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Steppes, sel et chromosome Y : résumé de recherche en Asie centrale Novastan | Steppes, sel et chromosome Y : résumé de recherche en Asie centrale
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Steppes, sel et chromosome Y : résumé de recherche en Asie centrale

REVUE DE SCIENCE CENTRASIATIQUE – Une étude a permis de donner un âge aux steppes d’Asie centrale : 40 millions d’années. Dans le même temps, la recherche avance sur la salinisation des sols au Kazakhstan ou tente de déterminer s’il existe une vérité derrière certaines traditions kazakhes.

De nombreux travaux de recherche menés par des instituts et universités locales ou ailleurs dans le monde éclairent sur l’Asie centrale. Chaque mois Novastan vous propose une sélection de quelques études récentes sur la région.

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Au programme de cette sélection scientifique, l’origine de l’environnement de steppes désertiques et leur évolution future, l’évolution de la salinité des sols notamment au Kazakhstan, une explication sur la disparition des civilisations d’Asie centrale après le XIIIème siècle et l’origine du chromosome Y des clans de la Grande jüz au Kazakhstan.

A l’origine des steppes

Les steppes d’Asie centrale sont l’un des plus vastes écosystèmes du monde, avec plus de dix millions de kilomètres carrés et abritant une très grande biodiversité. Une étude publiée dans Science advances en octobre 2020 d’une équipe menée par des chercheurs français et néerlandais montre que son apparition remonte à 40 millions d’années, durant l’Eocène.

Pour reconstruire l’évolution de cet environnement, les chercheurs ont prélevés sur sept sites – dispersés entre le Tian Shian et Lanzhou en Chine – les pollens de différentes strates géologiques remontant jusqu’à cette époque. En couplant ces prélèvements à des modèles climatiques et des relevés de présence de fossiles, leur étude montre qu’il y a 40 millions d’années, cette région abritait principalement des arbustes. Cette flore a permis l’apparition d’une faune riche dont faisait notamment partie l’ancêtre des chevaux.

L’élévation de l’Himalaya réduisant les précipitations au nord du Tibet a ensuite permis l’apparition d’une steppe aride primitive. Puis il y a 34 millions d’années le début de l’Oligocène, marqué par une baisse globale de la température a été un changement climatique majeur qui a transformé la région en désert et entrainé la disparition de nombreuses espèces.

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Ce désert a perduré jusqu’au Miocène, il y a environ 15 millions d’années. Le climat est ensuite redevenu plus humide sans qu’il n’y ait aujourd’hui d’explication claire à ce changement. Cela a permis la réapparition des steppes herbeuses et arides que l’on connait aujourd’hui.

La zone pourrait-elle redevenir un désert ? C’est l’un des risques avancés par les chercheurs. Le changement climatique pourrait entraîner la diminution de la végétation et par conséquent la disparition de certaines espèces. Une plus grande variabilité des précipitations ainsi que la progression des déserts – désert de Gobi par exemple – pourraient à l’avenir faire de la région l’une des plus chaudes et arides du globe.

Le Kazakhstan touché par la salinisation des sols

La salinisation des sols est l’un des risques les plus importants pour le futur de l’agriculture. Dans une étude publiée en décembre 2020 dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, des chercheurs des universités de Manchester et de Hambourg ont utilisé des techniques d’apprentissage automatique pour prédire l’évolution de la salinisation des sols dans le monde.

En se basant sur des données relevées entre 1980 et 2018, ils ont pu identifier que plus de 11 millions de kilomètres carrés ont été affectés par plusieurs changements de salinité des sols sur cette période, avec une résolution d’environ 1 kilomètre carré. Le continent le plus touché par ce phénomène est l’Asie et particulièrement la Chine, le Kazakhstan et l’Iran.

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Cette méthode pourrait en théorie être utilisée pour prédire l’évolution d’autres propriétés des sols telles que la richesse en nutriments, la teneur en carbone organique ou encore le pH.  Leur approche pourrait permettre de déterminer quelles terres sont les moins soumises à ces changements de salinité. Cela permettrait d’affecter plus efficacement des terres favorables à l’agriculture dans un contexte d’augmentation de la population mondiale et de changement climatique qui pourrait avoir un impact sur la surface de terres arables.

Les changements climatiques plus forts que Gengis Khan

Une autre étude intéressante, publiée en décembre 2020 dans le Proceedings of the National Academy of Sciences, s’est intéressée aux changements climatiques passés et leurs conséquences sur les civilisations d’Asie centrale. Cette étude internationale, comptant notamment des chercheurs du Joint Stock Company Institute of Geography and Water Safety d’Almaty, avance une nouvelle explication de la disparition des civilisations fluviales d’Asie centrale situées dans le bassin de la mer d’Aral, après le XIIIème siècle.

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Ce déclin a longtemps été expliqué par la destruction des systèmes d’irrigation lors des invasions mongoles. Cependant l’étude, qui s’est concentrée sur l’oasis d’Otrar, près du Syr-Darya, avance une autre explication. En datant l’abandon des canaux d’irrigation et en étudiant les sédiments de la rivière Arys, il apparait que le déclin d’Otrar avait commencé bien avant les invasions mongoles et que ce déclin est corrélé à un changement climatique très rapide. Une baisse des précipitations et donc des sécheresses répétées seraient responsables de ce déclin.

A la racine du chromosome Y des Uissuns

Connaître sa généalogie est très important pour les Kazakhs. Le « Jeti ata » qui est le fait de connaître ses ancêtres sur sept générations était un devoir pour eux. Ainsi, dans le sud du Kazakhstan, les neuf clans Uissun sur les douze de la Grande jüz, sont réputés descendre d’un seul même ancêtre.

Plusieurs hypothèses s’affrontent sur l’origine des Uissuns : les Wusuns, un ancien peuple iranien ; ou un ancêtre nommé Maiky-biy qui appartiendrait soit aux mongols Darligins, soit aux mongols Niru’uns. Une étude génétique, publiée en octobre 2020 dans BMC Genetics et menée par le National Laboratory Astana de l’université Nazarbaïev et le National Center for Biotechnology, a cherché à vérifier cette légende en étudiant l’origine du chromosome Y dans ces clans.

Les chercheurs ont séquencé l’ADN de ce chromosome, uniquement transmis par le père à ses fils, chez 490 individus appartenant à onze clans de la Grande jüz dont huit clans Uissuns. En identifiant des marqueurs génétiques communs, ils ont pu déterminer une généalogie plus précise de ces clans. Leur analyse révèle que six clans Uissuns et un clan non-Uissun partagent un profil similaire suggérant un seul ancêtre commun qui pourrait être le fameux Maiky-biy. En analysant les similarités avec les autres clans ils ont déterminé que l’ensemble des clans étudiés descendaient non pas d’un mais de trois ancêtres ayant vécu au XIIIème ou XIVème siècle.

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Pour identifier l’origine du chromosome Y dominant, les chercheurs l’ont comparé à l’ADN ancien trouvé d’une sépulture Wusun située dans l’ancien oblast de Semiretchie, au Kazakhstan, et celui de membres actuels du clan Konyrat, descendants des mongols Darligins. Ces résultats suggèrent que les six clans Uissuns qui partagent un ancêtre commun ne descendant ni des Wusuns, ni des Darligins. Selon les chercheurs, le chromosome Y de six clans Uissuns apparentés trouverait donc son origine chez les mongols Niru’uns.

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Anthony Vial
Rédacteur pour Novastan

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