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« Nouvelle vague » : une pièce de théâtre franco-ouzbèke s’invite au Festival d’Avignon

Écrite en Ouzbékistan fin 2024, la pièce Nouvelle vague, adaptée du film Pierrot le fou de Jean-Luc Godard, sera présentée au Festival OFF d'Avignon du 16 au 25 juillet dans le cadre des « Journées de l'Asie centrale 2026 ». Une consécration pour les artistes à l'origine de ce projet franco-ouzbek, qui pourrait aussi servir de tremplin international à la troupe.

Représentation de la pièce de théâtre « Nouvelle vague », le 26 juin dernier à Tachkent, en Ouzbékistan, avec les comédiens Adrien Houguet et Maria Tikhomolova. © Louise Simondet
Représentation de la pièce de théâtre « Nouvelle vague », le 26 juin dernier à Tachkent, en Ouzbékistan, avec les comédiens Adrien Houguet et Maria Tikhomolova. © Louise Simondet

Écrite en Ouzbékistan fin 2024, la pièce Nouvelle vague, adaptée du film Pierrot le fou de Jean-Luc Godard, sera présentée au Festival OFF d’Avignon du 16 au 25 juillet dans le cadre des « Journées de l’Asie centrale 2026 ». Une consécration pour les artistes à l’origine de ce projet franco-ouzbek, qui pourrait aussi servir de tremplin international à la troupe.

Une lumière tamisée. Un décor minimaliste. La pièce « Nouvelle vague » s’ouvre sur une tirade de Ferdinand, alias « Pierrot », joué par le comédien français Adrien Houguet, qui vit à Tachkent, la capitale ouzbèke. « J’ai toujours voulu savoir ce que c’était le cinéma. A film is like a battleground : love, hate, action, violence, death. In one word : emotion », lance-t-il, reprenant la célèbre réplique du film Pierrot le fou de Jean-Luc Godard, dont la pièce s’inspire.

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Dans cette oeuvre théâtrale présentée en français, les sentiments tissent leur toile progressivement : une métaphore de la vie et de ce que peut être l’amour. Quelques instants plus tard, le comédien Adrien Houguet est rejoint sur scène par sa coéquipière Maria Tikhomolova, d’origine ouzbèke.

Dialogues très directs, rythme effréné, tension palpable, silences bruyants… Les deux acteurs nous entraînent à leurs côtés dans un road movie intense. Ce jeudi 26 juin, une trentaine de personnes se sont déplacées dans le centre-ville de Tachkent, pour venir les découvrir. Regroupés au rez-de-chaussée d’une grande bâtisse transformée en théâtre, ils contemplent avec parfois un peu d’appréhension le drame qui se déroule sous leurs yeux

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On retrouve d’ailleurs dans cette pièce toute l’ambiance du film de 1965 de Jean-Luc Godard, « Pierrot le fou ». A l’époque, celui-ci fait partie des chefs d’œuvres du cinéma français du mouvement de la « Nouvelle vague », né à la fin des années 1950 – d’où le nom de cette création franco-ouzbèke. Dans le film, c’est Jean-Paul Belmondo qui se glisse dans le rôle de Ferdinand Griffon, surnommé Pierrot. Quant au personnage féminin de Marianne Renoir, il est confié à l’actrice Anna Karina.

La pièce « Nouvelle vague » est inspirée du film « Pierrot le fou », réalisé par Jean-Luc Godard en 1965. © Louise Simondet

On y découvre l’histoire d’un homme marié, cultivé mais lassé de sa vie bourgeoise. Lorsque celui-ci retrouve Marianne Renoir, son ancienne amante, il décide de tout quitter pour partir avec elle. Leur fuite les entraîne sur les routes de France, dans un road-movie mêlant romance, cavale, trafic d’armes, violences et réflexions philosophiques. Au fil de leur voyage, leur relation se détériore… jusqu’au drame.

