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Au Kazakhstan, un nouveau parti politique aux couleurs du pouvoir présidentiel

Début mai, le nouveau parti politique « Adilet » a tenu son congrès fondateur à Astana. Derrière ses ambitions affichées de « justice » et de pluralisme politique se dessine toutefois une formation largement pro-présidentielle, composée de personnalités proches du pouvoir. Plusieurs de ses figures pourraient faire leur entrée au Parlement lors des prochaines élections législatives, tandis que les véritables partis d'opposition peinent à être enregistrés.Le nom choisi par les fondateurs du parti Adilet, (“justice” en kazakh) n’est pas anodin. Lancé comme initiative à la mi-avril, il reprend les éléments de langage du président Kassym-Jomart Tokaïev qui avait notamment déclaré que la nouvelle Constitution, adoptée le 15 mars dernier par référendum, constituerait le fondement d’un “Kazakhstan juste”.

Membres du nouveau parti politique
Membres du nouveau parti politique "Adilet"

Début mai, le nouveau parti politique « Adilet » a tenu son congrès fondateur à Astana. Derrière ses ambitions affichées de « justice » et de pluralisme politique se dessine toutefois une formation largement pro-présidentielle, composée de personnalités proches du pouvoir. Plusieurs de ses figures pourraient faire leur entrée au Parlement lors des prochaines élections législatives, tandis que les véritables partis d’opposition peinent à être enregistrés.

Le nom choisi par les fondateurs du parti Adilet, (“justice” en kazakh) n’est pas anodin. Lancé comme initiative à la mi-avril, il reprend les éléments de langage du président Kassym-Jomart Tokaïev qui avait notamment déclaré que la nouvelle Constitution, adoptée le 15 mars dernier par référendum, constituerait le fondement d’un “Kazakhstan juste”.

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Les membres de ce nouveau parti ont par ailleurs rappelé que leur mouvement s’appuyait sur les principes de la nouvelle Constitution, et visait à approfondir sa mise en œuvre. Symptomatique de l’atmosphère générale, le congrès s’est tenu, ce 7 mai, dans des conditions d’accès restreint pour la presse : relégués au balcon de la Philharmonie d’Astana, les journalistes n’ont pu ni descendre dans la salle ni filmer librement, des agents de sécurité non identifiés se chargeant d’écarter ceux qui tentaient de s’approcher.

Nièce du président et ex-chef de l’administration présidentielle

Le parti “Adilet” se compose de grandes fortunes entretenant des relations étroites avec le pouvoir, ainsi que des représentants de structures étatiques et paraétatiques, détaille l’article de Radio Azattyq, antenne locale du média américain Radio Free Europe. Parmi eux, on compte Andreï Lavrentiev, quinzième entrepreneur le plus riche du pays selon le classement Forbes Kazakhstan, propriétaire de l’entreprise de métallurgie Qarmet depuis l’arrivée au pouvoir de Kassym-Jomart Tokaïev.

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D’autres personnalités ont également rejoint le parti, comme Dinara Zahieva, nommée Défenseure des droits de l’enfant par le président kazakh, et Renat Bektourov, directeur général du Centre financier international d’Astana (AIFC), dont l’organe directeur est présidé par le chef d’Etat. 

C’est surtout l’élection d’Aïbek Dadebaï à la tête du parti qui a attiré l’attention des journalistes. Ce dernier est un collaborateur proche du président, qui a notamment occupé le poste de chef de l’administration présidentielle de février 2024 jusqu’au 5 mai dernier, soit deux jours avant la tenue du congrès. 

