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Retour sur les attentats de Tachkent de 1999 Novastan | Retour sur les attentats de Tachkent de 1999
Tachkent Attentats Explosions Islam Karimov

Retour sur les attentats de Tachkent de 1999

Le 16 février 1999, une série d’explosions a lieu à Tachkent. Plus d’une dizaine de personnes meurent et plus d’une centaine sont blessées. Le président ouzbek de l’époque, Islam Karimov, déclare alors que cette attaque terroriste organisée par des extrémistes religieux avait pour but de l’assassiner. Retour en images sur cette journée.

Novastan reprend et traduit ici un article publié le 16 février 2021 par le média ouzbek Gazeta.uz.

Ces évènements tragiques ont marqué la mémoire des Ouzbeks. Dans la matinée du 16 février 1999, cinq violentes explosions se sont produites à Tachkent, la capitale ouzbèke, en l’espace d’une heure. Selon les informations officielles, 13 personnes sont mortes et plus de 100 ont été blessées. Des sources indépendantes parlent de 16 morts et 120 blessés. Parmi eux, trois agents du ministère de l’Intérieur ont été blessés, un autre est mort.

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Islam Karimov, président du pays jusqu’en 2016, a ce jour-là qualifié l’attentat de tentative d’assassinat contre sa personne, et a accusé les extrémistes religieux. L’une des cinq explosions s’est produite devant le bâtiment du cabinet des ministres sur la place de l’Indépendance, juste avant une réunion gouvernementale à laquelle devait participer le chef de l’État.

Chronologie des évènements

Dans son livre Ouzbékistan : l’heure du changement, basé sur les données de l’enquête, le chercheur Leonid Lévitine écrit que la première explosion a retenti à 10 h 40 dans la rue Youssoufa Khos Khojiba, à côté du bâtiment du ministère de l’Intérieur. Une voiture ZAZ a explosé.

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L’explosion suivante a retenti à 10 h 55 sur l’avenue Charaf Rachidov, à proximité immédiate de la station de métro de la place de l’Indépendance et d’un des bâtiments du cabinet des ministres. La voiture piégée est visible sur la photo ci-dessous.

Lire aussi sur Novastan : Radicalisation islamiste parmi la jeunesse centrasiatique : mythe ou réalité?

La troisième explosion s’est produite à 10 h 58 près de l’entrée du bâtiment principal du cabinet des ministres, où devait se dérouler la réunion du gouvernement : une autre voiture piégée a explosé. Une fusillade avait auparavant eu lieu à cet endroit.

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La quatrième explosion a retenti à 11 h 20 près du bâtiment le plus haut de Tachkent : la banque nationale d’Ouzbékistan. Les vitres de la banque et de nombreux bâtiments voisins ont été détruites par le souffle de l’explosion.

Islam Kamirov a alors tenu un discours sur la place de l’Indépendance. Il a appelé la population à ne pas paniquer et a déclaré : « Nous avons assez de force pour rétablir l’ordre et, si nécessaire, trancher les mains de ces scélérats ».

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La cinquième explosion a eu lieu à 12 h 00 dans une maison privée dans la rue Abdoully Kahhar dans le quartier Yakkasaraï.

La réaction d’Islam Karimov

La réunion gouvernementale a tout de même eu lieu ce jour-là. Elle a été déplacée vers le bâtiment de la chambre législative, et Islam Karimov y a pris la parole. Il a alors déclaré que si certaines personnes pouvaient être intimidées par de telles actions, il n’était pas, quant à lui, homme à changer de position et à céder. Le président assurait notamment qu’il s’engagerait à protéger l’avenir des jeunes Ouzbeks.

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Quelques jours après, le 19 février, lors d’une conférence de presse à l’issue du sommet des dirigeants de l’Ouzbékistan, du Kazakhstan et du Kirghizstan à Nur-Sultan, Islam Karimov a raconté le déroulement des attentats aux journalistes.

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« Ces attentats visaient avant tout à supprimer… je ne veux pas utiliser ces expressions… mais avant tout, à éliminer le président. Plus grossièrement, à tuer le président », déclarait Islam Karimov.

Une tentative d’assassinat contre le président ?

Selon le président, quatre explosions étaient dues à des voitures piégées alors que pour la cinquième il s’agissait d’une bombe actionnée à distance. Une autre voiture qui se trouvait à proximité a également explosé, emportée par le souffle.

