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	<title>Soufisme | Novastan France</title>
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	<description>L&#039;Asie centrale expliquée, avec Novastan</description>
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	<title>Soufisme | Novastan France</title>
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		<title>Entretien sur la place du soufisme en Asie centrale </title>
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		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 01 Feb 2025 14:16:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Kazakhstan]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Islam]]></category>
		<category><![CDATA[Religion]]></category>
		<category><![CDATA[Société et culture]]></category>
		<category><![CDATA[Soufisme]]></category>
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		<category><![CDATA[Turkestan]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/entretien-place-soufisme-en-asie-centrale/">Entretien sur la place du soufisme en Asie centrale </a></p>
<p>Alors que le Kazakhstan connait une résurgence de l&#8217;islam depuis plus de 30 ans, les pratiques soufies reviennent en force. Mais quelle est l&#8217;origine du soufisme et quelle a été sa place en Asie centrale ? L’héritage du philosophe, prédicateur et poète Khoja Yasavi a fait de la ville de Turkestan au Kazakhstan un lieu [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/entretien-place-soufisme-en-asie-centrale/">Entretien sur la place du soufisme en Asie centrale </a></p>

<p class="wp-block-paragraph"><strong>Alors que le Kazakhstan connait une résurgence de l&rsquo;islam depuis plus de 30 ans, les pratiques soufies reviennent en force. Mais quelle est l&rsquo;origine du soufisme et quelle a été sa place en Asie centrale ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’héritage du philosophe, prédicateur et poète <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ahmed_Yasavi">Khoja Yasavi</a> a fait de la ville de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Turkestan_(ville)">Turkestan</a> au Kazakhstan un lieu d’attraction pour de nombreux musulmans. Le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Mausol%C3%A9e_de_Khoja_Ahmed_Yasavi">mausolée</a> construit au XIVème siècle sur son tombeau conformément aux ordres d’<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Tamerlan">Amir Temour</a> voit se recueillir de nombreux musulmans, non seulement kazakhs mais aussi venus du monde entier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aïguerim Temirbaïeva, chercheuse en anthropologie et spécialiste du soufisme au Kazakhstan, explique au média régional d’Asie centrale <a href="https://cabar.asia/en/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Cabar Asia</a> le rôle actuel du soufisme pour les musulmans kazakhs. Ses travaux de recherche, dont sa thèse et plusieurs publications scientifiques reposent entre autres sur des recherches sur le terrain auprès de groupes soufis au Kazakhstan et en Turquie.</p>



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<p class="wp-block-paragraph">Au-delà de l’attraction du centre de pèlerinage que représente la ville de Turkestan, le Kazakhstan a connu depuis son indépendance un fort mouvement de résurgence de l’islam en général et des pratiques minoritaires soufies en particulier dans un contexte de <a href="https://journals.openedition.org/asiecentrale/93?lang=en">redéfinition de l’identité nationale kazakhe</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Cabar Asia : Pour commencer, pourriez-vous définir ce qu’est le soufisme et comment il se différencie des autres courants de l’islam ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Aïguerim Temirbaïeva </strong>: De nombreux points de vue coexistent dans le champ scientifique sur cette question. Au XIVème siècle, le philosophe arabe <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ibn_Khaldoun" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Ibn Khaldoun</a> considère le soufisme comme l’une des sciences basées sur la charia ayant émergé après la mort du prophète Mohammed. Il est généralement admis que ses piliers sont la persévérance dans l’adoration, la dévotion à Allah, le détachement des tentations mondaines et la renonciation à tout ce que désire la plupart des gens – le pouvoir, la richesse, le plaisir. Les savants occidentaux le décrivent comme un mouvement mystique et ascétique au sein de l’islam.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sa principale spécificité par rapport à d’autres tendances musulmanes est son appel au progrès spirituel et à la purification au travers de diverses pratiques religieuses. Le soufisme des temps modernes se présente comme un ensemble de lignes directrices, d’attitudes, de pratiques de vie, de concepts et de valeurs précieux pour ses adeptes. Cet ensemble détermine à la fois un comportement à suivre et des objectifs de vie.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comment le soufisme est-il arrivé sur le territoire du Kazakhstan moderne ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Entre les XIème et XIIème siècles, le soufisme s’est répandu dans la région de la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Transoxiane">Transoxiane</a>, correspondant aux parties méridionales de l’actuel Kazakhstan. Il a ensuite pu s’étendre en terre kazakhe grâce à l’influence de la culture arabo-persane et de la poésie orientale.</p>



<p class="has-light-color has-primary-800-background-color has-text-color has-background wp-block-paragraph">Envie de participer à Novastan ? Nous sommes toujours à la recherche de personnes motivées pour nous aider à la rédaction, l&rsquo;organisation d&rsquo;événements ou pour notre association. <a href="https://novastan.org/fr/novastan-france/contribuer-a-la-redaction-de-novastan/">Et si c&rsquo;était toi ?</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">La région du <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Turkestan" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Turkestan</a>, dont le Sud faisait partie de la Transoxiane, a connu un important mouvement d’expansion culturelle du Xème au XIIème siècle. Une place particulière dans ce processus revient aux enseignements soufis de Khoja Ahmed Yasavi, qui ont donné une impulsion déterminante au développement spirituel turcique des siècles ultérieurs. Par le biais de son œuvre, le <em>Divan-ı Hikmet</em> <em>(un cycle poétique au contenu religieux et philosophique, ndlr), </em>et de celle de ses disciples, il a contribué à l’islamisation non violente des populations de la région.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Selon vous, qu’est ce qui explique le maintien du soufisme dans cette région ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au Kazakhstan, le soufisme a perduré du fait de l’adaptabilité de son enseignement, de ses adeptes et de ses monuments cultuels (mosquées, mausolées). Gardons néanmoins à l’esprit que, comme le soulignent les chercheurs kazakhs, la tariqa<em> (communauté soufie, ndlr) </em>de Khoja Yasavi a disparu au cours du temps.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il n’existe donc pas de consensus parmi les spécialistes du soufisme sur la catégorisation des groupes actifs au Kazakhstan, bien que certains pratiquent le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Dhikr" target="_blank" rel="noreferrer noopener">dhikr</a>, c’est à dire la récitation répétée de prières à haute voix, issue de l’école soufie de Khoja Yasavi.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comment le soufisme se développe-t-il aujourd’hui au Kazakhstan ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans les années ayant suivi l’indépendance, des groupes soufis sont apparus sous la direction de prédicateurs, souvent des Kazakhs ethniques arrivant d’autres pays. Le vide spirituel et la forte demande d’une renaissance des traditions religieuses ont permis l’augmentation du nombre de communautés soufies dans l’ensemble de pays.</p>



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<p class="wp-block-paragraph">Au cours des dernières années, on a pu remarquer une accentuation de cette hausse. La majeure partie de ces nouvelles communautés légitime son activité par l’intermédiaire de cheikhs étrangers ou par leur appartenance à une lignée soufie.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quel rôle ces groupes jouent-ils de nos jours ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le soufisme a acquis une importance significative dans le paysage spirituel et social du pays. Cela a été affirmé par deux fois par les dirigeants du pays lors des <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/kazakhstan-dou-vient-la-tradition-du-kurultai-et-que-faut-il-en-attendre/">Kurultai</a><em> (assemblées officielles inspirées des traditions mongoles, ndlr) </em>nationaux de 2023 et 2024. La Direction spirituelle des musulmans du Kazakhstan (DSMK) publie ainsi des livres et des articles sur le soufisme et organise des conférences à ce sujet. En outre, le mausolée de Khoji Yasavi à Turkestan continue d’attirer des pèlerins non seulement de tout le Kazakhstan, mais également de l’étranger.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/le-soufisme-en-asie-centrale/">Le soufisme en Asie centrale</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Certains groupes soufis sont impliqués dans des œuvres caritatives et apportent un soutien aux segments socialement vulnérables de la population kazakhe. Leur implication sociale s’exprime également par des initiatives telles que le soutien aux jeunes talentueux ou aux entrepreneurs en herbe. Ces actions témoignent d’un désir de surmonter le fossé entre préoccupations mondaines et idéaux spirituels.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il convient de souligner que les communautés soufies subsistant au Kazakhstan s’avèrent être en partie des structures transnationales, qui disposent donc d’un large spectre de ressources.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>À quels types de problèmes et de défis le soufisme fait-il face aujourd’hui au Kazakhstan ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Précisons en premier lieu que ni les organes gouvernementaux ni la population n’ont le même rapport au soufisme en fonction des régions du pays.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/societe-et-culture/la-foi-en-asie-centrale-surveillance-et-discrimination/">La foi en Asie centrale : surveillance et discrimination</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la plupart des régions du Kazakhstan, on observe cependant une surveillance systématique des activités des communautés soufies. Il est arrivé depuis l’indépendance que des prédicateurs soufis soient poursuivis pour des infractions à la loi. Le retentissement de ces affaires a renforcé la méfiance de la société envers les pratiques soufies. Au demeurant, le soufisme est toujours d’actualité pour une bonne partie des croyants.</p>


