Turkménistan coronavirus OMS air toxique

Selon l’OMS, il n’y a pas de coronavirus au Turkménistan

La mission de l’Organisation mondiale de la santé, venue faire une inspection au Turkménistan, s’est achevée sans confirmer la présence du coronavirus. Avec un conseil malgré tout : se comporter “comme si le Covid-19 était en train de circuler”. De quoi ménager la chèvre et le chou, alors qu’une vague de “pneumonie” secoue le pays et que le gouvernement pointe du doigt les masses d’air venues de l’étranger, accusées de transporter un mystérieux mal.  

La mission était particulièrement attendue. Présente au Turkménistan depuis le 6 juillet dernier, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a terminé son tour du pays le 15 juillet sur une note étrange. Si d’un côté, l’institution ne déclare pas la présence du coronavirus, de l’autre, elle invite le pays à se comporter comme si le Covid-19 « était en train de circuler ».

Dans une conférence de presse, la cheffe de mission, Catherine Smallwood, a fait un compte-rendu de la mission de l’OMS au Turkménistan, qui avait enfin pu arriver dans le pays après des mois de négociations. Dans cette conférence, Catherine Smallwood n’a pas révélé la présence du coronavirus au Turkménistan, et a même rappelé qu’aujourd’hui, « le Turkménistan n’a rapporté aucun cas confirmé de Covid-19. » Par-là, elle est restée fidèle au discours officiel. Le Turkménistan est en effet l’un des derniers pays du monde à n’avoir confirmé aucun cas de coronavirus.

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Cependant, l’OMS a clairement conseillé au Turkménistan de prendre toutes les mesures connues pour lutter contre le coronavirus, et de renforcer celles déjà en place. Distances de sécurité et attention particulière sur les espaces où de nombreuses personnes convergent (transports, marchés, magasins) sont donc de mise. Catherine Smallwood a aussi détaillé la façon dont l’OMS a fait son inspection. Accompagnée des autorités turkmènes, la délégation a visité plusieurs hôpitaux à travers le pays, et notamment un centre à Turkmenbashi, où des infrastructures avaient été créées dans le cadre de la « prévention » contre le coronavirus.

La stratégie turkmène : accuser le vent

Conjointement à l’arrivée de l’OMS, le Turkménistan a commencé à mettre en garde sa population contre l’air ambiant. Les autorités soutiennent en effet que celui-ci est pathogène. Le 7 juillet dernier par exemple, le média pro-gouvernemental Turkmen Portal a conseillé aux habitants de porter un masque et de se laver soigneusement les mains pour mieux se protéger de la poussière présente dans l’air. Au départ, il était juste précisé que ce qui était dangereux, ce n’était pas les poussières en elles-mêmes, mais leur surcharge dans l’atmosphère. Depuis, le discours a un peu changé et le gouvernement soutient maintenant que c’est l’air en lui-même qui est toxique, notamment celui qui vient de l’étranger.

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Après la conférence de l’OMS, une autre réunion a eu lieu le 15 juillet, et de nouvelles informations sur les masses d’air on été données. Les autorités précisent que le Turkménistan est actuellement en train de mener une enquête scientifique, pour voir « s’il y a une corrélation entre le degré de pollution de l’air et l’arrivée de certains types de maladies. » Ils précisent plus loin que par « certains types de maladies », il est notamment entendu problèmes respiratoires. En conséquence, les autorités ont entamé un vaste programme de désinfection de l’air.

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L’ambassadeur de France au Turkménistan, François Delahousse, était à cette conférence et a confirmé ces informations sur sa page Facebook. « Images d’avions biplans effectuant des vaporisations au-dessus du désert du Karakoum à l’appui, les représentants des autorités turkmènes ont en particulier insisté sur leur volonté de désinfecter les masses d’air entrant dans le pays, afin de prémunir la population contre les particules pathogènes que les vents du nord peuvent charrier », écrit-il.

Une possible stratégie pour expliquer le coronavirus

Pourquoi le Turkménistan multiplie-t-il les communiqués sur cet air prétendument pathogène ? Une semaine plus tôt, il semblait que c’était surtout un prétexte pour faire adopter le masque (et autres mesures sanitaires) aux Turkmènes. Aujourd’hui, le ton change. Ainsi, un communiqué de TDH, l’agence de presse officielle du Turkménistan, est intitulé « Le Turkménistan a fait tout son possible pour empêcher le virus d’entrer dans le pays. » Dire que le coronavirus a été amené par des masses d’air, contaminées par les étrangers, pourrait être un moyen pour le gouvernement de sauver les apparences. Celui-ci se targue en effet depuis des mois d’avoir eu une gestion parfaite de la crise, proposant même son aide aux puissances étrangères.

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Reste cependant à savoir si le Turkménistan franchira le cap d’officialiser la présence du coronavirus sur son sol. Car bien des fois le Turkménistan a donné l’impression d’être sur le point de céder, mais il n’en a rien été. De nombreux éléments viennent faire pression sur le Turkménistan pour qu’il officialise la présence du coronavirus sur son sol : témoignages sur les cimetières qui se remplissent à une vitesse anormale, accusations directes de l’ambassade américaine… Le 7 juillet dernier, un membre de l’ambassade turque  est même mort (officiellement) d’une pneumonie. Mais rien n’y fait, le Turkménistan reste sur sa position.

Les nouvelles mesures prises par le Turkménistan

Ces derniers jours, les mesures sanitaires sont renforcées à vitesse grand V au Turkménistan. Ainsi, TDH souligne que le pays, attentif aux conseils de l’OMS, a introduit de nouvelles règles. Les rassemblements de masse sont désormais interdits, une décision qui mène la vie dure aux habitudes du président Gourbangouly Berdimouhamedov. Friand des grands évènements, ce dernier a continué à organiser de rassemblements de masse depuis le début de la pandémie. Le 3 juin dernier par exemple, des centaines de Turkmènes se sont rassemblés dans les rues d’Achgabat pour célébrer la journée mondiale du vélo.

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De même, les transports entre les régions ont été réduits et des mesures de distanciation sociale implantées. Enfin, depuis le 13 juillet dernier, les Turkmènes sont obligés de porter un masque à l’extérieur, rapporte le média turkmène indépendant Turkmen.news.

Bien avant la France, fin février dernier, le Turkménistan avait fait le choix de fermer ses frontières pour éviter que le coronavirus ne se propage sur son sol. Ces mesures ne sont donc pas totalement ex nihilo, et prolongent des efforts mis en place plus tôt dans l’année.

Héloïse Dross
Rédactrice pour Novastan

Relu par Aline Cordier Simonneau

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