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Politique et alliances claniques : la poétique du patronage au Kirghizstan

Les alliances claniques jouent un rôle important dans la société kirghize post-soviétique. Interrogée par le journaliste Damir Sattarov, la chercheuse Aksana Ismaïlbekova livre son éclairage sur leur fonctionnement et leur influence au sein de la vie politique.

Novastan reprend et traduit ici un article publié le 12 avril 2021 par le Central Asian Analytical Network.

Les drames politiques ne sont pas nouveaux au Kirghizstan, où des révolutions ont eu lieu en 2005, 2010 et 2020, menant chaque fois à la chute du président au pouvoir. Que se cache-t-il derrière cette vie politique mouvementée ? Dans un entretien accordé au Central Asian Analytical Network (CAAN), la chercheuse Aksana Ismaïlbekova explique qu’il est possible de comprendre la dynamique de la politique kirghize en étudiant le rôle du patronage et des liens de parenté, ainsi que les différences ethniques et régionales.

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Aksana Ismaïlbekova travaille au Leibniz-Zentrum Moderner Orient, à Berlin. Ses recherches portent sur les clans, l’appartenance ethnique, le patronage, les conflits et la problématique du genre au Kirghizstan. Sa monographie Blood Ties and the Native Son: Poetics of patronage in Kirghizstan a été publiée en 2017 par l’Indiana University Press.

CAAN : Commençons par le commencement. Quand la structure clanique est-elle apparue dans la société kirghize ? Et qu’est-ce qui a permis la formation d’une identité clanique ?

Aksana Ismaïlbekova : La plupart des Kirghiz ethniques peuvent suivre leur arbre généalogique par la lignée du père jusqu’à l’un des 40 groupes tribaux, les Ourous, qui ont tous la même origine géographique. Dans une société patrilinéaire comme celle du Kirghizstan, les liens claniques sont fondamentaux pour définir un homme kirghiz. Ainsi, ce dernier est Kirghiz par ses liens avec des parents de sexe masculin, comme le père, les grands-pères, les arrière-grands-pères.

La plupart des Kirghiz considèrent leur appartenance clanique ou tribale comme immuable, comme une partie naturelle de leur identité qu’il est impossible de changer, d’effacer ou d’ignorer. En d’autres termes, ils l’ont dans le sang. Dans le contexte actuel, le clan ne définit pas seulement l’identité des individus, mais détermine aussi un réseau de loyauté politique. En raison de ces relations étroites, l’État peut exercer une certaine pression : les fonctionnaires qui ne défendent pas les intérêts de leur famille peuvent être couverts de honte et appelés à mieux considérer leur honneur.

Comment les alliances tribales ont-elles survécu à la période soviétique, alors que les autorités cherchaient à détruire le système clanique au Kirghizstan, le considérant comme un « vestige du passé » et « un obstacle au progrès » ?

À l’époque soviétique, les liens claniques étaient interdits. Dans l’opinion publique et les médias, ils étaient considérés comme rétrogrades. Mais ils ont probablement survécu en étant maintenus dans les structures étatiques et les organisations agraires soviétiques (les kolkhozes et les sovkhozes).

Pourquoi les liens d’appartenance à une tribu sont-ils à nouveau importants dans la société kirghize post-soviétique ?

Parce que l’État lui-même entretient des relations ambivalentes avec les alliances tribales. Pendant les élections, les politiciens et les membres d’un parti s’adressent aux clans pour obtenir du soutien et s’assurer le vote de leurs membres. Cependant, à peine sont-ils arrivés au pouvoir qu’ils commencent souvent à critiquer ces alliances. Cela montre la présence d’un double standard.

Quels facteurs expliquent la résurgence et le renforcement des alliances claniques au pouvoir dans le Kirghizstan actuel ?

À l’époque soviétique, l’État interdisait de se référer aux clans. Depuis l’effondrement de l’URSS, les systèmes claniques prospèrent à cause de l’absence d’un État fort, capable de s’opposer à ces groupes. L’introduction de processus électoraux démocratiques a aussi significativement renforcé l’importance des liens claniques, car face à des institutions politiques faibles, l’argument du clan est devenu le plus efficace dans la rhétorique des partis pour mobiliser les citoyens et obtenir leurs voix.