Lire aussi sur Novastan : Au Kazakhstan, une nouvelle Constitution adoptée par référendum

La présence de Dana Médéouova dans la liste des membres du parti interpelle également. A la tête d’une entreprise de prospection géologique dans la région du Turkestan, cette personnalité qui reste discrète sur ses activités n’est autre que la nièce du président. Si la nouvelle Constitution restreint l’exercice d’une activité dans la fonction publique aux parents proches du président, elle ne leur interdit pas d’adhérer à des partis, de participer à leurs activités ou de se présenter aux élections législatives. Une lacune dont la définition étroite des « proches parents », limitée aux parents, enfants, frères et sœurs, exclut de facto les neveux et nièces, ouvrant ainsi un couloir juridique dont l’entrée de Dana Médéouova au conseil politique d’”Adilet” offre la première illustration concrète.

Le président kazakh, qui avait pourtant solennellement fait de l’interdiction du “favoritisme familial” un principe constitutionnel, se retrouve ainsi face à un précédent bien connu : Dariga Nazarbaïeva, fille du premier président Noursoultan Nazarbaïev, avait elle aussi franchi les portes du parlement, siégeant tour à tour au Majilis (ex nom donné à la chambre basse du Parlement) et au Sénat.

Un paysage politique dominé par « Amanat » et une opposition de façade

Si la naissance de ce parti est censée incarner le renouveau, le paysage politique kazakh reste marqué par une opposition de façade. Seules sept formations sont enregistrées, et sont largement dominées par le parti présidentiel “Amanat”, fondé en 1999 par Nazarbaïev sous le nom de « Nur Otan”. 

Alors même que l’enregistrement d’”Adilet” sera très probablement validé d’ici quelques semaines, de nombreux groupes politiques se sont vus refuser leur enregistrement auprès des autorités ces dernières années. C’est notamment le cas du groupe d’initiative “Alga Qazaqstan”, à l’origine duquel se trouve Marat Jylanbayev, marathonien et militant pour les droits de l’homme, et condamné à sept ans de prison pour des infractions “extrémistes” en novembre 2023. 

Lire aussi sur Novastan : Les élections parlementaires, illustration d’une démocratie de façade au Kazakhstan

Depuis 2022, pas moins de vingt-six demandes d’enregistrement du parti ont été faites par ses partisans auprès du ministère de la Justice, qui a rejeté successivement l’ensemble de ces demandes, invoquant des erreurs et des dossiers incomplets.

Du bicamérisme au « Kourultaï » monocaméral

Seul nouveau parti à avoir toutes les chances d’obtenir son enregistrement, “Adilet” devra encore franchir le seuil des cinq pour cent pour entrer au Kourultaï (le Parlement), « une formalité » selon l’ancien diplomate Kazbek Beïssebaïev, interviewé par Radio Azattyq. Pour lui, l’issue ne fait guère de doute au regard du calendrier politique particulièrement resserré : la nouvelle Constitution doit entrer en vigueur en juillet, avant la tenue des élections législatives dès le mois d’août. Une rapidité qui laisse peu de place à l’imprévu et révèle, en creux, la manière dont le pouvoir continue de verrouiller méthodiquement l’espace politique.

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Après les manifestations de janvier 2022, réprimées dans le sang et qui ont durablement secoué le pays, M. Tokaïev avait annoncé le rétablissement des candidatures indépendantes afin d’ouvrir l’espace politique. Lors des élections parlementaires suivantes, 29 des 98 membres du Majilis avaient ainsi été élus selon le système uninominal. Mais la nouvelle Constitution adoptée en mars prévoit l’introduction d’un système monocaméral et le retour d’élections à la proportionnelle par listes de partis, rendant toute participation parlementaire impossible en dehors du système partisan contrôlé par l’Etat. 

La création du parti “Adilet” doit pouvoir donner une impression de pluralisme politique et de concurrence électorale, comme le rappelle ironiquement le président du Sénat Maulen Achimbaïev : « Que de nouveaux partis voient le jour, qu’ils rivalisent, qu’ils prouvent la pertinence de leurs programmes et de leurs idées – la concurrence entre partis ne peut qu’être bénéfique au développement futur du Kazakhstan ». 

A.L,
Rédacteur pour Novastan

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