L’historien local Gafour Chermatov détaille comment la République Socialiste Soviétique du Tadjikistan a contribué à l’effort de guerre lors de la Seconde guerre mondiale, appelée Grande guerre patriotique par l’URSS.
La victoire à l’issue de la Seconde guerre mondiale a été obtenue au prix de grandes souffrances pour des millions de personnes de différentes nationalités. Pendant les épreuves les plus difficiles, au front et à l’arrière, les peuples de l’URSS ont été unis et soudés comme jamais auparavant – et probablement comme jamais plus tard.
« Nous n’avons jamais eu un seul cas de défection à l’ennemi. Les Tadjiks se sont toujours distingués par leur modestie, leur courage et leur respect inconditionnel des ordres de combat du commandant. Je garderai toujours les meilleurs souvenirs de mes camarades de combat tadjiks », se rappelle dans ses mémoires le lieutenant-général Andreï Védénine, qui a participé à la bataille de Rjev.
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Des départs volontaires au nom de la Victoire
Le 22 juin 1941, le terrible écho de la guerre est parvenu jusqu’au Tadjikistan. L’une des premières réactions des Tadjiks à l’annonce de la guerre a été de déclarer en masse leur départ volontaire pour le front. Rien qu’en juin-août 1941, plus de 5 857 demandes de départ volontaire au front ont été soumises au comité militaire tadjik. En août 1945, plus de 200 000 personnes du Tadjikistan avaient été mobilisées dans l’armée active pendant la guerre. Plus de 15 000 autres Tadjiks ont fait leur service dans l’Armée rouge des ouvriers et des paysans entre 1938 et 1940.
Plus de 45 000 appelés du Tadjikistan ont été affectés à l’industrie de la défense et aux chantiers militaires. Par conséquent, le nombre total de conscrits dans l’armée et dans l’industrie s’élevait à 245 000. Les travailleurs tadjiks travaillaient dans les entreprises de l’industrie de la défense des régions de Novossibirsk, Sverdlovsk et Tcheliabinsk.

Au début de la guerre, 8 874 véhicules à moteur, 1 115 tracteurs, 19 326 chevaux, 1 791 charrettes et le matériel nécessaire ont été transférés du Tadjikistan soviétique aux unités et formations de l’Armée rouge. Pendant les années de guerre, des spécialistes militaires polyvalents ont été formés au Tadjikistan pour l’Armée et la Marine rouges. Des femmes spécialistes ont également été formées : tireuses d’élite, téléphonistes et opératrices radio, ainsi que 3 000 infirmières et infirmières-soldats ont été formées en peu de temps.
Des milliers de fusiliers, de tankistes, de mitrailleurs, de parachutistes et autres ont été formés. Plus tard, des dizaines de milliers de travailleurs, de représentants de la paysannerie des fermes collectives et d’intellectuels qui avaient suivi une formation militaire dans la république ont été mobilisés dans des divisions de cavalerie et d’autres unités militaires formées sur le territoire du Tadjikistan.
Pour la défense de Stalingrad
Le 17 juillet 1942, la bataille de Stalingrad, aujourd’hui Volgograd, a commencé. C’est l’une des batailles les plus importantes et les plus féroces, qui a radicalement changé le cours de la guerre. Pendant six mois et demi, dans les vastes steppes du Don et de la Volga, des batailles sanglantes et intenses se sont déroulées sans relâche.
En mai 1942, au Tadjikistan, la formation de la 104ème division de cavalerie était en cours. Les conscrits venaient de tous les coins du Tadjikistan. Dans les plus brefs délais, des milliers de chevaux, des canons, des mortiers, des centaines de chariots, des véhicules, des munitions, du matériel de génie, de la nourriture et du fourrage sont chargés dans des wagons dans les gares près de Stalinabad, aujourd’hui Douchanbé.

