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Ouzbékistan et Iran : vers une plus grande coopération des réseaux d'infrastructures en Eurasie ? Novastan | Ouzbékistan et Iran : vers une plus grande coopération des réseaux d’infrastructures en Eurasie ?
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Ouzbékistan et Iran : vers une plus grande coopération des réseaux d’infrastructures en Eurasie ?

Les projets communs d’infrastructure entre l’Iran et l’Ouzbékistan s’accélèrent malgré la pandémie de coronavirus. Une première rencontre entre l’Inde, l’Iran et l’Ouzbékistan a souligné l’engagement de toutes les parties à la mi-décembre 2020. Parmi les sujets abordés : le port de Tchabahar, au sud de l’Iran, potentielle porte d’entrée sur le commerce mondial pour l’économie ouzbèke.

Novastan reprend et traduit ici un article publié le 19 janvier 2021 par notre version allemande.

Le port de Tchabahar, au sud de l’Iran et dans le Golfe d’Oman, est au centre d’une nouvelle initiative. Les liaisons ferroviaires et routières vers le port visent à mieux relier l’Asie centrale, plus particulièrement l’Ouzbékistan et l’Afghanistan, au trafic international de marchandises.

Les coûts et temps de transport en seraient considérablement réduits, ce qui pourrait favoriser la reprise économique dans les pays d’Asie centrale.

Selon le média anglophone bne Intellinews, le 14 décembre 2020, une réunion de travail entre l’Ouzbékistan, l’Iran et l’Inde a eu lieu. Elle avait été précédée par plusieurs visites bilatérales entre l’Iran et l’Ouzbékistan.

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La dernière rencontre était co-dirigée par Sanjeev Ranjan, ministre indien des transports maritimes, Davron Dehkanov et Shahram Adamnejad, respectivement ministres adjoints des transports de l’Ouzbékistan et de l’Iran. La rencontre a porté sur les relations de ces trois pays dans le cadre de l’accord d’Achgabat, entré en vigueur en 2016, et du projet d’infrastructure du port iranien de Tchabahar qui en découle.

Selon le média iranien Tehran Times, le ministre iranien considère que l’Ouzbékistan a, en tant que pays le plus peuplé d’Asie centrale, un intérêt à développer ses capacités logistiques et de transport, mais aussi à créer de nouveaux liens pour stimuler son économie.

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L’accord d’Achgabat prévoit une coopération entre le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Turkménistan, l’Iran, Oman et, depuis février 2018, l’Inde, dans le domaine des transports. Il s’inscrit dans le prolongement du corridor international de transport Nord-Sud (INSTC), route allant de la Russie à l’Inde.

Du côté ouzbek, des liaisons ferroviaires sont déjà établies en direction de Mazâr-e Charîf, dans le nord de l’Afghanistan, ce qui témoigne des ambitions de Tachkent. Le Tadjikistan est également relié à cette route, qui s’étendrait vers Machhad au nord-ouest de l’Iran et de là, vers le golfe Persique.

Des portails en langue persane tels que l’Agence de presse de la République islamique (IRNA) et Eghtesad Online (Agence de presse économique en Iran) ont rendu compte de cette rencontre trilatérale. Selon l’IRNA, le ministre ouzbek a fait l’éloge des aménagements du port de Tchabahar et a déclaré qu’au vu des capacités opérationnelles, de l’équipement et de la position géostratégique du port, un groupe de travail conjoint serait formé dès que possible.

L’Iran, future plaque tournante du commerce avec l’Ouzbékistan et l’Asie centrale

En début mai 2019, le média ouzbek Kun.Uz rapporte la visite de Kamal Kharazi, l’envoyé spécial du leader révolutionnaire iranien, qui s’est rendu dans la capitale ouzbèke pour des entretiens bilatéraux. Il a été question des enjeux communs et régionaux tels que la construction de la liaison ferroviaire entre Mazar-e Sharif et Herat, en Afghanistan, dans le cadre de la connexion de l’Ouzbékistan à l’Iran, ainsi que d’autres aspects du projet Tchabahar.

Les deux parties se sont entendues sur leur volonté d’augmenter les volumes de transport de marchandises sur cet itinéraire. Tachkent considère que la connexion via l’Iran est la plus rentable économiquement, et la plus rapide vers les marchés mondiaux, comme expliqué par Gouli Youldacheva, académique ouzbèke, dans son article.

L’Iran estime que la connexion via l’Ouzbékistan est stratégiquement la voie de transit la plus importante et la plus courte vers la Chine et l’Asie de l’Est. Cela en dépit du fait que le volume global des échanges était jusqu’à présent gérable, notamment en raison de la situation économique de l’Iran et de la pandémie de coronavirus.

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Une autre liaison ferroviaire est envisagée, partant de Tchabahar vers le centre de l’Afghanistan, riche en ressources, ce qui permettrait également une liaison avec Kaboul. Le projet, financé et mené principalement par l’Inde, est en partie concurrencé par la Chine et ses « Nouvelles routes de la Soie », aussi connue comme « la Ceinture et la Route ».

L’Inde et la Russie prévoient une liaison d’infrastructures logistiques de Mumbai à Moscou dans le cadre du projet INSTC. Avec ce projet, l’Inde tente de contourner la route terrestre du Pakistan tout en proposant une alternative logistique à la Nouvelle route de la soie chinoise, pour les pays d’Asie centrale, selon l’article rapporté dans ” Le Diplomat “, média centré sur l’Asie-Pacifique.

La domination croissante de la Chine et la force du marché en Asie centrale poussent New Delhi à créer des alternatives et, pour cela, à investir davantage.

