Tous nos contenus en accès illimité !

Abonnez-vous

X

Kirghizstan : Sadyr Japarov élu président avec près de 80 % des voix Novastan | Kirghizstan : Sadyr Japarov élu président avec près de 80 % des voix
Election présidentielle Kirghizstan Sadyr Japarov Vote

Kirghizstan : Sadyr Japarov élu président avec près de 80 % des voix

L’élection présidentielle anticipée au Kirghizstan a abouti à une victoire écrasante pour l’ancien président par intérim Sadyr Japarov. Dans le même temps, un référendum sur la forme de gouvernement a consacré à plus de 80 % un système présidentiel plutôt que parlementaire. Le résultat du référendum ouvre la voie à de profonds changements constitutionnels.

Selon les résultats préliminaires de l’élection présidentielle ce dimanche 10 janvier, Sadyr Japarov a été élu président du Kirghizstan avec 79,9 % des voix, rapporte le média kirghiz Kloop.kg. Un référendum proposant aux Kirghiz de choisir entre un régime présidentiel ou parlementaire s’est également tenu en même temps que cette élection présidentielle anticipée. Près de 85 % des électeurs ont opté pour une forme de gouvernement présidentiel.

Novastan est le seul média en français et en allemand spécialisé sur l'Asie centrale. Entièrement associatif, il fonctionne grâce à votre participation. Nous sommes indépendants et pour le rester, nous avons besoin de vous ! Vous pouvez nous soutenir en vous abonnant, en réalisant un don défiscalisé à 66 %, ou en devenant membre actif par ici.

Le taux de participation s’est élevé à 33 %, juste au-dessus du seuil de 30 % requis pour que les résultats du référendum soient valides. Ce taux de participation est l’un des plus faibles au Kirghizstan depuis l’indépendance de 1991. En 2017, 56,2% des électeurs avaient voté lors de la précédente élection présidentielle qui avait consacré Sooronbaï Jeenbekov.

Après le retrait de Rachid Tagaïev de la course présidentielle fin décembre, les électeurs pouvaient choisir entre 16 hommes et une femme à l’élection présidentielle. Toujours selon les résultats préliminaires relayés par l’agence kirghize 24.kg, Adajan Madoumarov arrive en deuxième position avec 6,68% des voix. La victoire est donc totale pour Sadyr Japarov.

Élections soudaines au lendemain d’une crise politique

Cette élection a été organisée trois mois après la démission du président Sooronbaï Jeenbekov, le 15 octobre dernier. Cette démission est intervenue alors que le pays a fait face à une vague révolutionnaire lancée le 5 octobre, après des élections parlementaires controversées et finalement annulées. Alors que Sadyr Japarov passait de détenu à chef de gouvernement puis président par intérim, le parlement a reporté de nouvelles élections parlementaires et a approuvé l’organisation du référendum sur la forme de gouvernement. Dans le même temps, une nouvelle Constitution a été lancée par Sadyr Japarov le 17 novembre dernier, avec des changements majeurs.

Lire aussi sur Novastan : La nouvelle Constitution kirghize, objet de toutes les craintes

En réponse à une demande de la Cour suprême du Kirghizstan, la commission de Venise a critiqué cette décision. « On peut avoir l’impression que la suspension des élections motivée par la nécessité d’une réforme constitutionnelle est une perception purement instrumentale de la Constitution et ne peut être considérée comme être conforme aux normes démocratiques », a expliqué l’organe consultatif spécialisé dans les Droits de l’Homme du Conseil de l’Europe.

Dans un long tour d’horizon des événements qui ont conduit aux élections, Kloop.kg qualifie la crise politique qui a débuté en octobre de « (non) révolution ». « La manifestation, lancée par de jeunes hommes politiques et mécontents des résultats des élections, n’est pas devenue une troisième révolution et n’a pas encore changé l’élite politique. En fait, Sadyr Japarov est apparu comme le principal vainqueur de la crise : après avoir été libéré de prison le 6 octobre, il est devenu président par intérim après la démission de Sooronbaï Jeenbekov et n’a quitté le poste que le 14 novembre pour se présenter à la présidence », explique le média indépendant kirghiz.