Les défenseurs de Stalingrad ont opposé aux troupes allemandes une résistance ferme et persistante, faisant preuve d’un courage inégalé. Des centaines de milliers de soldats soviétiques se sont alors distingués, dont de nombreux Tadjiks. Plus de 7 000 soldats recrutés au Tadjikistan ont reçu plus tard la médaille « pour la défense de Stalingrad ».
Une réserve fiable pour le front
Ayant rapidement opté pour la production de biens militaires, le Tadjikistan était déjà reconstruit sur une base militaire dès la fin de l’année 1942. La République fournit au front, tout d’abord, des produits de l’industrie légère et alimentaire, des métaux non ferreux et des métaux rares, nécessaires à la production d’équipements militaires.
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Au total, pendant les années de guerre, les travailleurs agricoles ont donné à l’État 500 000 tonnes de coton brut, plus de 100 000 tonnes de viande, des dizaines de milliers de tonnes de légumes et de fruits. Grâce à leur travail désintéressé, en 1944, la République Socialiste Soviétique du Tadjikistan a été l’une des premières de l’Union soviétique à réaliser le plan d’approvisionnement en pain et, en plus, elle a remis des milliers de quintaux de céréales à l’Armée rouge.
D’énormes fonds ont été collectés dans la république pour l’équipement militaire. Pendant les années de guerre, les travailleurs du Tadjikistan ont versé plus d’un milliard de roubles au fonds de défense et au fonds de construction d’armes, y compris sous forme de prêts et de loteries en espèces.
Une usine de réparation d’avions
En juin 1943, le Commissariat du peuple à l’industrie aéronautique de l’URSS a pris la décision de créer une usine de réparation d’avions dans le village de Novobad, situé dans la vallée de Hissar au Tadjikistan, sur la base de l’aérodrome militaire existant.
À cette fin, le 217ème atelier d’aviation stationnaire est arrivé à Hissar. La construction des bâtiments de production et des ateliers a immédiatement commencé sur le nouveau site. La réparation des avions et des moteurs a ainsi été démultipliée dès le mois de décembre 1943 par rapport au mois d’octobre. En janvier 1944, le nombre d’employés avait lui aussi été démultiplié par rapport à octobre.

Les ateliers ont fourni 12 régiments aériens lors de leur formation et de leur envoi au front, ainsi que presque toutes les écoles d’aviation du district, y compris celles qui ont été évacuées de la ligne de front.
Au total, 468 avions, 1 219 moteurs d’avion et 352 véhicules ont été réparés pendant la guerre. Des milliers d’unités d’armement de combat et de navigation complexes ont été renvoyées au front après réparation : canons, mitrailleuses, équipements radio, appareils de mesure.
Se mettre à l’abri
Fuyant l’ennemi, des habitants des régions occidentales de l’URSS se sont mis à l’abri au Tadjikistan. D’août 1941 à septembre 1942, plus de 140 000 citoyens de l’URSS, évacués d’Ukraine, de Biélorussie, des États baltes, de Moscou et de Leningrad sont arrivés dans la république. La guerre n’a pas seulement privé ces personnes de leur abri. La plupart d’entre eux, fuyant les envahisseurs, ont quitté leurs maisons sans même emporter les articles ménagers les plus élémentaires. Au Tadjikistan, ils ont été accueillis avec chaleur et attention.
La construction de nouvelles maisons a commencé. À Stalinabad, 3 600 mètres carrés de logements ont été construits pour les personnes évacuées, et ce en huit mois seulement. Plus de 12 000 familles ont été logées. Pour aider les personnes évacuées, de l’argent, en plus de celui alloué par l’État, des vêtements chauds, le mobilier nécessaire et des ustensiles de cuisine ont été collectés.
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Au cours de l’été et de l’automne 1941, un contingent de 14 orphelinats est arrivé au Tadjikistan. Parmi eux, deux orphelinats accueillaient des enfants polonais. Les dirigeants de la république ont dû faire face à la tâche la plus difficile, à savoir développer un réseau d’orphelinats dans les villes et les villages. Les fermiers collectifs du district de Chahrinav de la région de Stalinabad ont pris l’initiative de créer des orphelinats pour 20 à 30 enfants dans les fermes collectives.
Gafour Chermatov
Historien, pour Asia-Plus
Traduit du russe par Sophie Combaret
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La contribution tadjike à l’effort de guerre pendant la Seconde guerre mondiale