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Tour d’horizon des problèmes environnementaux au Kazakhstan

Comme de nombreux pays, le Kazakhstan doit faire face à des problèmes environnementaux majeurs. Le média kazakh The Village dresse la liste des sujets environnementaux les plus abordés dans le pays.

Rédigé par :

La rédaction 

Traduit par : Sophie Combaret

The Village

Pollution
Le Kazakhstan est confronté à de nombreux problèmes environnementaux (illustration).

Comme de nombreux pays, le Kazakhstan doit faire face à des problèmes environnementaux majeurs. Le média kazakh The Village dresse la liste des sujets environnementaux les plus abordés dans le pays.

Le Kazakhstan continue de lutter activement contre les défis environnementaux auxquels sont confrontées différentes régions du pays.

Ces dernières années, l’écologie des grandes villes s’est nettement détériorée : les bassins de nombreuses masses d’eau s’épuisent progressivement, les émissions de substances nocives sont plusieurs fois supérieures à la norme et les entreprises industrielles déversent de manière incontrôlée des produits chimiques dans l’environnement.

Le média kazakh The Village dresse la liste des problèmes écologiques majeurs que rencontre le pays.

La pollution de l’air

Pendant de nombreuses années, la région du Kazakhstan-Oriental est restée la plus grande région industrielle du pays. Selon le Bureau des statistiques nationales, plus de 15 000 entreprises y sont enregistrées. Il s’agit notamment de géants tels que Kaztsinc, KazMinerals, le combinat de magnésium et de titane d’Oust-Kamenogorsk, l’usine métallurgique d’Oulba et d’autres encore.

La société minière et métallurgique Kaztsinc qui produit du zinc, du cuivre, du plomb et d’autres métaux précieux est la plus importante. Selon le département de l’écologie de la région, en 2021, Kaztsinc représentait près de la moitié de toutes les émissions polluantes de la région.

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Selon Kazgidromet, dans la ville d’Oust-Kamenogorsk, le centre administratif de la région, des conditions météorologiques défavorables sont enregistrées environ 100 jours par an. Il s’agit de jours où la région n’est balayée par aucun vent, ce qui provoque l’accumulation de substances nocives dans l’air. À ces moments-là, les scientifiques conseillent même aux citoyens d’éviter les longues promenades à l’extérieur, de ne pas ouvrir les fenêtres et de privilégier l’enseignement à distance pour les écoliers.

Aujourd’hui, la région du Kazakhstan-Oriental est en tête des classements sur l’incidence du cancer dans l’ensemble du pays. L’indice dans l’oblast est 55 % plus élevé que la moyenne du Kazakhstan : 321 pour 100 000 habitants. Les habitants eux-mêmes racontent qu’ils ressentent un goût sucré et métallique dans la bouche depuis des années.

Des rivières polluées

La sénatrice Olga Boulavkina a souligné le niveau critique de la pollution de l’air à Oust-Kamenogorsk, notant que la teneur en chlorure d’hydrogène dépassait neuf fois la norme. Elle a également établi un lien avec l’augmentation des cas de cancer.

Les représentants du bureau du procureur ont déclaré que sur les 165 décharges de la région, seules 22 étaient conformes aux exigences environnementales, soit 13 % seulement.

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À noter que la région enregistre régulièrement des pollutions des masses d’eau locales. Ainsi, en mai 2019, les habitants ont constaté que la couleur de la rivière Berezovka était devenue vert vif. À la suite de l’inspection, les scientifiques ont trouvé qu’il y avait 140 fois trop de manganèse dans l’eau, 44 fois trop de zinc, deux fois trop d’ammonium et cinq fois trop de sulfate et de cuivre.

Kazzinc a été tenu responsable de rejets incontrôlés et a été condamné à une amende de 8 millions de tengués (14 640 euros). En juillet 2023, des habitants ont constaté que l’eau de la rivière Filippovka avait pris une couleur laiteuse – Kaztsinc a de nouveau payé une amende de 50 millions de tengués (91 589 euros).

