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Kirghizstan : 18 candidats en lice pour l’élection présidentielle

L’élection présidentielle anticipée aura lieu le 10 janvier au Kirghizstan. Parmi les candidats se trouvent des politiciens connus, des hommes d’affaires et un Dieu autoproclamé. Dans le même temps, un référendum sera organisé. Tour d’horizon.

Novastan reprend et traduit un article publié le 18 décembre 2020 par notre version allemande.

La présidentielle kirghize commence à prendre forme. Le 12 décembre dernier, la Commission électorale centrale a donné la liste officielle des candidats à l’élection du 10 janvier : 17 hommes et une femme, comme l’a relayé le média kirghiz Kaktus. Fin novembre, il y avait encore 47 personnes dans la course, dont une partie s’est retirée et d’autres n’ont pas déposé les documents nécessaires, décrit le média kirghiz Kloop.kg. En vertu de la loi électorale, les candidats à la présidence doivent démontrer leur connaissance du kirghiz, créer un fonds électoral d’un million de soms (environ 10 000 euros) et réunir au moins 30 000 signatures.

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Cette élection présidentielle anticipée intervient après des évènements révolutionnaires ayant eu lieu après les élections législatives du 4 octobre. Contestées et finalement annulées, ces élections ont créé une crise politique qui a conduit le président Sooronbaï Jeenbekov, élu en 2017, à démissionner le 15 octobre. De nouvelles élections législatives étaient prévues pour le 20 décembre, mais elles ont été reportées au printemps par une loi votée par le Parlement sortant. Début décembre, la chambre constitutionnelle de la Cour suprême a déclaré que cette modification de la loi électorale était légale, comme l’a relayé Radio Azattyk, la branche kirghize du média américain Radio Free Europe. Et ce malgré les doutes de nombreux juristes et de la Commission de Venise.

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Au lieu de nouvelles élections législatives, un référendum sur la forme du gouvernement est prévu le 10 janvier, au cours duquel les électeurs devront choisir entre un système parlementaire et un système présidentiel. Cependant, selon un certain nombre de juristes, la loi correspondante a été adoptée par un certain nombre de violations du règlement du Parlement et de la législation existante, comme l’a décrit Kloop.kg.

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Le nouveau chef de l’Etat aura donc beaucoup à faire : en plus des nouvelles élections législatives, le Kirghizstan a lancé une réforme constitutionnelle, sans parler de la crise socio-économique aggravée par la pandémie de Coronavirus dans le pays.

Sadyr Japarov, grand favori

Selon plusieurs observateurs, le favori sans équivoque de l’élection est Sadyr Japarov. Ce dernier a vécu une ascension politique fulgurante, passant de détenu à Premier ministre en neuf jours, puis devenant également président par intérim. Il a présenté sa candidature comme l’une des dernières à la date limite, après avoir précédemment démissionné des postes de chef de gouvernement et de président par intérim.

Outre le soutien d’une partie importante de la population, le politicien populiste de droite pourrait également compter sur les usines de troll Internet, ainsi que sur le budget de campagne de loin le plus important, avec près de 20 millions de soms, soit environ 196 000 euros. En outre, des “ressources administratives” semblent se mobiliser pour lui : Talant Mamytov et Kamchybek Tachiev occupent les fonctions de président par intérim et de chef des services de sécurité, le GKNB. Le terme de ressources administratives est employé dans l’ex-URSS pour désigner l’utilisation de ressources publiques pour promouvoir des intérêts privés, en l’occurrence promouvoir la candidature de Sadyr Japarov.

Sur ce sujet, la Commission électorale s’est adressée au parquet en indiquant que, lors d’un discours électoral de Sadyr Japarov, des agents de sécurité tenus à la neutralité avaient été repérés aux couleurs de sa campagne, décrit Kloop.kg.

La Commission électorale n’a pas donné suite à une objection de plusieurs adversaires selon laquelle la participation de Sadyr Japarov à l’élection était inconstitutionnelle. En effet, selon la Constitution, les présidents par intérim ne peuvent pas participer à une élection présidentielle anticipée. Une action en ce sens est également prévue devant la chambre constitutionnelle, explique Kloop.kg. Si Sadyr Japarov devait rester dans la course et l’emporter, il s’est d’ores et déjà engagé à faire voter une nouvelle constitution qui élargirait considérablement les pouvoirs du Président.

Deux challengeurs potentiels

Adakhan Madoumarov, chef du parti du “Bütün Kyrgyzstan” (Un Kirghizstan), qui avait déjà participé aux élections présidentielles de 2011 et 2017, est considéré comme le principal opposant politique à Sadyr Japarov. Comme l’explique le juriste et ancien candidat à la présidence Taalatbek Masadykov au média allemand Deutsche Welle, Adakhan Madoumarov jouit également d’une grande popularité parmi la population. Bütün Kirghizstan serait entré au Parlement avec plus de 7 % des voix en octobre, en tant que quatrième force et vise, avec son positionnement également nationaliste, le même électorat central que Sadyr Japarov.