Une adaptation franco-ouzbèke moderne

« Je n’avais jamais vu le film », raconte Adrien Houguet. Dans cette pièce, la mise en scène repose avant tout sur une lecture contemporaine de l’œuvre cinématographique. Si le jeune homme de 32 ans se glisse dans la peau de Ferdinand, le personnage de Marianne est quant à lui interprété par Maria Tikhomolova. « Marianne a été pensée comme un personnage ambigu, une femme fatale », précise l’actrice et metteuse en scène. « Elle joue, elle manipule, puis finit effrayée par la folie de Pierrot/Ferdinand ». « L’autodestruction, c’est vraiment au centre de la pièce, ajoute Adrien Houguet. Ferdinand, c’est quelqu’un qui a une double personnalité. Au fil de la pièce, il sombre dans la folie ».

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A l’origine du projet, une équipe artistique franco-ouzbèke : la troupe « Les autres fauves », composée d’une quinzaine de comédiens. Au départ, la pièce ne devait durer qu’une d’une dizaine de minutes, puis elle s’est transformée en une version longue d’une heure. « Il s’agit d’une succession de collages de scènes, explique Adrien Houguet. La pièce se divise en trois grandes phases : celle d’un road movie au début, tandis que le milieu peut être comparé à la phase amoureuse du couple, d’où l’image d’être sur une île. Et puis, à la fin, c’est le basculement : la transformation en une relation amoureuse en une relation toxique ». L’acteur interprète d’ailleurs cette pièce comme le portrait d’un « féminicide », du fait de la tragédie finale.

A l’origine de cette création franco-ouzbèke : la troupe « Les autres fauves », qui a apporté une lecture contemporaine du film ©Louise Simondet

L’adaptation du film a demandé un énorme travail de réécriture pour la metteuse en scène et comédienne Maria Tikhomolova, mais aussi de prise en compte de contraintes à la fois techniques et artistiques. « Nous ne devions être que deux comédiens sur scène. Pas plus. L’écriture a été faite autour des deux personnages », souligne la jeune femme. « Il fallait aussi trouver notre propre musique car nous ne pouvions pas réutiliser celle du film, qui n’était pas libre de droits. » En parallèle, l’actrice de 38 ans a dû s’adapter « au manque d’espace pour les décors » et enfin ajuster les différents éclairages pour « donner l’ambiance que l’on souhaitait à cette pièce ».

Autre difficulté : reproduire l’effet « road movie du film, avec les scènes en voiture », mais cette fois au théâtre. « C’était un véritable défi ! », s’exclame Maria Tikhomolova. Ce sont d’ailleurs toutes ces exigences qui ont motivé le recours « aux effets visuels et à la danse comme solution scénographique ».

Une création où la danse tient une place essentielle

L’objectif n’était pas de « copier le film », mais de proposer « une appropriation scénique en ajoutant des jeux de lumière, des éléments chorégraphiques et des moments de danse », pour créer une autre forme de poésie scénique, selon Maria Tikhomolova. « Il s’agissait pour moi de privilégier l’impression et l’expérience que j’avais eue en regardant le film, plutôt que de réaliser une reproduction fidèle ». Pour elle, l’apport de la danse est central dans cette réalisation. Elle véhicule à la fois « de la poésie, l’expressivité corporelle et visuelle » et donne aussi « une certaine forme de confiance », souligne cette ancienne ballerine. « La danse a toujours fait partie de ma vie. C’était important pour moi de l’inclure dans cette pièce ».

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La musique, la danse, le jeu des acteurs et le langage… Autant d’éléments qui occupent une place importante dans ce spectacle. On y explore aussi les thèmes de la liberté, de l’amour, et de la destruction. L’esthétique tient un rôle majeur dans cette œuvre. Elle repose sur le fait de mêler traditions scéniques avec une écriture moderne et un langage universel, capable de « toucher les publics bien au-delà des frontières linguistiques ».

Des heures de répétition

Pour y parvenir, il a fallu des heures de travail et de répétitions. « On a passé énormément de temps sur le texte, précise Maria Tikhomolova. Nous répétions au début une à deux fois par semaine pendant deux mois, de manière intensive. Puis sur la fin, c’était pratiquement tous les jours. Adrien ne s’attendait pas à ce qu’il y en ait autant ».

