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Ouzbékistan : témoignages de trois hommes détenus parce que LGBT

Le média Sarpa a recueilli l’histoire de trois jeunes ayant purgé d’un à deux ans et demi de prison pour homosexualité en Ouzbékistan. Ils racontent les conditions de vie dans la colonie, puis les conséquences, les jugements et la vie d'après.

Rédigé par :

La rédaction 

Traduit par : Sophie Combaret

Sarpa Media

Ouzbékistan Prison homosexualité
Trois hommes témoignent de leur emprisonnement pour homosexualité en Ouzbékistan. Collage : Sarpa Media.

Le média Sarpa a recueilli l’histoire de trois jeunes ayant purgé d’un à deux ans et demi de prison pour homosexualité en Ouzbékistan. Ils racontent les conditions de vie dans la colonie, puis les conséquences, les jugements et la vie d’après.

En Ouzbékistan, être homosexuel constitue une infraction pénale. L’article 120 sur la sodomie du Code pénal prévoit jusqu’à trois ans d’emprisonnement pour des relations libres et consenties entre hommes majeurs.

De tous les pays de l’espace post-soviétique, seuls l’Ouzbékistan et le Turkménistan ont conservé cet article qui viole les droits humains. Les autres pays, y compris ceux d’Asie centrale, s’en sont débarrassé il y a plus de 30 ans.

Amir

« J’avais un bon travail, je dirigeais quelques compagnies. Maintenant je dois faire attention à chaque kopeck de mon salaire d’un million de soum (environ 71 euros, ndlr) parce que je dois rendre à l’Etat 15 % de ce que je gagne. Personne ne veut embaucher un ancien détenu, encore moins un détenu en vertu de cet article », raconte Amir.

Il y a un an et demi, Amir (les prénoms ont été modifiés, ndlr) était directeur de production. Aujourd’hui, il travaille officiellement comme garde dans un dépôt. Pendant que d’autres jeunes de son âge sont en pleine ascension sociale, lui a dû dégringoler.

Le 7 avril 2021, des hommes en civil ont débarqué chez Amir. « Je pensais qu’ils allaient nous tuer immédiatement », dit-il, se rappelant comme ils l’ont plaqué au sol dans le couloir, lui ont passé les menottes, pendant que son ami était battu dans la cuisine. Ceux qui sont entrés se sont présentés comme des « employés du service SIDA » du Département des affaires intérieures (GUVD).

Selon les souvenirs du jeune homme, les employés ont d’abord tenté de « négocier ». Mais ensuite, comme l’explique le garçon, ils ont réalisé qu’ils pouvaient se servir dans l’appartement sans négocier. Amir énumère : l’ordinateur portable, l’Apple Watch, de l’or, de l’argent liquide, des écouteurs, un IPhone et un chargeur. Il n’y a pas eu d’enregistrement vidéo, pas de témoins, pas de mise sous scellés de l’appartement.

Aucune aide à attendre de la police

Les hommes en civil ont appelé un taxi pour conduire Amir jusqu’au GUVD et lui ont ordonné de ne prendre avec lui que son passeport et son téléphone. « Ils m’ont demandé si j’avais acheté l’ordinateur ou si je l’avais pris à crédit. Puis ils l’ont pris pour eux. Ils ont dit que je n’en aurais bientôt plus besoin », se souvient-il.

Au cours du mois qui a suivi son arrestation, tout l’argent de son compte bancaire a été transféré vers d’autres comptes. Son compte Google a été lié à un autre numéro. Par ailleurs, des demandes ont été faites en son nom auprès de la commission des impôts et deux tentatives de prêt ont été faites auprès d’une banque en ligne. Son compte Instagram est encore régulièrement consulté depuis d’autres appareils.

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Les représentants de la communauté LGBTQ+ sont victimes d’extorsions, de violence, de brutalité policière, de vol, de chantage sans avoir la possibilité de faire valoir leurs droits – presque tout appel aux forces de l’ordre entraînera la divulgation de leur orientation sexuelle et le risque de poursuites au titre de l’article 120. C’est pour cette raison que la majorité d’entre eux ne demandent pas l’aide des forces de l’ordre même après avoir été battus, torturés ou menacés de mort.