Le député de longue date Kanatbek Isaïev est également un vétéran de la politique kirghize. Lors des élections d’octobre, il a mené la Liste du parti “Kyrgyzstan”, qui a obtenu près de 9 % des voix. Après l’annulation de l’élection, Kanatbek Isaïev a été le président temporaire du Parlement et, par son retrait, a ouvert la voie à une présidence intérimaire de Sadyr Japarov. Lors d’une conférence de presse le 19 novembre, il s’est opposé à un changement de constitution : “nous avons déjà vu un système de gouvernement présidentiel. Deux fois – en 2005 et 2010 – ce système a conduit à des événements tragiques”, a-t-il expliqué, relaie Kloop.kg, en référence aux révolutions de 2005 et 2010.

Trois opposants reconnus

Le 24 novembre, sept autres candidats à la présidence se sont réunis pour une conférence de presse au cours de laquelle ils se sont prononcés contre les actes illégaux de Sadyr Japarov, relaie Kloop.kg. Trois d’entre eux sont toujours dans la course.

Tout d’abord, l’ancienne juge constitutionnelle Klara Sooronkoulova, qui avait également dirigé les poursuites constitutionnelles contre le report des élections parlementaires et déposé une plainte contre la candidature de Sadyr Japarov. En tant que président par intérim, il a pu “voyager dans toutes les régions et utiliser les plateformes pour sa campagne électorale. […] La justice et l’honnêteté de l’élection sont en jeu“, a-t-elle déclaré en novembre. Klara Sooronkoulova est la dirigeante du jeune parti libéral d’opposition Reforma, qui a atteint environ 1,7% en octobre et milite pour un renouvellement de la classe politique.

L’homme politique de longue date et député sortant du Parti socialiste d’opposition Ata-Meken (Patrie) Kanybek Imanaliev a figuré sur la liste du parti Mekenim Kyrgyzstan lors des élections législatives d’octobre. En amont des élections, il s’est prononcé à plusieurs reprises contre le projet de réforme constitutionnelle et a déclaré lors d’un forum médiatique en novembre que les journalistes représentaient actuellement “le seul pouvoir parfait” au Kirghizstan. Lors de la conférence de presse de novembre, il a déclaré que le Kirghizstan deviendrait “un deuxième Afghanistan” si Sadyr Japarov remportait l’élection et que le pays recevrait “le souverain le plus illettré de son histoire”.

Ravchan Jeenbekov, qui n’est pas un parent de l’ancien président, est également un visage connu de l’opposition politique au Kirghizstan. Comme Sadyr Japarov et d’autres personnalités politiques, il a été libéré de prison au petit matin du 6 octobre, où il était depuis un an dans le cadre de l’enquête sur l’arrestation violente de l’ex-président Almazbek Atambaïev en août 2019. L’enquête se poursuit et Ravchan Jeenbekov ne doit pas quitter Bichkek et le Kirghizstan, a ordonné le 16 décembre un tribunal, relaie Kloop.kg. Pour le candidat, c’est un “jugement politique”. “J’ai toujours lutté pour la démocratie, les droits de l’Homme et la liberté. […] Dans l’ensemble, je me considère comme un démocrate, pas seulement libéral-démocrate“, a-t-il décrit dans une interview vidéo avec la journaliste Lena Netchaïeva.

Anciens hauts fonctionnaires

Deux anciens représentants des structures de sécurité participent également à l’élection présidentielle. Koursan Azanov a passé une vingtaine d’années dans les structures de police lorsqu’il est devenu vice-ministre de l’Intérieur en 2011. En août 2019, il a été limogé par le ministre de l’Intérieur pour faute présumée lors de l’arrestation d’Almazbek Atambaïev : il avait directement contacté l’ancien président kirghiz pour l’inciter à se rendre. Lors des émeutes de début octobre, il a occupé brièvement le poste de ministre de l’intérieur avant d’être arrêté le 9 octobre à Bichkek après des affrontements. Le 16 décembre, un tribunal lui a cependant permis de voyager à travers le pays pour la campagne présidentielle, relaie Kloop.kg.

L’ancien coordinateur de la Fondation Soros Kyrgzystan (1995-2000) Abdil Segisbaïev a bâti sa carrière récente aux côtés de l’ex-président Almazbek Atambaïev. D’abord en tant qu’assistant et conseiller, puis au sein du GKNB qu’il a dirigé entre 2015 et 2018. Le 15 décembre, il a lancé sa campagne électorale au Mémorial Ata-Bejit, près de Bichkek, dédié aux victimes de la terreur rouge et à celles de la révolution de 2010. Comme le rapporte l’agence de presse kirghize Akipress, il fait référence à un lien présumé entre Sadyr Japarov et le régime du président Kourmanbek Bakiev (2005-2010), renversé en 2010. “Ici sont enterrés nos concitoyens qui sont devenus les victimes de ces personnes. Je ne trahirai jamais la mémoire de nos héros“, a-t-il affirmé.