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<p class="wp-block-paragraph">Du point de vue de leurs adeptes, la majorité des groupes soufis n’ont pas de problèmes particuliers : ils se réunissent et mènent leurs rites sans difficultés. Le principal défi auquel ils font face est vraisemblablement la menace de politisation et de récupération des pratiques soufies à des fins néfastes.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Assiste-t-on à une adaptation des pratiques soufies aux réalités modernes ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le soufisme a prouvé son adaptabilité et la flexibilité de ses enseignements au cours de son histoire. Aujourd’hui, ses leaders ajustent les principes soufis aux adeptes modernes, notamment en les syncrétisant avec d’autres pratiques. Cela tient notamment à la tendance de l’Homme moderne à essayer de satisfaire ses besoins avec les meilleurs produits. Dans sa vie spirituelle, le croyant s’efforce donc de découvrir une multitude de vérités en étudiant différentes religions et visions philosophiques du monde. Les croyants sont donc selon moi à la recherche d’une spiritualité plus profonde au-delà des formalités de la pratique religieuse. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/le-soufisme-en-asie-centrale-entre-histoire-et-modernite/">Le soufisme en Asie centrale, entre histoire et modernité</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les soufis utilisent aussi les nouvelles technologies. Notamment sur les réseaux sociaux, des retransmissions en direct, des podcasts audio ou vidéo et des cours en ligne sont devenus&nbsp;une part intégrante du quotidien des croyants modernes, à l’aide desquels ils échangent des idées et développent un réseau soufi mondial.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Dans quelle mesure les adeptes du soufisme contribuent-ils au dialogue interreligieux ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le soufisme est hétérogène et est représenté au Kazakhstan par des groupes qui suivent diverses traditions et fonctionnent en communautés fermées aussi bien qu’ouvertes. On peut noter que les représentants de certains groupes soufis étrangers sont plus actifs que leurs homologues nationaux dans la poursuite du dialogue interreligieux.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/diasporas-diversite-breve-histoire-peuples-kazakhstan/">Diasporas et diversité&nbsp;: brève histoire des peuples au Kazakhstan</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’échelle mondiale, le soufisme moderne a plutôt des tendances inclusives et puise son inspiration dans diverses traditions mystiques ou philosophiques. Il intègre des pratiques spirituelles, énergétiques et méditatives qui peuvent sortir du cadre de l’islam, empruntant notamment à l’hindouisme, au bouddhisme ou au christianisme entre autres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De ce fait, un dialogue interreligieux s’instaure et des communautés soufies interreligieuses émergent, où les disciples se rassemblent à la recherche d’idéaux spirituels communs orientés vers la paix, la compréhension mutuelle et la tolérance. Les membres de ces communautés sont, au-delà de leurs principes religieux, unis par un large éventail de liens socio-économiques : la construction d’entreprises communes, le développement de réseaux d’entrepreneurs, etc.</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Propos recueillis par Aïan Oryntaï</strong><br><strong>Chercheur en études religieuses et rédacteur pour CABAR.asia</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Traduit du </strong><a href="https://cabar.asia/ru/ajgerim-temirbaeva-o-tom-chto-proishodit-s-sufizmom-v-kazahstane" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><strong>russe</strong></a><strong> par Elise Medina</strong>&nbsp;</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Édité par Antoine Geoffroy</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Relu par la rédaction</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Merci d&rsquo;avoir lu cet article jusqu&rsquo;au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez&nbsp;<a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a>&nbsp;ou nous envoyer un email à&nbsp;<a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p>
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		<title>Mausolée de Ahmed Yasavi</title>
		<link>https://novastan.org/fr/photo-du-jour/mausolee-de-ahmed-yasavi/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[La rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 15 Jun 2024 03:09:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Photo du jour]]></category>
		<category><![CDATA[Kazakhstan]]></category>
		<category><![CDATA[Mausolée]]></category>
		<category><![CDATA[Photo du Jour]]></category>
		<category><![CDATA[Soufisme]]></category>
		<category><![CDATA[Turkestan]]></category>
		<category><![CDATA[Unesco]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/photo-du-jour/mausolee-de-ahmed-yasavi/">Mausolée de Ahmed Yasavi</a></p>
<p>Le mausolée de Khoja Ahmed Yasavi, poète et mystique soufi du XIIe siècle, est remarquable à plusieurs titres. Lieu important de pèlerinage, sa présence a conféré en 2021 à la ville de Turkestan le titre de « capitale spirituelle du monde turc ». En 2022, il est le premier monument kazakh à être inscrit comme patrimoine mondial [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/photo-du-jour/mausolee-de-ahmed-yasavi/">Mausolée de Ahmed Yasavi</a></p>

<p class="wp-block-paragraph">Le mausolée de Khoja Ahmed Yasavi, poète et <span style="text-decoration: underline"><a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/le-soufisme-en-asie-centrale-entre-histoire-et-modernite/">mystique soufi </a></span>du XIIe siècle, est remarquable à plusieurs titres.  Lieu important de pèlerinage, sa présence a conféré en 2021 à la ville de <span style="text-decoration: underline"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Turkestan_(ville)">Turkestan</a></span> le titre de « capitale spirituelle du monde turc ». En 2022, il est le premier monument kazakh à être inscrit comme patrimoine mondial de l&rsquo;humanité par l&rsquo;UNESCO comme étant la mieux préservée de toutes les constructions de l&rsquo;époque timouride. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Crédit  : La Rédaction</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><p>Retrouvez <span draggable="true"><a href="https://novastan.org/fr/cat/photo-du-jour/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">toutes nos photos du jour</a></span>. Vous pouvez <u><span draggable="true"><a href="https://novastan.org/fr/novastan/vous-pouvez-acheter-les-photos-du-jour-de-novastan/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">en acheter certaines par ici</a></span></u> et les recevoir chez vous. Vous aimeriez voir vos photos figurer dans cette rubrique ? N'hésitez pas à nous <a href="photo@novastan.org"><u>contacter.</u></a>" </p></p>
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		<item>
		<title>Entretien avec le poète ouzbek Khourchid Davron</title>
		<link>https://novastan.org/fr/societe-et-culture/entretien-avec-le-poete-ouzbek-khourchid-davron/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Anthony Vial]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Oct 2022 06:29:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ouzbékistan]]></category>
		<category><![CDATA[Société et Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[perestroïka]]></category>
		<category><![CDATA[Poésie]]></category>
		<category><![CDATA[Société et culture]]></category>
		<category><![CDATA[Soufisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/societe-et-culture/entretien-avec-le-poete-ouzbek-khourchid-davron/">Entretien avec le poète ouzbek Khourchid Davron</a></p>
<p>Dans une interview, le poète ouzbek Khourchid Davron parle des anciens soufis, des classiques qu’il lit et relit, du monde de l’édition pendant la perestroïka et du lien secret entre l&#8217;Asie centrale et l&#8217;Amérique latine.Novastan reprend et traduit ici un article publié le 15 juin 2019 par le média russe spécialisé sur l’Asie centrale Fergana [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/societe-et-culture/entretien-avec-le-poete-ouzbek-khourchid-davron/">Entretien avec le poète ouzbek Khourchid Davron</a></p>

<p class="wp-block-paragraph"><strong>Dans une interview, le poète ouzbek Khourchid Davron parle des anciens soufis, des classiques qu’il lit et relit, du monde de l’édition pendant la perestroïka et du lien secret entre l&rsquo;Asie centrale et l&rsquo;Amérique latine.</strong><strong>Novastan reprend et traduit ici un article publié le 15 juin 2019 par le média russe spécialisé sur l’Asie centrale </strong><a href="https://fergana.media/articles/107998/"><strong>Fergana News</strong></a><strong>.</strong>

Le sort des poètes ouzbeks des années 1980 est variable, bien qu’il commence pour tous plus ou moins de la même manière&nbsp;: enfance dans les provinces, études à la faculté de journalisme de l&rsquo;Université d&rsquo;Etat de Tachkent, service dans les rangs de l&rsquo;armée soviétique&#8230; Aujourd&rsquo;hui, <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Khurshid_Davron">Khourchid Davron</a> est poète populaire d&rsquo;Ouzbékistan, historien, auteur de plus d’une vingtaine de livres publiés dans de nombreux pays, dramaturge, traducteur de poètes de Lettonie, du Japon, de Russie, et enfin, spécialiste de la nouvelle littérature ouzbèke.

Comment l&rsquo;amour de la lecture a conduit Khourchid Davron dans les profondeurs de l&rsquo;histoire, et comment la recherche de ses propres racines l&rsquo;a-t-elle conduit à la biographie d&rsquo;anciens penseurs soufis ?

</p>



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La conversation du journaliste Sandjar Yanychev avec le poète aborde l&rsquo;attachement à la terre, les auteurs classiques et le lien secret entre l&rsquo;Asie centrale et l&rsquo;Amérique latine.

<strong>Fergana News&nbsp;: </strong><strong>Khourchid-aka, comment décririez-vous votre tempérament&nbsp;?</strong><strong>Khourchid Davron&nbsp;</strong>: Selon la théorie gréco-romaine des humeurs, je suis une personne optimiste, guidée par le sang. Pour être plus précis, je suis guidé par mon cœur. Selon les concepts orientaux, le mizoj, c&rsquo;est-à-dire le tempérament, le caractère de la personne, correspond à celui du lieu de sa naissance.

Dans mon cas, il est fortement continental. Dieu a généreusement pourvu mon <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Turkestan">Turkestan</a> natal en toute saison. C&rsquo;est pourquoi, en tant que fils de ce lieu, je suis parfois froid comme l’hiver et plein de tact, ou chaud comme l’été, pensif comme l’automne, aimant la solitude, et enfin changeant comme le printemps, quelquefois excessivement sensible et rêveur.

Quoi d’autre détermine mon tempérament ? Le sang millénaire turco-<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Na%C3%AFmans">naïman</a> qui coule dans mes veines. Ce sang est épris de liberté et ne tolère pas le dictat.

<strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/louzbekistan-au-festival-des-cultures-du-monde-de-gannat/">L’Ouzbékistan au festival des Cultures du monde de Gannat</a></strong>

La question principale pour moi n&rsquo;est pas «&nbsp;<em>qui suis-je</em>&nbsp;», mais <em>«&nbsp;pourquoi est-ce que je vis</em> ». Tout est clair avec la première question, mais tous les jours je cherche une réponse à la seconde. Car, comme l&rsquo;écrivait l&rsquo;écrivain romain <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Apul%C3%A9e">Apulée</a> dans ses <em>Métamorphoses</em> : «&nbsp;<em>Il n&rsquo;est pas nécessaire de regarder où une personne est née, mais quelles sont ses mœurs ; non pas en quelle terre elle se trouve, mais selon quels principes elle a décidé de vivre sa vie.</em>&nbsp;»

<strong>Quelles sont vos qualités dont vous êtes fier et les défauts que vous aimeriez éliminer&nbsp;?</strong>

La première qualité qui me plaît, c&rsquo;est la gentillesse. Ça doit venir de mes parents. Plutôt de la part de mon père. Ce n&rsquo;est pas pour rien que mes amis poètes, même quand nous étions jeunes, m&rsquo;appelaient Dobrynya, le Gentil. C’est parce que j&rsquo;étais aimé des enfants, y compris des étrangers <em>(rires)</em>.

