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A Tachkent, des militants veulent préserver la vieille ville Novastan | A Tachkent, des militants veulent préserver la vieille ville
Tachkent Vieille Ville

A Tachkent, des militants veulent préserver la vieille ville

En Ouzbékistan, nombreux sont les projets d’urbanisme controversés. Celui qui concerne la rénovation de la vieille ville de Tachkent ne fait pas exception, et les travailleurs du tourisme craignent que la ville devienne moins attrayante pour les visiteurs.

Novastan reprend et traduit ici un article publié le 25 mars 2021 par le média ouzbek Hook Report.

Les habitants de Tachkent craignent pour la conservation de la vieille ville. En juin 2020, lors d’une réunion du président Chavkat Mirzioïev avec les militants du district d’Olmazar, un quartier du nord-ouest de Tachkent, les plans de la construction d’un musée en plein air ont été présentés. Ceux-ci affecteraient la zone du fameux marché de Tchorsou, dans la vieille ville. Mais cela concernerait aussi l’ensemble du quartier historique, avec la mahalla de Zarkainar, les rues Sagbon, Sebzor, Karasaraï et Gouzalbog.

Cette annonce a intensifié le débat public sur la préservation du patrimoine culturel. Cependant, depuis le début des années 2000, des reconstructions et des modifications ont eu lieu sur le territoire de la vieille ville.

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En 2007, la place Hazrati Imam a été radicalement reconstruite, car Tachkent a été désignée « capitale de l’année de la culture islamique » par l’Organisation du monde islamique pour l’éducation, les sciences et la culture.

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Le décret présidentiel sur la reconstruction, l’amélioration et le développement de la vieille ville d’ici 2020 a été adopté en 2012. Parallèlement, l’aménagement de Zarkainar a été élaboré par l’Institut d’architecture et de construction de l’équipe TashGenPlan, une entreprise d’Etat. Ces dernières années, les projets d’urbanisme controversés se sont enchainés.

Les spécialistes et les citoyens inquiets

En 2017 a été lancée la construction du complexe du Centre des civilisations islamiques, à côté de la place Hazrati Imam: environ un quart des maisons résidentielles situées entre les avenues Karasaraï et Sagban ont été démolies et des centaines de résidents ont dû être relogés.

En 2018, l’administration de la ville a présenté son projet d’embellissement de l’Eski Chakhar, nom donné à la vieille ville, et a demandé à ses concitoyens de déposer leurs commentaires et suggestions concernant le projet. Beaucoup l’ont évalué négativement.

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En 2019 a été publié le projet de construction d’un complexe multifonctionnel sur le territoire de la mahalla de Tchakar.

Les experts, et pas seulement en Ouzbékistan, expriment constamment leurs inquiétudes quant à la préservation du patrimoine de la vieille ville. En 2018 par exemple, Jens Jordan, spécialiste de la préservation des monuments et membre du Conseil international des monuments et des sites, a réalisé une analyse détaillée du projet de reconstruction du bazar de Tchorsou et de ses environs, dans laquelle il s’inquiète et invoque la valeur historique de la zone.

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Les projets à haut budget en Ouzbékistan sont souvent axés sur le développement du tourisme. Mikhail Chamchidov, formateur international et consultant en tourisme, cofondateur du Forum du tourisme de Samarcande et auteur de la chaîne Telegram MiSha Tourismolog, explique pourquoi l’approche actuelle de la reconstruction de la vieille ville est erronée et comment agir correctement en termes de potentiel touristique. Il est l’auteur du texte reproduit ci-dessous.

Tachkent est-elle une ville attrayante pour les touristes ?

Malheureusement, Tachkent n’est pas considérée comme attrayante pour les touristes. C’est ce que nous pouvons conclure, en tout cas, si l’on se base sur la durée des séjours dans les hôtels: la capitale est un lieu de transfert. Les visiteurs de monuments culturels et historiques passent la plupart de leur temps à Samarcande et à Boukhara, et moins à Khiva ou dans d’autres villes.

Lire aussi sur Novastan : La lumière vacillante de Zarkainar, dans la vieille ville de Tachkent

Nous avons tendance à montrer tout ce qui est nouveau à nos visiteurs et nous en sommes fiers. Mais avant toute chose, il faut s’enquérir des goûts et des exigences des visiteurs eux-mêmes.