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La cuisine et le salon de l’appartement de la famille de Maria Tikhomolova ont d’ailleurs fait office, de nombreuses fois, de salle de répétition. Entre les casseroles et les théières au neuvième étage de son immeuble soviétique, les deux comédiens ont passé des heures à prononcer inlassablement les mêmes phrases. A les décortiquer. Les savourer. Les verbaliser. Parfois, cela se transformait même en « débriefing » intense, le tout dans une ambiance chaleureuse de travail. « Cela nous a demandé beaucoup d’énergie. Mais aujourd’hui, nous sommes fiers du résultat », insiste Adrien Houguet.

Séance d’écriture et de répétition pour Adrien Houguet et Maria Tikholomova dans l’appartement de cette dernière, en centre-ville de Tachkent. © Louise Simondet

A côté de ces répétitions improvisées, d’autres plus formelles étaient organisées dans la salle principale du théâtre, parfois en présence de réalisateurs venus donner des conseils.

La participation au festival d’Avignon : « une consécration inattendue »

Le travail des acteurs semble avoir payé, puisque leur pièce a été sélectionnée pour être présentée au Festival OFF d’Avignon, du 16 au 25 juillet prochain. « C’est pour nous une consécration inattendue et très importante. Jamais je n’aurais imaginé jouer à Avignon ! », explique Adrien Houguet avec fierté.

En décembre dernier, une délégation du festival s’était rendue en Asie centrale avec l’objectif de choisir des spectacles pour « les journées de l’Asie centrale 2026 », qui se tiennent dans l’ancienne cité des Papes, depuis 2025. Si l’année dernière le Kazakhstan était à l’honneur, cette année le choix s’est porté sur le Kirghizstan.

Nathalie Thauvin faisait partie de la visite lors de la venue du comité en Ouzbékistan. C’est elle qui est d’ailleurs l’organisatrice de cet évènement au Festival OFF d’Avignon. « Nous avons vu de nombreuses représentations, explique-t-elle. Puis on en a sélectionné certaines, dont « Nouvelle vague ». On l’a trouvée très adaptée au Festival d’Avignon, dans son format, dans sa poésie. On a apprécié aussi le fait que ce soit une troupe indépendante ».

« Je pense que ce qui leur a plu c’est la combinaison chant, danse et la mise en scène », ajoute Maria Tikhomolova. Pour Adrien Houguet, au-delà de cette reconnaissance pour le travail accompli, il s’agit aussi de « mettre en valeur ce pays d’Asie centrale en présentant cette adaptation en France ».

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Chaque année, ce festival accueille des centaines de compagnies venues du monde entier. Son objectif avant tout est de faire découvrir un panel d’œuvres. Et pour les créations contemporaines, c’est une véritable vitrine. « Chaque jour, près de 1 250 représentations sont proposées au public durant l’évènement », souligne Nathalie Thauvin. Et sur l’ensemble du festival, près de 1 800 spectacles sont prévus cette année. Pour la troupe « Les autres fauves », cette présence leur offre l’occasion de rencontrer des programmateurs internationaux, des critiques et un large public de passionnés de théâtre.

Au-delà du spectacle en lui-même, cette participation s’inscrit dans une dynamique plus large de rapprochement culturel entre la France et l’Ouzbékistan. Depuis quelques années, les deux pays multiplient les projets de coopération artistiques, à l’instar de l’opéra « Tamerlano » de Haendel, présenté pour la première fois le 30 juin dernier en France, sous les dorures du château de Versailles. Il s’agit d’une production ouzbèke composée de l’Orchestre symphonique national d’Ouzbékistan ainsi que du choeur national de la République d’Ouzbékistan. Quant à la pièce franco-ouzbèke « Nouvelle vague », instrument elle aussi de dialogue interculturel, elle promet de marquer les esprits lors de son passage à Avignon.

Louise Simondet,
Correspondante de Novastan en Ouzbékistan

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