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N’importe quel politicien s’appuie avant tout sur ses proches. Ainsi, s’il est peu probable qu’il reçoive le soutien de tout le pays, il sait qu’il peut au moins compter sur celui de son clan. Les hommes politiques reconnaissent aussi la nécessité de s’allier avec les membres d’autres Ourous, mais ces unions peuvent être temporaires, chaque politicien ayant ses ambitions propres. Les intérêts sont mutuels : plus une personnalité politique est éminente, plus ses proches sont récompensés par des nominations à des postes importants. C’est un réseau de confiance ! Et si un leader perd sa position, alors toute la pyramide s’effondre.

Selon vous, quelles sont les principales raisons de la transformation des alliances claniques ?

Appartenir à un clan est à nouveau pertinent dans la société kirghize post-soviétique. Il existe des « alliances de lignées », les Ourous Koomdorou, qui sont enregistrées en toute légalité et participent à différentes activités au Kirghizstan. Elles organisent des événements culturels, des soirées, des festivals, des réunions publiques, elles publient des livres et des sites sur la généalogie, font construire des monuments. En parallèle, elles sont très actives politiquement, mais jamais ouvertement. Chaque union d’Ourou Koomdorou a ses propres symboles, ses statuts et ses obligations. Les membres de ces alliances, les Ouroular Koomdorou, créent leurs propres standards sociaux, de solidarité et de confiance.

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Officiellement, ces groupes n’ont pas le droit de faire de la politique, mais dans les faits, ils défient l’État de diverses manières. Les principaux initiateurs et bienfaiteurs de ces alliances sont des politiciens influents, des dirigeants de partis et des hommes d’affaires. Elles constituent un moyen pour ceux qui s’intéressent au pouvoir d’obtenir du soutien. Mais les politiciens peuvent à n’importe quel moment, en particulier pendant les élections, manipuler ces alliances claniques.

Dans quels aspects de la société kirghize se manifeste la division entre le Nord et le Sud, et est-ce qu’une telle division est encore d’actualité aujourd’hui ?

Depuis les années 1990, les politiciens utilisent les divergences entre le Nord et le Sud pour légitimer leur pouvoir. Au Kirghizstan, où il est sans arrêt question de régionalisme, une solution consiste à rassembler les membres d’alliances claniques de lignées communes du Nord et du Sud.

En 2014, le président de l’Académie des Sciences, Abdygany Erkebaïev, affirmait dans un entretien accordé à gezitter.org, que « la scission du pays mènerait à sa perte ». « Le Kirghizstan est un seul pays, les Kirghiz ne sont qu’un seul peuple. Nous ne devrions jamais être divisés en régions, clans et tribus », avait-il ajouté. De son côté, la membre du parlement Nadira Narmatova avait proposé non pas de diviser le pays en lignées du Nord et du Sud, mais d’unir les partis par clans, dans l’espoir que cela aide le pays à résoudre ses conflits régionaux.

Cependant, il est essentiel d’identifier les limites entre une alliance clanique et un réseau officieux de patronage, ce que beaucoup ne parviennent pas à faire. Il est pourtant important de ne pas tomber dans le piège de la généralisation : si certaines alliances s’engagent dans des relations de patronage, ce n’est pas le cas de toutes.

Dans la société kirghize actuelle, les liens officieux sont définis par la parenté et les groupes patrilinéaires. Ils jouent un rôle clé dans l’accès aux ressources, l’évolution de la carrière et les rapports avec la bureaucratie. Lors d’une élection présidentielle, tous les candidats veulent utiliser au maximum leurs liens de parenté pour obtenir davantage de soutien, mais quand vient le moment de partager le pouvoir, ils essayent d’en limiter l’accès à un groupe très fermé. Ainsi, le réseau clanique change de taille selon les circonstances. La politique officieuse du Kirghizstan est complexe, flexible, dynamique, dépend de beaucoup de facteurs et ne se résume pas à la seule question de l’origine généalogique.

Le système clanique a-t-il permis au Kirghizstan de stabiliser sa vie politique et économique ? 

Si dans la pratique, le système clanique est pris au sérieux, on se demande ce qui est mieux pour la stabilité politique du Kirghizstan : ces réseaux claniques de patronage continueront-ils d’exister seulement en coulisses, ou obtiendront-ils un rôle formel dans la structure politique ? Le rôle de ces réseaux est ambivalent, leurs pratiques et leur moralité sont aussi variées que leur identité, mais ils jouent un rôle central dans le fonctionnement et l’évolution du système politique, y créant aussi une forme de compétitivité.