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Si nous voulons que Tachkent suscite davantage d’intérêt, il nous faut un cadre intelligent pour changer la situation. La ville a un potentiel et il est nécessaire de le gérer correctement.

Quelles sont les options intelligentes ? Citons par exemple la présence de cartes, d’une signalisation précise dans chaque rue et dans le métro, d’une application fonctionnelle pour les transports, de feux de circulation bien réglés, de bancs et de parcs. Les initiatives à plus grande échelle sont la création d’un calendrier des festivals, de groupements de restaurants et de musées, etc.

Des monuments mal restaurés

Il y a bien sûr des écueils. La question la plus délicate est la mauvaise restauration des bâtiments. Si vous voulez attirer les touristes, vous devez voir à travers leurs yeux, c’est-à-dire avoir de l’empathie.

Lire aussi sur Novastan : Ouzbékistan : restaurer les mahallas et monétiser plutôt que détruire, un impératif pour le tourisme

Un mur du palais de Tach-Khaouli à Khiva a été démoli, ce qui a rayé la ville de la liste des lieux à visiter pour de nombreux touristes. Ils viennent ici, dépensent du temps et de l’argent pour entrer en contact avec l’histoire transmise par l’architecture. On ne va pas au Louvre pour voir une copie de Mona Lisa. On veut voir la magie du temps et la maîtrise de l’artiste.

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Samarcande, Boukhara, Khiva et Tachkent sont certainement intéressantes de par leur patrimoine culturel. Sans celui-ci, dans quel domaine pourrions-nous rivaliser avec les grands centres touristiques du monde ? Nous avons la route de la Soie et les villes présentes sur cette dernière. Imaginez que l’on démolisse l’Ermitage à Saint-Pétersbourg et que l’on effectue des travaux de rénovation dans le centre. Qui serait intéressé par une ville vide ?

Regrouper les activités

En termes de stratégie, ce quartier pourrait être développé selon le principe du regroupement.

Le groupement touristique est la direction du développement de l’industrie du tourisme. Elle donne un élan au développement des régions, en attirant un flux de touristes. Elle aide au développement de l’économie et des infrastructures, attire les investissements et créé des emplois supplémentaires.

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Dans l’industrie du tourisme, l’application de l’approche sectorielle moderne permet l’émergence de nouveaux produits et services compétitifs sur le marché. Sur la base des tendances touristiques, on constate que les territoires où se forment des groupements deviennent des leaders dans les économies nationales. Par conséquent, la formation d’un tel regroupement est à la fois source et multiplicateur de la croissance économique, par le développement d’industries connexes.

La vieille ville est la perle de Tachkent

Si l’on regarde plus loin, la vieille ville est déjà un groupement bien établi. Il suffit d’en peaufiner les mécanismes, de rassembler tous les éléments en un seul organisme fonctionnel. Inclure cette partie de la ville dans les circuits touristiques internationaux n’est possible qu’avec l’aide d’un large éventail de partenaires intéressés, où les intérêts de chaque groupe sont pris en compte et à condition qu’un partenariat soit mis en œuvre entre les autorités, la population et les entreprises. Il s’agit de coopérer, de joindre les efforts et d’intégrer les acteurs du tourisme intéressés par cette transition pour atteindre des objectifs communs.

Lire aussi sur Novastan : L’Ouzbékistan participe pour la première fois à la Biennale d’architecture de Venise

La vieille ville, par exemple, est fortement appréciée pour le bazar de Tchorsou, en raison de son atmosphère authentique et de son architecture unique. Le marché agit comme un noyau autour duquel se formeront les éléments constitutifs du regroupement. Des activités connexes devraient être développées dans le périmètre : restaurants gastronomiques, salons de thé, divertissements, souvenirs, artisanat et visites guidées.

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La vieille ville en tant que destination touristique pourrait devenir un lieu attrayant, révélant l’atmosphère historique et la culture de la ville et du pays. Cet endroit est situé dans une zone compacte qui permet au touriste d’être à l’aise. Il est cependant nécessaire d’interconnecter les infrastructures, ensuite nous aurons un produit touristique fini.

