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La gestion d’Uzbekistan Airways pourrait être transférée à une entreprise étrangère

Le 25 mai dernier, le président ouzbek Chavkat Mirzioïev a évoqué un possible transfert de la gestion de la compagnie aérienne nationale à une entreprise étrangère, sans toutefois la privatiser. Cette annonce intervient dans un contexte compliqué pour Uzbekistan Airways, dont pratiquement tous les avions sont cloués au sol à cause de la pandémie de coronavirus, et alors que, depuis quelques mois, le gouvernement ouzbek cherche à reconfigurer et à moderniser le secteur du transport aérien.

Quel avenir pour Uzbekistan Airways ? Le 25 mai dernier, au cours d’une réunion dédiée au secteur du transport, le président ouzbek Chavkat Mirzioïev a annoncé examiner la possibilité de céder la direction de la compagnie aérienne nationale à une « prestigieuse entreprise étrangère ». Toutefois, à ce stade, le gouvernement ouzbek ne parle pas de privatiser la compagnie, détenue à 100 % par l’agence ouzbèke de gestion des actifs de l’État. De plus, l’identité de l’entreprise étrangère qui pourrait voler au secours d’Uzbekistan Airways n’a pas été révélée.

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Au cours de la réunion, plusieurs mesures financières ont également été prises, afin d’atténuer les effets de la pandémie de coronavirus. Ainsi, un prêt de 122 millions de dollars (environ 111 millions d’euros) et des avantages fiscaux d’un montant de 60 milliards de soums (environ 5,4 millions d’euros) ont été accordés à la compagnie aérienne. Le fonds anti-crise ouzbek a également octroyé un prêt de 50 millions de dollars (environ 45,6 millions d’euros), destiné au fonds de roulement de l’entreprise.

Uzbekistan Airways durement touchée par la pandémie de coronavirus

Les mesures annoncées par le président vont aider Uzbekistan Airways à faire face à la crise, alors même que la plupart de ses avions sont cloués au sol depuis plus de deux mois. En effet, dès le 16 mars, alors que le gouvernement venait juste de déclarer le premier cas de coronavirus dans le pays, la compagnie aérienne a décidé de suspendre tous ses vols internationaux jusqu’à nouvel ordre. Le 1er mai, sur sa page Facebook, la compagnie a d’ailleurs précisé que la vente de billets pour les vols internationaux était suspendue jusqu’au 30 juin.

Toutefois, le 18 mai, Uzbekistan Airways a pu rouvrir trois de ses huit liaisons domestiques. Comme elle l’a elle-même annoncé sur Facebook, la compagnie a recommencé à opérer deux vols aller-retour hebdomadaires entre l’aéroport de la capitale Tachkent et les aéroports de Noukous, Ourguentch et Termez. Seuls les passagers ayant obtenu un certificat de test négatif au coronavirus moins de 120 heures avant le vol sont autorisés à embarquer.

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Pour faire face à la fois à la hausse de la demande de fret et à l’arrêt des vols de passagers, Uzbekistan Airways a également décidé de reconvertir deux Boeing 767-300 en avions cargos. D’après la page Facebook de la compagnie, les sièges de la classe économique ont été enlevés, afin de pouvoir charger jusqu’à 20 tonnes de fret dans la cabine. Le premier Boeing transformé a commencé ses opérations le 21 avril dernier, tandis que le second l’a rejoint une semaine plus tard.

Vers une reconfiguration du secteur de l’aérien en Ouzbékistan ?

Fondée en janvier 1992 par l’ancien président ouzbek Islam Karimov (1989-2016), Uzbekistan Airways a transporté 3,8 millions de passagers en 2019 et opère une flotte de 16 Boeing et 11 Airbus. Elle est la seule compagnie aérienne enregistrée en Ouzbékistan. Elle se trouve donc de facto en situation de monopole, malgré les récentes dénégations de son directeur adjoint, Oumid Housanov. « C’est vrai, nous sommes le seul transporteur aérien du pays, mais nous ne sommes pas en situation de monopole. Nous ne sommes pas contre les autres sociétés. Au contraire, il faut développer la concurrence. Qu’ils achètent des avions, trouvent des pilotes, négocient avec d’autres institutions et [se lancent] », a-t-il déclaré en juin 2019, selon le média ouzbek Kun.uz.