La deuxième qualité est l&rsquo;amour de la lecture&nbsp;: l’histoire du monde, la poésie japonaise, la prose latino-américaine&#8230; Quand mon cinquième livre, <em>Qaqnus</em><em>(Phénix, ndlr)</em>, a été publié, un critique a écrit un article intitulé <em>« Les ailes de papier du Phénix »</em>, dans lequel il m&rsquo;accusait d&rsquo;ignorer la vie moderne&nbsp;: presque tous mes poèmes étaient soi-disant liés au passé. Cependant, plus tard, il y a eu d&rsquo;autres avis plus positifs&#8230;

Il y a beaucoup de défauts dont je veux me débarrasser. Mais, comme le disent les Ouzbeks, «&nbsp;<em>se débarrasser de ses habitudes est une tâche ingrate</em>&nbsp;». Rappelez-vous la plaisanterie de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Mark_Twain">Mark Twain</a> : «&nbsp;<em>Arrêter de fumer est très facile, personnellement j&rsquo;ai arrêté déjà cent fois&nbsp;!</em>&nbsp;» Et maintenant, à mon âge, je ne veux pas perdre mon temps avec ça.

<strong>Le même Mark Twain a écrit&nbsp;: «&nbsp;<em>Il arrive qu’un individu n&rsquo;ait pas de mauvaises habitudes, mais quelque chose de pire.</em>&nbsp;»</strong>

Comme le disent les sages anciens&nbsp;: «&nbsp;<em>Seul Allah est sans péché&nbsp;!</em>&nbsp;»

<strong>Il est intéressant de constater que de nombreux poètes et écrivains ouzbeks confessent leur amour pour les Latino-Américains. Apparemment, il existerait des liaisons souterraines entre l&rsquo;Asie centrale et l&rsquo;Amérique latine. La tradition et la mythologie sont différentes, mais la vision du monde est similaire, n&rsquo;est-ce pas&nbsp;?</strong>

Vous avez raison. Il semble y avoir un océan sans fin entre nous, mais quand on commence à les lire, on trouve des motifs nationaux et une perception similaire de la vie et de la mort. Quand on découvre &#8211; nous ne le savions pas dans notre jeunesse &#8211; que certains mots issus de la civilisation maya trouvés en <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9soam%C3%A9rique">Mésoamérique</a><em> (une région historique et culturelle s&rsquo;étendant approximativement du centre du Mexique au Honduras et au Nicaragua, ndlr)</em> ont d&rsquo;anciennes racines turques, on commence à croire aux liens spirituels entre nos régions.

J&rsquo;aimerais vous raconter une histoire qui me semble pertinente par rapport à votre question.

J&rsquo;ai travaillé pour la maison d&rsquo;édition Yoch Gvardiya pendant de nombreuses années. J’ai débuté comme livreur et, en 1985, je suis devenu le chef du département. Lors de l&rsquo;élaboration du plan thématique de la maison d&rsquo;édition, la première chose que j&rsquo;ai faite a été d&rsquo;inclure mes œuvres préférées : des romans d&rsquo;<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Antoine_de_Saint-Exup%C3%A9ry">Antoine de Saint-Exupéry</a>,&nbsp;<em>Le Petit Prince</em> et <em>Vol de nuit</em>, ainsi que le roman de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Mikha%C3%AFl_Boulgakov">Mikhaïl Boulgakov</a><em>Le Maître et Marguerite</em>.

J&rsquo;ai confié la traduction d&rsquo;Antoine de Saint-Exupéry à Khaïriddine Soultanov et Ahmad Azam. Le roman de Mikhaïl Boulgakov a été confié à un traducteur connu, Kadyr Mirmoukhamedov. Il n&rsquo;y a eu aucun problème avec le classique français, mais avec Mikhaïl Boulgakov&#8230;

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Pendant ces années-là, tous les plans thématiques des maisons d&rsquo;édition de la République étaient approuvés à Moscou par le Comité de la presse d&rsquo;Etat de l&rsquo;URSS. En apprenant que le roman de Mikhaïl Boulgakov était inclus dans le plan de la maison d&rsquo;édition Yoch Gvardiya, les dirigeants du Comité national de la presse étaient inquiets.

Le premier vice-président du comité, Marat Chichiguine, s’est rendu à Tachkent. Le directeur de Yoch Gvardiya et moi avons été convoqués par les supérieurs. Marat Chichiguine a commencé à dire que le lecteur ouzbek ne comprendrait pas Mikhaïl Boulgakov, que le roman <em>Le Maître et Marguerite</em> était très difficile à comprendre car il est basé sur la mythologie chrétienne.

Après ces paroles, nos dirigeants — du premier vice-président du Comité d&rsquo;Etat pour la presse de l&rsquo;URSS, <a href="https://ru.wikipedia.org/wiki/%D0%A1%D0%B0%D1%84%D0%B0%D1%80%D0%BE%D0%B2,_%D0%A0%D1%83%D0%B1%D0%B5%D0%BD_%D0%90%D0%BA%D0%BE%D0%BF%D0%BE%D0%B2%D0%B8%D1%87">Ruben Safarov</a>, au directeur de notre maison d&rsquo;édition — ont commencé, comme des perroquets, à répéter les paroles d&rsquo;un fonctionnaire de Moscou et à me lancer des regards éloquents.

Cependant, nous étions en pleine perestroïka et nous, les représentants de la nouvelle génération, avions déjà appris à débattre avec la nomenclature du parti. J&rsquo;ai dit&nbsp;: «&nbsp;<em>Peut-être que le lecteur russe ne comprend pas </em>Le Maître et Marguerite<em>, mais la vie et la perception artistique du lecteur ouzbek sont basées sur la mythologie.</em>&nbsp;» J’ai dit que le roman avait déjà été traduit et que le célèbre écrivain <a href="https://ru.wikipedia.org/wiki/%D0%9F%D1%83%D0%BB%D0%B0%D1%82%D0%BE%D0%B2,_%D0%A2%D0%B8%D0%BC%D1%83%D1%80_%D0%98%D1%81%D1%85%D0%B0%D0%BA%D0%BE%D0%B2%D0%B8%D1%87">Timour Poulatov</a> avait écrit une préface&#8230;

Tous mes arguments, bien sûr, leur ont échappé. Mais ils avaient déjà peur de l&rsquo;interdire ouvertement et c&rsquo;était important pour eux que je refuse moi-même de publier le roman. En conséquence, la traduction a été sauvée, par une nouvelle époque, une nouvelle façon de penser et une nouvelle personne qui n&rsquo;était pas d&rsquo;accord et défendait ses idéaux.

<strong>Qui étaient vos parents&nbsp;? </strong>

Mon père, Davron Khasanov, appartenait à une lignée turco-naïmane. Il a construit la toute première école de notre village et en est devenu le directeur, bien qu&rsquo;il n&rsquo;ait pas reçu de formation pédagogique — c’était courant au début des années 1930.

Mon père avait un tatouage sur la main : « UKP », pour « régiment de cavalerie ouzbek. » Il n&rsquo;aimait pas parler de sa vie militaire. Je sais seulement qu&rsquo;il a servi dans un régiment mené par le légendaire commandant ouzbek Mirkamil Mircharapov. A l&rsquo;époque soviétique, un monument a été érigé à sa gloire à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Samarcande">Samarcande</a>, puis, pour un motif inconnu, il a été supprimé.&nbsp;<em>(L&rsquo;UKP, sous la direction de Mirkamil Mircharapov, a </em><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volte_basmatchi"><em>combattu les Basmatchi</em></a><em> dans les environs de Samarcande en 1931-1932, ndlr).</em>

Mon père est mort alors que je servais dans l&rsquo;armée, dans la lointaine <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9publique_d%C3%A9mocratique_allemande">République démocratique allemande</a> (RDA). C&rsquo;est pourquoi, à ce jour, je suis profondément triste de ne pas avoir pu le voir lors de ses derniers jours.

<strong>Lire aussi sur Novastan : </strong><a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/deces-de-viatcheslav-chapovalov-poete-populaire-de-la-republique-kirghize/"><strong>Décès de Viatcheslav Chapovalov, poète populaire de la République kirghize </strong></a>

Ma mère s’appelle Fouzallo Vafokhodjaïeva. Son grand-père, Khikmat Makhdoum Djounaïdoullaïev, était le gouverneur du volost d’Arguine, dans l’<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ou%C3%AFezd">ouïezd</a> de Samarcande. C&rsquo;est-à-dire qu&rsquo;il était au service du tsar russe. Cependant, selon un rapport de la garde locale, le gouverneur du volost a aidé secrètement le chef de la révolte populaire, Namaz Primkoulov.

Le fils de Khikmat Makhdoum, c&rsquo;est-à-dire mon grand-père, Vafokhodja Makhdoum, a étudié à Saint-Pétersbourg. Lorsque Samarcande était la capitale de la République socialiste soviétique d&rsquo;Ouzbékistan, mon grand-père était secrétaire de l&rsquo;association créative Kizil Kalam <em>(Plume rouge, ndlr)</em>, créée en 1926. L&rsquo;association était dirigée par Chakir Soulaïman et le groupe réunissait des écrivains tels qu’Atadjane Khachim, Batou, Ziyo Saïd, Sotti Hussain, Ankabaï, Altaï, puis des étudiants comme Khamid Alimjan, <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Mirtemir">Mirtemir</a> et Aïdine.

Un jour, mon grand-père et un étudiant de l&rsquo;université de Samarcande, le futur célèbre poète Mirtemir, se sont vu confier une mission : enseigner le nouvel alphabet cyrillique au premier président du Comité électoral central d&rsquo;Ouzbékistan, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Yo%CA%BBldosh_Oxunboboyev">Youldach Akhounbabaïev</a>&nbsp;: il avait étudié dans une ancienne école et n’écrivait que l&rsquo;arabe.

Lorsque la répression a commencé, Vafokhodja Makhdoum a été arrêté en tant que membre du groupe Kizil Kalam. Il a été accusé d&rsquo;avoir organisé un mouvement de révolte national.&nbsp;<em>(Dans la théologie islamique, il existe également le terme arabe « kalam » qui désigne la parole de Dieu. Cela pourrait constituer une base supplémentaire pour la persécution du groupe Kizil Kalam, ndlr)&nbsp;</em>En prison, il est tombé gravement malade et il a été autorisé à rentrer chez lui pour mourir. Il a vécu en liberté pendant un mois&#8230;

Nous étions quatre frères et deux sœurs dans notre famille. Ma sœur aînée, Oïsara, qui a travaillé comme professeur de physique toute sa vie, est décédée il y a deux ans.

