Confronté à une demande d’électricité en forte hausse et à des infrastructures vieillissantes, l’Ouzbékistan accélère le développement des énergies solaire et éolienne. Parmi les acteurs engagés dans cette transformation, plusieurs groupes français entendent renforcer leur présence sur un marché considéré comme très prometteur en Asie centrale.
Au loin, un immense champ de panneaux solaires qui s’étend sur près de 200 hectares. Tournées vers le ciel, ces faces rectangulaires composées de plus de 180 000 structures bifaciales attendent tranquillement de recevoir quelques rayons lumineux.
En plein coeur des plaines arides du Khorezm, région située à l’ouest de l’Ouzbékistan, et à seulement quelques kilomètres de Khiva et de sa citadelle fortifiée, ces étendues parsemées de technologies sophistiquées redessinent le paysage énergétique de l’Ouzbékistan. « L’objectif est de générer l’électricité à partir du soleil », explique Carole Pontais, cheffe de projets en Ouzbékistan pour Voltalia, arrivée dans le pays il y a quatre ans. « Les équipements sont conçus pour résister aux conditions climatiques extrêmes, ainsi qu’au sable et à la poussière. Nous avons installé des robots automatiques munis de brosses. Ils viennent nettoyer les panneaux tous les soirs à la fin de chaque journée pour enlever la poussière ».
Dans cette zone géographique longtemps marquée par l’agriculture cotonnière et la disparition de la mer d’Aral, le groupe français Voltalia, spécialisé dans la production d’électricité à partir d’énergies renouvelables, a développé une ambitieuse centrale photovoltaïque : Sarimay Solar.
Les premiers mégawattheures ont déjà été injectés dans le réseau électrique ouzbek à l’automne 2025, marquant ainsi une étape importante pour le pays et pour cette entreprise française. La centrale solaire, a une capacité de 126 mégawatts, « ce qui correspond à la consommation d’environ 60 000 foyers« , souligne Carole Pontais.
Attribué à la suite d’un appel d’offres international soutenu par la Banque mondiale et la Société financière internationale (IFC), le montant de l’investissement pour ce projet s’élève à « environ 80 millions de dollars », précise Mme Pontais.

Un défi stratégique pour l’Ouzbékistan
Pour l’Ouzbékistan, développer les énergies renouvelables répond avant tout à un impératif stratégique. La croissance démographique, l’augmentation de la consommation et les épisodes réguliers de pénuries d’électricité hivernales poussent Tachkent à diversifier ses sources de production et d’approvisionnement.
Ces projets visent ainsi à répondre à plusieurs défis à la fois. D’une part, attirer des capitaux étrangers, moderniser un réseau électrique vieillissant, limiter les émissions de carbone, mais aussi réduire la dépendance au gaz, qui représente 80 % de la production nationale d’électricité et dont une partie est importée de Russie depuis 2023.
Lire aussi sur Novastan : GazProm en Ouzbékistan, une percée de l’énergie russe en Asie centrale
C’est pour cette raison que l’Ouzbékistan ambitionne de devenir un acteur régional des énergies renouvelables, car cette position renforcera son indépendance énergétique. Ce pays d’Asie centrale souhaite aussi devenir un « hub stratégique » entre l’Europe, la Chine et le Moyen-Orient, centralisant les flux pour les redistribuer plus efficacement. Le gouvernement du président Chavkat Mirzioïev ambitionne d’atteindre « 12 gigawatts de capacités renouvelables d’ici 2030 ».
Au-delà de la production d’électricité, les autorités ouzbèkes espèrent aussi faire de ces investissements un levier de développement régional, à l’instar de Sarimay Solar, qui a favorisé la création d’emplois. « Au pic de la construction, nous avions 700 ouvriers », souligne Carole Pontais. Depuis que la centrale est opérationnelle, « une vingtaine de personnes travaillent quotidiennement et assurent des opérations de maintenance. Près de 70 % des effectifs sont locaux. Nous avons également mené des consultations en amont auprès de la population pour expliquer le projet. Il a été bien accueilli, car il répond aux besoins d’une zone confrontée à un manque d’électricité ».
Attirer les investissements étrangers
La centrale photovoltaïque dans la région de Khorezm illustre plus largement l’intérêt croissant des groupes français pour l’Asie centrale. « Ce sont des projets extrêmement structurants pour le mix énergétique ouzbek, mais aussi pour le développement de l’ensemble du pays. Et la France est derrière ces initiatives », tient à souligner avec fierté Walid Fouque, ambassadeur de France en Ouzbékistan.
D’autres entreprises françaises misent aussi sur ce secteur, dont TotalEnergies. L’un de ses projets phares est la centrale solaire de Tutly, dans la région de Samarcande, du même type que celle réalisée par Voltalia. Elle est d’ailleurs considérée comme l’un des premiers grands projets privés d’énergie renouvelable du pays, et fournit près de 270 gigawattheures d’électricité par an. Selon TotalEnergies, cette centrale doit produire au total « environ 6 terawattheures sur 25 ans – soit l’équivalent de la consommation d’environ 140 000 foyers ouzbeks chaque année – tout en évitant l’émission de près de 160 000 tonnes de CO₂ par an ».

