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Entretien avec un artiste kazakh qui collabore avec des marques internationales

L'artiste Alpamys Batyr collabore avec des marques internationales tout en utilisant largement les motifs traditionnels kazakhs. Il explique sa démarche dans un entretien.

Rédigé par :

La rédaction 

Traduit par : Aruzhan Urazova

The Village

Alpamys Batyr et son oeuvre Maison commune
Alpamys Batyr et son oeuvre "Maison commune". Photo : The Village Kazakhstan.

L’artiste Alpamys Batyr collabore avec des marques internationales tout en utilisant largement les motifs traditionnels kazakhs. Il explique sa démarche dans un entretien.

Artiste autodidacte kazakh originaire d’Aktioubé, Alpamys Batyr collabore depuis plusieurs années avec de grandes marques internationales et réalise des œuvres monumentales en réinterprétant les ornements traditionnels kazakhs.

Dans cet entretien, il explique comment il intègre la culture kazakhe dans l’art contemporain, pourquoi les marques mondiales devraient s’associer à des talents locaux et comment ses racines nourrissent sa créativité.

Aktioubé, Londres et le tatouage

Alpamys Batyr s’est passionné pour l’art dès l’enfance, dessinant comme beaucoup d’enfants pendant les cours d’arts plastiques. Il n’a pas suivi de formation en école d’art, mais a pris quelques cours de dessin.

« Mon véritable parcours artistique a commencé au Royaume-Uni, où je suis parti pour des cours de langue et où je suis resté six ans. Même si je dessinais déjà, c’est là que tout a vraiment commencé. Mon “frère” d’accueil était passionné de tatouages et j’ai découvert le style tribal et ses ornements. Cela m’a poussé à dessiner davantage et à développer mes compétences. Depuis, j’évolue dans cette esthétique depuis près de 20 ans », raconte l’artiste.

Les ornements kazakhs dans la modernité

Il explique qu’il s’est toujours intéressé aux symboles et traditions nationaux, tout en cherchant à les inscrire dans la modernité. En collaborant avec la marque internationale Iqos, il a pu unir traditions kazakhes, symboles et éléments contemporains, donnant naissance à une première œuvre intitulée Maison commune.

« Le concept consistait à relier les traditions aux technologies et à présenter le Kazakhstan comme un pays ancré dans ses racines mais tourné vers l’avenir. Au départ, la collaboration devait être simple, mais j’ai proposé une installation artistique plus complexe », précise-t-il.

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Le projet a nécessité des matériaux de haute qualité, notamment du bois difficile à cintrer, obligeant l’équipe à trouver des solutions techniques inédites. Aujourd’hui, un deuxième projet encore plus ambitieux est en cours, intégrant bois, métal, pierre et d’autres matériaux.

L’expérience avec un grand partenaire

Pour l’artiste kazakh, Maison commune est son premier projet d’une telle envergure. Il revient sur son expérience au sein d’une équipe internationale et sur les aspects clés de cette collaboration.

« C’était la première fois que je participais à un projet aussi ambitieux. Des représentants du bureau local et de l’équipe internationale étaient impliqués, ce qui a été une expérience très enrichissante. Avec leur soutien, j’ai conçu le concept et réalisé une installation artistique de grande envergure », explique Alpamys Batyr.

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L’artiste souligne que le projet n’a pas été sans difficultés : il fallait créer quelque chose de compréhensible pour le public local tout en restant original.

« La tâche était d’autant plus complexe que le design de l’espace avait été développé spécialement pour la marque au Kazakhstan ; il fallait donc imaginer quelque chose d’unique et d’inhabituel. Ce type de travail intégrant des éléments locaux m’intéresse particulièrement, car l’adaptation pensée pour une entreprise au Kazakhstan met en valeur la richesse de notre culture », témoigne Alpamys Batyr.

Keregué, symbolique et sacralité

La première installation artistique utilise le symbole de la keregué, la structure de base de la yourte kazakhe qui forme les murs et constitue un élément essentiel de la culture.

« Pour moi, la keregué est une métaphore du tissu de l’espace, de ce qui le structure. C’est une sorte de grille qui façonne notre réalité matérielle. Elle soutient la yourte dans son ensemble, permettant d’exister et de vivre dans ce monde. Au final, c’est un symbole du foyer, de la sécurité et de la protection », explique l’artiste.

Alpamys Batyr souligne que les traditions et motifs nationaux permettent aux individus de s’identifier. Ils portent une esthétique qui nourrit la culture locale et servent de base pour montrer au monde ce qu’un pays peut offrir sur d’autres scènes et marchés. Pour lui, ces motifs restent actuels car ils permettent de créer ou de transformer l’existant, et les considérer comme dépassés serait une erreur.

« J’aime le Kazakhstan, je crois en lui et au talent de ses habitants. Et je pense qu’il mérite une réflexion approfondie et réfléchie. Travailler avec le passé demande une approche neurochirurgicale : il faut être extrêmement prudent lorsqu’on manipule une symbolique à forte dimension sacrée », ajoute Alpamys Batyr.

Artistes locaux et marques mondiales

L’artiste a confié que ce qu’il a le plus apprécié dans son travail avec Iqos était l’approche de la marque.

« En tant qu’auteur, on m’a offert une liberté créative pour concrétiser mon idée, ce qui est assez rare dans une collaboration avec une grande marque. C’est une approche progressiste qui renforce le statut de la marque auprès des acteurs culturels – artistes, sculpteurs, designers », explique-t-il.

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Dans le deuxième projet, une combinaison de matériaux inhabituels a été utilisée. C’était risqué pour la marque comme pour l’artiste, mais le résultat en valait la peine : l’installation s’est révélée impressionnante.

« Les artistes locaux font partie de la société, et cela porte déjà une forte dimension émotionnelle. Soutenir les artistes, c’est aussi soutenir la société et son avenir culturel », souligne Alpamys Batyr.

La rédaction de The Village Kazakhstan

Traduit du russe par Aruzhan Urazova

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