<strong>A quel âge avez-vous commencé à vous intéresser à votre généalogie ? Qu’est-ce qui vous y a poussé ?</strong>

Je connais mes ancêtres grâce aux histoires de ma mère. Elle avait une bonne mémoire. Enfant, je connaissais les noms de tous mes grands-pères jusqu&rsquo;à la septième génération, même si à cette époque je ne savais pas exactement ce que signifiaient les mots qu&rsquo;elle disait souvent&nbsp;: <em>«&nbsp;Nous sommes les descendants de Makhdoumi Agzam.</em>&nbsp;» A cette époque, ses histoires ressemblaient à des contes de fées.&nbsp;J&rsquo;ai appris que <a href="https://ru.wikipedia.org/wiki/%D0%9C%D0%B0%D1%85%D0%B4%D1%83%D0%BC%D0%B8_%D0%90%D0%B7%D0%B0%D0%BC">Makhdoumi Agzam</a> était un grand cheikh soufi plus tard, pendant la perestroïka, quand il est devenu possible de parler et d&rsquo;écrire à propos de telles choses.

Au cours de ces années, j&rsquo;ai conçu un triptyque en prose sur le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Soufisme">soufisme</a>. La première partie a été consacrée à l&rsquo;histoire du soufisme et des <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Tariqa">tariqas</a> d&rsquo;Asie centrale. J&rsquo;ai appelé l&rsquo;histoire <em>Le roi des martyrs, ou les rêves de Najmiddine Koubro</em><em>(Najm ad-Din Kubra, 1145-1221, est un mystique et théologien du Khorezm, cheikh soufi, poète, fondateur de la confrérie soufie Kubravia, ndlr).</em>

Cette histoire a déjà été publiée deux fois à Tachkent. La deuxième partie traite du sens de la philosophie du soufisme, mais elle est inachevée. Je l’ai appelée <em>Sept rencontres du cheikh Faridouddine </em><a href="https://ru.wikipedia.org/wiki/%D0%90%D1%82%D1%82%D0%B0%D1%80"><em>Attar</em></a>.

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La troisième partie devait être consacrée à la vie des grands soufis. Le titre provisoire est <em>Le dernier jour de </em><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Djal%C3%A2l_ad-D%C3%AEn_R%C3%BBm%C3%AE"><em>Djalâl-Ad Dîn Rûmî</em></a><em>(1207-1273, un poète persan soufi influent, ndlr).&nbsp;</em>L&rsquo;histoire n&rsquo;a jamais été écrite&#8230;

Je dois dire qu&rsquo;après la chute de l&rsquo;Union soviétique, une crise a éclaté dans la littérature. A un moment donné, j&rsquo;ai été renvoyé de la maison d&rsquo;édition&nbsp;: je ne voulais pas participer aux sombres affaires des hauts fonctionnaires.

Un jour de 1989, avant mon licenciement, un homme de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Khodjent">Khodjent</a> est venu me voir. Cet homme s&rsquo;appelait Ilyoskhon. Il a mis un dossier épais sur ma table en disant : « <em>J&rsquo;ai écrit un livre sur Makhdoumi Agzam et maintenant je vous l&rsquo;apporte, je veux le publier&nbsp;</em>». Ayant entendu le nom de Makhdoumi Agzam, je me suis immédiatement souvenu de toutes les histoires de ma mère.

Mais j&rsquo;ai été encore plus surpris quand Ilyoskhon a déclaré : « <em>Je suis allé dans une école tadjike, mais j&rsquo;ai écrit ce tazkira </em>(anthologie, ndlr)<em> en ouzbek. Je rêvais que mon manuscrit soit lu par un scientifique ou un écrivain ouzbek. Et puis un jour, dans un rêve, un vieil homme m&rsquo;est apparu&nbsp;; il m&rsquo;a dit d&rsquo;aller à Tachkent et de te trouver.</em>&nbsp;»

<strong>Une histoire mystique ! Tout à fait dans l&rsquo;esprit des révélations soufies&#8230; Dites-moi, ce manuscrit a-t-il été publié ?</strong>

Quand j&rsquo;ai été licencié, j&rsquo;ai apporté le manuscrit d&rsquo;Ilyoskhon à une maison d&rsquo;édition privée. Mais le rédacteur en chef a décidé de devenir un co-auteur du livre. A la fin, Ilyoskhon a pris son travail et est parti. Il m’en voulait à moi aussi. Je ne sais rien du sort de son manuscrit&#8230;

Après avoir été licencié, je suis resté chez moi. Je n’avais rien pour vivre, ma famille n&rsquo;avait rien à manger. J&rsquo;ai décidé de vendre des livres de valeur de ma bibliothèque, au marché. Cependant, je ne savais pas comment faire. J&rsquo;ai fait confiance à un marchand qui m&rsquo;a promis de l’aide et a disparu avec tous mes livres rares. Plus tard, à Samarcande, j&rsquo;ai rencontré un autre descendant de Makhdoumi Agzam, le scientifique Komilkhon Kattaïev. Il était un vrai connaisseur non seulement de sa biographie, mais aussi de tous les livres de l&rsquo;imam Dakhbedi <em>(Makhdoumi Agzam, ndlr)</em>.

<strong>Ressentez-vous une responsabilité à cause de votre lien avec Makhdoumi Agzam ?</strong>

Oui, bien sûr. Bien que, dans l&rsquo;ensemble, je ne me considère pas comme un expert de l&rsquo;héritage spirituel du grand soufi. La chaîne d&rsquo;héritage a été coupée depuis longtemps. Les connaissances théoriques demeurent, les livres secrets ou cryptés restent, mais personne ne peut les lire. Et toutes les rencontres des adeptes modernes du soufisme sont des cercles quasi-littéraires ou pseudoscientifiques.

<strong>La traduction de Makhdoum est professeur, mentor. Le cheikh Makhdoumi Agzam était le professeur spirituel du poète et dirigeant Babur. Aviez-vous un professeur comme celui-ci ?</strong>

Un père spirituel qui enseigne sans présence physique, qui a vécu bien avant ceux qui s’inspirent de lui, est appelé « <em>ouvaïsiy oustoz</em>&nbsp;» dans notre pays. Pour moi, c’est le grand poète Aïbek qui a rempli ce rôle. Je pense parfois que s&rsquo;il était né dans un pays libre, dans une société libre et qu’il avait pu écrire ce qu&rsquo;il voulait, il serait devenu un poète de renommée mondiale.

Dans ses poèmes de jeunesse, je vois des motifs et des tendances qui se sont manifestés plus tard dans les œuvres de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Federico_Garc%C3%ADa_Lorca">Federico Garcia Lorca</a> et <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Rainer_Maria_Rilke">Rainer Maria Rilke</a>&#8230; Aïbek ne lisait ni ne connaissait <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Guillaume_Apollinaire">Guillaume Apollinaire</a>, mais dans ses premiers poèmes, j&rsquo;ai trouvé de nombreux parallèles avec ce grand poète français.

Il y a 30 ans, j&rsquo;ai écrit un article à ce sujet, dans lequel j&rsquo;ai donné les deux exemples suivants. Voici une traduction de l&rsquo;une des strophes d&rsquo;Aïbek&nbsp;: «&nbsp;<em>Les souvenirs tissés par la lumière du soleil et le bruissement des feuilles ne disparaîtront pas pour toujours avec moi&#8230;</em>&nbsp;» Ouvrons maintenant le poème <em>Prélude</em> de Federico Garcia Lorca&nbsp;: «&nbsp;<em>Et les peupliers s&rsquo;en vont, mais leur trace sur le lac est claire. Et les peupliers s&rsquo;en vont, en nous laissant le vent.</em>&nbsp;»

<strong>Lire aussi sur Novastan : </strong><a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/qui-sont-les-six-ecrivains-les-plus-celebres-dasie-centrale/"><strong>Qui sont les six écrivains les plus célèbres d’Asie centrale ? </strong></a>

Et voici le poème&nbsp;<em>Automne tardif</em> d&rsquo;Aïbek&nbsp;: «&nbsp;<em>Le ciel est dans les nuages&#8230; le vent pleure à nouveau doucement, la tristesse dort silencieusement dans les champs vides. Derrière un âne chargé, un garçon seul marche le long de la route qui mène à l&rsquo;horizon.</em>&nbsp;»

Après avoir lu ces lignes, je me suis immédiatement souvenu du poème <em>Automne</em> d&rsquo;Apollinaire&nbsp;: «&nbsp;<em>Dans le brouillard s’en vont un paysan cagneux / Et son bœuf lentement dans le brouillard d’automne / Qui cache les hameaux pauvres et vergogneux / Et s’en allant là-bas le paysan chantonne / Une chanson d’amour et d’infidélité / Qui parle d’une bague et d’un cœur que l’on brise / Oh ! l’automne l’automne a fait mourir l’été / Dans le brouillard s’en vont deux silhouettes grises </em>».

Aïbek a écrit très peu de grands poèmes. Et tout cela parce qu’il avait peur, par exemple peur d&rsquo;être accusé de pensée bourgeoise. Il a enclenché son instinct de conservation. Alors tous ses textes étaient «&nbsp;<em>socialement utiles</em>&nbsp;». Mais certains de ses poèmes — ils sont peu nombreux — sont vraiment des chefs-d&rsquo;œuvre de la poésie mondiale.

<strong>D’où vient votre amour pour l&rsquo;histoire ?</strong>

Pour faire bref, de l’amour pour Samarcande. Dans un poème, j&rsquo;ai écrit&nbsp;: «&nbsp;<em>La patrie est une personne qui respire et marche avec toi.</em>&nbsp;» Samarcande est toujours avec moi, où que je sois. Je peux sentir son souffle vif à chaque instant. Samarcande incarnait toute l&rsquo;histoire du Turkestan, l&rsquo;histoire de tous les peuples qui ont vécu dans l&rsquo;espace de son ancienne civilisation.