Privé de médicaments en détention

Dans le Département de quartier des affaires intérieures (ROVD) de Mirzo-Oulougbek, à Tachkent, les jeunes hommes ont été placés en cellule. En chemin, ils se sont vu confisquer leurs portefeuilles : les officiers ont déclaré que c’était « pour le temps perdu, l’essence et le fait qu’ils n’avaient pas mangé à cause d’eux ».

Là, Amir et son ami Kamil se sont vus attribuer un avocat – selon eux, il a cessé de s’intéresser à eux après avoir appris en vertu de quel article ils étaient inculpés. De plus, selon lui, ils ont été privés de nourriture et de médicaments, alors que les jeunes souffrent d’une maladie chronique. Amir a été maintenu dans le quartier d’isolement du ROVD pendant six jours, jusqu’à ce que ses hématomes disparaissent : les prisonniers doivent être envoyés « propres » à chaque nouvelle étape.

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Amir a été inculpé au titre de plusieurs articles : l’article 120 à trois reprises et l’article 113, qui condamne la transmission d’une maladie vénérienne ou d’une infection au VIH, ainsi qu’une inculpation au titre de l’article sur la conduite au suicide – le jeune homme dont le témoignage a été à l’origine de l’enquête contre lui s’est pendu après les premiers interrogatoires.

Des avocats qui préfèrent refuser les cas liés à l’article 120

Les avocats ne veulent pas se charger de ce genre d’affaires, comme le dit le jeune homme. Et ceux qui le font demandent beaucoup d’argent. Pendant ce temps, selon l’ancien détenu, les forces de l’ordre offrent un moyen facile de se « débarrasser » de l’article incommode : en échange de la coopération et de la dénonciation de dix personnes, elles proposent d’abandonner les poursuites.

« Mais cela n’en vaut pas la peine : pour chacune d’entre elles, vous serez accusé d’un épisode, un seul acte sexuel présumé », ajoute-t-il. Amir se souvient avec indignation de l’attitude de la police : « Ils nous traitaient de pédés, de sidaïques, nous criaient que nous étions en train de contaminer tout le monde par l’air. »

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Finalement, le jeune homme n’a été inculpé que sur le fondement de l’article 120 portant sur la sodomie. Il insiste : il n’y avait aucune preuve de relations sexuelles entre lui et des hommes. Toute l’accusation reposait sur des déclarations concédées avec Kamil sous la pression. La prétendue « expertise médico-légale » a été menée par un pathologiste à l’Académie médicale de Tachkent, dans le bâtiment de la morgue. L’examen médico-légal implique un examen forcé de l’anus – il est difficile de trouver des preuves de contact sexuel de cette manière, car si des traces d’impact apparaissent, elles peuvent tout aussi bien être causées par des contacts intimes que par la procédure médicale.

En 2017, l’Organisation mondiale des médecins a adopté une résolution condamnant l’utilisation de la fouille anale forcée comme source de preuve d’une activité homosexuelle, reconnaissant que cette pratique était « non scientifique », « inutile » et « constituait une forme de torture ou de traitement cruel, inhumain et dégradant ».

Rouslan

Rouslan, 18 ans, a été poursuivi en vertu de l’article 120 pour sodomie après s’être inscrit au Centre républicain de lutte contre le sida et avoir été déclaré séropositif. Des psychologues et des épidémiologistes, qui se sont présentés sous de faux noms, l’ont amené par la ruse à avouer son orientation sexuelle et ont ensuite transmis ses données aux forces de l’ordre.

L’enquêteur lui a alors proposé de coopérer et de présenter ses aveux en échange de sa liberté, ce que Rouslan a accepté. Cependant, il s’est avéré qu’il s’agissait d’une tromperie : lors du procès, il a été condamné à une peine d’un an de colonie pénitentiaire.

« Depuis le centre de détention, un camion est venu me chercher pour m’emmener au poste de police, et ils m’ont mis dans une « tasse », un siège qui vous restreint et sur lequel il est impossible de bouger. On commence vraiment à se sentir claustrophobe », raconte-t-il.

