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Pommiers, Scythes et bouquetins : résumé de recherche en Asie centrale Novastan | Pommiers, Scythes et bouquetins : résumé de recherche en Asie centrale
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Pommiers, Scythes et bouquetins : résumé de recherche en Asie centrale

REVUE DE SCIENCE CENTRASIATIQUE – Les pommiers sauvages du Kazakhstan seraient de plus en plus « contaminés » par les pommiers domestiques, entraînant un risque pour leur survie. En parallèle, une recherche a pu déterminer le parcours des Scythes, ces nomades venus de Mongolie.

De nombreux travaux de recherche menés par des instituts et universités locales ou ailleurs dans le monde éclairent sur l’Asie centrale. Chaque mois Novastan vous propose ici une sélection de quelques études récentes sur la région. Toutes nos revues de science.

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Au programme de cette sélection scientifique, les croisements chez les pommiers du Tian Shan et le risque que cela fait peser sur les pommiers sauvages, une étude génomique sur les Scythes un ensemble de guerriers nomades des steppes du Ier millénaire avant Jésus-Christ, la mortalité infantile au Kirghizstan ces dernières décennies et comment mieux protéger l’Ibex de Sibérie en identifiant son habitat potentiel.

Le risque des croisements pour les pommiers sauvages

Malus sieversii est l’ancêtre de l’ensemble des pommiers cultivés dans le monde. Originaire des montagnes d’Asie centrale, ce pommier sauvage se trouve aujourd’hui uniquement dans le massif du Tian Shan. Classé comme espèce vulnérable par Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), les croisements avec des pommiers domestiques, Malus domestica, font craindre pour la survie de l’espèce.

Dans un article publié dans la revue Genes le 15 janvier dernier, des chercheurs sud-coréens ont étudié la diversité génétique de onze populations de pommiers sauvages et domestiques situés dans la partie kazakhe du Tian Shan. En se concentrant sur treize marqueurs génétiques, ils ont pu cartographier la proximité génétique des 102 individus étudiés. Bien que cette diversité génétique soit assez similaire à des études précédentes, le transfert de gènes de pommiers cultivés vers les pommiers sauvages est plus important que par le passé. Les chercheurs suggèrent que l’extension des cultures de pommiers dans des zones où poussent historiquement les pommiers sauvages est à l’origine de ces croisements plus fréquents.

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Une autre découverte de l’étude concerne une autre espèce sauvage, Malus niedzwetzkyana dont les fruits possèdent une chair caractéristique de couleur rouge. Les analyses révèlent que l’intégrité de cette espèce menacée pourrait déjà avoir été compromise par les croisements avec les pommiers domestiques dans les quelques zones où elle peut être trouvée. L’accélération de l’hybridation couplée à la baisse des populations de pommiers sauvages pourraient à l’avenir entraîner la disparition de ces espèces qui sont aussi une ressource inestimable de gènes pour l’amélioration des variétés cultivées. Leur préservation est donc d’une grande importance.

Les Scythes, à la conquête des steppes de l’Âge du fer

Le début du Ier millénaire avant J-C. est un moment charnière de l’histoire de l’Asie centrale. À cette époque, un ensemble de peuples partageant des rites mortuaires similaires et rassemblés sous le terme de cultures Scythes va changer l’histoire de cette région. Au début de l’Âge du fer, (-1100 – 400 après J-C.) les Scythes vont passer de peuple sédentaire à guerriers nomades. Une transition permise par de nouvelles armes en fer et de nouvelles techniques pour monter à cheval telles que l’introduction de la selle. Une étude internationale publiée le 26 mars dernier dans Sciences advances s’est attachée à étudier le génome de tombes Scythes afin de reconstruire l’émergence et la diffusion de cette culture nomade.

Le génome de 111 individus retrouvés dans des tombes datant de 850 av. J-C à 950 ap. J-C a été séquencé et comparé à des génomes plus anciens de plusieurs régions d’Asie centrale ainsi qu’à l’ADN de Kazakhs actuels. L’analyse, effectuée par des chercheurs de l’institut Max Planck et de l’Institut de génétique générale et de cytologie d’Almaty, a révélé des processus complexes de mélange de populations.

