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Quelles sont les politiques des pays d’Asie centrale concernant l’espace ?

Longtemps domaine réservé des grandes puissances spatiales comme la Russie, les États-Unis ou la Chine, l’espace extra-atmosphérique devient aujourd’hui un nouveau terrain d’affirmation géopolitique pour les républiques d’Asie centrale.

Vue de la Terre prise lors de l'expédition 31 de l'ISS (illustration). Crédit : Unité des sciences de la Terre et de la télédétection, Centre spatial Lyndon B. Johnson
Vue de la Terre prise lors de l'expédition 31 de l'ISS (illustration). Crédit : Unité des sciences de la Terre et de la télédétection, Centre spatial Lyndon B. Johnson

Longtemps domaine réservé des grandes puissances spatiales comme la Russie, les États-Unis ou la Chine, l’espace extra-atmosphérique devient aujourd’hui un nouveau terrain d’affirmation géopolitique pour les républiques d’Asie centrale.

Le 30 avril dernier, le lanceur russo-kazakh Soyouz-5, (« Sunkar » en langue kazakhe), a décollé du cosmodrome de Baïkonour. Un lancement symbolique pour la coopération russo-kazakhe, mais qui révèle aussi la dépendance du Kazakhstan à l’égard de Moscou.

Ces dernières années, l’espace extra-atmosphérique est davantage inclus dans les politiques des républiques centrasiatiques. Entre héritage soviétique et recherche d’autonomie technique et parfois ambition d’indépendance spatiale, elles suivent des trajectoires distinctes, à la mesure de leurs moyens et ambitions politiques. Le Kazakhstan est le pays où la question spatiale est la plus avancée, tandis que l’Ouzbékistan mise sur la coopération internationale pour se faire connaitre sur la scène spatiale. Au Turkménistan, Tadjikistan et Kirghizstan, les dynamiques sont plus modestes.

Kazakhstan : une activité spatiale ancienne et une dépendance à la Russie

Déjà sous l’Union soviétique, Moscou s’appuyait sur le territoire kazakh pour développer son programme spatial, notamment grâce au cosmodrome de Baïkonour, inauguré en 1955 et mis en service en 1957. C’est de ce port spatial situé au sud du pays, en plein milieu de la steppe, qu’ont été lancés le premier satellite artificiel, Spoutnik 1, en 1957, puis Youri Gagarine, qui devint en 1961 le premier homme à effectuer un vol dans l’espace à bord de la mission Vostok 1.

Après l’éclatement de l’URSS et l’indépendance du Kazakhstan en 1992, Baïkonour est nationalisé. D’un accord commun, Astana et Moscou trouvent un accord : la Russie louera au Kazakhstan l’ensemble des installations de Baïkonour ainsi que la ville portant le même nom. En 2021, l’accord est prolongé jusqu’à 2050 pour un loyer de 115 millions de dollars américains.

Cette interdépendance n’empêche pas la poursuite de projets communs. Le média Times of Central Asia rapporte qu’à l’occasion d’une visite officielle de Vladimir Poutine au Kazakhstan, les deux pays ont signé le 12 novembre 2025 une déclaration élevant leurs relations au rang de « partenariat et alliance stratégiques globaux », réaffirmant la poursuite de l’exploitation conjointe du cosmodrome de Baïkonour et du projet Baïterek.

Lire aussi sur Novastan : Kazakhstan : quel avenir pour la ville de Baïkonour ?

« Malgré la complexité de la situation internationale, l’interaction et la coopération se développent activement pour le bien de notre peuple » avait déclaré le président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev (date ?),rapporte The Astana Times. Après plusieurs reports, le premier vol d’essai du lanceur russo-kazakh Soyouz-5 Sunkar s’est déroulé avec succès le 30 avril 2026.

Le projet Baïterek est l’un des « axes phares de la coopération spatiale kazakho-russe » précise le ministère du Développement numérique, de l’Innovation et de l’Industrie aérospatiale kazakh, cité par le média pakistanais The Europe Today. L’accord marque une étape majeure dans ce programme spatial conjoint, lancé en 2004 et basé à Baïkonour, dont l’objectif premier était que la Russie construise le nouveau lanceur Soyouz-5, tandis que le Kazakhstan modernise l’infrastructure au sol.

