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Le Kazakhstan rouvre ses frontières avec le Kirghizstan

Les frontières entre Kazakhstan et Kirghizstan ont été rouvertes le 10 juin dernier après un appel entre les deux gouvernements. Le Kazakhstan avait auparavant décidé de fermer la majorité de ses frontières afin de limiter la propagation du coronavirus. Cette décision survient sur fond de tensions économiques et politiques entre les deux pays précédemment exposées auprès de la Commission économique eurasiatique. 

C’est potentiellement la fin d’un long bras de fer entre Kazakhstan et Kirghizstan. Une réunion téléphonique s’est tenue le 10 juin dernier, entre le Premier ministre kazakh Askar Mamine et le Premier ministre kirghiz Mouhammedkaly Abylgaziev, rapporte le service de presse du chef du gouvernement kirghiz. Sur proposition de la partie kazakhe, un accord a été conclu sur l’ouverture progressive de tous les points de contrôle à la frontière entre les deux pays. L’un des points clés a été la garantie d’un trafic de marchandises sans entrave, source de plusieurs tensions diplomatiques récentes, notamment exposées auprès de la Commission économique eurasiatique (CEE), le bras juridique de l’Union économique eurasiatique (UEE).

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“Dans le cadre de l’amélioration de la situation épidémiologique, il a été décidé de reprendre progressivement le travail à tous les points de contrôle dans un avenir proche. Ainsi, aujourd’hui, le point de contrôle de Sypatay Batyr (dans le sud du Kazakhstan, NDLR) commence à fonctionner, ce qui « déchargera » considérablement les points de contrôle existants et accélèrera le temps de transit des camions à travers la frontière”, a déclaré le gouvernement kazakh dans un communiqué.

La Commission eurasiatique a tranché

La CEE a tenu une réunion le 9 juin dernier, rapporte le média kirghiz Akipress.com. Elle a examiné la plainte du gouvernement kirghiz concernant le renforcement des contrôles des camions effectués par le Kazakhstan à la frontière avec le Kirghizstan. La Commission a chargé le gouvernement kazakh de supprimer ses contrôles et d’assurer le libre passage des camions du Kirghizstan, ce qui explique l’appel entre les deux Premiers ministres le 10 juin dernier. Selon le média kirghiz 24.kg, le Conseil de la CEE a demandé au gouvernement du Kazakhstan de prendre des mesures opérationnelles pour la suppression du contrôle excessif des marchandises de l’UEE importées du Kirghizstan, l’accélération et la simplification des procédures de passage des véhicules à la frontière de kirghize-kazakhe ainsi que la suppression de l’utilisation de tous les types de contrôle non prévus par la loi de l’UEE. Elle a en outre exigé que des “couloirs verts” soient mis en place pour les produits périssables saisonniers.

La Commission a également ordonné la création d’un groupe de travail afin de répondre aux problèmes liés à la circulation des marchandises à travers les frontières des États membres de l’UEE. Cette dernière mesure devrait notamment permettre un examen approfondi de la situation à la frontière entre le Kazakhstan et le Kirghizstan.

Le Kazakhstan avait fermé ses frontières pour protéger sa population

Cette décision pourrait clore un chapitre particulièrement frustrant de part et d’autre. Le Kazakhstan et le Kirghizstan avaient décidé en mars dernier de fermer leurs points de contrôle aux voyageurs afin d’empêcher la propagation du Covid-19 sur les territoires. “Au total, le Kazakhstan a fermé 20 points de contrôle sur tout le périmètre de la frontière nationale. Fondamentalement, ce sont les points par lesquels la plupart des individus se déplacent”, a déclaré le ministère du Commerce et de l’intégration du Kazakhstan, selon le média kirghiz Akipress.org. Ainsi, à la frontière avec Kirghizstan, cinq des sept postes de contrôle existants ont été suspendus. 

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Seuls deux points sont ouverts depuis le mois de mars à la frontière du Kazakhstan et du Kirghizstan. Le premier, Ak-Tilek – Karasou, se situe entre l’oblast de Tchouï, dans le nord du Kirghizstan et la région de Jambyl, dans le sud du Kazakhstan. Le second, Chon-Kapka – Aicha-Bibi, se situe entre l’oblast de Talas, dans le nord du Kirghizstan, et la région de Jambyl. Le passage d’une frontière à l’autre n’est permis que pour le transport de marchandises.

