Famille Mamacharipov Kimsan Kamoliddin Abdoulmalik

De l’Ouzbékistan au Kirghizstan : le périple de la famille Mamacharipov

Au cours des deux dernières décennies, des centaines de personnes, kirghizes de par leur ethnie, ont quitté l’Ouzbékistan pour commencer une nouvelle vie au Kirghizstan. Parmi elles figure la famille Mamacharipov que Novastan a rencontré.

Novastan publie cet article dans le cadre du partenariat avec l’Université américaine d’Asie centrale (AUCA) basée à Bichkek, au Kirghizstan.

Les Mamacharipov ont émigré de Ferghana, une région de l’est de l’Ouzbékistan, pour rejoindre Bichkek au Kirghizstan. En quête d’une vie meilleure et après des années d’efforts et de combats, une nouvelle existence a commencé pour eux.

Kamoliddin Mamacharipov, 68 ans, est le père de famille. En Ouzbékistan, il était directeur d’école et, à ce titre, engrangeaient des revenus stables et pouvaient vivre une vie normale. Pourquoi donc a-t-il quitté son pays ?

« Mes trois fils et mes trois filles ont été à l’école russe pour pouvoir étudier ensuite dans de meilleures universités », explique-t-il. « Mais, lorsque l’URSS s’est effondrée en 1991, la plupart des université ouzbèkes se sont mis à enseigner en langue ouzbèke. De plus, mon fils Khabiboullo a décidé de poursuivre ses études à Bichkek. Plus tard, ces jeunes frères et sœurs l’ont suivi. »

« Le Kirghizstan est ma patrie historique »

« Lorsque nos enfants sont partis au Kirghizstan pour leurs études, nous avons décidé, mon épouse Kimsan et moi, d’emménager là-bas pour y vivre en famille, tous ensemble », poursuit-il. « Par ailleurs, je suis d’ethnie kirghize et le Kirghizstan est ma patrie historique. »

Kamoliddin Mamacharipov Hippodrome Kirghizstan

Selon les données de l’Institut national des Statistiques d’Ouzbékistan, il y avait quelques 422 000 personnes d’ethnie kirghize en Ouzbékistan en 2013, soit 1,4 % de la population. La plupart d’entre eux peuvent suivre les cours dans leur langue maternelle, s’ils le demandent. Au Kirghizstan, le nombre de personnes d’ethnie ouzbèke s’élèvait en 2016 à environ 878000, soit 14,6 % de la population.

L’existence de ces minorités entre pays voisins s’explique par la manière dont les frontières ont été tracées entre 1924 et 1927 : les limites administratives entre les différentes régions de l’URSS n’ont pas toujours tenu compte des catégories ethniques. En 1991, lorsque ces limites devinrent des frontières étatiques, des centaines de milliers de soviétiques sont soudainement devenus des minorités à l’intérieur des nouveaux États nationaux. C’est le cas de la famille Mamacharipov.

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« Nous avons dû loger dans la chambre de notre fils »

Durant les premières années après leur départ pour Bichkek, la famille a dû faire face à de nombreuses difficultés.

« Lorsque nous sommes arrivés à Bichkek, mon mari et moi, nous ne connaissions personne sur place, à part nos enfants. Tous étaient étudiants, mis à part l’aîné. Il travaillait comme professeur de mathématiques et c’était le seul gagne-pain de notre famille. Nous n’avions nulle part où vivre. Nous avons dû loger dans la chambre de notre deuxième fils », raconte Kimsan Mamacharipova.

Koudratillo Mamacharipov, Fils Famille

À ce moment-là, les parents louaient une ferme à la campagne et travaillaient comme agriculteurs. Pendant quelques années, cela a constitué la principale source de revenus de la famille. Mais il y a eu aussi quelques moments heureux que le plus jeune fils de la famille, Koudratillo, raconte avec un sourire : « Je me souviens de toutes ces fois où mon frère aîné, après avoir touché sa paye, revenait avec du sucre et un sac de farine pour faire du pain. Pour nous, c’était toujours un jour de fête ! »

De nouvelles lois sur la nationalité

Au cours des années 1990, avec l’effondrement de l’URSS, la situation économique du Kirghizstan était chaotique. Pour la famille Mamacharipov, trouver un emploi devenait difficile. Mais, sous la présidence de Kourmanbek Bakiev, une nouvelle loi sur la nationalité a été adoptée. « Avec cette loi, les étrangers d’ethnie kirghize pouvaient obtenir la nationalité après seulement un an de résidence. Cela nous a été très utile pour lancer notre commerce et améliorer nos conditions de vie », se souvient Kamoliddin Mamacharipov.

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Aujourd’hui, Khabiboullo et Kudratillo Mamacharipov gèrent à Bichkek une petite entreprise de matelas et de couvertures qui emploie 25 salariés. Le deuxième fils, Abdoulmalik Mamacharipov, possède également une petite entreprise qui importe des fruits vers le Kirghizstan. Dans les dix prochaines années, il souhaite créer son propre fonds d’investissement.

Elmouroud Toyidinov
Étudiant à l’AUCA

Traduit de l’allemand par Antoine Roth et Élodie Vouaux

Édité par Jérémy Lonjon
Rédacteur en chef de Novastan

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