De tels réseaux ont un pouvoir significatif sur la mobilisation des électeurs, le contrôle du patronage et l’organisation des manifestations. En soi, ils fonctionnent comme des lobbys, voire comme des partis politiques rudimentaires qui s’infiltrent profondément dans les institutions locales. Dans le même temps, de nouvelles unions claniques apparaissent et s’efforcent d’obtenir une plus grande reconnaissance de la part du monde politique kirghiz et de la société.

La jeune génération comme la plus âgée approuvent-elles encore le système clanique ?

Les anciens fonctionnaires et membres des forces de l’ordre soviétiques les définissent encore comme « arriérées et mauvaises ». Ce groupe considère que le tribalisme et le régionalisme sont dans les gènes des Kirghiz et ont une influence négative sur la société. Ils sont sceptiques quant au rôle culturel et historique de telles alliances, et les accusent d’avoir insufflé à la société l’instabilité et le séparatisme. Ils considèrent que les bains de sang, les querelles et les guerres intestines au sein d’une même ethnie résultent de la division des Kirghiz en clans. Au XIXème siècle, la lutte entre les tribus Sarybagych et Bougou a ainsi fait de nombreux morts.

Les personnes de plus de 50 ans, qui ont grandi avec la propagande et ont eu une éducation soviétique, continuent aussi de considérer les défenseurs du système clanique comme des criminels, des sauvages et des traîtres. En même temps, ces personnes constituent une partie de ces réseaux claniques influents et participent aux événements de la vie de leurs proches. Mais elles préfèrent que ces liens soient privés, peu nombreux et qu’ils restent dans le cadre familial. D’un côté, ils ont une perception négative de ce qu’ils nomment « le tribalisme », de l’autre, ils en comprennent l’utilité. Il existe donc une grande ambivalence.

D’autres personnes considèrent que c’est un privilège d’appartenir à une association généalogique, ce qui leur permet d’en apprendre davantage sur leurs ancêtres et de rencontrer des membres de leur famille. Ces individus sont fiers de soutenir la connaissance de l’histoire éternelle de leur lignée.

Les tribus sont donc toujours d’actualité au Kirghizstan. Selon vous, vaut-il mieux conserver cette tendance ou lutter contre elle pour maintenir la stabilité politique ?

Mon principal message, c’est que la politique clanique n’est pas nécessairement un phénomène inexplicable, irrationnel ou archaïque par nature. Il n’est pas étonnant que les groupes fondés sur des liens de parenté puissent défier l’État ou le soutenir. Au Kirghizstan, nous observons à la fois une dynamique de stabilité et des révolutions menées par la force. Stabilité et instabilité cohabitent donc.

Malgré les critiques, les liens claniques sont fondamentaux pour les alliances politiques au Kirghizstan. La parenté est à l’épreuve de la politique ! Ces liens sont forts grâce à une puissante culture commune, qui constitue la base sociopolitique de leur identité. Les Kirghiz considèrent leur appartenance à un clan comme immuable, en être exclu reviendrait à une menace existentielle, celle de ne plus être humain, de ne plus être kirghiz.

Certains analystes continuent pourtant à sous-estimer le rôle des clans. Plutôt que de déplorer leur existence ou de minimiser leur impact, il vaudrait mieux reconnaître ouvertement leur influence et utiliser positivement ce système pour essayer de résoudre les problèmes qu’ils posent. Plutôt que de soutenir un « oligarque » influent, il est peut-être temps de soutenir un membre de clan jeune et intelligent. Plutôt que de soutenir seulement les « héritiers », peut-être est-il temps de soutenir aussi les « héritières ». Plutôt que d’être l’instrument de l’État et de quelques politiciens, il est peut-être temps pour les clans de lutter contre la politique souterraine et la corruption.

Les divisions régionales et les liens claniques dans les sphères du pouvoir ont-ils été à l’origine des révolutions de 2005, 2010 et 2020 ?

Pour mieux comprendre la situation actuelle, il est important de considérer la dynamique interne du système politique du Kirghizstan. Malgré des changements significatifs, comme le passage du régime présidentiel au régime parlementaire, puis l’inverse, la logique d’un gouvernement officieux avec ses propres droits est largement pratiquée derrière la façade d’une structure gouvernementale officielle.

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Les pratiques souterraines s’appliquent pour protéger les ressources et le pouvoir, et sur leur base sont prises les décisions relatives à l’accès aux biens et à leur répartition. Habituellement, un politicien inclut dans son réseau un groupe de personnes qui lui est loyal. Ensuite, il trouve le moyen de les contrôler, par la résolution des conflits ou par la discipline. Enfin, le « camouflage » revêt une importance capitale : les opérations se déroulent derrière les façades de la démocratie et de l’engagement envers l’État de droit.