Moderniser les complexes industriels pour moins polluer

Il est important de noter que de nombreuses rivières de l’Est du Kazakhstan sont des affluents de l’Irtych. Elles font partie d’un seul et même écosystème. En cas de pollution d’une masse d’eau, il y a toujours un risque que des substances nocives se retrouvent dans les autres canaux. L’eau de ces rivières est utilisée non seulement comme eau potable, mais aussi pour l’agriculture, ainsi que pour le fonctionnement des centrales thermiques et des entreprises industrielles.

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En conséquence le complexe métallurgique d’Oust-Kamenogorsk a dû moderniser les unités de purification du gaz sulfureux, ce qui devrait réduire les émissions de soufre de 10 à 20 %. À Ridder, un nouvel atelier a été construit, ce qui a réduit les émissions de 714 tonnes en 2024.

Le 9 octobre 2024, il a été annoncé qu’un système de surveillance environnementale de l’air était en cours de mise en place et que des écobureaux seraient ouverts pour permettre aux habitants de surveiller eux-mêmes la qualité de l’air. Des travaux sont également en cours pour améliorer le système de surveillance des émissions. C’est ce qu’a déclaré l’akim (représentant local du gouvernement, ndlr) de la région du Kazakhstan-Oriental, Ermek Kocherbaïev.

La pollution atmosphérique

Almaty est arrivée en janvier 2025 en tête du classement des mégapoles les plus polluées du monde : selon les écologistes de l’Almaty Air Initiative, une année de vie dans la ville équivaut à fumer 487 cigarettes. Le volume annuel des émissions de polluants dans l’atmosphère est d’environ 125 000 tonnes.

En outre, selon l’enquête de l’Almaty Air Initiative réalisée en août 2024, 42 % des personnes interrogées estiment que la qualité de l’air dans leur quartier est mauvaise ou très mauvaise. Un habitant sur six envisage de déménager en raison de la mauvaise qualité de l’environnement.

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En 2024, 202 jours de forte pollution atmosphérique ont été enregistrés à Almaty. Les spécialistes recommandent aux habitants de limiter leur séjour à l’extérieur et d’utiliser des masques de protection, en particulier pour les personnes hypersensibles.

Lors de la réunion du Conseil public, les données sur les principales sources de pollution à Almaty ont été révélées. Ainsi, le transport motorisé est la principale source de pollution de l’air dans la ville, représentant environ 60 % des émissions totales. Les entreprises industrielles polluent également fortement l’environnement, émettant environ 27,5 % de toutes les substances nocives. L’utilisation du chauffage au charbon dans les habitations privées contribue aussi à la pollution de l’air, représentant environ 11 % des émissions totales.

Le gouvernement conscient du problème

En novembre 2022, le président Kassym-Jomart Tokaïev, s’adressant aux habitants d’Almaty, a abordé la question de la pollution de l’air dans la ville. Il a fait remarquer que l’état de l’environnement avait une incidence directe sur la santé et la vie des gens.

Lors d’une rencontre avec les habitants du district de Jetyssou, l’akim d’Almaty, Yerbolat Dosaïev, a expliqué comment la ville allait s’attaquer aux problèmes environnementaux. Selon lui, l’ensemble de la modernisation de la centrale de cogénération 2 sera achevé en 2026, ce qui permettra de réduire les émissions de 90 %.

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Les transports font également l’objet d’un développement actif. D’ici à la fin de 2026, la ville promet de remplacer tous les transports publics par des transports respectueux de l’environnement.

L’élimination des déchets

Les déchets et les ordures constituent également l’un des principaux problèmes environnementaux d’Almaty. Un grand nombre de décharges non autorisées se sont accumulées dans la ville et il est également difficile de recycler les déchets. Lors d’une rencontre avec la population dans la région d’Almaty en octobre 2022, Kassym-Jomart Tokaïev a demandé d’équiper toutes les routes touristiques de conteneurs à ordures et d’organiser le ramassage et le tri des ordures. Il a également demandé au ministère de l’Intérieur d’intensifier ses efforts pour traduire en justice les créateurs de décharges illégales.

