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Le Kazakhstan vend une partie de ses actions de la première entreprise mondiale d’uranium

Le Kazakhstan a vendu une part de ses actions de l’entreprise publique d’uranium, Kazatomprom. C’est une première grande étape économique pour le pays et le monde de l’uranium depuis la pandémie du Covid-19. Les experts sont confiants sur le succès de cette vente.

Le 3 juin dernier, le média kazakh Vlast.kz a annoncé que le fonds souverain kazakh Samruk-Kazyna avait vendu la participation de 6,27 % de la compagnie nationale spécialisée dans l’uranium, Kazatomprom pour un montant total de 206 millions de dollars (près de 182,5 millions d’euros). Kazatomprom est le premier producteur d’uranium au monde, avec près de 22 000 tonnes produites chaque année.

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Cette transaction s’est déroulée en deux étapes, selon le média Informburo.kz. Tout d’abord, 11,5 millions d’actions ont été sacralisées au profit d’investisseurs institutionnels de la Bourse londonienne (London Stock Exchange) et de celle de Nur-Sultan (Astana International Exchange). Ensuite, 385 000 actions ont été dédiées au profit de particuliers.

Cette vente intervient dans une dynamique des autorités kazakhes pour relancer le marché de l’uranium, quasi à l’arrêt depuis le début de la pandémie. La direction de Samruk-Kazyna a déclaré avoir vendu les actions 6 % de moins par rapport au prix du marché actuel et diminué sa participation dans la première entreprise d’uranium au monde à 76,7 %, contre 81,28 % auparavant, comme l’a indiqué le journal spécialisé Mining.com.

Une vente plus importante que prévue

Cette vente de plus de 6 % des actions est légèrement supérieure à ce qui était annoncé. Le 2 juin, l’agence Reuters a affirmé que le fonds Samruk-Kazyna était prêt à vendre 4,55 % de ses parts, pour un montant de 150 millions de dollars (environ 133 millions d’euros). Mais dès le lendemain, Kazatomprom a annoncé par le biais d’un communiqué officiel que cette vente avait été actée et réévaluée à 6,27 %.

Cette annonce coïncide avec la tenue du comité d’administration du fonds souverain Samruk-Kazyna, dirigé par le premier président du Kazakhstan, Noursoultan Nazarbaïev. Aucun représentant de Kazatomprom n’était présent. Cependant, le média kazakh Inform.kz indique que Noursoultan Nazarbaïev a tenu compte des décisions prises par la direction pour lutter contre la crise économique. Ce qui pourrait aussi expliquer la rapidité avec laquelle la vente a été effectuée.

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Cette affaire intervient également dans le cadre de la stratégie de privatisation au Kazakhstan, pour la période 2016-2020. L’objectif principal de cette politique conduite par l’ancien président kazakh est d’impulser les investissements étrangers en réponse à la crise économique et de vendre progressivement les actions des entreprises publiques. Comme l’a remarqué le média américain The Diplomat, le fonds Samruk-Kazyna agit ici en tant que maître d’œuvre et possède des participations dans les principales entreprises publiques. En 2016, ce fonds détenait 40 % du Produit intérieur brut (PIB), dont les actifs étaient gérés par une élite de fonctionnaires.

Les investisseurs saluent la vente comme un grand succès

Plus largement, le secteur de l’uranium, qui regroupe une poignée d’investisseurs sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement, est particulièrement opaque. Ce marché est soumis à des contrats et des négociations entre investisseurs, producteurs et services publics, moins affectés par des épisodes de crises impactant prioritairement la volatilité des prix du secteur pétrolier et gazier, comme l’explique avec précision Will Thomson, investisseur dans le secteur pour Massif Capital.

L’expert décrit notamment les forces de Kazatomprom, qui s’est renforcée grâce à ses placements institutionnels en bourse qu’elle a pu dégager depuis 2018. Malgré un ralentissement du secteur de l’uranium depuis le Covid-19, l’entreprise a opéré un coup de poker réussi en vendant une part supplémentaire de ses actions.

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De fait, les experts ont positivement accueilli cette vente comme un soutien à long terme au développement économique national, mais également une contribution pour relancer le marché de l’uranium, selon les propos recueillis par la bourse d’Astana. Tout d’abord depuis son entrée en Bourse en 2018, Kazatomprom a gagné un socle d’investisseurs institutionnels, comme l’a affirmé le PDG de la bourse d’Astana, Tim Bennet. Selon Farkhad Okhonov, vice-PDG de Halyk Finance JSC, Samruk-Kazyna a depuis joué un rôle décisif pour renforcer une dynamique positive des prix de l’uranium, qui a contribué à améliorer les liquidités des actions et accroître l’intérêt des investisseurs étrangers dans l’ensemble du secteur et au Kazakhstan. Cette vente a également été perçue comme « un évènement rassurant pour la mise en œuvre du plan de privatisation du Kazakhstan […] renforçant la confiance des investisseurs étrangers dans leurs placements sur un marché [de l’uranium] qui est progressivement relancé à la suite de la pandémie », selon l’avis de Dmitry Brodsky, Directeur général et Chef Russie-CEI de Renaissance Capital.

Malaurie Le Bail
Rédactrice pour Novastan

Relu par Aline Cordier Simonneau

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