Une campagne avec un favori clair

La campagne électorale, lancée début décembre, a également été dominée par Sadyr Japarov. Entre le 15 octobre et le 15 novembre, lorsqu’il occupait à la fois le poste de Premier ministre et de président par intérim, Sadyr Japarov a nommé des alliés proches aux postes clés de l’État. Il a également eu, de loin, le plus gros budget de campagne : 67 millions de soms (658 900 euros), soit plus que le budget des 16 autres candidats réunis. De plus, comme l’a noté Kloop.kg, Sadyr Japarov a bénéficié du soutien de trolls organisés sur les réseaux sociaux qui travaillaient auparavant pour Mekenim Kyrgyzstan, l’un des partis vainqueurs des élections législatives annulées.

En conséquence, comme le résume le média allemand Deutsche Welle, Sadyr Japarov était omniprésent sur les bannières et dans les spots télévisés. Du fait de sa position de favori, il a refusé de participer aux débats électoraux organisés par la chaîne de télévision publique KTRK. « Il est plus utile pour nous tous de rencontrer le peuple. Il est plus utile d’être plus proche du peuple », a-t-il commenté, qualifiant les débats de lieux de « diffamation ».

Lire aussi sur Novastan : Le nouvel homme fort du Kirghizstan pourra-t-il tenir toutes ses promesses ?

Sadyr Japarov s’est adressé aux couches les plus démunies de la population kirghize, lien qu’il instrumentale largement avec des références populistes au « peuple » dans son ensemble. Interrogé après avoir voté, le nouveau président kirghiz a déclaré ce dimanche 10 janvier que l’argent qu’il avait dépensé pour la campagne électorale avait été « recueilli auprès du peuple ». Il a également évoqué la possibilité d’un « désordre contre-révolutionnaire » après les élections. « Mais je crois que le peuple kirghiz ne laissera pas cela se produire », a-t-il ajouté.

De possibles fraudes observées le jour du scrutin

Dans le sillage des élections parlementaires annulées, la surveillance des violations du processus électoral a été particulièrement délicate. Comme en octobre, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) n’a envoyé qu’une mission d’observation limitée avec 13 experts et 22 observateurs à long terme au scrutin, pour lesquels « l’observation systématique du vote, du dépouillement ou de la tabulation des résultats le jour du scrutin n’est pas envisagée ».

Dans le même temps, élargissant un programme lancé en octobre, Kloop.kg a envoyé environ 1 500 observateurs dans les bureaux de vote de tout le pays et a couvert le processus électoral tout au long de la journée. Dans sa couverture en direct du jour du scrutin, le média kirghiz indépendant a documenté des manipulations présumées du résultat électoral. Contrairement au vote d’octobre, les électeurs ont dû voter à leur bureau de vote local, ce qui a réduit le transport organisé d’électeurs fidèles vers des bureaux de vote stratégiques.

Il y a également eu moins d’achat de voix qu’en octobre, ce qui peut également expliquer le faible taux de participation, comme l’a estimé l’expert politique Azim Azimov sur Twitter. Le chef de la Commission électorale centrale a également partagé ce point de vue, notant que « le principal facteur influençant le taux de participation a été l’achat de voix », relaie l’agence de presse kirghize AKIPress. Toutefois, des observateurs ont signalé des cas de remise d’argent aux électeurs et à des tiers, comme le décrit Kloop.kg, ou à des membres de commissions électorales détenant des listes distinctes d’électeurs « fidèles ».

La plupart des autres problèmes ont concerné la violation du secret du vote dans de nombreux bureaux. Cela pourrait être dû à un manque de distance entre les observateurs tiers et les bureaux de vote. Des membres de la commission électorale se tenant debout à proximité des citoyens au moment de voter, certains prenant des photos du bulletin de vote et parfois même à voter à leur place, explique Kloop.kg.