Les visiteurs rêvent de voir la vieille ville

Pour développer le potentiel de la vieille ville, nous devons attirer des historiens, des architectes et des urbanistes compétents. Nous devons agir selon un projet et non prendre des décisions irréfléchies. La vieille ville devrait être transformée en un petit pays avec des ateliers, des salons de thé, des maisons d’hôtes, des rues ombragées où l’on vend des lepechki (pain plat local, ndlr). Alors, même les habitants de Tachkent viendront ici, se souvenant de leur enfance.

L’histoire d’Eski Chakhar ne sera intéressante que si le visiteur est plongé dans des impressions, des émotions et des sentiments. La science brute, les faits historiques sont fatigants. Il est préférable de s’asseoir dans un iwan, de prendre une tasse de thé, et l’atmosphère ambiante recréera l’image sans que les mots ne soient nécessaires.

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La vieille ville est l’âme de Tachkent et l’incubateur du patrimoine culturel. Les touristes ne rêvent pas seulement de parcourir la ville mais de remonter le temps, de pouvoir toucher l’histoire. Les ressources culturelles de la vieille ville sont un levier essentiel pour rendre la capitale attractive, c’est une plateforme qui peut permettre de recréer l’atmosphère de la ville.

La présence d’une telle installation incitera les touristes à passer plus de temps à Tachkent. L’essentiel est qu’il ne faut presque rien faire, cela ne nécessitera pas de gros investissements. Seules une légère restauration et une bonne incorporation des infrastructures comme par exemple les égouts, les panneaux et les bancs sont nécessaires.

Préserver les monuments historiques

Que gagnerait Tachkent avec une reconstruction moderne ? La destruction du patrimoine historique qui a lieu aujourd’hui n’est pas judicieuse. Il est possible de construire des bâtiments modernes qui répondent aux défis de l’avenir dans d’autres zones et de laisser la vieille ville intacte.

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Aujourd’hui, les pays développés interdisent la construction dans les centres historiques. Nous devrions peut-être étudier cette pratique, pour ne pas avoir de soucis. Nous pouvons prendre l’exemple de Savannah, une ville américaine animée à l’atmosphère unique. Dans certains endroits, ses quartiers les plus anciens, délabrés et désespérément pauvres, ont été restaurés. Le centre historique de la ville est devenu un pôle d’attraction majeur pour les touristes.

Lire aussi sur Novastan : Détruire ou sauver ? La question de la rénovation du patrimoine posée à Tachkent

Il est possible d’adopter ces techniques pour préserver le patrimoine restant de la ville et conserver les artefacts du passé – monuments et patrimoine immatériel – pour les générations futures. C’est à partir de ces éléments que se composent l’attrait et la richesse de la ville.

Une pétition pour sauver la vieille ville

Les historiens, les archéologues et les spécialistes du patrimoine culturel sont extrêmement préoccupés par la situation actuelle des constructions à grande échelle dans la zone de la vieille ville. Mi-février dernier, une pétition en ligne a été lancée, demandant au président de désigner la vieille ville de Tachkent comme site du patrimoine mondial de l’Unesco. L’appel, rédigé et signé par des archéologues, architectes, ethnographes, artistes et artisans, estime que la vieille ville est un élément important de l’identité ouzbèke.

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« Sans la vieille ville, la relation entre l’homme et le lieu disparaitrait et la vie quotidienne serait remplie de la fadeur des immeubles ordinaires. De plus, ce lieu représente lui-même un territoire historique et culturel unique, qui ne peut être détruit en aucune façon », estiment les auteurs de la pétition.

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« La communauté internationale moderne a depuis longtemps reconnu la valeur des centres urbains historiques, et elle leur apporte soin et protection. Nous voulons que notre ville suive les exigences actuelles afin de préserver le centre historique de Tachkent pour notre génération et pour les suivantes », continuent-ils.

Le document contient des commentaires d’experts sur la préservation du patrimoine culturel, ainsi que des références à des ouvrages scientifiques faisant autorité sur la valeur historique d’Eski Chakhar.

Chirine Youssoupova
Journaliste pour Hook Report

Traduit du russe par Salomé de Baets

Edité par Paulinon Vanackère

Relu par Amada Blanc

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