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En parallèle, plusieurs changements structurels ont été effectués ces derniers mois, en ligne avec la politique d’ouverture économique du président Chavkat Mirzioïev, arrivé au pouvoir en décembre 2016. Comme l’a rapporté Kun.uz en novembre dernier, la gestion des 11 aéroports ouzbeks, jusqu’alors confiée à Uzbekistan Airways, a été transférée à une société nouvellement créée, Uzbekistan Airports. En outre, des investissements vont permettre d’accroître la capacité de ces aéroports. La capacité de l’aéroport international de Tachkent devrait ainsi passer de 4 millions de passagers annuels à 7 millions, tandis que des travaux sont également prévus dans les aéroports de Termez, Samarcande et Andijan.

Peut-être encore plus significatif, le gouvernement envisage de lancer une nouvelle compagnie aérienne régionale dès cette année, baptisée Humo Air. Le projet a été annoncé par le Premier ministre Abdoulla Oripov en janvier dernier. « Au début, la compagnie aérienne organisera des vols réguliers à l’intérieur du pays pour des tarifs beaucoup plus bas que les tarifs [d’Uzbekistan Airways] », a-t-il affirmé, dans des propos rapportés par le média ouzbek Gazeta.uz. Selon le site spécialisé Russian Aviation Insider, la nouvelle compagnie opérera une flotte de petits avions turbopropulseurs sur des vols domestiques, dont le potentiel est sous-exploité par Uzbekistan Airways. Humo Air se lancerait également au niveau centrasiatique, sans concurrencer directement la compagnie nationale. Les appareils de l’avionneur franco-italien ATR feraient partie des candidats, avec ceux du canadien Bombardier.

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Le possible transfert de la gestion d’Uzbekistan Airways à une entreprise étrangère s’inscrit donc dans ce contexte de la progressive ouverture du secteur de l’aérien ouzbek, et n’est pas simplement une conséquence de la pandémie de coronavirus. Pour l’analyste russe Oleg Panteleev, directeur exécutif d’AviaPort, le projet pourrait permettre d’assurer la compétitivité future de la compagnie aérienne. « Pour améliorer la qualité de la gestion opérationnelle des entreprises, il faut attirer certaines structures externes sur une base compétitive », considère Oleg Panteleev, cité par la version ouzbèke du média russe Sputnik. « Cette approche n’est pas rare, il n’y a rien de surprenant ici. Il existe un précédent intéressant au Kazakhstan, où Air Astana a été créée avec une participation étrangère », ajoute-t-il.

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Selon l’expert, la stratégie du gouvernement ouzbek pourrait assurer le futur de l’entreprise tout en évitant une privatisation. « Il est généralement admis que les entreprises privées sont souvent efficaces dans la gestion d’actifs et, par conséquent, dans certains cas, les États se désengagent de certains secteurs, par exemple en privatisant des entreprises. L’implication d’une équipe de direction [étrangère] est un scénario intermédiaire : d’une part, l’État ne se débarrasse pas des actifs de l’entreprise, d’autre part, il a l’opportunité d’attirer des managers qualifiés », conclut Oleg Panteleev.

Des mesures annoncées pour améliorer l’ensemble du secteur des transports

Au cours de la réunion gouvernementale du 25 mai dernier, le transport aérien n’a pas été le seul secteur évoqué. En effet, des mesures ont été annoncées pour améliorer et assurer le fonctionnement durable de l’ensemble du secteur des transports, qui a perdu plus de 340 milliards de soums (30,4 millions d’euros) à cause des restrictions imposées pour lutter contre l’épidémie de coronavirus.

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Si le gouvernement s’est félicité de l’augmentation du trafic ferroviaire, dont la part dans le transport international de fret est passée de 75 % à 87 %, il a en revanche déploré l’obsolescence de certaines infrastructures et matériels roulants de l’entreprise publique Uzbekistan Railways. Des mesures pour optimiser le fonctionnement de la compagnie et ses tarifs, ainsi que pour moderniser le parc de voitures et de locomotives, ont donc été prises.

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Enfin, dans le secteur du transport routier, le gouvernement a souligné que le nombre de véhicules de fret internationaux dans le pays avait triplé ces trois dernières années. Ce dernier souhaite donc agir afin d’augmenter le nombre d’entreprises de transport routier ouzbèkes. En outre, le président ouzbek a critiqué le mauvais état d’une partie du réseau routier et annoncé des travaux de réfection sur des milliers de kilomètres de routes. Un appel d’offres devrait également être lancé dans le cadre d’un projet de route à péage reliant Tachkent à Andijan, située 350 kilomètres plus à l’est. Ainsi, le gouvernement ouzbek actuel semble bien décidé à mettre un terme à trois décennies de sous-investissement dans le secteur stratégique des transports.

Quentin Couvreur
Rédacteur pour Novastan

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