Les expansions prévues des réseaux fluviaux, ferroviaires et routiers dans le cadre de l’INSTC et de la Nouvelle route de la soie chinoise réduiraient de près de moitié les voies de transport vers les pays d’Asie centrale. Celles-ci feraient de l’Iran une future plaque tournante des échanges commerciaux dans la région comme le relève l’analyse de l’Institut allemand des affaires internationales et de sécurité.

Relations bilatérales et objectifs régionaux

Le Tehran Times a rapporté qu’une visioconférence a eu lieu, fin juillet 2020, entre le ministre ouzbek de l’investissement et du commerce extérieur, Sardar Omar Zagov, et le vice-président iranien des affaires économiques, Mohammad Nahavandian.

A cette occasion, il a été annoncé que, du côté iranien, le volume des échanges commerciaux entre l’Ouzbékistan et l’Iran avait augmenté de 40 % en 2019. Du côté ouzbek, le rôle significatif de l’Iran en tant que partenaire commercial a été souligné. « Nous pensons que la proximité géographique et les similarités culturelles sont une bonne opportunité pour augmenter le niveau des relations économiques entre les deux pays » a souligné le ministre ouzbek de l’investissement et du commerce extérieur.

L’Ouzbékistan se félicite de la présence d’investisseurs iraniens et de sociétés d’ingénierie dans les projets économiques et de développement du pays. Il s’intéresserait également à l’élargissement des relations scientifiques et technologiques.

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Peu après la conférence, le président de l’organisation de la zone industrielle et de libre-échange de Tchabahar a annoncé un accord avec l’Ouzbékistan : l’acheminement des produits agricoles et de minéraux vers l’Inde se fera via Tchabahar.

L’Iran et l’Ouzbékistan occupent tous deux des positions stratégiques importantes dans la région et poursuivent à cet égard des objectifs et des intérêts géopolitiques communs, comme l’explique l’article du professeur Gouli Youldacheva.

L’Ouzbékistan s’efforce de mener une politique de bon voisinage et cherche à assurer la stabilité et la sécurité dans toute la région d’Asie centrale. Tachkent revendique la neutralité dans le conflit entre Téhéran et Washington. Le gouvernement ouzbek tente de travailler au renforcement des relations entre l’Iran et les acteurs régionaux importants que sont la Russie, la Chine, la Turquie et l’Inde.

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L’Iran cherche à traiter la situation en Afghanistan en coopérant avec les pays voisins et à l’orienter à son avantage. Le statut de la région doit être renforcé par des projets géo-économiques communs pour faire en sorte que l’Iran continue à jouer le rôle de porte d’entrée vers l’Asie centrale, notamment en tant que corridor de transit pour le pétrole, le gaz et marchandises diverses.

Lente évolution dans le contexte des sanctions américaines

Bien que le Département d’État américain envisage d’exempter le port de Tchabahar de sanctions, comme le rapporte le média qatari Al Jazeera, le projet s’est développé plus lentement que prévu ces derniers temps, en raison de la pandémie de Covid-19 et de la stratégie américaine de “pression maximale” en matière de sanctions.

L’exemption est accordée en raison de potentiels avantages économiques, bénéfiques au développement de l’Afghanistan et de l’Inde. Le ralentissement des plans économiques dans la région entrave également le développement de l’économie ouzbèke.

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Pour Téhéran, le maintien de bonnes relations entre l’Iran et les pays d’Asie centrale est de plus en plus important du fait de la poursuite de la politique américaine de sanctions. Outre les accords économiques et de coopération ciblée avec la Chine, les républiques d’Asie centrale contribuent également à l’éventuelle admission de l’Iran à l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS).

Avec un nouveau président des États-Unis et une réédition éventuelle de l’accord nucléaire dit du groupe 5+1, il reste à voir si la position politique de l’Iran se rapprochera de l’Occident. Si les futures négociations ne satisfont pas les dirigeants de Téhéran, alors les liens orientaux de l’Iran, qui se sont déjà renforcés depuis l’échec des négociations nucléaires suivant le retrait unilatéral des États-Unis du traité, pourraient se consolider davantage.

Des projets subordonnés à la future politique américaine

Une chose est sûre : compte tenu des réseaux de transport et de logistique prévus, l’Iran est toujours plus étroitement lié à ses voisins de l’Est. L’Ouzbékistan, en particulier, mise sur une future coopération avec l’Iran pour accéder à l’océan Indien. Des relations commerciales et des points de contact existent déjà entre les deux pays dans des formats multilatéraux tels que l’OCS, dans lequel l’Iran jouit d’un statut d’observateur.

Les sanctions américaines continuent d’être le plus grand obstacle aux échanges commerciaux entre l’Ouzbékistan et l’Iran, paralysant l’économie iranienne et ralentissant indirectement les projets d’infrastructure tels que celui de Tchabahar.

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Un grave conflit entre Téhéran et Washington affecterait partiellement les routes de transit des marchandises ouzbèkes. Une réouverture des négociations nucléaires serait donc dans l’intérêt du gouvernement de Tachkent.

Avec l’arrivée au pouvoir de Joe Biden, les attentes sont de plus en plus grandes, tant à Téhéran qu’à Tachkent. Si les espoirs se concrétisent, les relations économiques et intergouvernementales entre l’Iran et l’Ouzbékistan pourraient atteindre un nouveau degré de coopération.

Darius Regenhardt
Rédacteur pour Novastan

Traduit de l’allemand par Angèle Bretin

Edité par Laura Sauques

Relu par Charlotte Bonin

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