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Un accord entre l'Azerbaïdjan et le Turkménistan ouvre la voie au pipeline transcaspien Novastan | Un accord entre l’Azerbaïdjan et le Turkménistan ouvre la voie au pipeline transcaspien
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Un accord entre l’Azerbaïdjan et le Turkménistan ouvre la voie au pipeline transcaspien

Grâce à un accord prometteur, l’Azerbaïdjan et le Turkménistan se sont définitivement rapprochés pour la première fois depuis l’effondrement de l’Union soviétique. Le développement conjoint des combustibles fossiles met également à portée de main un éventuel gazoduc transcaspien, qui pourrait transporter le gaz turkmène vers l’Europe. Toutefois, sa mise en œuvre et sa rentabilité restent incertaines.

Novastan reprend et traduit ici un article publié le 16 février 2021 par notre version allemande.

Après des décennies de désaccord sur l’exploitation des réserves de pétrole et de gaz de la mer Caspienne, les présidents de l’Azerbaïdjan et du Turkménistan ont signé un protocole d’accord par vidéoconférence le 21 janvier dernier, comme le rapporte l’agence de presse officielle turkmène TDH. Cela met temporairement fin à un conflit entre les deux États post-soviétiques qui couvait depuis les années 1990. Le 23 février dernier, le parlement azéri a ratifié officiellement l’accord, relaie le média turkmène Orient.tm.

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Le principal point de discorde était un champ de combustibles fossiles dans la zone de frontière maritime entre les deux pays. Anciennement connu sous le nom de “Kapaz” en Azerbaïdjan et de “Serdar” au Turkménistan, le champ a été rebaptisé conjointement et symboliquement “Dostlug“, qui signifie “amitié” dans les deux langues.

Situé à environ 184 kilomètres à l’est de l’Azerbaïdjan et 104 kilomètres à l’ouest du Turkménistan, sous la mer Caspienne, le champ a été découvert par des scientifiques soviétiques en 1986. Depuis lors, il a provoqué une relation tendue entre les deux États côtiers. L’Azerbaïdjan a foré le premier puit d’essai, revendiquant par la suite sa propriété sur les combustibles fossiles. Le Turkménistan, en retour, a insisté sur la localisation géographique du terrain ayant une plus grande proximité avec le territoire turkmène.

Lire aussi sur Novastan : Signature d’une “constitution” pour la mer Caspienne

Les bases du nouveau protocole d’accord ont été jetées entre les cinq pays riverains — Russie, Kazakhstan, Turkménistan, Iran et Azerbaïdjan — en 2018, lors d’un sommet sur le statut juridique de la mer Caspienne. À cette époque, les parties se sont entendues sur le tracé des frontières maritimes et les droits d’utilisation.

Les détails de l’accord encore inconnus

Les détails de l’accord commun, notamment la manière dont les bénéfices de l’exploitation des réserves seront partagés ou les détails logistiques, ne sont pas encore connus. La taille exacte des réserves de “Dostlug” est également inconnue, mais elle est estimée à environ 50 à 100 millions de tonnes de pétrole et 30 milliards de mètres cubes de gaz.

Par rapport à d’autres gisements turkmènes et azerbaïdjanais, le gisement n’a pas de proportions économiques décisives, relève cependant le média américain Eurasianet. L’Azerbaïdjan, par exemple, dispose d’environ 1,3 trillion de mètres cubes de réserves de gaz prouvées, quand le Turkménistan possède des réserves prouvées de 19,5 trillions de mètres cubes. Les implications politiques de l’accord sont beaucoup plus importantes. Après une longue période de blocus politique, il ouvre la possibilité d’un gazoduc transcaspien entre le Turkménistan et l’Azerbaïdjan.

Gaz Pétrole réserve mer Caspienne
Les réserves de pétrole et de gaz dans la mer Caspienne.

