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Qui sont les six écrivains les plus célèbres d’Asie centrale ?
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Qui sont les six écrivains les plus célèbres d’Asie centrale ?

L’Asie centrale est connue pour ses traditions et sa culture, mais aussi pour ses écrivains et poètes. En parvenant à dépeindre l’état d’esprit de leur génération, leurs œuvres répondent à de nombreuses questions. Au-delà de leur talent, ces auteurs ont donné à leurs lecteurs de nouvelles perspectives de réflexion. Asia-Plus dresse ici une liste de six auteurs qui ont contribué à faire connaître l’Asie centrale sur la scène internationale.

Novastan reprend et traduit ici un article publié le 27 juin 2020 par le média tadjik Asia-Plus.

Sadriddine Aïni (Tadjikistan)

Né le 15 avril 1878 dans le village de Soktouri, situé dans le district actuel de Gijdouvon, dans la région de Boukhara en Ouzbékistan, et décédé en 1954, Sadriddine Aïni est un écrivain, une personnalité publique et un scientifique tadjik. Il est auteur d’ouvrages sur l’histoire et la littérature de l’Asie centrale, fondateur de la littérature soviétique tadjike et héro national au Tadjikistan.

Sadriddine Aïni a étudié à la madrasa Koukeldach de Boukhara. Outre sa langue maternelle, le tadjik, il parlait couramment l’ouzbek, rédigeant même certaines de ses œuvres dans les deux langues.

Tadjikistan Littérature Sadriddin Aini

Sadriddine Aïni. [alt]
Asia-Plus

Sa contribution à la littérature des deux pays est importante. Il a compilé une anthologie intitulée Morceaux choisis de la littérature tadjike, qui comprend certaines des meilleures œuvres de poésie, depuis Roudaki jusqu’au début du XXème siècle.

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Cette anthologie a permis à la nation tadjike de clamer son indépendance, son histoire et sa culture. Parmi les principales œuvres de Sadriddine Aïni : Odina, Dokhounda, Les Esclaves, La Mort de l’usurier ou encore Réminiscences.

Réminiscences est un recueil de nouvelles qui revient sur l’enfance et la jeunesse de l’auteur et donne un aperçu de la vie à Boukhara à l’aube du siècle passé. Cette œuvre en deux parties a permis à Sadriddine Aïni de recevoir le prix Staline en 1950.

Odina est considérée comme l’œuvre marquant le début de la nouvelle littérature tadjike. L’écrivain Jalol Ikrami a déclaré : « Nous sommes tous des enfants d’Odina ». Dokhounda marque l’évolution de l’auteur vers le réalisme social, tandis que Les Esclaves est le premier roman tadjik à dépeindre la vie en Asie centrale du début du XIXème siècle aux années 1930.

Dokhounda

Le héros du roman est Yodgor, un pauvre homme surnommé Dokhounda (« mendiant »). À la mort de son père, Bozor, il devient esclave auprès du bey Azimchah pour rembourser une dette. Apprenant qu’il est réduit en esclavage, Yodgor refuse sa condition, et c’est son chemin vers la révolte qui constitue le cœur de cet ouvrage.

Le roman décrit non seulement l’idéologie bolchévique, progressiste à l’époque, mais aussi la lutte du héro contre le bey et ses sbires, l’amour entre Yodgor et Goulnor, le tout sur fond de splendides paysages.

Tchinguiz Aïtmatov (Kirghizstan)

Tchinguiz Aïtmatov est un écrivain kirghiz populaire, académicien, héro national au Kirghizstan et l’un des écrivains modernes les plus remarquables d’Asie centrale. Il est né en 1928 dans le village de Cheker, dans le district de Talas au Kirghizstan, et est mort le 10 juin 2008. En 1948, après huit années passées à l’école vétérinaire de Djamboul, dont il sort avec mention, il entame des études à l’Institut agricole de Frounzé (aujourd’hui Bichkek), de laquelle il est diplômé en 1953.

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En 1952, il fait ses débuts comme auteur avec l’histoire courte Le journal de Boï Dzinio. Par la suite, Djamilia, qui sera traduite en russe, apportera à Tchinguiz Aïtmatov une renommée internationale.