Envie d'Asie centrale dans votre boîte mail ? Inscrivez-vous gratuitement à notre newsletter hebdomadaire en cliquant ici.

De plus, Kloop.kg a signalé des centaines de fraudes dues à des scanners de bulletins électroniques défectueux. De fait, le vote a été organisé de manière électronique. Le système de vote électronique et l’identification biométrique des électeurs ont été utilisés pour la première fois au Kirghizstan en 2015 et visent à prévenir les formes les plus flagrantes de fraude électorale.

Lire aussi sur Novastan : Vote électronique au Kirghizstan : 10 ans après, l’heure du premier bilan

Enfin, dans plusieurs cas, le travail des observateurs a été entravé par des membres de la commission électorale ou par la police et parfois leurs téléphones ont été confisqués.

Quel avenir pour le Kirghizstan ?

Lors d’une conférence de presse ce dimanche 10 janvier, Sadyr Japarov a déclaré qu’il pensait que les élections étaient justes. « Jusqu’à mon arrivée au pouvoir, je ne croyais pas à l’honnêteté des élections. Mais après avoir examiné le travail de la Commission électorale centrale, je suis convaincu que tout se passe honnêtement », a-t-il affirmé durant une conférence de presse. Il a en outre promis de construire un système judiciaire équitable et de lutter contre la corruption, évoquant les revendications de lustration des manifestations d’octobre. « Tout le travail sera effectué de manière ouverte et transparente. Nous ne tolérerons pas la persécution politique et ne protégerons pas les contrevenants. Nous devons nous nettoyer des vieux bureaucrates et des fonctionnaires corrompus. Telle est la demande du peuple », a-t-il ajouté.

Durant la même conférence de presse, Sadyr Japarov a donné un calendrier pour les réformes à venir. Il a notamment affirmé que la nouvelle Constitution serait votée dans les deux mois, rapporte 24.kg, avec une date fixée par le Parlement actuel. Des élections parlementaires devraient avoir lieu ensuite, au mois de mai. « Tous les processus politiques seront achevés le 1er juin », a-t-il affirmé, selon 24.kg.

Alors que cette élection est le résultat de protestations à grande échelle en octobre, plusieurs membres du gouvernement intérimaire ont affirmé qu’ils empêcheraient la répétition de ce scénario. « Le gouvernement est prêt à d’éventuelles provocations. Je saisis cette occasion pour appeler tous les candidats à la course électorale à accepter les résultats, quels qu’ils soient, à faire preuve de volonté politique et de responsabilité envers le pays et les citoyens », a ainsi affirmé le Premier ministre par intérim, Artem Novikov, relaie le média kirghiz Kaktus.

Cette élection présidentielle marque une nouvelle étape dans la transition politique entamée en octobre. En prenant le poste de chef de l’Etat, Sadyr Japarov envisage de s’engager dans une vaste réforme constitutionnelle qui élargira vraisemblablement ses pouvoirs aux dépens du parlement. Un projet constitutionnel correspondant avait déjà été proposé en novembre et baptisé « khanstitution par l’opposition.

Néanmoins, en l’absence de réformes socio-économiques adéquates, une telle concentration du pouvoir pourrait conduire à un « autre cycle » de révolutions et favoriser « une normalisation des révoltes et des prises de pouvoir énergiques », comme l’a affirmé la politologue Asel Doolotkeldieva sur Twitter ce dimanche matin. « Je suis attristée de voir que les gens placent de grands espoirs dans Sadyr Japarov et un président fort. Ne pas comprendre qu’une présidence illimitée et incontrôlée a été et sera une source d’instabilité et de dégradation économique… », a-t-elle ajouté.

Florian Coppenrath
Rédacteur en chef de Novastan en allemand

Valentine Baldassari
Rédactrice en chef de Novastan en anglais

Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez répondre anonymement à ce questionnaire ou nous envoyer un email à redaction@novastan.org. Merci beaucoup !

[alt]
Gov.kg
Partager avec
Aucun commentaire

Ecrire un commentaire

Captcha *