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Kirghizstan : le transfert d'un réservoir d'eau au voisin ouzbek provoque des manifestations
Kirghizstan Manifestation Ouzguen Kempir-Abad

Kirghizstan : le transfert d’un réservoir d’eau au voisin ouzbek provoque des manifestations

Le parlement kirghiz a approuvé un projet d’accord concernant une nouvelle délimitation de la frontière ouzbèko-kirghize. Ce projet prévoit de transmettre le réservoir d’eau kirghiz de Kempir-Abad au voisin ouzbek. La nouvelle a provoqué de nombreux remous au sein du pays.

Le 10 octobre dernier, le comité des Affaires internationales et de la Défense s’est réuni au sein du Jogorkou Kenech, le parlement kirghiz, afin de voter un projet d’accord de transfert de territoires disputés au voisin ouzbek.

Un endroit en particulier est central dans ce projet : le réservoir d’eau de Kempir-Abad, situé dans la région d’Och, dans le centre du Kirghizstan, et limitrophe avec l’Ouzbékistan. Large de 4 400 hectares et contenant près d’1,9 kilomètres cubes d’eau, selon l’agence de presse kirghize 24.kg, il revêt une importance capitale dans l’irrigation des cultures et dans l’accès à l’eau des populations de la région. Selon le projet d’accord, le réservoir devrait être transféré à l’Ouzbékistan.

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Le Kirghizstan, en contrepartie, devrait recevoir 19 700 hectares, si l’accord est signé. Cependant, l’importance du réservoir pour la région rend son transfert très compliqué car la population de la région en dépend grandement.

Le vote du déplacement du réservoir s’est tenu en secret

La réunion du 10 octobre visant à voter ce projet d’accord s’est tenue à huis clos et les détails du projet n’ont pas été communiqués au grand public, et ce afin d’éviter tout remous, selon le média kirghiz Kaktus. De plus, seulement 10 des 15 députés membres du comité étaient présents.

Seule une partie de l’accord leur avait été communiquée, et le jour-même, tout cela en contradiction avec la loi, comme le souligne le média américain Eurasianet. L’accord a été voté avec 6 votes pour et 4 contre.

Les députés ayant voté contre ont fait émerger le jour-même les détails de l’affaire. Par exemple, le député Tchingiz Aïdarbekov rapporte à 24.kg que « les législateurs n’ont pas vu les documents. J’ai dit que je ne pouvais pas accepter l’accord avant de l’avoir lu. Alors j’ai voté contre. »

Une tentative de dissimulation ratée

L’affaire révélée aux médias n’a depuis pas cessé de faire couler de l’encre et d’alimenter les conversations et les critiques envers le gouvernement. Les vices de procédures ayant été dévoilés, le Jogorkou Kenech a déclaré que l’accord ne pourrait être voté qu’à la suite d’une réunion plénière des députés et du président, dans le but de respecter le protocole prédéfini.

La polémique est particulièrement vive dans la région d’Och, et surtout dans la ville d’Ouzguen, où un Comité pour la protection de Kempir-Abad s’est formé dans les jours suivants la révélation de l’affaire. Se voulant défenseur de la souveraineté kirghize sur le réservoir et représentant des populations concernées, le comité est composé de politiciens, d’activistes et d’acteurs civils.

De nombreuses manifestations ont été organisées, rassemblant plusieurs dizaines de personnes contre le projet.

Face aux manifestations, le gouvernement kirghiz choisit la répression

En réaction, le gouvernement de Sadyr Japarov, président de la République kirghize, a adopté une approche répressive de l’opposition. Le 23 octobre dernier, environ une douzaine d’opposants et activistes ont vu leur domicile perquisitionné et ont été emprisonnés dans le cadre de cette affaire, selon Eurasianet.

Lire aussi sur Novastan : « Nous ne vous laisserons pas vous reproduire » : Comment les autorités kirghizes empoisonnent la vie des opposants

Les autorités ont déclaré avoir procédé à ces arrestations pour tentative d’organisation de troubles de masse, sans toutefois donner le nombre exact de personnes arrêtées. Le président a par la suite déclaré que ces opposants étaient des « provocateurs » cherchant à jeter les bases d’un soulèvement visant à le renverser.

Ces déclarations ont immédiatement été dénoncées par l’opposition, qui pointe du doigt le caractère autoritaire des autorités face à un mouvement citoyen non-violent.

Un sujet sensible pour le gouvernement au Kirghizstan

Avant son élection en 2021, Sadyr Japarov avait basé sa campagne sur la défense de la souveraineté kirghize. Le projet d’accord est donc dénoncé comme un signal contradictoire envers les promesses formulées presque deux ans plus tôt.

Lire aussi sur Novastan : Sadyr Japarov et le national-populisme

Le gouvernement joue ainsi un double jeu risqué au niveau national. Afin de justifier cet accord, Sadyr Japarov a déclaré que l’accord prévoyait une gestion commune du réservoir, ce qu’il pense être une amélioration par rapport à l’ancienne gestion du barrage qu’il jugeait moins favorable, rapporte le média russe Kommersant.

Une crainte que l’Histoire se répète

Plus largement, les arrestations du 23 octobre dernier s’inscrivent dans un contexte de tentatives de contrôle de l’opposition et des médias, comme l’explique Eurasianet.

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Enfermant régulièrement des activistes et journalistes depuis plusieurs mois, le gouvernement tente désormais de faire voter une loi prévoyant un plus grand contrôle des médias indépendants dans le but de réduire leur impact. La rédaction du texte n’a d’ailleurs pas été réalisée en présence des parties visées par la loi.

Les médias de plus en plus menacés au Kirghizstan

Ainsi, Azattyk, la branche kirghize du média américain Radio Free Europe, l’un des principaux médias critiques envers le gouvernement au Kirghizstan, a été bloqué le 26 octobre dernier par une décision du ministère de la Culture, et ce pour une durée de deux mois, comme le révèle le média kirghiz Kloop.

Lire aussi sur Novastan : Kirghizstan : des journalistes dénoncent des tentatives de piratage de leurs comptes

Accusé d’avoir divulgué de fausses informations sur le conflit avec le Tadjikistan, le média est tombé sous le coup de la loi « sur la protection contre les informations inexactes » signée en août 2021. Cette loi permet justement au gouvernement de bloquer tous sites considérés comme relais de fausses informations, et ce sans décision de justice.

La rédaction

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