Le député Ouloukbek Kotchkorov était entre octobre 2018 et octobre dernier ministre de l’Emploi et du développement social. Selon ses propres informations, il a appris sa démission sur Internet. “Ce n’est pas une tragédie. La situation actuelle au Kirghizstan m’inquiète davantage. La situation politique et économique, le niveau de vie de la population ; malheureusement, tout est en danger, nous sommes en crise“, a-t-il réagi dans un communiqué vidéo. Ouloukbek Kotchkorov est le chef du parti de ” Djangy Door “(nouvelle ère), mais il a rejoint en octobre le « parti présidentiel » Birimdik.

Cinq hommes d’affaires

Parmi les candidats se trouvent quelques hommes d’affaires. Certains ont également acquis de l’expérience dans la fonction publique. Par exemple, l’ancien vice-ministre de l’Economie (2016-2019) Eldar Abakirov, qui a représenté Ata-Meken lors des dernières élections législatives. Au cours de la dernière décennie, Eldar Abakirov a co-fondé des projets commerciaux dans différents secteurs tels que le textile et la restauration rapide.

Djengichbek Bajgouttiev a été ministre de la Réglementation économique pendant six mois entre 2009 et 2010, après avoir été conseiller du ministre des Finances pendant une longue période et conseiller du président Kourmanbek Bakiev entre 2006 et 2009. Aujourd’hui, il possède trois prêteurs sur gages et d’autres entreprises actives dans les domaines du Conseil, de la finance et de l’éducation.

Ajmen Kassenov, jusque-là plutôt discret, a fait une carrière dans le secteur pétrolier, travaillant notamment pour la société russe Gazprom au Kazakhstan entre 2007 et 2015 en tant que directeur national. Entre 2016 et 2019, il a été membre du Conseil d’administration du Fonds de développement russo-kirghiz créé dans le cadre de l’adhésion du Kirghizstan en 2015 à l’Union économique eurasiatique. Ajmen Kassenov est également cofondateur depuis 2015 du camp international annuel pour enfants “Djetigen” sur le lac Issyk-Koul.

Babirjan Tolbaïev a commencé sa carrière dans le secteur des organisations internationales dans les années 1990 avant de rejoindre le secteur privé. Aujourd’hui, il est connu comme le directeur de la société de microcrédit MolBulak, qu’il a fondée en 2008 et qui est surtout active en Russie parmi les travailleurs migrants.

Le propriétaire et directeur de KG Group, Imanidin Tachov, a déclaré lors d’une conférence de presse le 24 novembre qu’il pourrait rembourser la dette publique envers la Chine dans les trois ans et remettre le Kirghizstan sur pied après 30 ans de souffrance. La Commission électorale a interprété cela comme une campagne électorale anticipée et lui a infligé une amende, a rapporté Kaktus.

Dieu parmi les candidats

Arstanbek Abdyldaïev est connu de beaucoup au Kirghizstan pour ses déclarations ésotériques, en particulier pour avoir affirmé « il n’y aura pas d’hiver ! » à la fin 2011 lors d’une conférence de presse. Cette affirmation lui a valu de devenir un véritable mème sur l’Internet kirghiz. Fin 2019, il s’est déclaré Dieu, ce qui lui a valu une enquête policière, et en mars 2020, il a déclaré avoir envoyé le coronavirus sur terre, rapporte Kaktus. Il possède plusieurs entreprises dans le domaine du commerce et de la finance et se présente pour la troisième fois à une élection présidentielle après 2011 et 2017.

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Le journaliste et homme d’affaires Arstanbek Myktybek est surtout dans le domaine religieux. Professeur de théologie à l’université Arabaïev de Bichkek depuis 2011, il est également directeur du Centre pour le développement de l’industrie halal depuis 2012. Sa chaîne YouTube, lancée en 2012, est aussi consacrée aux thèmes religieux.

Rachid Tagaïev, 62 ans, est le plus âgé des candidats. Entre 1985 et 2005, il a travaillé dans la police avant d’entrer au Parlement pour cinq ans. Récemment, il a dirigé la Filiale de Gazprom-Kirghizstan à Och entre 2016 et 2020.

À l’autre extrémité de l’échelle d’âge, Baktybek Kalmamatov, à 36 ans, est le plus jeune candidat à la présidence. Il a été député du parti Ata-Meken entre 2010 et 2015, après avoir coordonné les activités du parti dans la région d’Och, dans le sud du pays.

Florian Coppenrath
Rédacteur en chef de Novastan

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