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Trois domaines scientifiques principaux coexistent dans l&rsquo;islam&nbsp;: ilmi kalom, la science du coran, ilmi hadith, la science des paroles du prophète, et ilmi fiqh, la science des lois islamiques. Trois grands représentants de ces mouvements reposent à Samarcande. <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Babur">Babur</a> écrit à ce sujet dans son merveilleux livre&nbsp;<em>Babur Nama</em>. D&rsquo;ailleurs, mon amour pour l’histoire vient aussi de <em>Babur Nama</em>. J&rsquo;ai écrit une histoire sur Babur, la pièce&nbsp;<em>Toska Baburchah</em>, et de nombreux articles et essais sur la vie et l&rsquo;œuvre de ce grand poète.

<strong>Quand avez-vous réalisé que vous étiez poète&nbsp;? </strong>

Cela a dû arriver quand j&rsquo;avais 14 ans. Même si à cet âge je n&rsquo;avais aucune idée de ce qu&rsquo;était la poésie. Mais il y a eu mon premier amour&#8230; Chaque jour, je me cachais de tout le monde et je récitais des rimes dans une pièce sombre. Je chuchotais des poèmes d&rsquo;autres poètes&nbsp;: Abdoulla Aripov, Erkin Vakhidov. Je vivais à travers la poésie.

Quand j&rsquo;étais jeune, je pensais qu&rsquo;un poète était quelqu’un à qui Allah offrait une partie de son don. Aujourd&rsquo;hui, la poésie est pour moi une combinaison de ce don et du travail infatigable de l’esprit. Vous vous souvenez sans doute des poèmes de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Nikola%C3%AF_Zabolotski">Nikolaï Zabolotsky</a>&nbsp;: «&nbsp;<em>Ne laissez pas votre âme être paresseuse&nbsp;!</em>&nbsp;» Le don de Dieu est une étincelle qui s&rsquo;éteint très rapidement si on ne travaille pas dur.

<strong>Comment définiriez-vous votre méthode poétique&nbsp;? </strong>

Pour moi, l&rsquo;essentiel dans les poèmes, c&rsquo;est le sentiment. La poésie naissante des années de la perestroïka en Ouzbékistan, comme dans toutes les autres républiques soviétiques, était soumise aux tendances. Pas de poèmes écrits, mais des manifestes politiques, des appels à la défense de la langue maternelle, contre le silence imposé sur certains épisodes de l&rsquo;histoire, contre les accusés de l&rsquo;affaire du coton.

C&rsquo;est alors que je me suis soudain rendu compte que l&rsquo;air politisé m&rsquo;étouffait. Et comme antidote, j’ai commencé à traduire de la poésie japonaise ancienne, dont le motif principal était les sentiments humains. J’ai sorti l&rsquo;anthologie&nbsp;<em>Feuilles de la mer</em>.

<strong>Est-ce une image tirée d&rsquo;un poème en particulier&nbsp;? </strong>

Cela vient de ma perception de la poésie et de la culture japonaise ancienne. Entouré par la mer, le Japon se transforme en une mer orageuse de couleurs flamboyantes en automne. <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/K%C5%8Dy%C5%8D">Kōyō</a><em>(lorsque les feuilles deviennent rouges à l’automne, ndlr)</em> arrive, les Japonais vont admirer les feuilles rouges des érables. Nous avons également eu une fête similaire&nbsp;: elle s&rsquo;appelait <em>Khazon Saïri</em><em>(le festival des feuilles d&rsquo;automne, ndlr)</em>. Babur a écrit différentes choses sur cette fête dans ses notes.

<strong>Lire aussi sur Novastan : </strong><a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/quand-seul-un-chat-comprend-tes-poemes-rencontre-avec-le-poete-ouzbek-davron-radjab/"><strong>Quand seul un chat comprend tes poèmes : rencontre avec le poète ouzbek Davron Radjab</strong></a>

Il y a beaucoup de tristesse dans mes derniers poèmes. Et je pense savoir pourquoi. Mon poète préféré, Nikolaï Zabolotsky, a écrit à ce sujet&nbsp;: «&nbsp;<em>La grande connaissance contient une grande tristesse, /C&rsquo;est ce que disait le créateur de l&rsquo;Ecclésiaste. /Je ne suis pas du tout un sage, mais alors pourquoi si souvent /Suis-je désolé pour le monde entier et pour les humains</em>&nbsp;?&nbsp;»

<strong>Khourchid-aka, qui aimez-vous relire à part Nikolaï Zabolotsky et Aïbek&nbsp;?</strong>

Dans ma jeunesse, j&rsquo;ai passé des jours entiers à la bibliothèque Alicher Navoï,&nbsp;où j’ai lu presque toute la poésie du monde. Ma bibliothèque personnelle est également assez riche. J&rsquo;aime relire les classiques, ils donnent beaucoup plus d&rsquo;énergie que les nouveaux auteurs médiatisés.

Par exemple, j&rsquo;apprécie les samouraïs littéraires comme <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ry%C5%ABnosuke_Akutagawa">Ryūnosuke Akutagawa</a> et <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Yasunari_Kawabata">Yasunari Kawabata,</a> mais je n&rsquo;aime pas le Japonais américanisé <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Haruki_Murakami">Haruki Murakami</a>. J&rsquo;ai relu <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Gabriel_Garc%C3%ADa_M%C3%A1rquez">Gabriel Garcia Marquez</a>, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Stefan_Zweig">Stefan Zweig</a>, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_Mann">Thomas Mann</a>, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Jorge_Luis_Borges">Jorge Luis Borges</a>, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Thornton_Wilder">Thornton Wilder</a>.

Le jeune Ryūnosuke Akutagawa avait raison lorsqu&rsquo;il écrivait dans son journal que les poètes devraient lire plus de prose et les romanciers plus de poésie. Bien entendu, je lis également de la poésie issue des <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Langues_turciques">langues turciques</a>.

J&rsquo;apprécie particulièrement les langues azerbaïdjanaise, turque et ouzbèke. Je lis beaucoup de nos jeunes poètes, car je suis modérateur du site&nbsp;<a href="https://kh-davron.uz/">Khurshid Davron Kutubhonasi</a><em>(bibliothèque de Khourchid Davron, ndlr)</em>, où je publie principalement des poètes de la nouvelle génération.

<strong>Comment décririez-vous la situation actuelle dans la littérature ouzbèke&nbsp;: est-ce l&rsquo;apogée, la stagnation, une période d&rsquo;accumulation ? </strong>

Je constate un grand renouveau dans notre littérature aujourd&rsquo;hui. Il y a des poètes très doués, tels que Jantemir, Mirzokhid Mouzaffar, Rafik Saïdoullo. Il existe également de nombreuses poétesses talentueuses.

J&rsquo;ai remarqué depuis longtemps que les femmes poètes débutent toujours très bien. Mais très vite, elles sont englouties par la vie quotidienne, la famille et les difficultés. Il n&rsquo;en reste que quelques-unes dans la littérature. Cela a été le cas et cela continuera d&rsquo;être le cas. On peut dire que les difficultés quotidiennes sont le principal problème de la littérature ouzbèke <em>(rires)</em>.

Chaque jeune poète ou écrivain est impatient de se rendre à Tachkent. Mais comme toutes les autres capitales, Tachkent accueille ces rêveurs avec indifférence. L’échec professionnel tue les talents, littéralement.

Il semble que maintenant, depuis l&rsquo;apparition d&rsquo;Internet, il n&rsquo;est pas nécessaire d&rsquo;aller dans la capitale. Mais il n&rsquo;y a pas d&rsquo;ambiance littéraire dans les viloyats <em>(régions, ndlr)</em>. Les bureaux de district de l&rsquo;Union des écrivains ne fonctionnent pas comme des organisations créatives, mais comme des éléments de l&rsquo;administration régionale.

Avec l&rsquo;apparition d&rsquo;Internet, l&rsquo;espace littéraire du réseau a été capturé par une foule de graphomanes. Mais le principal problème est peut-être qu&rsquo;au cours du dernier quart de siècle, la véritable critique littéraire a disparu. Ceux qui restent traitent des classiques vivants.

<strong>Khourchid-aka, imaginez que vous avez l&rsquo;occasion de poser une question à votre professeur spirituel, par exemple au poète Aïbek. Qu&rsquo;est-ce que vous lui demanderiez&nbsp;?</strong>

Je demanderais&nbsp;: «&nbsp;<em>Aimeriez-vous revivre votre vie sans rien changer&nbsp;?</em>&nbsp;»

<strong>Je crois savoir comment vous auriez répondu à cette question&#8230;</strong>

The rest is&nbsp;silence&nbsp;<em>(les derniers mots de Hamlet dans le drame éponyme de William Shakespeare, ndlr).</em><strong>Poèmes de différentes périodes</strong>

Dans les yeux d&rsquo;un cheval faible

Un buisson vert, une étendue de steppe.

Dans les yeux d&rsquo;un cheval faible

Les pluies bruissent comme un chœur sourd.

Dans les yeux d&rsquo;un cheval faible

Une étoile se consume à peine.

Dans les yeux d&rsquo;un cheval faible

De l’herbe lavée par la rosée.

Dans les yeux d&rsquo;un cheval faible

Le jour s’en va, l&rsquo;espace s&rsquo;assombrit.

Dans les yeux d&rsquo;un cheval faible

Il y a une image qui a englouti le monde.

<em>(Traduit par Ch. Abdoullaïev)</em></p>


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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Oumrzak</strong>

Oumrzak est occupé toute la journée.

Il rentre à la maison après le coton,

Accueilli par sa triste épouse.

Il n’y trouve pas

Une grande joie.

Il se lave les mains.

Un vent léger

Balance des rideaux sur les fenêtres.

Sa femme est occupée devant la cuisinière.

Elle l&rsquo;attendait pour dîner.

&#8211; Tu aurais pu manger toute seule&nbsp;!

Marmonne Oumrzak.

Alors, la femme,

Souriant en réponse à Oumrzak,

Fait sonner les casseroles.

Elle

Le sait parfaitement —

Jamais

Oumrzak ne s&rsquo;assoit seul à table.

Et juste en la regardant

Il pourra se reposer.

Tardivement

Ils se couchent et au-dessus d&rsquo;eux

Le coucher de soleil brûle

Comme une grenade mûre.