Le projet de construction d’une usine de recyclage des déchets dans le district d’Ili et d’une usine dans le district de Karasaï, qui recyclera les déchets et produira de l’électricité à partir des gaz à effet de serre, est en cours de discussion.

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Dès le 26 février 2022, un rassemblement pour l’air pur a été organisé à Almaty. Les participants ont demandé aux autorités de prendre des mesures urgentes et globales, la ville étant, selon eux, au bord d’une catastrophe écologique. Parmi les participants se trouvaient des activistes, des experts, des étudiants et des familles avec enfants.

Lors du rassemblement, l’expert Aïymgoul Kerimraï a accusé les autorités de manipuler les données sur les émissions et a demandé le passage aux normes européennes pour l’évaluation de la pollution. L’activiste Asiya Toulesova a appelé l’Etat a ne pas seulement écouter, mais aussi à agir.

L’assèchement de la mer d’Aral

Jusqu’en 1960, la mer d’Aral était le quatrième plus grand lac du monde. Mais en raison des projets d’irrigation de l’Union soviétique, les fleuves Syr-Daria et Amou-Daria, qui alimentaient le bassin, ont été détournés.

Ainsi, au cours des 60 dernières années, la taille de la mer d’Aral a été divisée par trois. Son niveau a baissé de 29 mètres et son volume a été divisé par 15. Dans les années 1980, la mer s’est divisée en deux parties : la Petite Aral septentrionale et la Grande Aral méridionale. Cette tragédie a entraîné la migration de la plupart des espèces sauvages de la région ainsi que l’extinction des poissons et l’apparition du désert d’Aralkoum.

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En 2023, l’akim de la région de Kyzylorda, Nourlybek Nalibaïev, a déclaré que des dizaines de millions de tonnes de sel et de poussière étaient emportées chaque année par le vent depuis le fond de la mer d’Aral depuis son assèchement. Ils parcourent des milliers de kilomètres. « Le seul moyen d’empêcher le sel de se répandre au-delà de la zone maritime est de planter des saxaouls (type d’arbre centrasiatique, ndlr)« , a-t-il dit.

D’ailleurs, comme l’a noté l’akim, de 2021 à 2022, 350 000 hectares de saxaouls ont été plantés sur le lit asséché de la mer d’Aral.

Une restauration de la mer impossible

Mais les scientifiques expriment des doutes quant à la possibilité d’une restauration complète de la mer d’Aral. L’écologue Evgueny Simonov a déclaré que le déficit en eau de la région s’accroît et qu’il est plus réaliste de parler de la préservation des masses d’eau du delta et des zones humides que de la restauration complète de la mer.

Mels Yeleousizov, président du mouvement environnemental Tabigat, note que l’assèchement de la mer d’Aral entraîne la diffusion de poussières salées qui se déposent sur les glaciers et accélèrent leur fonte. Il souligne que la disparition de cette masse d’eau a un impact négatif sur l’écosystème du Kazakhstan, contribuant à la désertification et à la détérioration de l’écosystème de la région.

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Aux frais des budgets de l’Etat et des régions, 101 000 hectares ont été plantés en 2021. En 2022, des travaux de phytorégénération ont été effectués sur une superficie de 250 000 hectares, et en 2023, sur une superficie de 193 200 hectares. De 2024 à 2025, ces travaux de phytoremédiation visaient les 556 200 hectares.

Grâce aux accords conclus avec les pays voisins, un total de 1,6 milliards de mètres cubes d’eau avait été envoyé vers le Nord de la mer d’Aral à la fin du mois de mars 2025. En avril de la même année, le volume total d’eau dans le Nord de la mer d’Aral était de 22,1 milliards de mètres cubes, soit 3,2 milliards de mètres cubes de plus qu’au début de l’année 2022.

Daniyar Beïssembaïev et Soultan Temirkhan
Journalistes pour The Village

Traduit du russe par Sophie Combaret

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