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Du thé et du café kenyans pourraient bientôt arriver en Asie centrale

La récente visite du président kényan à Astana a permis de concrétiser plusieurs engagements en matière de coopération bilatérale. Parmi eux figure la création d'un hub logistique au Kazakhstan destiné à exporter le thé et le café kényans vers le marché eurasien.

Kazakhstan Kenya
William Ruto et Kassym-Jomart Tokaïev à Astana, le 20 mai 2026 (illustration). Photo @akordapress (compte officiel Instagram du service de presse de la Présidence de la République kazakhe)

La récente visite du président kényan à Astana a permis de concrétiser plusieurs engagements en matière de coopération bilatérale. Parmi eux figure la création d’un hub logistique au Kazakhstan destiné à exporter le thé et le café kényans vers le marché eurasien.

En mai dernier, au palais de l’Indépendance d’Astana, le président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev recevait le président de la République du Kenya, William Ruto, rapportait le média kazakh The Astana Times. Les deux chefs d’Etat avaient à cette occasion exprimé leur volonté commune de renforcer les relations bilatérales dans de nombreux domaines. Et plus largement, d’œuvrer à la coopération interrégionale entre l’Asie centrale et l’Afrique de l’Est.

Les deux pays sont « unis par un esprit commun de modernisation et une confiance en l’avenir. Le Kazakhstan, situé au cœur de l’Eurasie, et le Kenya, plaque tournante économique de l’Afrique de l’Est, sont idéalement placés pour développer leur partenariat bilatéral », abondait le président kazakh, qui a par ailleurs décoré de l’Ordre de Dostyk (Amitié) son homologue.

« Le principal résultat de cette visite est que nous avons convenu que le Kazakhstan nous fournira une plateforme logistique pour les produits kenyans : thé, café, avocats, noix de macadamia, et tous les autres produits que nous cultivons au Kenya, y compris les fleurs« , a confirmé le président William Ruto dans une interview accordée lors de cette visite à l’agence de presse kazakhe Qazinform. « Nous nous sommes également engagés à ce que Nairobi, [les ports de] Mombasa et Lamu soient accessibles au Kazakhstan pour l’exportation de leurs produits, notamment les céréales et le blé, essentiels non seulement pour le Kenya, mais aussi pour notre région« , a-t-il ajouté.

Pour le Kazakhstan, un intérêt pragmatique

Pour Gabidoulla Ospankoulov, président du Comité d’investissement du ministère des Affaires étrangères du Kazakhstan, interrogé par le média kazakh 24, « l’intérêt du Kazakhstan est résolument pragmatique. Selon les prévisions de l’ONU, d’ici quelques décennies, une personne sur quatre vivra en Afrique. La demande en produits alimentaires, matériaux de construction et biens industriels ne cessera donc de croître. Le Kazakhstan espère dès maintenant s’assurer une part de ce marché. » Il explique également : « Il y a un intérêt pour l’exportation de thé kenyan en grands conteneurs, non emballé. Autrement dit, la création d’une plateforme d’emballage au Kazakhstan, suivie d’exportations vers le marché eurasien« .

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Un constat partagé par John Mwenda, directeur de l’Autorité kenyane des investissements. « Aujourd’hui, les fleurs vendues au Kazakhstan transitent majoritairement par les Pays-Bas, bien qu’elles soient cultivées au Kenya. Il en va de même pour le café et le thé. Nous souhaitons développer des approvisionnements directs et concevoir des produits à forte valeur ajoutée spécifiquement destinés au marché kazakh« , développe-t-il. Tout en exprimant un intérêt pour les engrais kazakhs pour améliorer la productivité des agriculteurs kenyans.

Du thé… au café

Premier producteur africain et troisième exportateur mondial de thé, le Kenya est aussi le premier exportateur mondial de thé noir, devant la Chine et le Sri Lanka. Mais si les volumes sont là, les bénéfices stagnent. Car le thé exporté par Nairobi est essentiellement (à 99 %) du thé noir sous la forme « Crush, Tear, Curl (CTC)« . Un thé vendu en vrac, souvent mélangé à d’autres, emballé en sachets et vendu à l’étranger sans indication d’origine, selon l’Agence kenyane pour la promotion et l’image des exportations (KEPROBA). Un élément qui pénalise le Kenya, sur un marché très concurrentiel.

