dont il ressort diplômé en 1959, avec une licence et une mention d’honneur en histoire islamique. Il articule la vision de l’islam comme une pensée, une foi spirituelle qui enseigne la compassion, la tolérance et qui défend la dignité humaine.

Aga Khan IV et sa famille

L’Aga Khan IV et sa famille. [alt]
Asia-Plus

S’adressant en tant que président de la Conférence internationale sur l’exemplarité du prophète Mahomet à Karachi en 1976, l’Aga Khan IV souligne que la sagesse du dernier prophète, dans sa recherche de nouvelles solutions pour des problèmes qui ne pouvaient être résolus par des méthodes traditionnelles, fournit de l’inspiration aux musulmans pour concevoir une société véritablement moderne et dynamique, et cela sans toucher aux concepts fondamentaux de l’islam.

L’Aga Khan IV a déclaré lors d’une interview accordée au magazine La Cohorte qu’il ne cherchait pas à convertir les autres à sa foi.

Aga Khan IV hippodrome

L’Aga Khan IV et sa famille à l’hippodrome. [alt]
Asia-Plus

« Nous ne ressentons pas le besoin de le faire. Il existe des religions où le prosélytisme est recommandé. Nous sommes toutefois d’avis que chacun est libre de ses choix. Si un individu veut devenir chiite, il peut devenir chiite ; s’il veut devenir chiite ismaélien, il peut devenir chiite ismaélien », explique-t-il.

Un prince sans royaume

Bien qu’il possède des châteaux, des jets privés, des yachts, des centres équestres, une fortune de plusieurs milliards de dollars et le titre d’imam, Karim Aga Khan ne dispose d’aucun territoire politique. Il passe la plupart de son temps dans les airs à bord de son jet privé.

L’imam fait partie de ces aristocrates européens dont l’origine ethnique s’avère très difficile à déterminer. Il est à moitié anglais par le sang et voyage dans le monde entier avec un passeport britannique.

Il désigne toutefois Genève, où se trouve le siège de la Fondation Aga Khan, et son domaine près de Chantilly, comme étant ses principaux foyers.

Un bienfaiteur

Karim Aga Khan a consacré sa vie à l’aide humanitaire. Ses dons annuels atteignent des millions de dollars. Si bien qu’il est parfois surnommé l’imam au cœur d’or.

Aga Khan IV Chantilly

La famille Aga Khan à Chantilly. [alt]
Asia-Plus

L’Aga Khan gère un vaste réseau de fondations ainsi que le groupe d’institutions Aga Khan Development Network (AKDN) qui travaillent avec les gouvernements d’Asie, d’Afrique, d’Europe et d’Amérique sur des programmes dans les domaines de l’agriculture, de la santé, de l’éducation, du tourisme, etc.

Lire aussi sur Novastan : Comment la Fondation Aga Khan tente de se maintenir au Tadjikistan

L’AKDN comprend les centres de formation Aga Khan, l’agence de microfinancement Aga Khan, les services d’éducation Aga Khan, la fondation Aga Khan pour le développement économique, les services de santé Aga Khan, les services de planification et de construction Aga Khan, le Trust Aga Khan pour la culture, l’université Aga Khan et le groupe international d’agences FOCUS Humanitarian Assistance, créé pour fournir une aide d’urgence supplémentaire dans les pays en développement.

La Fondation Aga Khan a contribué à de nombreux projets humanitaires qui ont sauvé des millions de vies dans divers pays. Elle apporte son soutien aux personnes quelle que soit leur race ou leur religion.

Aga Khan IV famille

La famille d’Aga Khan IV. [alt]
Asia-Plus

La Fondation possède des filiales dans 18 pays, principalement en Asie centrale, au Moyen-Orient, en Afrique orientale et occidentale et en Asie du Sud-Est.

Ses liens avec le Tadjikistan

Le prince Karim Aga Khan IV rencontre pour la première fois ses fidèles au Tadjikistan le 25 mai 1995. Les membres de la communauté ismaélienne ont eu, ce jour-là, leur première occasion de voir l’imam en personne. Depuis lors, ce jour est célébré chaque année comme le Jour de la lumière ou Jour de la rencontre, Rouzi Nour en tadjik.

Aga Khan IV Emomali Rahmon

L’Aga Khan IV a rencontré Emomali Rahmon, le président tadjik, lors de sa visite au Tadjikistan. [alt]
Asia-Plus

Les Pamiris estiment avoir été sauvés par l’Aga Khan dans les années 1990. L’aide humanitaire alimentaire fournie par l’imam à la population du Haut-Badakhchan pendant la guerre civile tadjike (1992-1997) a sauvé la population d’une famine massive.

