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Que retenir de la visite de Vladimir Poutine au Kazakhstan ? 

Fin mai, le président russe s’est rendu en visite officielle de deux jours à Astana. Accueilli solennellement par son homologue kazakh, Kassym-Jomart Tokaïev, Vladimir Poutine avait pour but de s'afficher aux côtés de ses alliés et briser son isolement depuis la guerre en Ukraine.

Vladimir Poutine en visite d'Etat à Astana, au Kazakhstan, le 28 mai 2026. Crédit : Akorda
Vladimir Poutine en visite d'Etat à Astana, au Kazakhstan, le 28 mai 2026. Crédit : Akorda

Fin mai, le président russe s’est rendu en visite officielle de deux jours à Astana. Accueilli solennellement par son homologue kazakh, Kassym-Jomart Tokaïev, Vladimir Poutine avait pour but de s’afficher aux côtés de ses alliés et briser son isolement depuis la guerre en Ukraine.

Les 28 et 29 mai, la visite du président russe Vladimir Poutine à Astana a été marquée par des entretiens avec son homologue kazakh Kassym-Jomart Tokaïev ainsi que par un sommet de l’Union économique eurasiatique (UEE), dans un contexte de recomposition des équilibres régionaux.

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Au terme des deux jours de visite, les deux présidents ont signé un ensemble d’accords bilatéraux renforçant leurs liens économiques et politiques, bien que des frictions dans la relation entre Moscou et les anciennes républiques soviétiques se fassent ressentir.

Un renforcement de l’alliance russo-kazakhe

Un des points clés des accords repose sur le nucléaire : Vladimir Poutine et Kassym Jomart-Tokaïev ont signé un accord définissant les principales modalités de coopération et de financement pour la construction de la première centrale nucléaire du Kazakhstan, qui nécessitera un prêt russe 16,5 milliards de dollars (14,2 milliards d’euros). Le chantier de la centrale nucléaire, située sur le lac Balkach, débutera en 2027 et le premier réacteur devrait être opérationnel dès 2034.

Lire aussi sur Novastan : Le Kazakhstan choisit la Russie pour sa première centrale nucléaire, et envisage aussi la Chine

Les discussions entre les deux présidents ont également porté sur plusieurs autres domaines stratégiques, notamment celui du transit pétrolier vers la Chine. La Russie et le Kazakhstan ont convenu d’augmenter le flux de pétrole russe transitant par le territoire kazakh en direction de la Chine via l’oléoduc Atasou-Alachankou, dont la capacité maximale atteint 20 millions de tonnes par an. Un accord prévoit une hausse de 2,5 millions de tonnes supplémentaires.

Sur le plan financier, les deux pays ont signé un accord de swap de devises entre le tenge et le rouble, dans le but de fluidifier les paiements bilatéraux et de limiter leur exposition aux perturbations liées aux sanctions occidentales.

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Dans le domaine des transports, Russie et Kazakhstan ont lancé le premier corridor de fret autonome transfrontalier entre Astana et Moscou, couvrant quelque 3 000 kilomètres en deux jours, avec des franchissements de frontière entièrement automatisés de part et d’autre.

Enfin, les deux chefs d’Etat ont mis en avant l’ampleur des liens économiques déjà existants (plus de 3 500 coentreprises et 17 000 entreprises à capitaux russes présentes au Kazakhstan) et ont présenté un portefeuille de 177 projets de coopération industrielle d’une valeur totale de 52,7 milliards de dollars, dans des secteurs tels que la métallurgie, la pétrochimie, la construction ferroviaire et les matériaux de construction.

La Russie affirme son influence au sein de l’UEE

Le lendemain, au cours de la réunion interétatique de l’Union économique eurasiatique, qui rassemble la Russie, la Biélorussie, l’Arménie, le Kirghizstan et le Kazakhstan dans une organisation de libre-échange, l’accent est resté sur des thèmes récurrents comme l’intelligence artificielle et la digitalisation des marchés.

Forte de son poids économique au sein de l’UEE, la Russie a réaffirmé sa volonté d’imposer son nouveau système de contrôle des importations, baptisé SPOT. Ce dernier introduit un contrôle plus rigoureux des marchandises venant de l’Union européenne et transitant dans les pays de l’UEE en direction de la Russie. Or, cette nouvelle mesure, qui entre officiellement en vigueur le 1er juin, désavantage les alliés de Moscou, car elle entraînera des délais d’attente aux frontières et des coûts supplémentaires de livraison.

Lire aussi sur Novastan : L’Union économique eurasiatique, une organisation entre ambitions et réalités

La participation de l’Arménie a également été discutée. Erevan, qui s’éloigne du Kremlin au profit de l’Union européenne, n’a pas envoyé son Premier ministre Nikol Pachinian au sommet de l’UEE. Celle-ci se rapproche de Bruxelles suite aux restrictions économiques imposées par la Russie sur ses importations. Le pays est ainsi soupçonné de vouloir quitter l’UEE, même si le ministre des Affaires étrangères arménien a réfuté cette hypothèse ce 21 mai, rapporte le média kazakh Ulys Media.

La visite a également illustré l’asymétrie persistante dans les relations entre Moscou et Astana, tant dans le contenu des accords signés que dans certains gestes symboliques observés lors des rencontres officielles.

L’incapacité de Vladimir Poutine à prononcer le nom complet de Kassim-Jomart Tokaïev n’est pas passé inaperçue.  “Poutine se souvient toujours des prénoms et se prépare toujours à ses prises de parole”, affirme le journaliste et spécialiste des services de renseignements russes Andrei Soldatov. D’un côté, il “déstabilise ainsi son interlocuteur et se donne plus de temps pour répondre” et de l’autre, en réduisant le prénom et le patronyme littéralement à deux voyelles inintelligibles, il tente de démontrer sa supériorité, même si le résultat n’est que “de la grossièreté bureaucratique russe très xénophobe”.

Ce besoin de Moscou de dominer le rapport de force ainsi que sa volonté de renforcer les relations russo-kazakhes s’expliquent par un éloignement récent de ses alliés de la Russie, explique le politologue Dossym Satpaïev sur Facebook. 

Le Kazakhstan, un allié que Moscou ne peut se permettre de perdre

Malgré la diversification progressive de sa politique étrangère, le Kazakhstan demeure l’un des partenaires les plus importants de Moscou en Asie centrale. Dans un contexte d’isolement international accru de la Russie depuis l’invasion de l’Ukraine, le maintien de relations étroites avec Astana revêt une importance stratégique particulière pour le Kremlin.

Poutine a d’ailleurs mis l’accent sur l’importance de la langue russe au Kazakhstan, langue officielle du gouvernement au même rang que le kazakh. “Il est important que le russe soit parlé au Kazakhstan”, a affirmé le président russe. Il a soutenu que la Russie va notamment promouvoir la construction d’écoles russophones au Kazakhstan, dans le but de “préserver un espace russophone culturel et humanitaire commun.”

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Pour le Kremlin, cette visite constitue avant tout une démonstration de la solidité du partenariat russo-kazakh. Elle intervient toutefois dans un contexte où les États d’Asie centrale cherchent progressivement à diversifier leurs partenariats économiques et diplomatiques, sans pour autant rompre avec Moscou.

Eloïse Thompson,
Rédactrice pour Novastan

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