La création d’une plateforme logistique au Kazakhstan dédiée au thé et au café kenyans avait été suggérée par l’ambassadeur du Kazakhstan au Kenya, Barlybay Sadykov, lors d’une visite à la Chambre de commerce de Nairobi en janvier dernier. Une proposition accompagnée d’une exemption de taxes à l’importation pour les grains de café vert, afin d’assurer « la torréfaction, le conditionnement et la redistribution au Kazakhstan et sur les marchés voisins. »

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L’ambassadeur avait soulevé le caractère stratégique du marché kazakh pour le thé et le café kenyan. En effet, si le Kazakhstan est historiquement un pays de buveurs de thé, la consommation de café y suit une dynamique croissante ces dernières années.

La proximité de la Chine, d’où est originaire le thé, et les voies caravanières de la Route de la Soie, ont très tôt favorisé l’introduction du thé auprès des populations d’Asie centrale. Le thé y est aujourd’hui considéré comme un des symboles de l’hospitalité, aussi indissociable hier du mode de vie nomade qu’aujourd’hui de la table kazakhe. A la fin du XIXème siècle, il était même inclus dans la stratégie économique de l’Empire russe, qui durcit les conditions d’export pour les exportateurs de thé en Asie centrale. Le thé indien notamment fut particulièrement ciblé, dans un contexte alors de rivalité entre l’Empire russe et l’Empire britannique, pour l’influence dans la région.

La consommation de café y est bien plus récente. « Lorsque le Kazakhstan faisait encore partie de l’Union soviétique, on pouvait acheter du café indien mais c’était un produit de grande valeur », alors « il fallait avoir de bonnes relations pour s’en procurer« , se rappelle Stanislav Tyan, propriétaire d’un café à Almaty, et interrogé par le média britannique Perfect Daily Grind, spécialisé dans le café. C’est à la fin des années 2000 et dans les années 2010, que les chaînes de café se sont véritablement multipliées dans le pays. Plus accessibles, plus populaires, la dynamique était enclenchée. Aujourd’hui, Almaty et Astana regroupent la majorité des cafés et torréfacteurs du pays.

Avec du lait, s’il vous plaît

Selon le média kazakh el.kz, la consommation de café a progressé de près de 24 % en 2025. Cette consommation est portée par les 18-40 ans des grandes villes, mais aussi par les touristes et les expatriés présents dans le pays. Pour répondre à cette demande, le Kazakhstan doit recourir aux importations. Selon le Bureau national des statistiques du Kazakhstan, en 2021, le Kazakhstan a importé environ 1 900 tonnes de café, ce qui représentait une hausse de 18,9 % par rapport à l’année précédente.

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Les Kazakhs boivent leur café comme ils boivent leur thé, avec du lait. Dans les différentes chaînes de café du pays, le cappuccino et le latte sont de loin les préparations les plus vendues, représentant environ 77 % des ventes. Le café américain, un espresso allongé avec de l’eau chaude, arrive en troisième position. Le prix du café a augmenté d’environ 8 % sur l’année écoulée. Le prix moyen d’un cappuccino est aujourd’hui d’environ 1 160 tenges (environ 2,17 euros), un latte coûte environ 1 200 tenges (environ 2,25 euros), et un américain environ 880 tenges (environ 1,65 euro).

Un Salon international du café à Astana

Dans une publication de 2022 sur l’émergence d’une culture du café au Kazakhstan, le média STiR Coffee and Tea, spécialisé dans l’actualité du thé et du café, rappelait une anecdote qui remonte à 1997. Forbes Kazakhstan avait en effet réalisé le portrait d’une entrepreneuse qui avait ouvert un café à Shymkent, une entreprise pour laquelle il lui avait fallu importer du matériel. Pour une machine à café, elle avait dû débourser 2 500 dollars (environ 2 180 euros), soit autant qu’il fallait dépenser alors pour un appartement de deux-pièces dans cette ville du sud du pays. Sur le modèle du café-pâtisserie, son entreprise a depuis prospéré et gère depuis 25 points de vente dans le pays.

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Dernière démonstration en date : en septembre prochain, Astana accueillera le Salon du café d’Astana 2026, un salon international de l’industrie du café pour le Kazakhstan et l’Asie centrale. Destiné aux professionnels du café, il doit réunir sur trois jours, des fournisseurs de matières premières, d’équipements et d’ingrédients pour le café, ainsi que des torréfacteurs et importateurs. Des concours de barista professionnels sont également prévus.

Eléonore Darasse

Rédactrice pour Novastan

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