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« L’explosion principale a eu lieu à l’entrée du bâtiment du cabinet des ministres. C’est un bâtiment capital, de six étages, ou sept avec la partie au sous-sol. C’est une structure en béton qui a été construite et mise en service en 1968. C’est un bâtiment très robuste qui n’est pas si facile à ébranler. L’explosion principale s’est donc produite là-bas », estimait Islam Karimov.

Lire aussi sur Novastan : Ouzbékistan : vagues d’arrestations de religieux jugés extrémistes

Poursuivant son récit des évènements, il raconte que la voiture s’est approchée de l’entrée du cabinet des ministres avant de s’arrêter devant l’entrée centrale du bâtiment. Deux jeunes en sont sortis, prétendant que le moteur était endommagé. Ils ont ouvert le coffre et ont commencé à s’éloigner rapidement de la voiture. Pris en chasse par l’homme assurant la sécurité du bâtiment, les suspects ont sorti deux fusils d’assaut au milieu de la place de l’Indépendance et ont commencé à tirer. Il y a eu des victimes avant même que l’explosion ne survienne.

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Le président affirme alors que l’explosion précédente, qui s’était produite à environ 200 mètres, était une diversion.

« Plus généralement, les explosions, sauf une, étaient des diversions. Mais pour l’explosion principale, on comptait sur le fait que je me rendrais à la réunion comme d’habitude. La réunion était prévue à 11 h 00, c’est-à-dire que tout ceci s’est déroulé littéralement quelques minutes avant qu’elle ne commence. J’arrive habituellement 10 ou 15 minutes en avance. Mais ce jour-là, par hasard, peut-être qu’Allah m’a sauvé, je suis arrivé un peu plus tard », assurait Islam Karimov aux journalistes.

L’explosion principale

À ce moment-là, la voiture piégée se trouvait déjà près du bâtiment avec son coffre ouvert. Quand la fusillade a débuté et que ces deux hommes ont commencé à s’éloigner, la sécurité a immédiatement compris que quelque chose n’allait pas avec cette voiture.

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Le président se souvient : « Mais j’étais déjà arrivé, il me restait environ 150 mètres à parcourir. Khodjaïev Roustam, le chef de la sécurité, s’est précipité vers moi et m’a sauvé la vie. Il s’est précipité, a fait des signes et a crié pour que la voiture s’arrête. La voiture s’est bien arrêtée, et c’est à ce moment que l’explosion s’est produite, à une distance de 150 mètres, peut-être un peu plus, à 200 mètres, de l’endroit où notre voiture s’était arrêtée ».

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Ces explosions auraient été déclenchées à distance grâce à une télécommande. Le président affirmait encore qu’un terroriste se tenait à proximité en attendant la seconde où sa voiture s’approcherait, afin de provoquer une explosion si puissante que des morceaux auraient volé sur une distance de 500 mètres. « Toutes les autres explosions, je le répète, étaient des diversions », martelait-il.

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La dernière explosion, quant à elle, a eu lieu dans une maison louée, où auraient été préparés les attentats, pour effacer toute preuve.

Qui sont les auteurs de ces attaques ?

« Je peux affirmer avec certitude que les auteurs des attentats étaient des extrémistes religieux, des fanatiques. Les mêmes qui commettent des attentats en Israël, les mêmes qui font exploser des lieux dans d’autres régions. Nous en sommes certains », affirmait Islam Karimov.

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Pourtant, il enchaine avec cette question : « Qui était derrière cet attentat ? Je ne peux pour l’instant rien vous dire à ce sujet ».

Lire aussi sur Novastan : Libertés religieuses : quelles avancées depuis le changement de pouvoir en Ouzbékistan?

Les autorités ouzbèkes ne tardent pas à désigner coupable le Mouvement islamique d’Ouzbékistan. Dans leur article sur le sujet, les chercheurs Abdoumannob Polat et Nikolaï Boutkevitch affirment que ces attaques n’ont jamais été vraiment tirées au clair et qu’elles ont servi de prétexte pour violer les droits de l’Homme.

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En effet, selon le rapport d’Amnesty International publié en 2000, des centaines d’arrestations arbitraires et d’accusations infondées ont suivi les attentats. 22 personnes ont été condamnées pour leur implication dans les attentats, dont six condamnées à mort.

La rédaction de Gazeta.uz

Traduit du russe par Madeleine le Page

Édité par Paulinon Vanackère

Relu par Anne Marvau

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