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Ouzbékistan : un blogueur pro-LGBTQ victime d'une violente attaque Novastan | Ouzbékistan : un blogueur pro-LGBTQ victime d’une violente attaque
LGBT Ouzbékistan Agression Miraziz Bazarov

Ouzbékistan : un blogueur pro-LGBTQ victime d’une violente attaque

La communauté LGBTQ en Ouzbékistan est confrontée à une répression accrue après l’attaque d’un blogueur indépendant devant son domicile à Tachkent.

Novastan reprend et traduit ici un article publié le 6 avril 2021 par notre version anglaise.

Miraziz Bazarov, qui a activement appelé à l’amélioration des droits LGBTQ en Ouzbékistan, a été attaqué par trois inconnus avec une batte de baseball dans la nuit du 28 mars dernier, relaie le média russe spécialisé sur l’Asie centrale Fergana News. Au moins une personne a été témoin de l’attaque à Tachkent, la capitale ouzbèke, devant le domicile du blogueur ouzbek. Miraziz Bazarov souffre de multiples contusions, d’une fracture de la jambe et d’une lésion cérébrale.

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Le blogueur a acquis une certaine notoriété dans certaines parties de la société ouzbèke pour ses opinions ouvertes sur les droits des homosexuels, plaidant par exemple pour la dépénalisation des relations homosexuelles. Il a également critiqué le gouvernement sur de nombreux autres points, notamment la réponse du président Chavkat Mirzioïev au Covid-19, des cas de corruption et la mauvaise utilisation des prêts du Fonds monétaire international (FMI), relaie l’ONG Human Rights Watch (HRW).

Miraziz Bazarov communique principalement ces messages par le biais de sa chaîne Telegram et de son compte TikTok. Il a gagné en popularité et en attention, à tel point qu’il a été convoqué par les services de sécurité de l’État (SGB) en juillet 2020 à propos d’une lettre ouverte qu’il a écrite au FMI et à la Banque asiatique de développement (BAD) pour contester l’utilisation réelle des prêts en Ouzbékistan, décrit Fergana News.

Des lois anti-LGBTQ sévères

Actuellement, l’Ouzbékistan punit le “crime” de sodomie d’une peine pouvant aller jusqu’à trois ans de prison, décrit le média américain Open Democracy. Les homosexuels ouzbeks sont souvent harcelés ou choisissent de partir, craignant pour leur sécurité ou celle de leur famille.

Miraziz Bazarov s’est notamment prononcé contre l’homophobie en Ouzbékistan, faisant souvent des déclarations politiques dans des vidéos et des remarques parfois controversées en public. Il s’est notamment positionné pour l’amélioration de ces droits, estimant qu’il s’agissait d’une question d’autonomie personnelle et en insistant sur le fait qu’il n’est pas un militant LGBTQ mais qu’il se préoccupe de la vie privée, décrit le média américain Radio Free Europe.

Cette attaque survient à un moment où les tensions entre la communauté LGBTQ et d’autres groupes de la population sont plus visibles. Le 28 mars, le jour même de l’agression de Miraziz Bazarov, une foule exclusivement masculine a défilé à Tachkent en scandant “Allahu Akbar”, ou “Dieu est grand”, apparemment en signe de défi à la communauté LGBTQ, décrit le média ouzbek Gazeta.uz.

La taille et l’origine de la foule sont inconnues, mais elle aurait tenté d’attaquer deux personnes qu’elle considérait comme des militants LGBTQ sur la place Amir Temur de Tachkent. Des arrestations ont eu lieu, mais leur suite pénale n’est pas connue. Les récits des évènements sont contrastés.

La police de Tachkent ouvre une enquête

Bien qu’il n’ait pas encore été confirmé que l’attaque contre Miraziz Bazarov était motivée par l’homophobie, il est probable que ce soit le cas, compte tenu de l’importance de ses commentaires et du conflit qui a eu lieu le même jour à Tachkent, estime HRW. Miraziz Bazarov a également indiqué clairement qu’il avait reçu de multiples menaces pour ces motifs avant l’agression et qu’il avait alerté la police dix fois auparavant sans qu’aucune mesure ne soit prise.

Le 29 mars dernier, une enquête pénale a été ouverte, a déclaré la police de Tachkent. Le même jour, le ministère de l’Intérieur ouzbek a cependant publié une vidéo dans laquelle elle décrit Miraziz Bazarov comme « un provocateur », relaie Fergana News. Selon le ministère de l’Intérieur, Miraziz Bazarov, « agissant sous les auspices de forces extérieures destructrices, ainsi que de diverses organisations internationales non gouvernementales », a tenté de promouvoir l’homosexualité et de créer les conditions de la protestation et de l’intolérance parmi les citoyens.

Une répression accrue

L’agression de Miraziz Bazarov s’inscrit dans le cadre d’une répression accrue à l’encontre de la communauté LGBTQ, déjà marginalisée en Ouzbékistan. Elle survient également après que des appels à la dépénalisation de l’homosexualité ont suscité la colère et des affirmations selon lesquelles cette mesure détruirait les valeurs traditionnelles.

“Les services de sécurité recherchent désormais activement les homosexuels. Ils montrent des photos de personnes qu’ils soupçonnent d’être homosexuelles et exercent une pression immense sur les gens pour qu’ils donnent des informations sur la communauté LGBT… C’est le nouvel #Ouzbékistan », a tweeté le 29 mars dernier la journaliste polonaise Agnieszka Pikulicka-Wilczewska, qui travaille en Ouzbékistan.

Lire aussi sur Novastan : Ouzbékistan : un incident de harcèlement souligne le mauvais traitement des journalistes

Agnieszka Pikulicka-Wilczewska a également affirmé que son compagnon et plusieurs autres personnes ont été interrogés par les autorités parce qu’ils étaient présents à l’hôpital où Miraziz Bazarov était soigné après l’attaque.

Miraziz Bazarov sous protection policière

Ces faits dressent un tableau sombre de la communauté LGBTQ en Ouzbékistan, les autorités faisant souvent preuve d’indifférence, décrit Fergana News. Les victimes affirment également que la police choisit de les rendre responsables des violences, estime le média américain Eurasianet.

Le 7 avril dernier, l’avocat de Miraziz Bazarov a affirmé auprès de Fergana News que son client était encore à l’hôpital et n’avait pas été interrogé par la police ouzbèke. En parallèle, le blogueur est sous protection policière et n’a pas accès à son smartphone.

Tommy Hodgson
Rédacteur pour Novastan

Relu par Anne Marvau

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