<em>(Traduit par V. Salimon)</em>

&nbsp;

C’est vrai, ses mains ne sont pas très tendres

Et sa robe n&rsquo;est pas riche en motifs.

Frappé par l’ennui, son mari la gronde

Lorsqu’elle apporte du raisin.

Hier, je l’ai croisée par hasard sur le chemin

Mais je n&rsquo;ai pas pu m’approcher d’elle.

Elle a regardé sous ses pieds avec horreur

Une fleur écrasée par une roue.

<em>(Traduit par S. Madaliyev)</em>

&nbsp;

La nature est mon extension,

L’ancien refuge de mes parents.

Je ressens l&rsquo;attraction des étoiles

Et le souffle des mondes lointains.

Entre l&rsquo;absinthe et la menthe

J’ai trouvé amour et liberté.

Tel une pensée ailée, je vois

Un aigle planant au-dessus de la steppe.

Je vais bientôt découvrir ce que signifient

Ces constellations de glace cosmique&#8230;

J&rsquo;ai vu le pommier pleurer

Et j&rsquo;ai entendu le peuplier chanter.

<em>(Traduit par V. Salimon)</em><strong>Imitation de Raouf Parfi</strong>

Se promener dans la ville dans les chutes de neige du soir,

De la lumière à l&rsquo;ombre, réchauffant ses doigts dans ses poches,

De l&rsquo;ombre à la lumière, et aux lèvres

Des flocons de neige fondus.

Le cœur arrêté, marcher et penser

A quelqu&rsquo;un de lointain,

A un proche.

A cette neige.

La laisser se déposer simplement,

La laisser craquer sous les pas

Sans s’arrêter

Et devenir bientôt

Un flocon de neige emporté dans les ténèbres.

Céder le chemin à quelqu&rsquo;un,

Saluer quelqu&rsquo;un — et tout de suite,

L’oublier. Il suffit que la neige tombe

Et tu es perdu sans t’en rendre compte.

<em>(Traduit par V. Mouratkhanov)</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Sandjar Yanychev</strong><strong>
</strong><strong>Journaliste pour Fergana News</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Traduit du </strong><a href="https://fergana.media/articles/107998/"><strong>russe</strong></a><strong> par Alla Forment</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Edité par Anthony Vial</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Relu par Charlotte Bonin</strong>
<p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a> ou nous envoyer un email à <a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Khodja Akhrar, interlocuteur des prophètes</title>
		<link>https://novastan.org/fr/ouzbekistan/khodja-akhrar-interlocuteur-des-prophetes/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Pauline Clémence Baranov]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 13 Jan 2021 07:50:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ouzbékistan]]></category>
		<category><![CDATA[Société et Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Islam]]></category>
		<category><![CDATA[Khodja Akhrar]]></category>
		<category><![CDATA[Société et culture]]></category>
		<category><![CDATA[Soufisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/khodja-akhrar-interlocuteur-des-prophetes/">Khodja Akhrar, interlocuteur des prophètes</a></p>
<p>Khodja Akhrar, soufi des temps médiévaux, est né en 1404 dans le village de Bogustan, en Ouzbékistan actuel. Il est devenu l’un des saints les plus influents de son temps, des monuments en son honneur ont été conservés jusqu’à nos jours. Novastan reprend et traduit ici un article publié le 14 septembre 2019 par le [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/khodja-akhrar-interlocuteur-des-prophetes/">Khodja Akhrar, interlocuteur des prophètes</a></p>

<p class="wp-block-paragraph"><strong>Khodja Akhrar, soufi des temps médiévaux, est né en 1404 dans le village de Bogustan, en Ouzbékistan actuel. Il est devenu l’un des saints les plus influents de son temps, des monuments en son honneur ont été conservés jusqu’à nos jours.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Novastan reprend et traduit ici un article publié le 14 septembre 2019 par le média russe spécialisé sur l’Asie centrale, <a href="https://fergana.agency/photos/109656/">Fergana News</a>.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Khwaja_Ahrar">Nasiraddin Ubaydullah Ibn Mahmud</a>, dit Khodja Akhrar, descendant de la famille du cheikh Umar Vali, est né en 1404 dans le village de <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Bagistan">Bogustan</a>, dans le nord-est de l’actuel Ouzbékistan. Prénommé Ubaydullah, traduit par « serviteur d’Allah”, Nasiraddin Ubaydullah Ibn Mahmud a en effet vu le jour la vingt-septième nuit du mois du Ramadan, c’est-à-dire la Nuit du Destin, lors de laquelle Allah, à travers l&rsquo;ange Gabriel, aurait montré la première sourate du Coran au prophète Mahomet. </p>


