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La dislocation du Parti social-démocrate de l'ex-président Almazbek Atambaïev Novastan | La dislocation du Parti social-démocrate de l’ex-président Almazbek Atambaïev
Kirghizstan SDPK Almazbek Atambaiev

La dislocation du Parti social-démocrate de l’ex-président Almazbek Atambaïev

Un an après la scission en 2019 du Parti social-démocrate du Kirghizstan, qui était auparavant la force politique dominante du pays, le parti de l’ancien président Almazbek Atambaïev a continué de se déchirer. Lors d’une séance du conseil du parti en mai 2020, certains membres de la direction ont démissionné.

Novastan reprend et traduit ici un article publié le 29 mai 2020 par notre version allemande.

C’est un nouveau scandale pour le Parti social-démocrate du Kirghizstan (SDPK). L’agence de presse kirghize 24.kg a annoncé qu’Asel Kodouranova, députée au parlement et présidente du parti, avait démissionné de toutes ses fonctions lors d’une séance du conseil politique du parti le 26 mai dernier. Plusieurs de ses suppléants et suppléantes se sont également retirés.

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Un bref bulletin publié sur la page Facebook du SDPK indique que le conseil s’était réuni pour débattre de la nouvelle situation au sein du parti. « Etant donné qu’une partie de la direction est impliquée dans les litiges juridiques liés aux événements ayant eu lieu dans la localité de Koï-Tach, la présidente du SDPK, Asel Kodouranova, a transmis ses pouvoirs à Anvar Artykov », explique le communiqué.

Le soir du 7 août 2019, dans le village de Koï-Tach près de la capitale Bichkek, une opération des forces spéciales kirghizes a été lancée pour arrêter dans sa résidence l’ancien président de la République et président du SDPK, Almazbek Atambaïev (2011-2017). Des partisans de l’ancien président ont opposé une vigoureuse résistance au cours de laquelle un membre des forces de sécurité a été mortellement blessé. Almazbek Atambaïev, accusé d’avoir tiré les coups mortels, avait été placé en détention le 8 août puis condamné à 11 ans de prison, avant d’être libéré par la foule lors des manifestations du 6 octobre dernier.

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Outre Asel Kodouranova, ce sont huit autres membres du conseil politique du parti qui ont démissionné lors de cette séance, parmi lesquels les vice-présidents Ryskeldi Mombekov, Kоundоus Djoldoubaïeva et Irina Karamouchkina. Mais alors que les deux premiers restent toujours membres du parti, Irina Karamouchkina, fidèle compagne de route d’Almazbek Atambaïev, a rendu sa carte.

Quel rôle jouent les fils d’Almazbek Atambaïev ?

Cette nouvelle situation au sein du parti dont voulaient débattre les membres de la séance du conseil politique semble liée à l’action de Seïd et Kadyrbek Atambaïev. Ces deux fils de l’ex-président sont entrés dans l’arène politique après l’arrestation de leur père, prétendant à plusieurs reprises agir au nom du parti alors qu’ils ne possédaient aucun mandat pour le faire. Quelques jours avant cette séance du conseil politique, le conflit a éclaté entre les deux frères et Adil Tourdoukoulov, l’un des membres à présent démissionnaire.

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« Kadyrbek et Seït Atambaïev organisent des réunions et des rencontres, tout cela au nom du SDPK, mais ils ne se sont pas concertés avec le conseil politique du parti pour mener leurs activités », s’est énervé Adil Tourdoukoulov le 21 mai 2020, interrogé par 24.kg. Selon le média kirghiz Kloop, Almazbek Atambaïev n’apporterait son soutien à aucune des deux parties et appellerait au contraire à l’unité.

D’après le média russe Fergana News, la vice-présidente démissionnaire Irina Karamouchkina a déclaré en réaction à cette initiative d’Adil Tourdoukoulov que ce dernier était un intrigant et que les frères Seïd et Kadyr Atambaïev avaient déjà fondé un nouveau parti, Les sociaux-démocrates du Kirghizstan, avec lequel elle s’est présentée aux élections législatives d’octobre 2020.

Une genèse compliquée

Le SDPK a été fondé en 1993, notamment par Almazbek Atambaïev, qui en a pris la présidence en 1999, devenant pendant ces dernières années une force politique majeure. A la fin de son mandat de président de la République en novembre 2017, Almazbek Atambaïev et son successeur Sooronbaï Jeenbekov entament une lutte pour le pouvoir qui a sapé également l’unité du SDPK. La scission du parti a eu lieu en avril 2019, après une déclaration de l’ancien président, dans laquelle il a annoncé que le SDPK se tournait vers l’opposition à Sooronbaï Jeenbekov, son successeur et ancien camarade de parti. A la suite de cela, Sagynbek Abdrakhmanov, le leader qui avait fondé une année auparavant le mouvement « SDPK sans Almazbek Atambaïev », avait convoqué une réunion du parti au terme de laquelle l’ancien président avait été révoqué, décision qui reçut l’aval du ministre de la Justice.

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Comme l’explique Fergana News, il y a depuis lors deux partis socio-démocrates au Kirghizstan : le SDPK de Sagynbek Abdrakhmanov, héritier du parti d’origine, légalement reconnu mais pratiquement inactif, et le SDPK d’Almazbek Atambaïev, formellement dépourvu d’existence légale, mais restant un pion important sur l’échiquier politique. Le groupe SDPK au Jogorkou Kenech, le parlement kirghiz, se garde de prendre position et se comporte comme une structure indépendante. Il continue de participer à la coalition qui soutient le gouvernement et le président.

Une influence certaine sur les élections législatives

Cette nouvelle scission est intervenue à quelques mois des élections législatives d’octobre 2020, lorsque les membres du parlement kirghiz devaient être réélus. Sooronbaï Jeenbekov, qui à quatre mois de ces élections n’avait encore déclaré sa sympathie pour aucun de ces partis, a finalement bénéficié de l’appui des trois formations arrivées en tête du scrutin, selon un dépouillement interrompu par les manifestations. Birimdik, le parti arrivé en tête avec près de 25 % des voix, avait été rallié par plusieurs députés du groupe parlementaire SDPK. Parmi eux, Marat Amankoulov, qui en avait même été élu président.

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Les résultats de ces élections sont invalidés par suite des accusations de fraude et d’achats de voix, qui conduisent à des manifestations massives et à la démission de Sooronbaï Jeenbekov le 15 octobre 2020. Dans le même temps, Sadyr Japarov, à la tête du parti Mekentchil opposé au SDPK, est libéré de prison lors de ces manifestations et devient président de la République par intérim.

Robin Roth
Rédacteur pour Novastan

Traduit de l’allemand par Bruno Cazauran
Edité par Paulinon Vanackère

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