Des embouteillages de plus en plus impressionnants

C’est sur ce point que les tensions ont grandi entre Bichkek et Nur-Sultan. Déjà délicat depuis plusieurs années, le passage des camions kirghiz au Kazakhstan a été rendu encore plus difficile par la réduction des points de contrôle. Le temps d’arrêt à la frontière des chauffeurs pour entrer au Kazakhstan a ainsi pu varier de trois à quatre jours entre mars et juin. Le Kazakhstan a expliqué ces ralentissements par la fermeture de la majorité des points de contrôle ainsi que par l’arrivée de la saison des fruits et des légumes qui augmente chaque année considérablement le nombre de camions aux frontières.  

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“Pendant longtemps, il y a eu des difficultés à la frontière avec le Kazakhstan. La situation s’est aggravée depuis l’année dernière. Et ces dernières semaines, la situation est devenue critique. Aujourd’hui, 300 à 400 voitures sont bloquées dans la circulation pendant plusieurs jours”, a déclaré le vice-Premier ministre kirghiz, Erkin Asrandiev

Le Kirghizstan dénonce la lenteur des contrôles kazakhs

Après une congestion prolongée à la frontière kirghize-kazakhe, Erkin Asrandiev s’est rendu le 4 juin dernier au poste de contrôle d’Aktilek pour vérifier la situation sur place. Selon ce dernier, la situation des embouteillages était critique et associée à un lent contrôle du côté kazakh, rapporte le service de presse du gouvernement kirghiz. 

“J’ai personnellement pris connaissance de la procédure de passage des chauffeurs à la frontière du Kazakhstan vers le Kirghizstan. Il s’agit du contrôle des passeports, de la collecte de données personnelles par le personnel médical pour un contrôle plus poussé, du passage d’une analyse de la présence du virus, puis le transporteur de marchandises au Kirghizstan attend les résultats des tests. La procédure de sortie est également simple. Mais du côté kazakh, tout va lentement”, a-t-il déclaré selon le service de presse du gouvernement. 

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Les autorités kirghizes ont notamment accusé leurs homologues kazakhes de créer une barrière au commerce au sein de l’UEE, l’union douanière entre les deux pays, la Russie, l’Arménie et le Bélarus, lancée en 2014. Le Kirghizstan considère ces contrôles comme une barrière au commerce et une violation des règles de l’UEE.

Le Kazakhstan a accusé la corruption kirghize

Le Kazakhstan a justifié quant à lui ces mesures par la nécessité de freiner la propagation du Covid-19 mais également d’enrayer ce qu’il dénonce être de la corruption de la part des autorités kirghizes. Selon la présidence kazakhe, depuis le début de l’année 2020, plus de 80 000 véhicules de fret ont traversé la frontière, 1 547 ont été inspectés et 1 505 d’entre eux se sont trouvés être en situation d’infraction grave selon la législation kazakhe. Les marchandises inspectées ne correspondaient pas à ce qui était indiqué sur les documents d’accompagnement. En conséquence, des paiements d’impôts d’un montant de plus de cinq millions de dollars (environ 4,4 millions d’euros) ont été accumulés.

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Un autre phénomène dénoncé est celui des “pousseurs”. “L’insatisfaction des chauffeurs du Kirghizstan est provoquée par les actions d’un groupe de personnes, des « pousseurs », qui proposent, moyennant finance, des services de passage sans file d’attente dans la voie venant en sens inverse”, selon le communiqué du ministère des Finances kazakh, cité par le média kazakh Kursiv.kz.  

Dernièrement, le Service d’état de lutte contre les délits économiques a par ailleurs révélé un stratagème de corruption au ministère des Transports et des Routes, rapporte le média kirghiz Akchabar.kg. 12 employés du ministère, dont un haut fonctionnaire, ont été arrêtés pour corruption. Plus de 20 millions de soms (environ 237 000 euros) auraient été détournés. L’enquête est toujours en cours dans plusieurs régions kirghizes.

Tanguy Martignolles
Rédacteur pour Novastan

Relu par Aline Cordier Simonneau

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