<p style="background-color: #d4d4d4;"><span style="color: #000000;">Novastan est le seul média européen (en français, en allemand et en anglais) spécialisé sur l'Asie centrale. Entièrement associatif, il fonctionne grâce à votre participation. Nous sommes indépendants et pour le rester, nous avons besoin de vous ! Vous pouvez nous soutenir <strong><a href="https://novastan.org/fr/sabonner/"> en vous abonnant</a></strong>, en réalisant <a href="https://www.okpal.com/soutenez-novastan-seul-media-francais-sur-l-asie/#/"> un don défiscalisé à 66 %</a>, ou en devenant membre actif<strong> <strong><a href="https://novastan.org/fr/novastan-france/devenez-membre-devenez-novastan/">par ici</a></strong>.</strong></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">Un demi-siècle après le décès du célèbre saint de Tachkent, <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Sheihantaur">Khovendi At-Takhura, <u>aussi appelé Sheikhantaur</u></a>, le lieu de naissance des Ishan de Bogustan,&nbsp;dans la <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Chorvoq">vallée de Tcharvak</a>, offrait donc à l&rsquo;Asie centrale un nouvel ascète musulman, voué à devenir l&rsquo;un des saints les plus influents de son temps. Un <a href="https://ru.wikipedia.org/wiki/%D0%98%D1%88%D0%B0%D0%BD">Ishan</a> est un chef du culte <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Soufisme#:~:text=Le%20soufisme%20(en%20arabe%20%3A%20%D8%AA%D8%B5%D9%88%D9%91%D9%81,et%20mystique%20de%20l'islam.">soufi</a>, une version ésotérique de l’islam.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="742" height="484" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/6759e692-290f-4785-8d54-d560fbb79766.jpeg" alt="Nasiraddin Ubaydullah Ibn Mahmud Khodja Akhrar Islam Soufisme Ouzbékistan" class="wp-image-42327" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/6759e692-290f-4785-8d54-d560fbb79766.jpeg 742w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/6759e692-290f-4785-8d54-d560fbb79766-300x196.jpeg 300w" sizes="(max-width: 742px) 100vw, 742px" /><figcaption>La localité de Bogustan, dans les montagnes de l&rsquo;ouest du Tian Shan, où est né Nasiraddin Ubaydullah Ibn Mahmud &#8211; Khodja Akhrar.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Selon la légende, Nasiraddin Ubaydullah a montré des qualités inhabituelles dès les premières heures de sa vie. Par exemple, il resté pendant quarante jours sans boire le lait maternel, inaugurant ainsi son premier jeûne. De même, alors que ses parents commençaient à rassembler les villageois pour commencer la cérémonie de la « coupe du premier cheveu », le festin a dû être annulé, car la nouvelle de la mort de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Tamerlan">Tamerlan</a> (1336-1405) avait été annoncée.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/le-soufisme-en-asie-centrale/">Le soufisme en Asie centrale</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant son enfance et sa jeunesse, Nasiraddin Ubaydullah garde ses distances avec les distractions habituelles des jeunes de son âge, leur préférant l&rsquo;étude de la sagesse soufie et le recueillement sur les <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Mazar_(mausol%25C3%25A9e)">mazar</a> de ses prédécesseurs. Il est même dit que Nasiraddin Ubaydullah était tellement absorbé par le <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Zikar-e-Qalbi">Zikr-e-Khafi</a>, répétition mentale du nom de Dieu, que même au milieu d’un bazar bruyant, il ne remarquait rien autour de lui.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une éducation religieuse</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La vocation ascétique du jeune homme est donc rapidement devenue évidente. C&rsquo;est pourquoi à 22 ans ses parents l&rsquo;envoyèrent étudier dans les meilleures écoles coraniques (<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9dersa">madrasa</a>) de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Samarcande">Samarcande</a>. C’est dans cette ville que lui apparurent les prophètes Mahomet et Isa Paygambar (Jésus-Christ) lors d’une transe sur le mazar du saint <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Kusam_ibn_Abbas">Kusam Ibn Abbas</a>, plus connu sous le nom de Chakh-e-Zindeh (« Roi vivant »).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par la suite, et conformément à la vocation de derviche, Nasiraddin Ubaydullah quitte Samarcande pour <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Boukhara">Boukhara</a>, afin d’y étudier l&rsquo;héritage spirituel du cheikh <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Bah%25C3%25A2%25E2%2580%2599uddin_Naqshband">Bahaouddin Naqshbandi</a> (1317-1388), fondateur de la confrérie mystique de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Naqshbandiyya">Naqshbandiyya</a>. En effet, ayant entendu parler de l&rsquo;illustre disciple de Naqshbandi, <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Yaqub_al-Charkhi">Ishan Yaqub ibn Ousmane Al-Charkhi</a>, Nasiradddin Ubaydullah entreprend en 1430 de partir à la recherche de ce dernier, à pied, à travers les <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Monts_Hissar">monts Hissar</a>, difficiles d&rsquo;accès. Quand il atteint enfin le village montagnard de Khalkatu, où se trouvait le monastère de Yaqub Al-Charkhi, Nasiraddin Ubaydullah est tellement exténué qu&rsquo;il s&rsquo;évanouit et reste vingt jours allongé et fiévreux. Les villageois pensaient même que le jeune derviche était mort.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="742" height="416" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/20260455-6d4d-4b1f-9703-a3a57f033ae8.jpeg" alt="Nasiraddin Ubaydullah Ibn Mahmud Khodja Akhrar Islam Soufisme Ouzbékistan" class="wp-image-42326" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/20260455-6d4d-4b1f-9703-a3a57f033ae8.jpeg 742w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/20260455-6d4d-4b1f-9703-a3a57f033ae8-300x168.jpeg 300w" sizes="(max-width: 742px) 100vw, 742px" /><figcaption>Khodja Akhrar, mausolée, centre culturel et religieux à Samarcande. </figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Dès son réveil, Nasiraddin Ubaydullah commence cependant à étudier avec Yaqub Al-Charkhi. Celui-ci se convainc vite de la vocation du jeune soufi et reconnait ses réussites spirituelles. Par conséquent, Nasiraddin Ubaydullah reçoit de la main de son maître l&rsquo;irshad, un certificat donnant le droit d&rsquo;être précepteur soufi. Entre autres, cela signifiait également qu&rsquo;à travers Yaqub Al-Charkhi, les élèves recevaient la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Silsila">silsila</a>, leur chaîne initiatique de transmission spirituelle, par délégation des maitres soufis. Le jeune cheikh, nouvellement nommé précepteur, se rend ensuite à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%A9rat">Hérat</a>, où il sera encore cinq ans le novice du célèbre professeur de soufisme Saïda Tabrizi.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan : <a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/le-soufisme-en-asie-centrale-entre-histoire-et-modernite/">Le soufisme en Asie centrale, entre histoire et modernité</a></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En même temps que l&rsquo;irshad, Yaqub Al-Charkhi transmet à Nasiraddin Ubaydullah le message de Bahaouddin Naqshbandi : <em>« Les mains devraient être au travail, le cœur avec Dieu »</em>. Édicté avec l&rsquo;Ordre de Naqshbandiyya, ce message de sagesse et de sens du travail signifiait à cette époque le refus par ses disciples de l&rsquo;anachorétisme et de la vie d&rsquo;aumône, au bénéfice d&rsquo;une participation active à la vie de la société.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les formes extrêmes de l&rsquo;ascétisme mystique, pratiquées en général par <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ahmed_Yasavi">les disciples de l&rsquo;Ordre soufi de Yassewiyah</a>, étaient plutôt associées à cette époque au mode de vie nomade ou semi-nomade des tribus turques. Au contraire, les premières idées de structures étatiques fortes s’imposèrent en Asie centrale pendant le règne de Tamerlan et de ses proches descendants, permettant ainsi à l&rsquo;Ordre de Naqshbandiyya, à l&rsquo;origine plus répandu parmi les agriculteurs sédentaires et les artisans urbains, de fleurir à cette époque. Cette confrérie a continué à adapter sa doctrine au mode de vie sédentaire, afin de perdurer, en venant éventuellement à remettre en question le pouvoir des autorités laïques, en premier lieu en ce qui concerne la vie spirituelle, mais pas seulement.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une vie «&nbsp;consacrée à Dieu&nbsp;»</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1432, le cheikh Nasiraddin Ubaydullah revient à Tachkent, où il participe activement et sans défaillir à la vie en société. Toutefois, son parcours et sa piété lui valent d’être surnommé <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Khwaja_Ahrar">Khodja Akhrar</a>, c’est-à-dire « consacré à Dieu ». Plus tard, on ajoute aussi à son nom l&rsquo;épithète Vali ou « saint clairvoyant ». À ses disciples, Khodja Akhrar enseigne que la tâche de chercheur spirituel consiste non seulement en son propre salut, mais aussi dans le salut de l&rsquo;Humanité. Selon ses enseignements, il est impossible de résoudre cette tâche en renonçant aux soucis du monde que nous rappellent le travail quotidien et celui de la terre, parties à part entière de la vie collective et politique.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="742" height="490" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/a39ae750-be92-4da1-9a56-fc666f153f00.jpeg" alt="Nasiraddin Ubaydullah Ibn Mahmud Khodja Akhrar Islam Soufisme Ouzbékistan" class="wp-image-42325" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/a39ae750-be92-4da1-9a56-fc666f153f00.jpeg 742w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/a39ae750-be92-4da1-9a56-fc666f153f00-300x198.jpeg 300w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/a39ae750-be92-4da1-9a56-fc666f153f00-128x86.jpeg 128w" sizes="(max-width: 742px) 100vw, 742px" /><figcaption>Khodja Akhrar, mausolée, centre culturel et  religieux à Samarcande. </figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">À son arrivée, le jeune cheikh menait à Tachkent une vie semblable à celle de son arrière-grand-père, Khovendi at-Takhura : il priait beaucoup, parlait peu, se tenait éloigné des gens peu recommandables et des lieux de divertissement. Il portait aussi des vêtements simples et protégeait les malades, veuves et orphelins. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Plus tard, Khodja Akhrar s&rsquo;intéresse cependant aussi à l’agriculture. Il loue un terrain d’une acre près de <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Parkent_District">Parkent</a>, où il installe quelques bœufs appartenant à sa famille de Bogustan et commence à cultiver la terre. D&rsquo;après ses dires, ces actions lui ont été dictées par les visions mystiques qu’il reçut pendant les récitations du <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Zikar-e-Qalbi">Zikr-e-khafi</a>. La prospérité agricole de Khodja Akhrar lui permet, en 1430, d’aider la région lors d’une famine causée par de précédentes sécheresses. Une telle béatitude lui attira ainsi l’amitié de ses concitoyens.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="742" height="361" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/186b72aa-70d8-4420-b0c8-6610acc298c6.jpeg" alt="Nasiraddin Ubaydullah Ibn Mahmud Khodja Akhrar Islam Soufisme Ouzbékistan" class="wp-image-42324" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/186b72aa-70d8-4420-b0c8-6610acc298c6.jpeg 742w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/186b72aa-70d8-4420-b0c8-6610acc298c6-300x146.jpeg 300w" sizes="auto, (max-width: 742px) 100vw, 742px" /><figcaption>Khodja Akhrar, mausolée, centre culturel et  religieux à Samarcande. </figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Bientôt, le nombre de disciples de Khodja Akhrar se compta par milliers. Parmi les élèves qui venaient de loin, il y avait de très éminentes et riches personnalités. Selon la tradition, ceux-ci présentaient des cadeaux et des offrandes au maître soufi. Le cheikh, également en accord avec la tradition, donnait ces cadeaux ou les dépensait en œuvres caritatives, ce qui agrandissait également sa renommée et son autorité. Une part significative des offrandes était remise à l&rsquo;Ordre de Naqshbandiyya, notamment à ses dirigeants spirituels. Ceux-ci commencèrent donc à donner à Khodja Akhrar le surnom de « Qutb » ou “pilier” de la foi. D&rsquo;après le témoignage de ses contemporains, en dépit de sa richesse impressionante, le saint soufi tentait de mener une existence très humble et de ne se distinguer en rien du commun du peuple. Khodja Akhrar dépensait cependant des sommes considérables pour la construction de madrasas et de mosquées.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Des disciples du Khorassan à la Chine</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Poète et écrivain célèbre de ces années-là, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Mir_Alicher_Navo%25C3%25AF">Mir Alicher Navoï</a> (1441-1501) écrivit dans son livre <em>Nassaim Al-Mukhabbat min Shamail al-futuvvat</em> (« <em>Souffles d&rsquo;amour</em>&nbsp;») que du <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Khorassan">Khorassan</a> jusqu’à la Chine, Khodja Akhrar comptait de nombreux disciples parmi les seigneurs musulmans. <em>« Khodja Khodzhei (‘le maître des maîtres’) est une personne consciente de la matière. Devant sa sainteté, son apparence extérieure et sa force d&rsquo;esprit, les gens se prosternaient&nbsp;»</em>, a également écrit le poète perse <a href="http://www.apple.fr">Abd al-Rahmān ibn Ahmad Nūr al-Dīn Ǧāmī </a>(1414-1492), un autre contemporain du précepteur soufi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les historiens soviétiques, pénétrés de l&rsquo;esprit dit d&rsquo;athéisme scientifique, imputèrent à Khodja Akhrar une implication dans le complot qui provoqua la mort de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ulugh_Beg">Tāraghay Ibn Châhrokh Ulugh Beg</a> (1394-1449), petit-fils de Tamerlan, gouverneur éclairé de Samarcande, philosophe et astronome. Cependant, aucune preuve ne vient appuyer cette version. Le sultan Ulugh Beg a effectivement été tué en octobre 1449 sur l&rsquo;ordre de son fils, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Abd_ul-Latif_(Timourides)">Abdul-Latif</a> (1420-1450), évènement qui entraîna une guerre intestine et sanglante au sein du clan timouride.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lire aussi sur Novastan: : </strong><strong><a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/louzbekistan-est-le-pays-de-mon-coeur-rencontre-avec-la-presidente-de-lassociation-la-timuride/">“L’Ouzbékistan est le pays de mon coeur!”: rencontre avec la présidente de l’association La Timuride</a></strong><strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette guerre porta au pouvoir le sultan <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Abou_Sa%25C3%25AFd_(Timourides)">Abu Saïd Mirza</a> (1424-1469), arrière-petit-fils de Tamerlan. Celui-ci rendit personnellement visite à Khodja Akhrar en 1451, avant une bataille décisive qui eut lieu à Samarcande, pour recevoir la bénédiction spirituelle du “pilier” de la foi. À l’issue de la victoire d&rsquo;Abu Saïd Mirza, Khodja Akhrar est invité à la cour du nouveau sultan et devient son proche conseiller ainsi que le maître spirituel de son fils. Certains historiens estiment qu&rsquo;à partir de ce moment-là, le pouvoir revint de fait à&nbsp;Khodja Akhrar.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’héritage de Khodja Akhrar</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La victoire d&rsquo;Abu Saïd Mirza marque un tournant dans la politique de l’époque, puisque la renaissance culturelle du temps d&rsquo;Ulugh Beg est éclipsée par un renouveau religieux. Le rôle du clergé musulman se renforce de façon significative en ce qui concerne les affaires du gouvernement. Ces changements provoquèrent aussi une éradication de toute chose jugée contraire à la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Charia">charia</a> de la vie collective. Par exemple, en 1460, Khodja Akhrar obtient du sultan Abu Saïd l’annulation de l&rsquo;impôt léonin dit de la Tamga, déjà prélevé au temps de la domination mongole, mais jugé contraire aux normes de l&rsquo;islam et de la charia. </p>