Kirghizstan Littérature Tchinguiz Aïtmatov

Tchinguiz Aïtmatov. [alt]
Asia-Plus

Presque toutes ses œuvres sont imprégnées de mythologie épique, de légendes et de paraboles. Ainsi, les légendes de la mère-cerf dans Il fut un blanc navire et de l’oiseau Donenbaï dans Une journée plus longue qu’un siècle sont célèbres.

Tchinguiz Aïtmatov déclare s’être inspiré des légendes nationales, ce qui donne davantage de réalisme à ses œuvres. Il a admis un jour qu’il y avait trois choses qu’il n’avait jamais apprises au cours de sa vie : conduire une voiture, travailler sur un ordinateur et parler une langue étrangère – il avait toujours un interprète à ses côtés.

Son fils, Sanjar, se rappelle que son père écrivait toutes ses œuvres à la main, presque sans brouillon.

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Plusieurs longs-métrages ont été réalisés à partir des œuvres de Tchinguiz Aïtmatov. Celui-ci a même participé plusieurs fois au scénario, notamment pour Nouvelles des montagnes et des steppes, Le premier Maître, Djamilia ou encore Il fut un blanc navire.

Une journée plus longue qu’un siècle

Aussi parfois traduit sous le nom Le jour dure plus que cent ans, le roman s’est inspiré de la gare ferroviaire de Toretam, située près du cosmodrome de Baïkonour.

L’histoire débute par la description d’un renard qui suit la voie ferrée. Une vieille femme accourt alors pour annoncer la mort de Kazangapa, un homme connu du village et un ami du héro, Bouran Yedigueï. Des funérailles sont organisées, mais en se rendant au cimetière, la famille et les habitants apprennent qu’un cosmodrome a été construit à cet endroit.

L’un des points forts du roman est l’histoire des esclaves, les Mancuriens. La légende raconte que les Juan-Juan, ayant asservi les Sarozeks par le passé, traitaient les guerriers captifs avec une extrême cruauté et effaçaient la mémoire des esclaves en leur infligeant de terribles tortures.

Pour l’auteur, cette violence est « la plus grave de toutes les atrocités imaginables ».

Sotim Oulougzoda (Tadjikistan)

Né le 11 septembre 1911 dans le village de Varzyk, aujourd’hui situé dans la province de Namangan, en Ouzbékistan, et mort le 25 juin 1997, Sotim Oulougzoda est l’un des écrivains les plus brillants du Tadjikistan et d’Asie centrale. Diplômé en 1929 de l’Institut tadjik d’Éducation de Tachkent, il a participé à la Grande guerre patriotique et a dirigé, de 1944 à 1946, l’Union des écrivains de la République socialiste soviétique (RSS) du Tadjikistan.

Ses premières œuvres ont été publiées en 1930. À la fin des années 1930, il se tourne essentiellement vers la dramaturgie. Il publie ainsi en 1939 une pièce sur les cultivateurs de coton, Chodmon, puis, en 1940, un drame héroïque sur la lutte contre les basmatchis dans La Garde rouge.

Tadjikistan Littérature Sotim Oulougzoda

Sotim Oulougzoda. [alt]
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La Grande Guerre patriotique est au cœur de sa pièce Dans le feu. Il publie ensuite Les Amis chers, Les Chercheurs et L’Aube de notre vie. En 1967 paraît un roman historique, Vose, qui narre la rébellion de paysans tadjiks contre les fonctionnaires de Boukhara.

En 1980, l’auteur sort un autre roman historique, Firdavsi.

Sotim Oulougzoda est également connu pour avoir écrit le scénario de Ibn Sino (Tajik Film Studio, 1956) et du drame Roudaki, qui inspirera en 1959 le film Le Destin du poète, honoré du premier prix et de l’Aigle d’or au deuxième festival du film d’Asie et d’Afrique du Caire en 1960.

Vose

En 1885, la récolte est abondante pour les dehkans de Koulob et de Baldjouvon. Mais les autorités locales exigent le paiement immédiat de toutes les taxes pour l’année en cours ainsi que des arriérés des années précédentes, pour lesquelles les récoltes étaient bien plus mauvaises. La totalité de la récolte à venir est exigée pour payer les impôts. Les agriculteurs mécontents des régions concernées s’unissent alors sous la direction d’un habitant, Vose, pour s’opposer aux fonctionnaires de Boukhara.