La diffusion de cette culture nomade trouverait son origine dans les steppes kazakhes où des populations déjà présentes à l’Âge de bronze (2700 à 900 av. J-C.) se seraient mélangées à des peuples venus d’une large région au nord de la Mongolie actuelle et également à des peuples du sud de l’Asie centrale. De ce mélange ont émergés dans l’Oural et l’Altaï respectivement les Sarmates et les Scythes de l’Est qui se sont étendus par la suite à travers la steppe kazakhe de 800 à 100 av J-C. De la fin de l’Âge du fer jusqu’à 500 après Jésus-Christ, l’étude révèle un flux continu venu de l’est de l’Eurasie et pour le sud du Kazakhstan, de la Perse.

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Enfin la comparaison avec l’ADN de Kazakhs actuels montre que leur profil génétique ne peut pas être modélisé uniquement à partir de ces migrations antiques. Cela suggère que l’homogénéité génétique de l’ethnie kazakhe date très certainement de l’établissement du Khanat kazakh au XVème siècle.

L’évolution de la mortalité des nouveaux nés au Kirghizstan

Une étude financée par l’Unicef et publiée en mars dernier dans The Lancet Global Health s’est intéressé à la mortalité infantile au Kirghizstan de 1990 à 2018. En se basant sur des données publiques, les chercheurs ont déterminé que la mortalité chez les nouveaux nés a reculé de 46 % sur cette période. Cette réduction, comparée à la baisse de 70 % observée en moyenne dans le reste de l’Asie centrale, varie cependant suivant les régions. L’analyse suggère que cette baisse de mortalité est principalement le fait de l’augmentation de l’allaitement au sein dans la première heure suivant la naissance.

Le nombre d’enfants mort-nés est resté constant tandis que les décès chez les enfants de moins de cinq ans ont baissé 69 %, suivant la tendance en Asie centrale. Le gros point noir du Kirghizstan est le nombre de décès de la mère lors de l’accouchement qui a diminué de seulement 7 %, contre 54 % en Asie centrale.

Les chercheurs ont également déterminé les raisons principales de ces décès. Une meilleure prise en charge des naissances prématurées et des risques d’infection et de pneumonies associés pourraient sauver près de 4 000 nouveaux nés d’ici 2030. La supplémentation en micronutriments chez les mères permettrait également de largement réduire leur risque de décès. Avec un ensemble d’autres mesures listées par les auteurs, environ 600 vies pourraient être sauvées chaque année au Kirghizstan en 2030.

Déterminer l’habitat potentiel du Capra sibirica pour le protéger

Enfin, l’habitat de l’ibex de Sibérie est devenu un peu plus connu. Capra sibirica est un bouquetin d’Asie centrale classé comme presque menacé par l’UICN et très présent dans le Tian Shan. Afin de mieux les protéger une étude publiée dans Scientific reports le 16 mars dernier a tenté de déterminer l’habitat potentiel de cette espèce. En se concentrant sur un petit nombre de facteurs environnementaux, tels que la rugosité du terrain, l’altitude, la distance à une source d’eau ou encore le type de végétation, les chercheurs ont pu déterminer les principaux déterminants de la sélection du lieu d’habitat.

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Cette espèce a comme particularité de voir les mâles et femelles choisir des zones de vies différentes pendant la saison estivale. En utilisant les facteurs précédents, les scientifiques ont identifié les zones potentielles répondant à leurs besoins.

Les femelles semblent préférer les terrains les plus accidentés qui permettent de mieux assurer la sécurité de leurs petits et plus proche d’un point d’eau. Les mâles privilégient eux des terrains moyennement accidentés à des altitudes plus élevées en moyenne. Cette différence d’altitude serait due à une sensibilité accrue des mâles à la chaleur et leur permettrait également d’éviter les piqures de certains insectes présents à plus basse altitude. Ces travaux pourraient être utiles pour choisir les zones à préserver afin de mieux protéger l’Ibex de Sibérie et son habitat.

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Anthony Vial
Rédacteur pour Novastan

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