En d’autres termes, après son investiture, chaque président lance immédiatement un processus de restructuration du gouvernement pour renforcer le pouvoir d’un petit groupe de personnes. À l’époque d’Askar Akaïev, de Kourmanbek Bakiev et de Sooronbaï Jeenbekov, cette cooptation, dans l’écrasante majorité des cas, a tourné autour des liens étroits de parenté et d’identité régionale. Sous Almazbek Atambaïev, cependant, il s’agissait surtout d’amis, de membres du parti, de conseillers et même de chauffeurs : ils constituaient tous un cercle proche et fermé, mais pas si simple à déterminer. Tous les présidents kirghiz ont exercé un contrôle répressif, punissant ostensiblement certains individus, les relevant de leurs fonctions ou faisant arrêter les opposants.

Cependant, ce système ne pouvait pas garantir une stabilité politique sur le long terme au Kirghizstan. La corruption excessive des élites politiques kirghizes a mené à des insurrections sociales : la révolution des tulipes en 2005, la deuxième révolution en 2010, et la troisième en 2020. Lorsque les présidents ont été renversés, leur entourage l’a été avec eux. Le pouvoir a beau avoir changé trois fois, les nouvelles élites politiques arrivées au pouvoir ont eu chaque fois des pratiques similaires à celles des régimes précédents.

À l’époque du régime d’Almazbek Atambaïev, certains leaders politiques, utilisant leurs liens personnels, se sont vus octroyer une place au parlement et ont acquis assez de biens pour se garantir un train de vie confortable. Ils ont obtenu un pouvoir tel qu’il leur était possible de ne pas se soumettre aux règles et pouvaient protéger à la fois leurs propres intérêts et ceux de leurs fidèles.

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En conséquence, il leur était indispensable de conserver leur position, le statu quo et le pouvoir. À son tour, le président qui a succédé à Almazbek Atambaïev, Sooronbaï Jeenbekov, a essayé de créer un gouvernement basé sur son propre réseau familial, avec les mêmes aspects de contrôle, de cooptation et de camouflage. Les pratiques de Sadyr Japarov sont exactement les mêmes que celles de ses prédécesseurs, y compris en ce qui concerne les menaces exercées sur ses opposants ou les alliances menées avec différents groupes rivaux.

Quelles sont les raisons du « phénomène » Sadyr Japarov, c’est-à-dire son énorme succès aux élections ?

Dans mon livre Blood Ties and the Native Son, j’essaie d’expliquer que les traditions et la culture ne sont pas seulement nécessaires à la conservation des coutumes, mais aussi parce qu’elles sont stratégiques pour différentes personnes afin d’atteindre des objectifs politiques. Je me suis donné comme but d’expliquer ce paradoxe : pourquoi les politiciens sont-ils populaires alors qu’ils violent les lois ?

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Dans mon livre, j’explique la popularité actuelle de Sadyr Japarov en dépit de son non-respect des lois et de la Constitution. Bien qu’il propose de diriger le pays de façon autoritaire, sa légitimité lui vient de l’utilisation adéquate de son histoire et de ses souffrances personnelles, de ses liens de parenté, de sa généalogie, et du fait que de nombreuses personnes s’identifient à cet « homme simple ».

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Pour comprendre pourquoi les gens soutiennent Sadyr Japarov, il est important de se rendre compte des liens culturels et sociaux entre le chef de l’État et le peuple. Les difficultés quotidiennes vécues par le président ressemblent à celles des gens ordinaires, ce qui leur a permis de s’identifier à lui.

D’un côté, les gens qui le soutiennent ne s’aperçoivent pas que les changements constitutionnels replacent le Kirghizstan dans la norme des pays d’Asie centrale, en renforçant le pouvoir d’un gouvernement autoritaire. D’un autre côté, les opposants de Sadyr Japarov doivent comprendre que l’autoritarisme préexistait et que le patriarcat est profondément ancré. Pour un nationaliste kirghiz, la question est paradoxale : pourquoi avoir une souveraineté nationale si on a l’intention de se conduire comme les autres pays de la région ?

Damir Sattarov
Historien et journaliste

Traduit du russe par Paulinon Vanackère

Édité par Laure de Polignac

Relu par Jacqueline Ripart

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