Le projet de transport de gaz traversant la mer Caspienne, prévu de longue date mais jamais réalisé jusqu’à présent, permettrait d’établir une liaison directe entre la ville portuaire turkmène de Türkmenbachi et le terminal pétrolier azerbaïdjanais de Sangatchal. Cette mesure permettrait au Turkménistan de vendre pour la première fois ses importantes réserves de gaz sur le marché européen via l’Azerbaïdjan. L’Azerbaïdjan, à son tour, pourrait bénéficier de droits de transit grâce à l’utilisation de ses systèmes et de ses infrastructures de transport d’hydrocarbure. “Le projet augmentera la sécurité énergétique de nos pays, ainsi que celle de nos voisins”, a déclaré le président de l’Azerbaïdjan Ilham Aliev en référence à l’accord du 21 janvier.

Connecter le Turkménistan au marché européen

La route transcaspienne proposée relierait le Turkménistan à l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC) et au gazoduc du Caucase du Sud, qui existent déjà. Ils transportent le pétrole et le gaz de la mer Caspienne via la Géorgie vers Erzurum en Anatolie centrale et vers le port méditerranéen turc de Ceyhan. L’Azerbaïdjan a jusqu’à présent été le fer de lance du projet de corridor gazier méridional, qui achemine le gaz de la mer Caspienne vers l’Italie via la Turquie, la Grèce, l’Albanie et la mer Adriatique.

Gazoduc Azerbaïdjan Turquie Géorgie
Les gazoducs et oléoducs déjà existants au départ de l’Azerbaïdjan.

Dès février 2020, un consortium européen mené par l’entreprise allemande Edison Technologies GmbH avait pour ambition de construire le pipeline, qui devrait mesurer 300 kilomètres de long.

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De l’autre côté, l’Union européenne (UE) veut consolider sa sécurité énergétique et devenir moins dépendante de la Russie, qui a été son principal fournisseur jusqu’à présent. Les premiers volumes de gaz naturels issus de cette connexion ont atteint le marché européen le 31 décembre 2020.

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Le Turkménistan a, jusqu’à présent, exporté la majeure partie de son énergie vers la Chine et la Russie. Ses capacités d’exportations ont récemment souffert de la chute brutale des prix du pétrole et d’une baisse de la demande de gaz du fait de la pandémie de coronavirus. Avec la nouvelle liaison transcaspienne, le Turkménistan pourrait élargir considérablement sa clientèle et se rendre moins dépendant de ses partenaires actuels. Les réseaux de gazoducs existants vers l’Europe pourraient facilement être étendus pour inclure le gaz turkmène à l’avenir.

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Cette logique est la même qui pousse le Turkménistan à achever le gazoduc Turkménistan-Afghanistan-Pakistan-Inde (TAPI), au point mort depuis 2015. Achgabat a notamment reçu les talibans le 6 février dernier.

Une rentabilité douteuse dans des conditions difficiles

Cependant, après presque trente ans de conflit et un changement de situation sur le marché gazier européen, la demande de l’UE en gaz turkmène reste inconnue. « La concurrence sur le marché européen rend, aujourd’hui, très difficile pour le Turkménistan de rentabiliser de manière fiable le pipeline transcaspien avec de nouvelles capacités de production », a estimé Stanislav Pritchin, chercheur au Centre de recherche post-soviétique de l’Institut de l’économie mondiale et des relations internationales de l’Académie des sciences de Russie.

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En outre, il existe des aspects environnementaux tels que le Green Deal européen qui vise à faire de l’UE une zone sans CO2 dans les trente prochaines années. La Banque européenne de reconstruction et de développement ne soutiendra plus les projets de combustibles fossiles à l’avenir, donc le financement public est hors de question, a noté, pour le média américain IWPR, Marco Giuli, chercheur de l’Institut d’études européennes de la Vrije Universiteit Brussel. Selon l’observateur, la demande européenne de gaz devrait se stabiliser au cours de la prochaine décennie, puis chuterait fortement à mesure que l’UE mettrait en pratique ses objectifs de neutralité climatique. “Ce n’est pas un bon contexte pour un pipeline dont la durée de vie prévue est supérieure à cinquante ans”, affirme à IWPR Marco Giuli.

Enfin et surtout, les pratiques commerciales du Turkménistan ont été critiquées en termes de financement privé. Les pays occidentaux ont averti leurs entreprises que la législation du Turkménistan ne protégeait pas suffisamment les investissements étrangers. En effet, les lois sont modifiées par décret ou ignorées en l’absence de poursuites.

Darius Regenhardt
Rédacteur pour Novastan

Relu par Matthieu Perrotin

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