Le roman n’a pas qu’une valeur historique. C’est aussi un livre puissant par la richesse du vocabulaire de la langue tadjike moderne, parsemé de descriptions magnifiques de paysages tadjiks. Sotim Oulougzoda a réussi à dépeindre de manière magistrale la nature locale, toile de fond sur laquelle prennent place les événements historiques du roman.

La scène où les bourreaux de l’émir emmènent Vose pour l’exécuter est vibrante : deux femmes, pieds nus et sales, tentent de l’approcher malgré la résistance des gardes. Vose les reconnaît comme sa fille Goulizor et sa sœur Fatima et leur dit : « Ma fille, ma sœur, adieu ! Dites à ma mère et à mes frères que je ne me suis pas brisé la tête contre l’oppresseur, j’ai combattu et je suis tombé en héro ! »

Moukhtar Aouézov (Kazakhstan)

L’écrivain, dramaturge et érudit kazakh soviétique Moukhtar Aouézov est né le 28 septembre 1897 dans la région de Semeï, au Kazakhstan, et est mort en 1961. Lauréat des prix Lénine et Staline, il fut académicien au sein de l’Académie des Sciences de la RSS du Kazakhstan et président de l’Union des écrivains du Kazakhstan.

Son roman en deux volumes, Abaï et Le Chemin d’Abaï, fait partie de la Bibliothèque littéraire mondiale.

Kazakhstan Littérature Moukhtar Aouézov

Moukhtar Aouézov. [alt]
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Moukhtar Aouézov a suivi un séminaire pédagogique dans une école russe, puis les cours de la faculté de philologie de l’Université d’État de Léningrad (aujourd’hui Saint-Pétersbourg), avant d’obtenir un doctorat à l’Université de Tachkent.

Avec plus de 20 pièces à son actif, dont Aïman-Cholpan, Abaï, Karakoz, Karakypchak Kobylandy, Zarnitsa, À la frontière ou L’Heure de l’épreuve, le dramaturge occupe une place d’honneur dans la littérature kazakhe.

Le chef-d’œuvre de Moukhtar Aouézov, qui constitue l’une des merveilles de la littérature soviétique, est le roman Le Chemin d’Abaï, qui retrace la vie du grand poète Abaï Kounanbaïouly.

Le Chemin d’Abaï

Cette épopée en deux volumes s’intéresse à la vie du poète kazakh Abaï Kounanbaïouly. Le roman brosse un tableau complexe de la vie de la société kazakhe dans la seconde moitié du XIXème siècle, alors que le mode de vie nomade des Kazakhs, héritier de plusieurs siècles de traditions, tombe en désuétude.

Une auteure étrangère contemporaine qualifiera ainsi ce roman : « Je n’avais jamais entendu parler des Kazakhs. Maintenant, je les connais intimement, car j’ai lu la traduction en anglais du merveilleux livre de Moukhtar Aouézov. J’ai fait la connaissance d’un homme incroyable, poète de la nation kazakhe, Abaï, de sa sage grand-mère, Zere, de sa mère, Ouljan, de ses filles adorées, Togjan et Aïgerim, ainsi que de ses amis, des gens empreints de gentillesse et de courage. Je suis tombée amoureuse de ces personnages, je les ai aimés comme si je les avais côtoyés de longues années, comme si j’avais partagé leurs peines et leurs joies. Je me sens à présent parmi elles, à respirer l’air des steppes. Quelle exceptionnelle nation que celle des Kazakhs ! Et quel vibrant hommage leur rend cette œuvre ! »

Saïd Ahmad Khoussankhodjaïev (Ouzbékistan)

Saïd Ahmad Khoussankhodjaïev est un écrivain et dramaturge populaire ouzbek, héro de la nation ouzbèke et chevalier de l’ordre du mérite et de l’amitié. Né le 10 juin 1920 à Tachkent et décédé le 5 décembre 2007, il a publié ses œuvres sous le pseudonyme de Saïd Ahmad.

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Au milieu des années 1930, Saïd Ahmad, alors journaliste, participe activement aux processus de collectivisation et de lutte contre l’analphabétisme dans les milieux ruraux. Il publie ses premiers essais et nouvelles d’investigation à la fin des années 1930 dans le journal Kizil Ouzbekiston et les magazines Mouchtoum et Charq Youldouzi.