Lire aussi sur Novastan : Il y a trente ans au Tadjikistan : les émeutes de Douchanbé

Le Haut-Badakhchan était alors soumis à un blocus économique. Les cargaisons de nourriture envoyées par l’imam en provenance de la ville kirghize d’Och étaient le seul moyen pour les Pamiris de survivre. Des caravanes livraient des dizaines de milliers de tonnes de farine, d’huile, de sucre, de lait en poudre, de riz et d’autres produits de première nécessité dans chaque village du Haut-Badakhchan.

Le business équestre en héritage

Le prince Karim a hérité de l’entreprise équestre de son père après la mort de ce dernier, dans un accident de voiture en région parisienne. « Lorsque papa est décédé, nous [ses enfants] ne savions absolument pas quoi faire de cette passion familiale, de ces neuf gigantesques élevages de chevaux pur-sang, je n’ai jamais porté d’intérêt aux chevaux. Il m’était très difficile de maintenir cette entreprise à flot et je risquais fortement de la ruiner à cause de mon ignorance dans ce domaine », raconte l’Aga Khan IV.

Néanmoins, il a décidé de racheter les parts de ses frères et sœurs et d’essayer de réussir dans cette activité. C’est encore aujourd’hui un succès. Les chevaux apportent au prince des victoires dans les grandes courses depuis plus d’un demi-siècle.

Aga Khan IV Chantilly

L’Aga Khan IV à l’hippodrome de Chantilly. [alt]
Asia-Plus

Une des rares occasions d’apercevoir le prince est donc de se rendre à la course de Chantilly pour le prix de Diane. Ce prix, créé en 1843, est considéré comme l’un des plus prestigieux de France. Les courses se déroulent à Aiglemont, à quelques kilomètres du domaine du prince.

Ce prix n’existerait probablement plus aujourd’hui sans l’Aga Khan IV, de même que l’hippodrome de Chantilly. Le prince a pris sous son aile, restauré et reconstruit le vaste territoire de 8 000 hectares, où se trouve, outre l’hippodrome, un important site patrimonial, le château de Chantilly.

Vie privée

En 1968, le prince tombe amoureux d’une mannequin britannique, Sally Crichton-Stuart, fille d’un officier de l’armée indienne. Il l’épouse la même année. Elle est alors nommée Bégum Salimah. Ils ont ensemble trois enfants : le prince Rahim Aga Khan, le prince Hussein Aga Khan et la princesse Zahra Aga Khan.

Le couple divorce en 1993 après 25 ans de mariage.

Aga Khan IV famille

Aga Khan IV à Chantilly avec sa famille. [alt]
Asia-Plus

Le prince épouse en 1995 sa seconde femme, Gabriele-zu-Leiningen, princesse d’origine allemande, qui prend le nom de Bégum Inaara et donne naissance à un fils, le prince Aly Muhammad.

Leur mariage prend cependant fin six ans plus tard.

L’Aga Khan IV et ses enfants

Les enfants d’Aga Khan IV travaillent à ce jour au service de l’imamat : la princesse Zahra dirige le département de l’aide sociale. Rahim Aga Khan est directeur exécutif pour le développement économique de la Fondation Aga Khan ; le prince Hussein, quant à lui, travaille dans le domaine de la protection environnementale.

La fille aînée, Zahra Aga Khan, naît en 1970. Elle obtient en 1994 son diplôme avec mention à Harvard. C’est elle qui représente son père et sa fondation lors de nombreux événement. En 1997, elle épouse l’homme d’affaires britannique Mark Boyden, lors d’un mariage inhabituel pour lequel le père de la mariée a dû donner une autorisation spéciale, puisque le marié refusait catégoriquement de se convertir à l’islam. Ils donnent ensemble naissance à une fille et à un fils mais les deux époux finissent par divorcer.

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Le premier fils d’Aga Khan IV, le prince Rahim Aga Khan, naît en 1971. Il fait ses études supérieures aux États-Unis et en Espagne. En 2013, Naomi Campbell lui présente la mannequin Kendra Spears, alors âgée de 24 ans. Ils se marient la même année : la top-model se convertit à l’islam et reçoit le nom de princesse Salwa Aga Khan.

Le prince Hussein, second fils d’Aga Khan IV, est diplômé d’une licence de lettres au Williams College. Il est également titulaire d’une maîtrise en relations internationales. Il épouse en 2006 l’Américaine Christine White qui se convertit elle aussi à l’islam et reçoit le titre de princesse Khalyia. Le couple annonce cependant son divorce en 2011.

Le troisième fils d’Aga Khan IV, le prince Ali Muhammad, est né le 7 mars 2000.

Manzouma Firouz
Journaliste pour Asia-Plus

Traduit du russe par Alexandra Béroujon

Édité par Paulinon Vanackère

Relu par Emma Jerome

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