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La troisième révolution kirghize du côté des régions : vol de moutons et démissions

La révolution en cours au Kirghizstan n’affecte pas le pays de la même façon partout. Alors que la capitale Bichkek vit des évènements politiques majeurs, en région, la situation est tout autre. Passage en revue des incidents parallèles. 

Le début de la troisième révolution au Kirghizstan a été marqué par beaucoup de confusion et un enchaînement rapide d’évènements, alors que la situation politique du pays semble encore très instable et incertaine après cinq jours. Dans les régions, certains faits mineurs ont été lus à tort ou à raison comme liés à l’insécurité politique à Bichkek.  

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Novastan revient sur des évènements mineurs et régionaux, souvent passés sous les radars, mais qui jettent une lumière différente, parfois de façon cocasse, sur cette drôle de révolution.

Ficelés à un arbre mais pas pour la révolution

Le 6 octobre, alors que le pays se réveillait avec un parlement dévasté et partiellement en feu, des images surprenantes de deux hommes attachés de force à un arbre ont été diffusées par le média kirghiz Akipress. La première version des faits, alors que dans le reste du pays des manifestants se sont présentés devant les mairies et préfectures pour réclamer un changement de direction, aurait été que ces deux hommes se seraient opposés au changement de pouvoir dans leur village de Kum-Dobo, dans la région montagneuse de Kotchkor, dans le centre du Kirghizstan.

La police, arrivée sur place peu après les faits, a communiqué le lendemain au média kirghiz Turmush que l’affaire n’avait en fait rien à voir avec les troubles politiques du pays, mais qu’il s’agissait simplement d’un conflit qui aurait tourné à l’affrontement armé entre deux frères autour de l’héritage paternel : un troupeau de moutons. Les voisins ont alors maîtrisé les deux hommes afin qu’ils ne se fassent pas plus de mal et les ont attachés à un même arbre en attendant la police. Malheureusement, la publication a eu le temps de faire le tour des réseaux sociaux et de certains médias, qui l’ont reprise pour illustrer à tort le chaos dans le pays.

Vol de moutons politique ?

Autre histoire de moutons, celle d’un vol d’une centaine d’entre eux dans le district d’Issyk-Ata, dans la région de Tchouï, non loin de la capitale Bichkek. Les animaux ont disparu le 7 octobre, le lendemain du début de la troisième révolution kirghize. Ce vol, comme le rapporte Turmush, pourrait revêtir un aspect politique, car les moutons appartiennent potentiellement à l’ancien maire de Bichkek Isa Omorkoulov, jadis compagnon de route de l’ex-président kirghiz Almazbek Atambaïev (2011-2017) libéré le 6 octobre.

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Cependant, comme le souligne Turmush, ces informations ne sont pas confirmées et il est fort probable qu’il s’agisse d’un simple vol qui profite de la confusion générale créée par les troubles politiques dans le pays.

Le seul maire dont la démission n’est pas en lien avec la révolution

Alors que, dès le 6 octobre, la plupart des maires et des préfets des villes et des régions du Kirghizstan ont démissionné à cause de la révolution qui débutait à Bichkek et sous la pression de manifestants locaux, le maire de la petite ville industrielle de Maïluu-Suu, dans le sud du pays, a posé sa démission simplement pour rejoindre le secteur privé, alors qu’il n’y avait pas de manifestation contre lui.

C’est Turmush qui a annoncé cette démission au timing étrange le 8 octobre, alors que certains des démissionnaires du 6 octobre retrouvaient leur siège de maire ou de préfet dans une confusion générale. Nouradil Mamatov était maire de Maïluu-Suu depuis 2016 et assure que son mandat était terminé depuis avril dernier, mais que les élections n’avaient jusqu’alors pas pu être organisées et qu’il doit désormais se concentrer sur son travail dans le secteur privé. Bref, les troubles politiques permettent aussi de se recentrer sur ce qui compte.

Batken, la seule ville du pays où la révolution n’as pas amené de changement local

De Karakol à Och en passant par Naryn, Kara-Balta et bien sûr Bichkek, toutes les grandes villes du pays ont vu leurs principaux administrateurs et politiciens, maires ou préfets renversés au moins le temps de quelques jours, après les troubles de la nuit du 5 au 6 octobre dans la capitale. Des troubles qui n’ont pas affecté Batken, à l’extrême sud-ouest du pays. Pas un seul changement n’a eu lieu dans la ville, comme le souligne le média Turmush.

Alors que dans tout le pays s’étendait le chaos et que, face à lui, des citoyens s’organisaient, en l’absence de toute autorité, en « droujinniki » pour patrouiller la nuit contre les maraudeurs et autres pilleurs, à Batken, c’est par un décret de la mairie qu’ont été créées les « droujiny » (brigades populaires) locales comptant une centaine de membres. Celles-ci ont assisté la police, qui travaillait de toute façon comme d’habitude, souligne l’article du média local.

La rédaction

Relu par Anne Marvau

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