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Le coronavirus met en lumière les lacunes du système éducatif kazakh

La pandémie au Kazakhstan, comme dans la plupart des pays du monde, a révélé de nombreuses défaillances dans le système éducatif, alors que le passage à l’enseignement à distance a pris au dépourvu le corps enseignant mal formé pour cette nouvelle méthode.

Novastan reprend et traduit ici un article publié le 26 juin 2020 par notre version allemande.

En 2018, des élèves kazakhs ont participé pour la quatrième fois à l’évaluation internationale PISA, le Programme international pour le suivi des acquis des élèves, une ensemble d’études menées par l’Organisation pour la coopération et le développement en Europe (OCDE). Celle-ci teste les connaissances des élèves de 15 ans en mathématiques, sciences et alphabétisation. Les résultats obtenus dans les trois matières ont été inférieurs à ceux des années précédentes. Le Kazakhstan se retrouve à la 69ème place sur un total de 79 pays, comme l’a remarqué Forbes Kazakhstan.

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Le ministre de l’Éducation et de la science, Askhat Aïmaghambetov, a commenté ces résultats médiocres en décembre 2019 sur sa page Facebook. « C’est le premier test de ce genre effectué en ligne au Kazakhstan. Pour nos enfants, c’était une première », a-t-il fait remarquer, soulignant de plus mauvais résultats obtenus dans d’autres pays où des épreuves en ligne ont été mises en place pour la première fois. De plus, les élèves participant avaient été formés selon l’ancien programme scolaire.

Il reconnaît ainsi qu’ « il y a des problèmes et ils sont très sérieux. Les résultats sont limpides : une réforme de l’éducation est nécessaire dans notre pays ».

La pandémie a permis de mettre en lumière les difficultés

Ces problèmes, soulevés par le test PISA, ont été à nouveau mis en lumière par la pandémie de Covid-19. En effet, la pandémie, tout comme dans de nombreux pays, a contraint le gouvernement à opter pour  l’enseignement à distance. Or, ni la qualité du réseau Internet ni celle des équipements techniques n’ont été à la hauteur.

Selon le Speedtest Global Index, le Kazakhstan se classe au 65ème rang mondial sur un total de 173 en matière d’accès à une connexion Internet haut débit et au 99ème rang sur 138 pour le réseau mobile. La vitesse et la qualité de la connexion Internet étant insuffisantes, le pays a dû renoncer à l’enseignement en ligne.

Lire aussi sur Novastan : Kazakhstan : les cours en ligne annulés du fait d’un Internet défaillant

Dans un entretien en avril dernier pour le média kazakh Informburo.kz, Askhat Aïmaghambetov a déclaré : « Dans notre pays, le réseau Internet n’est pas adapté à l’enseignement en ligne pour 2,5 millions d’enfants. Nous en avons conclu qu’il valait mieux l’abandonner pour le bien des élèves. »

Autre problème de taille : le manque d’équipements dans les écoles. D’après le ministre, 300 000 élèves kazakhs, soit plus de 10 %, n’ont pas d’accès à un ordinateur, rapporte Radio Azattyk, la version kazakhe du média américain Radio Free Europe. De nombreux ménages n’ont même pas accès au réseau Internet.

Des enseignants peu préparés, statu quo pour les examens finaux

L’enseignement en ligne a également représenté un défi pour les enseignants. La pandémie a eu un impact considérable sur leur travail, qu’ils ont dû totalement réorganiser. Natalia Petrova enseigne le russe et la littérature dans une école à Petropavlovsk, dans le nord du Kazakhstan. « Lorsque l’enseignement en ligne a été adopté, nous avons d’abord dû beaucoup apprendre sur l’utilisation des technologies informatiques », explique-t-elle à Novastan.

L’aspect technique ne constituait pas le seul défi. Selon l’enseignante, un autre problème évident se posait : celui du contrôle de la façon dont les élèves effectuaient leurs devoirs. « Il a fallu créer de nombreuses versions d’examens et de contrôles et donner plus de tâches créatives obligatoires », souligne-t-elle. En effet, les élèves n’effectuaient pas toujours leurs devoirs de manière honnête et autonome, conditions indispensables à une évaluation objective et correcte de chacun. En outre, vu la qualité et la vitesse médiocres du réseau Internet, les travaux de groupe se sont révélés être une véritable gageure.

