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LGBTQI : quand Novastan rencontre Quarteera

Le 7 avril 2020, la version allemande de Novastan a organisé son premier évènement en ligne en coopération avec Quarteera. Les échanges entre les expert-e-s et les participant-e-s ont été consacrés à la question de la vie quotidienne des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres, queer et intersexe (LGBTQI) en Asie centrale, à la migration queer et à l’engagement concernant les sujets LGBTQI, ainsi qu’au manque de couverture médiatique de ces sujets dans la région.

Novastan reprend ici un article publié le 28 avril 2020 dans notre version allemande.

Initialement prévue en format physique à Berlin à la fin du mois d’avril 2020, la rencontre a été annulée du fait de la crise sanitaire liée au coronavirus. Au lieu de cela, l’équipe allemande de Novastan et l’ONG Quarteera, spécialisée dans les questions lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres, queer et intersexe (LGBTQI) dans l’espace russophone, ont organisé leur tout premier évènement en ligne le 7 avril.

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Avec cette organisation en format distanciel, plus de 20 personnes ont pu y participer, y compris des individus qui ne se trouvaient pas à Berlin et donc n’auraient pas pu être présents si l’évènement avait été en présentiel.

Terminologie : quel est le concept de genre ?

Le panel s’est ouvert avec l’intervention de l’experte en étude de genre Saltanat Chochanova, qui a exposé les différences entre le sexe, le genre et la sexualité. Afin de mieux comprendre le sujet, le genre a été présenté à travers le concept du « Genderbread Person » en utilisant quatre catégories : le genre biologique apparenté au sexe de la personne, l’identité de genre correspondant au genre auquel s’identifie l’individu, l’expression de genre et l’autodétermination sexuelle.

De plus amples informations sur ce sujet se trouvent sur le site officiel de The Genderbread Person v4.0. L’experte a ensuite expliqué le terme alternatif « queer », qui a une signification différente dans les communautés LGBTQI russophones où ce terme est souvent utilisé comme pseudonyme. Lors de l’échange avec les participants, elle a relevé que l’Asie centrale avait également ses propres termes pour désigner la communauté LGBTQI, des termes souvent utilisés dans un contexte négatif.

Migration et engagement queer

Dans les pays d’Asie centrale, il existe encore des stéréotypes caricaturaux et des idées erronées sur les personnes queer qui peuvent entrainer des menaces voire des agressions physiques. C’est pour cette raison que de nombreuses personnes LGBTQI émigrent vers des pays « où elles peuvent respirer » et avoir une « vie meilleure », a décrit Saltanat Chochanova. Par chance, nos invité-e-s originaires d’Asie centrale et appartenant à la communauté LGBTQI n’ont pas été persécuté-e-s dans leur pays d’origine. Néanmoins, il ressort de ces échanges un mal-être dans ces sociétés où la haine anti-LGBTQI est toujours fortement présente.

En Europe, de nombreuses personnes homosexuelles issues de l’immigration se sont engagées à soutenir les personnes LGBTQI en Asie centrale à travers plusieurs projets. Une de ces initiatives est le projet Kok.team, basé à Prague. Il s’agit d’une plateforme en ligne informative sur la communauté LGBTQI au Kazakhstan. Kok.team s’est fixé comme objectif de créer une communauté LGBTQI dans le pays et d’informer sur des sujets spécifiques à cette communauté. L’une des tâches les plus importantes de la plateforme Kok.team est de rendre publics des cas de violations des droits de l’Homme sur les personnes LGBTQI au Kazakhstan. De surcroît, l’équipe tente de mettre en place des conseils juridiques pour les personnes concernées et de leur apporter un soutien financier, notamment grâce au financement participatif.

Le projet OLAR est un autre exemple d’engagement. Il s’agit de la première plateforme trilingue en ligne au Kazakhstan dédiée aux sujets LGBTQI . OLAR vise à mettre en lumière le côté créatif et culturel des personnes LGBTQI. Pour ce faire, la plateforme publie des créations artistiques diverses allant des poèmes aux peintures. Il est important que le contenu soit disponible dans les trois langues : kazakh, russe et anglais.

Comment vivent les personnes LGBTQI en Asie centrale ?

D’un point de vue européen, il est difficile de distinguer la situation de la communauté LGBTQI dans les différents pays d’Asie centrale. Cependant, celle-ci n’est pas uniforme dans la région. Afin de pouvoir mieux différencier les spécificités selon les pays et le traitement des personnes LGBTQI dans chacun d’eux, un participant a créé une pyramide classant les pays les plus répressifs en bas et les pays les moins répressifs à son sommet.

