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Malgré le coronavirus, le Tadjikistan construit un nouveau Parlement et un complexe gouvernemental

Les autorités tadjikes ont annoncé le début des travaux de deux nouveaux bâtiments du Parlement et du gouvernement, tous deux financés par la Chine. Les chantiers débuteront dès l’arrivée des entrepreneurs chinois, retardés par la crise du Covid-19.

Alors que l’épidémie de coronavirus ne cesse de prendre de l’ampleur en Asie centrale, le Tadjikistan poursuit ses rêves immobiliers. Le 17 juillet dernier, Jamched Ahmadzoza, chef de la commission tadjike de l’architecture, a annoncé, lors d’une conférence de presse rapportée par le média tadjik Asia Plus, que la construction d’un nouveau Parlement et d’un nouveau complexe gouvernemental se ferait, malgré des conditions sanitaires dangereuses. La fin des travaux est prévue pour fin 2023.

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Le Parlement devrait s’élever à près de 70 mètres de haut et s’étendre sur 4,2 hectares environ. De quoi faire de ce bâtiment l’un des points de repère de la capitale Douchanbé, du fait de sa situation, en plein centre-ville. Le complexe gouvernemental devrait s’étaler sur quelque 10 hectares, dans le centre de Douchanbé lui aussi, et atteindre 15 étages. Les deux structures semblent donc prendre des proportions titanesques, alors même que l’économie du pays reste fragile.

Une construction entièrement financée par la Chine

Ces deux bâtiments seront entièrement financés par la Chine. De fait, malgré une main d’œuvre à 80 % tadjike, selon l’accord signé entre les deux pays, l’empire du Milieu devra financer l’intégralité du projet sans aucune contrepartie tadjike à première vue. 

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Pékin a assuré sa coopération au Tadjikistan dès les prémisses du projet. Dès mai 2017, le projet de construction voit le jour avec la participation de la Chine, qui tient à financer la construction des deux édifices. Comme le décrit Asia-Plus, une somme d’1,5 milliard de yuans (188 millions d’euros) a été accordée par la Chine au Tadjikistan en septembre 2017 pour ce projet. 900 millions de yuans (113 millions d’euros) supplémentaires ont été avancés par Pékin en septembre 2018. Néanmoins, alors que les projets étaient censés se terminer fin 2020, les multiples ajournements puis la crise du Covid-19 ont repoussé les travaux. 

Au 24 juillet, le Tadjikistan compte officiellement 7 060 cas et 58 décès. Des chiffres relativisés par un bon nombre d’observateurs, qui pointent plutôt une vague de pneumonies qui seraient en réalité liées au Covid-19. Alors que le pays a pendant de longues semaines nié la présence de l’épidémie sur son sol, ces doutes pourraient être fondés.

Une coopération sino-tadjike renforcée depuis plusieurs années

Ces constructions et leur implication politique sont un marqueur fort de l’approfondissement de la relation entre Chine et Tadjikistan. Alors que le traditionnel soutien de Douchanbé, Moscou, perd progressivement son influence dans le pays, Pékin devient un acteur incontournable au Tadjikistan. En effet, selon l’observatoire de la complexité économique (OEC), la Chine a représenté en 2018 près de 40 % des importations tadjikes et elle est le principal partenaire économique du pays, devant la Russie. Un soutien qui arrange Douchanbé alors que le pays peine à rembourser une dette qui a essentiellement contribué à la construction du barrage de Rogun depuis 2019.

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La Chine entend donc bien affirmer sa proximité avec le pays dans le secteur économique avec des investissements directs à l’étranger en constante hausse. Néanmoins, cette stratégie qui semble être efficace pour le moment menace la pérennité de l’économie tadjike, en constante perfusion depuis Pékin. 

Un partenariat clé alors que sévit la pandémie de Covid-19

La Chine assure aussi sa présence dans le pays dans le cadre de la lutte contre le coronavirus. Le 16 juin dernier, le président chinois Xi Jinping a appelé à continuer la coopération sino-tadjike dans le cadre du projet des Nouvelles routes de la Soie et promouvoir les échanges commerciaux entre les deux États malgré la pandémie, rapporte un communiqué du ministère chinois des Affaires étrangères. La Chine a également soutenu le Tadjikistan par l’envoi d’experts médicaux en mai dernier, comme a pu le rapporter l’agence chinoise officielle Xinhua.

La Chine assure donc sa proximité avec le pays grâce à de nombreuses aides financières afin de relancer des secteurs économiques tadjikes tels que l’énergie ou l’agriculture. La Chine continue ainsi à pérenniser sa mainmise sur le Tadjikistan, d’autant plus qu’une crise économique semble se profiler dans le pays avec la baisse drastique des fonds envoyés depuis l’étranger par les migrants tadjiks, qui représentent d’ordinaire 30 % de la richesse nationale.

Guilhem Sarraute
Rédacteur pour Novastan

Relu par Anne Marvau

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Commentaires
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    Passionnant !! Très intéressant et on apprend plus sur les projets du Tadjikistan, méconnus pour moi jusqu’aujourd’hui

    24 juillet 2020

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