Ouzbékistan Littérature Saïd Ahmad Houssanhodjaïev

Saïd Ahmad Khoussankhodjaïev. [alt]
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Son premier recueil de nouvelles, Le Don, a été publié en 1940 et accueilli plutôt tièdement par la critique. Les recueils suivants, Cœur courageux, Nouvelles de Ferghana et Moukhabbat, ont démontré tout son talent. Ses histoires lyriques et satiriques ont joué un rôle important dans le développement de la littérature ouzbèke.

Au début des années 1960, Saïd Ahmad entame sa trilogie L’Horizon, devenue une œuvre majeure de la littérature ouzbèke. Il y travaille pendant plus de dix ans. Le premier opus, Jours de séparation, est publié en 1964, le deuxième, Au seuil de l’horizon, en 1969 et le dernier, Quarante-cinq jours, en 1974. Son roman Silence paraît, lui, en 1988.

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Saïd Ahmad est surtout célèbre pour ses pièces de théâtre, parmi lesquelles sa comédie La Révolte de la mariée. Cette œuvre, jouée dans 14 pays et qui a inspiré deux longs-métrages produits par Uzbekfilm et Lao Film Studios, a fait de Saïd Ahmad l’un des classiques de la littérature ouzbèke.

La Révolte de la mariée

La Révolte de la mariée est une comédie qui suit l’histoire de Farmon Bibi, mère de sept fils et de 41 petits-enfants. Elle est à la fois une mère attentionnée, une grand-mère aimante et une belle-mère oppressante.

La plus jeune de ses belles-filles, Nigora, cerveau organisant une « rébellion des épouses », réussit à trouver la clé pour approcher sa belle-mère et transformer le regard de Farmon Bibi sur sa propre situation domestique.

Rahim Essenov (Turkménistan)

Cet auteur turkmène, membre de l’Union des écrivains russes et vétéran de la Grande guerre patriotique, est né à Achgabat, au Turkménistan, le 1er février 1927. Il a obtenu son diplôme avec mention à la faculté de philologie russe de l’Université d’État du Turkménistan.

Turkménistan Littérature Rahim Essenov

Rahim Essenov. [alt]
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Il fut rédacteur en chef du comité de la radio de la RSS du Turkménistan, dont il fut plus tard le ministre de la Culture. Membre de l’Union des écrivains russes, il a dirigé l’Union des écrivains du Turkménistan. La majeure partie de l’œuvre de Rahim Essenov est rédigée en russe, et certaines ont été traduites en d’autres langues.

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Rahim Essenov est l’auteur de la célèbre trilogie historique Le Vagabond couronné, qu’il définit comme l’œuvre de sa vie. Après 27 ans de travail, le roman est achevé en 1997.

Le Vagabond couronné

L’œuvre narre l’histoire d’un personnage historique réel, le héro national du Turkménistan Baïram Khan. L’ancien président turkmène Saparmourat Niyazov l’a personnellement censuré, car le livre présentait Baïram Khan comme un musulman chiite, ce qui, selon Saparmourat Niyazov, était en contradiction avec l’origine sunnite du héros. Le président exigea alors que Rahim Essenov modifie son récit, ce que ce dernier refusa de faire.

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Parmi les 1 000 exemplaires du livre tirés en 2004, pas moins de 800 ont été confisqués et détruits.

L’auteur, âgé de 77 ans, a été arrêté et accusé de contrebande. Sous la pression d’associations et de l’ambassade des États-Unis, Rahim Essenov a été libéré, mais assigné à résidence et inscrit sur la liste des personnes interdites de sortie.

Quelques années plus tard, Rahim Essenov a été récompensé du prix annuel du PEN International, qu’il a été invité à venir chercher aux États-Unis. Lorsque les autorités locales ont tenté de lui interdire le départ, l’auteur a déclaré : « C’est grâce à vous si je suis devenu célèbre et si je reçois ce prix. Si vous m’empêchez de partir pour le recevoir, la prochaine fois, ce sera le prix Nobel. »

Mousso Bobokhodjiev
Journaliste pour Asia-Plus

Traduit du russe par Pierre-François Hubert

Édité par Laure de Polignac

Relu par Emma Jerome

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