Des mauvais traitements en prison

Rouslan raconte comment il a ensuite été mené vers l’inspecteur dans une pièce sans caméra. Avant d’y aller, il est préalablement exigé que les suspects signent un papier affirmant qu’ils n’ont pas été torturés. Ils doivent l’écrire sous la dictée. Il est obligatoire de signer ce papier.

Le jeune homme continue : « Dans la pièce sans caméras, on m’a déshabillé, mis à quatre pattes et ils ont tout regardé. Puis, ils ont coupé mon jean et mes baskets avec une lame pour une raison inconnue, m’ont tout jeté au visage et m’ont emmené dans une cellule. »

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Selon lui, la cellule du service d’isolement du département principal des affaires intérieures est propre. On ne peut s’asseoir sur le lit que sur le bord. Le matelas doit être roulé de 6h00 à 22h00, on ne peut pas s’allonger. Ceux qui ne respectent pas cette règle vont au sous-sol. Et c’est là que les détenus doivent apprendre l’hymne. Rouslan continue : « Si vous n’apprenez pas l’hymne jusqu’à la fin et ne le chantez pas, on vous donnera des coups de matraque sur les talons. Mais ça c’est encore gentil, sous Karimov (président jusqu’en 2016, ndlr) on vous torturait avec de l’électricité dans le sous-sol. »

Кamil

Kamil a été condamné en vertu de l’article 120 du code pénal à une peine d’emprisonnement de deux ans. Il a passé près de sept mois au centre de détention numéro un et un certain temps dans une colonie pénitentiaire.

Pendant qu’Amir était molesté dans le couloir de son appartement, son ami Kamil était en train d’être battu dans la cuisine à ce moment-là. « Il venait de subir une opération de la colonne vertébrale et avait une cicatrice dans le dos. Ils se sont particulièrement acharnés à cet endroit-là. Puis, craignant de le tuer, ils ont commencé à s’arrêter les uns les autres », raconte Amir.

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Kamil et Amir ont été conduits au GUVD, où leurs déclarations ont continué à être recueillies. Les policiers ont ensuite appelé une ambulance. Les médecins n’ont pas été autorisés à emmener les jeunes hommes à l’hôpital : les policiers ont négocié avec eux et un auxiliaire médical a procédé à l’examen dans la rue.

Tout cela s’est déroulé sous l’œil des caméras de vidéosurveillance : selon les jeunes gens, leur avocat a même trouvé les enregistrements et les a présentés au tribunal, mais le juge n’a pas trouvé qu’ils constituaient une preuve de violence et de tortures.

Leur rencontre

Rouslan a rencontré les deux jeunes hommes au centre de détention numéro un – que la plupart des gens connaissent sous le nom de Tashtourm (littéralement la prison de Tachkent, ndlr), et qui a déménagé en 2018. Le nouveau bâtiment est situé dans la région de Tachkent, à Zanguiat, une zone qui regorge d’établissements pénitentiaires.

Rouslan se souvient : « En prison, tout est organisé de manière à ce que le personnel vous traite mieux ou moins bien en fonction la cause de votre présence ici et de votre position. L’argent ne joue aucun rôle – ce type de corruption, à première vue, a été éradiqué, et vous ne pouvez pas payer pour de meilleures conditions. »

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L’article selon lequel Rouslan avait été condamné n’était pas le mieux perçu, et il a reçu une tasse rouillée avec un matelas déchiré. Après réflexion, les gardiens l’ont envoyé dans une cellule « avec les siens », celle-là même où Amir purgeait sa peine. « La porte s’est ouverte, et il était là – encore petit à l’époque et avec de bonnes dents, dans la zone où elles s’abîment plus tard. Il pleurait, debout avec ce matelas. Je lui ai donné du pain, un cube de bouillon et des bonbons », se souvient Amir.