En parallèle, TotalEnergies mise aussi sur l’éolien et le stockage d’énergie via un partenariat avec le groupe émirati Masdar. En avril 2026, les deux sociétés ont d’ailleurs annoncé une coentreprise de 2,2 milliards de dollars (1,9 milliard d’euros) destinée « à accélérer la croissance des énergies renouvelables dans neuf pays d’Asie centrale, dont l’Ouzbékistan », souligne le groupe industriel français.
Novastan est le seul média européen (en français, en allemand et en anglais) spécialisé sur l'Asie centrale. Entièrement associatif, il fonctionne grâce à votre participation. Nous sommes indépendants et pour le rester, nous avons besoin de vous ! Vous pouvez nous soutenir en vous abonnant, en réalisant un don défiscalisé à 66 %, ou en devenant membre actif par ici.
Ces deux groupes seront présents lors du “Tashkent International Investment Forum” (TIIF) qui se tient dans la capitale ouzbèke du 16 au 18 juin. La société française EDF Renewable, spécialisée dans le solaire et l’éolien, doit aussi faire le déplacement, aux côtés du groupe saoudien ACWA Power et de l’émirati AMEA Power.
Quel impact sur l’environnement ?
Si ces projets en Ouzbékistan sont la plupart du temps réalisés dans des zones désertiques, les groupes industriels les groupes industriels affirment intégrer les enjeux environnementaux dès leur conception, notamment à travers des études d’impact réalisées en amont.
Pour le projet de champ de panneaux solaires de Voltalia, l’entreprise assure que le facteur écologique a bien été pris en compte. « Il n’y a pas d’impacts sur les terres agricoles et les ressources en eau, car c’est une zone désertique, souligne Carole Pontais. Par contre, nous avons dû couper des arbres pour pouvoir installer les panneaux ». Pour compenser cette perte, 2 millions d’arbustes adaptés aux milieux arides ont été plantés, soit « 10 fois plus que le nombre d’arbres arrachés » souligne Walid Fouque, ambassadeur de France en Ouzbékistan. Quant à la faune, la ligne haute tension qui vient connecter la centrale a été, quant à elle, pourvue de « bird diverters », « des équipements qui sont faits pour éloigner les oiseaux », précise Carole Pontais.
Lire aussi sur Novastan : Le président ouzbek autorise officiellement TotalEren à investir dans le pays
Pour l’organisation Greenpeace, « ces projets solaires sont positifs pour le climat car ils réduisent notamment l’utilisation de gaz fossiles pour le mix électrique ».
« En Ouzbékistan, il y a énormément de zones désertiques, donc l’impact sur la biodiversité est faible, explique Nicolas Nace, chargé de campagne « transition énergétique » et expert sur les énergies renouvelables chez Greenpeace France. « Là où nous sommes très vigilants, c’est par rapport à des projets qui seraient construits dans des zones forestières et donc qui amèneraient à la déforestation, ou sur des zones agricoles, dans le sens où on ne veut pas qu’il y ait une compétition entre la production agricole et la production d’énergie. »
De futurs projets au ralenti à cause de la congestion du réseau électrique
Que ce soit TotalEnergies ou Voltalia, ces groupes français souhaitent continuer de miser sur l’énergie solaire. « C’est un marché intéressant, il y a beaucoup de potentiel pour des projets en Ouzbékistan, contrairement à plusieurs pays européens où les terrains disponibles deviennent plus rares, affirme Carole Pontais. Ici, on ne manque ni de place, ni de soleil, et les financements nécessaires sont au rendez-vous : toutes les banques d’investissement et de développement sont présentes ».
Voltalia ne compte d’ailleurs pas s’arrêter au Khorezm. Cette entreprise est en train de développer le projet hybride « Artemisya » dans la région de Boukhara. Celui-ci doit combiner à la fois solaire, éolien et stockage par batteries. Le complexe devait totaliser plus de 500 mégawatts de capacité installée. Mais à cause de la congestion du réseau électrique, le projet est au ralenti et a dû être revu à la baisse. « Pour l’instant, on va seulement construire la partie que l’on peut raccorder au réseau, donc seulement 200 mégawatts », précise la cheffe de projet.
« Aujourd’hui le principal problème de l’Ouzbékistan, c’est son réseau électrique, souligne Carole Pontais. Il y a des contrats pour des centrales électriques qui ont été signés et qui sont à l’arrêt ou au ralenti, car le réseau électrique n’est pas assez développé, pas assez modernisé ou entretenu pour pouvoir absorber toutes ces nouvelles capacités d’électricité. »
La modernisation du réseau électrique reste un enjeu majeur pour le futur de ce pays. « Malgré tout, nous sommes très fiers, en tant qu’entreprise française et européenne, d’être présents ici, tient-elle à préciser, là où la concurrence arabe et chinoise est très forte ». Des investissements qui participent à la transformation progressive du modèle énergétique ouzbek, longtemps façonné par l’exploitation des hydrocarbures.
Louise Simondet
Correspondante pour Novastan en Ouzbékistan
Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez répondre anonymement à ce questionnaire ou nous envoyer un email à redaction@novastan.org. Merci beaucoup !
La France mise sur les énergies vertes en Ouzbékistan
La France mise sur les énergies vertes en Ouzbékistan