En bas de la pyramide se trouve le Turkménistan, où l’homosexualité est une infraction pénale. Selon l’article 135 du Code pénal du pays, les relations homosexuelles entre hommes et des pratiques telle que la sodomie sont passibles de deux ans de prison, décrit le média américain Radio Free Europe. Il n’existe que peu d’informations sur les personnes LGBTQI car le Turkménistan communique très peu, voire pas du tout, sur le sujet.

L’Ouzbékistan vient en deuxième position des pays les plus répressifs. Comme au Turkménistan, il existe encore une loi dans le Code pénal prévoyant jusqu’à trois ans d’emprisonnement pour les actes sexuels volontaires entre deux hommes. Un participant ouzbek a indiqué que les normes sociales sont très différentes de la loi stricto sensu. Dans la loi, seuls les rapports entre hommes sont punis, laissant les rapports entre femmes et personnes transsexuelles hors du champ d’application théorique. Cependant dans la pratique, d’un point de vue sociétal, la situation est très différente. Les personnes LGBTQI sont fortement critiquées en public, une stigmatisation qui peut entraîner des persécutions et des menaces, relève le média des droits de l’Homme Open Democracy.

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Au milieu de la pyramide se trouve le Tadjikistan. Ce pays a une forte structure patriarcale et l’homosexualité est souvent considéré comme un péché et une « honte pour toute la famille ». Les personnes de la communauté LGBTQI sont souvent soumis à un chantage de la part de leurs proches soucieux de protéger ” l’honneur de leur famille ”. De nombreux homosexuels doivent ainsi en passer par un mariage “ conventionnel ” et avoir des enfants tout en menant une double vie.

Lire aussi sur Novastan : Tadjikistan : la communauté LGBTI décrite pour la première fois dans un documentaire

Le Kazakhstan suit, à la quatrième place. Il existe un certain nombre de groupes d’initiative, de mouvements et d’associations défendant les droits des personnes LGBTQI. Grâce aux protestations de ces groupes, le projet de loi contre la « propagande homosexuelle » a échoué en 2019. Les médias rapportent plus souvent des sujets spécifiques aux LGBTQI de manière équilibrée et neutre. Néanmoins, il n’existe pas de structures officielles représentant la communauté LGBTQI dans le pays, l’engagement se trouve davantage sur Internet. La situation est encore aggravée par l’absence de loi anti-discrimination. Pour cette raison, de nombreuses personnes LGBTQI ne se sentent pas protégées et préfèrent vivre cachées.

Lire aussi sur Novastan : Paroles de féministes et militants LGBT au Kazakhstan

Au sommet de la pyramide se trouve le Kirghizstan, où il existe des organisations LGBTQI reconnues par l’État et des organisations de coopération LGBTIQ. Les militant-e-s LGBTQI sont autorisé-e-s à descendre dans la rue et à exprimer publiquement leurs opinions, ils et elles constituent une partie importante de la société civile kirghize. Cependant, de fortes voix dissidentes se font encore entendre, tant dans la société que dans le gouvernement. La participation d’activistes LGBT à la marche durant la Journée des droits des femmes en 2019 a entraîné une forte polémique dans tout le pays, comme l’a relevé Radio Free Europe.

Comment les médias rapportent-ils les problèmes spécifiques aux LGBTQI ?

Durant la conférence, les participant-e-s ont également discuté de la couverture médiatique des sujets spécifiques aux LGBTQI dans la région. Si le traitement de ces sujets diffère d’un pays à l’autre dans la région d’Asie centrale, un consensus existe sur l’absence de couverture médiatique neutre sur les questions LGBTQI. Les sujets sont traités superficiellement et parfois de manière anecdotique.

De nombreux journalistes ont peur d’écrire sur ces thèmes, ce qui entraîne un manque de visibilité sur de nombreux problèmes. Andreas Schmiedecker, un expert du projet « Unit» du média allemand n-ost, a déclaré que d’après son expérience, il est très difficile d’obtenir des informations fiables sur les LGBTQI en Asie centrale. Les communautés LGBTQI dans ces pays sont très fermées, ce qui explique que les signalements se font principalement par l’intermédiaire de personnes ou d’organisations non officielles, comme Kok.team.

Un autre problème se pose : le fossé linguistique. Il existe beaucoup d’informations sur des sujets spécifiques aux LGBTQI en russe, mais presque aucune traduction dans les langues d’Asie centrale. Dans ce contexte, les informations restent inaccessibles pour un grand nombre de personnes LGBTQI.

Si vous souhaitez obtenir plus d’informations sur les personnes LGBTQI dans les pays russophones, ou si vous connaissez quelqu’un qui a besoin d’aide, vous pouvez contacter Quarteera e.V. La conférence a eu lieu dans le cadre du projet Pазнообразие heißt Vielfalt.

Zarina Zinnatova
Membre du bureau de Novastan Deutsch

Traduit de l’allemand par Clémence de Lacour

Édité par Laura Sauques

Relu par Anne Marvau

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