Le séjour à Tachtourm

Amir était retenu dans la salle d’isolement de la prison de Tachkent depuis déjà quelques mois. Le procès après lequel les détenus devaient séjourner dans une colonie pénitentiaire, où les conditions de vie seraient un peu moins difficiles, était déjà passé. Mais le déménagement n’avait pas eu lieu.

Alors il a commencé une grève de la faim et, comme il le dit, « a commencé à se frapper la tête contre le mur ». Cela a fonctionné et Amir a été transféré dans la colonie pénitentiaire numéro 49. Là-bas, il était possible de se promener en civil, de recevoir une visite de ses parents à intervalles régulières, de recevoir des objets de leur part et d’utiliser son téléphone.

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« Il n’y a pas de violence physique en prison, il y a une violence psychologique », expliquent les jeunes hommes. L’accès aux affaires nécessaires était limité : du papier toilette, auquel ils n’avaient pas droit, jusqu’aux médicaments, que les jeunes devaient prendre dans le cadre de leur thérapie, tout devait être transmis par les parents.

Selon eux, on les emmenait se promener une à deux fois par semaine, et la promenade se réduisait à une demie heure de marche autour de murs de béton. Ils avaient pris l’habitude de déterminer l’heure à partir du mouvement de l’ombre dans la pièce, comme avec un cadran solaire, ou par la radio 102 FM, qui pouvait être éteinte à tout moment.

Les prisons « noires » et les prisons « rouges »

Selon Rouslan, on lui aurait tout de suite expliqué « comment il fallait se comporter » en fonction de la raison de son emprisonnement. Avec les moujiks (les détenus respectés, ndlr), il ne fallait se saluer qu’avec les jambes, c’est-à-dire se taper mutuellement les chaussures : se serrer la main était interdit. Il ne fallait proposer des cigarettes que dans un paquet fermé, et à la cantine ne s’asseoir qu’à une table désignée, en aucun cas manger avec les autres détenus. A cette table, les nouveaux détenus se voyaient expliquer qui ils étaient, pourquoi ils s’étaient retrouvés dans la zone et où ils devaient s’asseoir.

On leur demandait aussi quelles étaient leurs pratiques sexuelles. D’autres détenus posent aussi ces questions, dans leur propre intérêt. Selon Rouslan, même ceux qui sont incarcérés pour d’autres motifs et qui ne se considèrent pas comme gays peuvent aggresser sexuellement les homosexuels.

Les lois carcérales, ou les lois des « voleurs », apparues dans les prisons soviétiques à partir des années 1930, ont mis en place le concept de « souillé », c’est-à-dire d’un homme qui s’avère soit être homosexuel, soit avoir été contraint à des rapports sexuels pour avoir enfreint l’éthique carcérale. De telles lois de la prison sont encore répandues dans des prisons « noires », où, à la différence des prisons « rouges », les règles de comportement sont dictées plutôt par les prisonniers autoritaires que par l’administration.

Un domaine fermé pour la défense des droits humains

Pour cette raison, les prisonniers les plus autoritaires, qui peuvent être détenus pour meurtre ou pour fraude, peuvent violer un détenu incarcéré sur fondement de l’article 120 parce que selon leur vision, il faut nécessairement le « souiller ». « Ainsi, ils commettent eux aussi un acte homosexuel, mais n’en deviennent pas pour autant moins respectés », raconte Rouslan. Aussi, à la différence de ce qui est connu de la situation dans les prisons russes, dans les centres d’emprisonnement ouzbeks, les détenus pour viol reçoivent le statut respecté de moujik.

« Les objets les plus précieux dans la zone sont les allumettes, le naswaï (poudre humide de tabac à priser, ndlr), les cigarettes, les briquets. Là-bas, l’argent ne vaut rien », racontent les jeunes hommes. Les prisonniers essaient d’égayer leur vie en prison : ils préparent des gâteaux avec des biscuits et des morceaux de beurre accumulés, conservent le sucre et font du tchifir à partir de thé noir, une boisson forte considérée comme psychostimulante et possédant des propriétés narcotiques.