À terme, l’intérêt du projet est pour Astana de renforcer ses capacités techniques en vue de son autonomie spatiale et de s’affirmer dans le secteur à l’échelle internationale.

De nouveaux partenaires sur la scène internationale

Sur la scène internationale, le Kazakhstan a également de nouveaux horizons pour le spatial. Alors que la Russie essaie de réduire sa dépendance aux cosmodrome de Baïkonour avec la construction du port spatial de Vostochny, sur le territoire russe, en 2017, Astana voit Chine un autre partenaire.

D’abord en juillet 2024, le Kazakhstan a rejoint la station internationale russo-chinoise de recherche lunaire (ILRS) et avance dans ce cadre sur plusieurs projets, dont le lancement d’un télescope en orbite lunaire prévu pour 2029 (lien / source ?) En février 2026, le média européen Euronews rapporte par ailleurs le lancement du nanosatellite conjoint Di’er-5 de la mission Yao-8, confirmant la diversification des partenaires internationaux kazakhs.

Pékin n’est d’ailleurs pas seulement un partenaire mais également un soutien, technologique et institutionnel. Un accord de coopération techno-économique a été signé entre les deux pays, accordant selon Euronews une subvention chinoise de 100 millions de yuans (environ 12 millions d’euros) au Kazakhstan, pour le développement de son secteur spatial.

Le Kazakhstan sert également de lieu de lancement et d’atterrissage pour plusieurs missions liées à la Station spatiale internationale (ISS). En avril 2024 par exemple, le journal Le Monde relate l’atterrissage dans le pays de trois astronautes de nationalité russe, biélorusse et américaine, leur mission au sein de l’ISS achevée. Un an plus tard, le site de Baïkonour sert à nouveau pour le décollage de l’astronaute de la NASA Jonny Kim et des deux cosmonautes Sergey Ryzhikov et Alexey Zoubritsky, à bord d’une fusée russe Soyouz, pour une mission de huit mois au sein de l’ISS.

Le territoire kazakh s’impose ainsi comme un point d’ancrage de plusieurs coopérations spatiales internationales, d’autant qu’il est aussi considéré comme une zone neutre dans le contexte du conflit russo-ukrainien.

Une future puissance spatiale indépendante ?

Le 9 septembre 2025 s’est tenu le forum international « Space days Kazakhstan » qui a réuni les représentants majeurs de l’industrie aérospatiale, des organisations internationales, la communauté scientifique, des entreprises et des cosmonautes de plusieurs pays, dont la Russie, la Biélorussie, la Roumanie, et la Mongolie.

Les efforts kazakhs portent autant sur la recherche fondamentale que sur les technologies, dans le but de fabriquer des satellites de communication, d’observation de la Terre ou de surveillance environnementale.

Plusieurs satellites sont déjà en orbite, comme KazEOSat-1 et KazSat-3, et le pays prépare « une nouvelle génération de constellations satellites », a déclaré Malik Olzhabekov, vice-ministre du Développement numérique à l’occasion du forum, avec un lancement prévu entre 2028 et 2029.

Le pays vise aussi une indépendance spatiale. De fait, le forum international de 2025 a ainsi été l’occasion pour le gouvernement d’annoncer le projet « New Spaceport », la construction d’un cosmodrome en dehors de la zone actuellement louée à la Russie. Ce projet s’explique aussi par des relations ambivalentes avec la Russie, celle-ci aurait manqué à un paiement de 29,7 millions de dollars (24,38 millions d’euros) au Kazakhstan.

Malgré des tensions, les coopérations russo-kazakhes se poursuivent, mais ce futur cosmodrome prouve la volonté du Kazakhstan de réduire sa dépendance à l’égard de son ancienne puissance tutélaire et de s’affirmer comme un acteur spatial « partenaire de tous, maitre de son destin », selon la revue SpaceReview.