Pourtant, l’enseignement à distance présente aussi des avantages non négligeables. Aux yeux de l’enseignante, cette technologie résout le problème du manque de cours. Il est également plus facile d’organiser des cours supplémentaires en ligne, par exemple pour préparer des concours. Mais pas sans une bonne connexion Internet et des ordinateurs fonctionnels pour tous.

Dans ces conditions exceptionnelles, l’examen national unifié, épreuve finale ayant lieu à la fin du parcours scolaire, a pu être organisé hors ligne cette année. En respectant toutefois certaines règles d’hygiène, décrit Informburo.kz : le nombre réduit d’élèves dans une même salle, l’obligation de porter un masque et le respect d’une distance de deux mètres entre les participants. Les vêtements ont été désinfectés et la température prise avant l’examen.

Le manque de financement entrave le processus éducatif

Outre ces obstacles techniques, le système éducatif du Kazakhstan souffre également d’une insuffisance des ressources. Selon la Banque mondiale, le Kazakhstan a consacré 2,8 % de son Produit intérieur brut (PIB) en 2018 au secteur de l’éducation. En comparaison, les dépenses publiques destinées à l’éducation la même année dans l’Union européenne représentaient en moyenne 4,6 % du PIB.

Fin mai, lors de la troisième réunion du Conseil national de la confiance publique, le président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev a classé l’éducation parmi les « principaux secteurs économiques », décrit le média kazakh Zakon.kz. « En moyenne, nous dépensons près de 1 000 dollars par an et par élève. Les dix premiers pays du classement PISA, quant à eux, dépensent entre 10 000 et 14 000 dollars par élève chaque année », a souligné le chef de l’État. Selon lui, il est nécessaire de multiplier par six les dépenses en matière d’enseignement d’ici 2025.

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En 2019, le président kazakh avait déjà dénoncé les faibles salaires des enseignants. « Le salaire des enseignants est encore trop faible et ne représente que 65 % du salaire moyen », avait-il expliqué, selon le média kazakh Tengrinews. Le 16 août 2019, Kassym-Jomart Tokaïev a appelé le gouvernement à doubler le salaire des enseignants au cours des quatre prochaines années, rapportait Tengrinews.

L’avenir de l’éducation va-t-il changer ?

Le président du pays considère que le manque de moyens et de réformes peut être à l’origine des problèmes du système éducatif du Kazakhstan. L’infrastructure scolaire est essentielle pour une éducation de qualité, avec des écoles qui nécessitent d’être bien équipées. « D’ici 2025, 800 nouvelles écoles de plus de 650 000 places, 114 internats pour les écoles situées dans des endroits isolés et plus de 700 salles de sport seront construits », a promis Kassym-Jomart Tokaïev. Les critères d’admission dans le réseau éducatif seront également rehaussés.

Par un concours de circonstances, la pandémie de Covid-19 pourrait donc accélérer les réformes du système éducatif kazakh. Dans son analyse publiée par le Central Asian Analytical Network, le politologue Daniyar Kousaïnov estime que le ministère de l’Éducation pourrait tirer des leçons de la pandémie et améliorer la qualité du système éducatif, notamment grâce au recours à l’enseignement à distance.

« Mais il est également possible que personne ne tire de conclusions et que tout le monde continue à travailler selon le schéma habituel, à savoir une multiplication des réformes et une absence de prise de responsabilités », ajoute l’expert. Selon lui, il est « peu probable » qu’après la crise, le Kazakhstan « propose une refonte de l’enseignement à distance à ses citoyens ». Le pays suit ainsi une tendance internationale. « Comme dans la plupart des pays, les politiciens et les écoles ne voient dans ce type d’enseignement qu’un outil pour faire face à la crise en cours et non une véritable solution », conclut-il.

Aïjan Jansoultanova
Rédactrice pour Novastan.org

Traduit de l’allemand par Pierre-François Hubert

Édité par Gulafiya Chatayeva

Relu par Anne Marvau

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