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Les reportages des médias dominants veulent insister sur la façon dont des conditions de vie dignes pour les prisonniers, y compris les femmes, sont mises en place dans les prisons et dans les colonies pénitentiaires. Mais des défenseurs des droits humains indépendants révèlent que la torture, les avortements sous contrainte, les suicides, les grèves de la faim et l’absence de conditions de vie appropriées continuent de survenir dans les établissements pénitenciers. Il s’agit de l’un des domaines de travail les plus fermés pour les défenseurs des droits humains, et aussi l’un des plus impopulaires.

Sangorod

A cause des conditions de vie dans les prisons, beaucoup de détenus rêvent de se retrouver à Sangorod, un établissement de soins pour les détenus, où il est possible de se faire soigner les dents ou les aggravations de maladies chroniques.

Quand Rouslan est sérieusement tombé malade, c’est là qu’il a été envoyé. « Là-bas, on a droit à du poulet grillé et à la télévision tous les jours. Là-bas vous planez, c’est pour ça que tout le monde veut y aller. Mais on ne peut y rester que six mois maximum – et tout le monde n’y a pas droit », se souvient-il. Cependant, pour les jeunes et pour les détenus sur fondement de l’article 120, les conditions carcérales à Sangorod sont différentes. Rouslan a été envoyé laver les corps de ceux arrivés au dernier stade d’une infection au VIH et qui mouraient entre ces murs.

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« Quand tu es malade et qu’il te reste un mois ou deux, d’habitude ils te renvoient chez toi, pour que tu meures à la maison et que tu ne gâches pas leurs statistiques. Mais il y en a quelques-uns qu’ils n’ont pas eu le temps de faire partir », explique-t-il. C’est ce qui est arrivé à un certain Sacha, qui s’est tordu de douleur sans qu’il lui soit administré aucun tranquilisant. Il a été déplacé dans une chambre séparée, dans le département de soin des tuberculeux. Rouslan a été chargé de s’occuper de lui.

« Il est mort pendant la nuit. Ils sont venus le récupérer seulement le jour suivant, il était déjà décédé et sentait très mauvais », se souvient-il. Rouslan s’est aussi vu demander de retourner le corps de l’homme afin de le photographier sous différents angles. A ce moment, des ganglions lymphatiques ont éclaté et un liquide noir a coulé de ses yeux et de sa bouche, éclaboussant tous ceux qui étaient autour. « C’est alors que j’ai compris que si je retournais ici, une telle mort m’attendrait. C’était horrible », ajoute Rouslan.

Après la prison

Rouslan a été remis en liberté en octobre 2022, pesant 45 kilos. Il n’a pas pu trouver de travail pendant longtemps. Il se trouvait alors en liberté conditionnelle. Amir, quant à lui, se trouve sous probation, c’est-à-dire qu’il purge encore sa peine en transférant 15 % de ses revenus à l’Etat.

Il raconte qu’il est presque impossible de retrouver un travail après la colonie : des postes vacants sont proposés à la bourse du travail, mais les employeurs, mis au courant de la condamnation et de l’article précis, refusent d’employer l’ancien détenu sous des prétextes fallacieux, ou alors le poussent à la démission. Les seuls emplois accessibles sont ceux de gardien, pour un à deux millions de soums (71 à 142 euros) et ceux d’éboueur pour 800 000 soums par mois (57 euros). Il faut etre embauché officiellement – sans cela il est impossible de donner le pourcentage requis à l’Etat.

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« Je vis pratiquement en dehors de la société maintenant », ajoute Amir. Il vit avec ses parents à Termez et se rend occasionnellement en bus à Tachkent pour des entretiens. Désormais, personne n’est prêt à l’embaucher. « Tu as peur de tout contrôle de passeport, de tout certificat, de toute interaction avec les agences gouvernementales. Ma ville est petite et tout le monde sait tout maintenant. Ils m’ont mis une étiquette. C’est horrible », conclut-il.

Le droit international interdit unanimement la criminalisation des relations homosexuelles entre adultes consentants. Ces dernières années, les organes de traités de l’ONU ont demandé à l’Ouzbékistan d’abroger l’article 120 du Code pénal.

La rédaction de Sarpa Media

Traduit du russe par Sophie Combaret

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