L’Ouzbékistan veut « se faire un nom sur la scène spatiale internationale »

La politique spatiale ouzbèke se développe principalement depuis l’arrivée au pouvoir de l’actuel président Chavkat Mirzioïev en 2016. Le média ouzbèk Hook Report souligne qu’en 2019, le pays a d’abord créé sa propre agence spatiale, Uzbekcosmos, avant de signer des accords avec plusieurs puissances majeures du secteur comme le Kazakhstan, l’Inde, la Russie, mais aussi la France et la Corée du Sud. Comme pour le Kazakhstan, la Chine est un partenaire de premier plan pour Tachkent.

Lire aussi sur Novastan : L’Ouzbékistan coopère avec la Corée du Sud pour l’exploration spatiale

Le satellite Samarkand-2028, qui doit utiliser l’Intelligence artificielle (IA), illustre cette coopération : développé avec la société chinoise STAR VISION et entièrement financé par Pékin, le lancement s’effectuera depuis une base en Chine. Il doit fournir des données concernant l’environnement, l’agriculture et la gestion du territoire, selon le média français La Presse Turquoise.

Des développements sont à attendre lors du Congrès international d’astronautique qui se tiendra à Samarcande en 2028 – preuve que l’Ouzbékistan s’illustre aussi comme un acteur actif de la diplomatie spatiale internationale. Samarkand-2028 devient un « symbole de visibilité internationale », devant positionner l’Ouzbékistan comme « un hub technologique régional en Asie centrale », affirme de son côté le média d’État ouzbèk Uza.uz.

Le pays souhaite également former son premier cosmonaute national. « Il s’agit d’une occasion unique pour l’Ouzbékistan de se faire un nom sur la scène spatiale internationale en présentant sa propre mission scientifique et son premier cosmonaute », a déclaré Farkhod Makhmoudkhodjaïev, chef du département au Centre de surveillance spatiale et de technologies géoinformatiques de l’agence spatiale ouzbèke. Selon HookReport, le lancement d’un second satellite, nommé « Mirzo Ulugbek », est par ailleurs prévu pour 2028.

Tadjikistan Kirghizstan et Turkménistan

Le développement du secteur spatial dans les autres pays d’Asie centrale reste plus marginal. Au Turkménistan, l’Agence nationale spatiale du Turkménistan (TNSA), fondée en 2011, coordonne les programmes de recherche spatiale nationaux à vocation scientifique et commerciale, dans le cadre d’un programme étatique de développement du secteur approuvé par Gourbangouly Berdimuhamedov, au pouvoir 2006 à 2022.

Concernant les satellites, le pays a conclu un accord avec le groupe français Thales Alenia Space pour la fabrication de son premier satellite TurkmenAlem52E/MonacoSAT. Celui-ci fut lancé en orbite géostationnaire en avril 2015 et couvre l’Europe, une grande part de l’Asie et de l’Afrique.

Le Tadjikistan et le Kirghizstan, eux, ne disposent pas encore d’agence spatiale nationale. Les activités tadjikes passent surtout par des partenariats avec des pays plus implantés dans le secteur. D’après l’agence spatiale russe Roscosmos, Douchanbé a ainsi envoyé ses spécialistes de l’industrie aérospatiale à la cinquième réunion du Conseil spatial interétatique de la Communauté des États indépendants (CEI) à Tachkent, aux cotés de la Russie, la Biélorussie, le Kazakhstan et de l’Arménie.

Le Kirghizstan dispose quant à lui un programme issu de la société civile et des Nations unies, le Kyrgyz Space Program, qui vise à lancer le premier satellite du Kirghizistan, mis au point par une équipe entièrement féminine, grâce à des financements d’ONG comme Internews ou du crowdfunding. Sur le plan des coopérations internationales, Bichkek a signé en 2024, à travers son High Technology Park (HTP), un protocole d’entente avec une entreprise japonaise, (lien / source ?) ArkEdge Space, afin de mener une recherche conjointe sur le changement climatique à partir de données satellitaires.

Albane Le Failler
Rédactrice pour Novastan

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