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<p class="wp-block-paragraph">En outre, le précepteur soufi est aussi connu pour avoir assoupli notablement le système de sanctions de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Djaghata%C3%AF#:~:text=Le%20khan%20Djaghata%C3%AF%20(1186%2D1241,khan%20(1227%2D1338).">Djaghataï</a>, adopté sous l&rsquo;Empire des Timourides. Ces deux réformes se répercutèrent positivement sur le développement de l&rsquo;industrie artisanale et de l&rsquo;agriculture dans toute la région.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le cheikh Nasiraddin Ubaydullah est aussi à l&rsquo;origine de l’érection de la grande mosquée du vendredi de Tachkent, construite avec ses propres moyens. Le lieu de culte est édifié près du plus vieux marché de Tachkent, Chorsu, à l’endroit même où, neuf siècles auparavant, le fondateur de la ville, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Yahya_ibn_Asad">Yahya Ibn Assad Samanid</a>, aurait ordonné l&rsquo;établissement de la première mosquée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nasiraddin Ubaydullah Ibn Mahmud Khodja Akhrar Shashi vécut jusqu&rsquo;à 85 ans, dans l&rsquo;honneur et le bien-être, et décéda en 1489. Une pierre de marbre fut érigée sur sa tombe, où de nombreuses épitaphes sont gravées, en langue arabe.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="742" height="459" src="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/04dbbd1d-c141-4753-a0ec-5e2ade9fe132.jpeg" alt="Nasiraddin Ubaydullah Ibn Mahmud Khodja Akhrar Islam Soufisme Ouzbékistan" class="wp-image-42323" srcset="https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/04dbbd1d-c141-4753-a0ec-5e2ade9fe132.jpeg 742w, https://novastan.org/fr/wp-content/uploads/sites/4/2021/01/04dbbd1d-c141-4753-a0ec-5e2ade9fe132-300x186.jpeg 300w" sizes="auto, (max-width: 742px) 100vw, 742px" /><figcaption>La grande mosquée du vendredi Khodja Akhrar («Mosquée impériale»), 
près du marché de Chorsu et de la madrasa Koukeldach. 
XIXème siècle. Arrondissement Shaikhantakhur, Tachkent. </figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Quatorze ans après la mort de Khodja Akhrar, sous la direction de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Mohammad_Chaybani">Mohammad Chaybani</a> (1451-1510), des tribus ouzbèkes nomades firent la conquête de Tachkent et étendirent rapidement leur pouvoir sur Samarcande et Boukhara. Seul le jeune émir de Fergana, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Babur">Zahir ud-din Muhammad Babur</a> (1483-1530), descendant de Timur et des khans de Tachkent et plus tard fondateur de l&rsquo;<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Empire_moghol">Empire moghol</a> en Inde du Nord, exerça encore pendant quelques temps une résistance à leur invasion. Babur, s&rsquo;illustrant non seulement comme chef militaire, mais aussi comme philosophe et poète, était un grand admirateur de Khodja Akhrar. Il traduisit notamment du persan au turc le traité théologique principal de Nasiraddin Ubaydullah, <em>Risalay Validia</em> («<em>Message des parents</em>»), consacré à la connaissance d&rsquo;Allah et à la vie intérieure de l&rsquo;Ordre Naqshbandiyya.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les gouverneurs de la dynastie des <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Chaybanides">Chaybanides</a>, eux, redoutant l&rsquo;influence de cet ordre, confisquèrent toutes les terres et les biens de la famille de Khodja Akhrar. Afin de faire concurrence aux enseignements de cette école, ils construisirent aussi, non loin de la Grande mosquée du vendredi de Khodja Akhrar, la célèbre madrasa Koukeldach (« Frère de lait »), établissement d&rsquo;études musulmanes en fonctionnement jusqu’à nos jours. À cette époque, de nombreux lieux de culte furent restaurés ou achevés, notamment sur la place Khast Imam et autour du mausolée de Khovendi at-Takhura, où fut construit le mausolée de Younous-khan.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Deux cents ans plus tard, en 1866, 1868 et 1886, d&rsquo;importants tremblements de terre touchèrent Tachkent, devenue capitale du gouverneur général du Turkestan de l&rsquo;Empire impérial de Russie. Le dernier séisme a été particulièrement destructeur et a démoli presque tous les bâtiments anciens de la ville, y compris nombre de monuments sur les places Khast Imam et Eski Dzhuva. Seul le mausolée du cheikh Khovendi at-Takhura a résisté à la colère de la terre. Même la Grande mosquée du vendredi a été fortement touchée et restaurée vingt ans plus tard seulement, grâce à un don de l&#8217;empereur russe <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_III_(empereur_de_Russie)">Alexandre III</a> aux musulmans de Tachkent. La mosquée de Khodja Akhrar fut donc renommée « Mosquée impériale » par le peuple de Tachkent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lire aussi sur Novastan: <a href="https://novastan.org/fr/ouzbekistan/detruire-ou-sauver-la-question-de-la-renovation-du-patrimoine-posee-a-tachkent/"><strong>Détruire ou sauver? La question du patrimoine posée à Tachkent</strong></a></p>



<p class="wp-block-paragraph">De nos jours, les pèlerins aiment visiter le complexe mémorial de Khodja Akhrar, construit en 1630 par le vizir Nadir Divan-Begi, conseiller de l&rsquo;émir de Boukhara, mais fortement touché par les tremblements de terre de la fin du XIXème siècle. Restauré avec soin depuis le début du XXème siècle, le monument à la mémoire de Khodja Akhrar, caractérisé par une atmosphère calme et intime, est souvent visité par des pèlerins fidèles aux enseignements du précepteur soufi. L’honneur fait à la mémoire du saint est bien la preuve que, même sans une légende remplie de miracles ou d&rsquo;exploits fabuleux, Khodja Akhrar reste parmi les saints et ascètes musulmans les plus appréciés d’Ouzbékistan.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les études précédemment publiées par Fergana News peuvent être lues</em><em> </em><em><a href="https://fergana.agency/search/?search=%2525D1%252581%2525D0%2525B0%2525D0%2525BA%2525D1%252580%2525D0%2525B0%2525D0%2525BB%2525D1%25258C%2525D0%2525BD%2525D1%25258B%2525D0%2525B5+%2525D0%2525BC%2525D0%2525B5%2525D1%252581%2525D1%252582%2525D0%2525B0+%2525D0%2525A3%2525D0%2525B7%2525D0%2525B1%2525D0%2525B5%2525D0%2525BA%2525D0%2525B8%2525D1%252581%2525D1%252582%2525D0%2525B0%2525D0%2525BD%2525D0%2525B0">ici</a></em><em>.</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Andreï Koudriachov</strong><br><strong>Auteur et photographe pour Fergana News</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Taduit </strong><strong><a href="https://fergana.agency/photos/109656/">du russe</a></strong><strong> par Pauline Clémence Baranov</strong></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Édité par Anne-Charlotte Marcombe</strong> </p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Relu par Anne Marvau</strong></p>


<p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a> ou nous envoyer un email à <a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p>
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		<title>Le soufisme en Asie centrale, entre histoire et modernité</title>
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		<pubDate>Thu, 11 Jun 2020 08:53:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Kazakhstan]]></category>
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		<category><![CDATA[Ouzbékistan]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/le-soufisme-en-asie-centrale-entre-histoire-et-modernite/">Le soufisme en Asie centrale, entre histoire et modernité</a></p>
<p>L’institutionnalisation du soufisme en Asie centrale s’est traduite par la naissance de diverses confréries et une influence plus ou moins forte dans la sphère politique. Si durant l’URSS, seules les pratiques les moins politisées de ce courant ésotérique de l’islam ont pu subsister, le soufisme n&#8217;est plus aujourd’hui que l’ombre de lui-même dans la région. [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/kazakhstan/le-soufisme-en-asie-centrale-entre-histoire-et-modernite/">Le soufisme en Asie centrale, entre histoire et modernité</a></p>
<p style="text-align: justify"><strong>L’institutionnalisation du soufisme en Asie centrale s’est traduite par la naissance de diverses confréries et une influence plus ou moins forte dans la sphère politique. Si durant l’URSS, seules les pratiques les moins politisées de ce courant ésotérique de l’islam ont pu subsister, le soufisme n&rsquo;est plus aujourd’hui que l’ombre de lui-même dans la région. </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Novastan reprend et traduit ici un article publié le 10 octobre 2016 par le média américain </strong><a href="https://caa-network.org/archives/7665"><strong>Central Asian Analytical Network</strong></a><strong>.  </strong></p>
<p style="text-align: justify"><a href="https://www.oeaw.ac.at/en/iran/institute/staff/former-staff-members/babadjanov-bakhtiyar/">Bakhtiar Babadjanov</a>, docteur en histoire et chef du département d’études islamiques de l’Institut d’études orientales Bérouni en Ouzbékistan est un expert du <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Soufisme">soufisme</a> dans son pays et en Asie centrale. Il a consacré sa thèse à l’activité politique des cheikhs soufis de la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Naqshbandiyya">Naqshbandiyya</a> de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Transoxiane">Transoxiane</a> et à l’histoire des centres soufis, qui lui ont permis d’esquisser un panorama de la situation religieuse actuelle.</p>
<p>
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		</p>
<p style="text-align: justify">Lorsque ce courant ésotérique de l’islam s’est institutionnalisé en Asie centrale au Xème siècle, la région a vu naître plusieurs confréries baptisées du nom de leurs fondateurs : la Kubrawiyya, fondée par <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Najm_al-Dîn_Kubrâ">Najm al-Dîn Kubrâ</a>, la Yasawiyya, fondée par <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Mausolée_de_Khoja_Ahmed_Yasavi">Khoja Ahmed Yasavi</a>, ou encore la Naqshbandiyya fondée par Abd al-Khâliq al-Ghujdawânî et <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Bahâ’uddin_Naqshband">Khwaja Shâh Bahâ’uddîn Naqshband</a>. Les fraternités soufies ont connu une évolution assez compliquée, alternant les périodes d’épanouissement, de crise, de stagnation et de divisions internes. Ces crises sont notamment liées à la politisation des dirigeants soufis. L’apparition des premières formes d’organisation dans les confréries soufies (khanqah, zaouïa, tekke, etc.) a transformé le soufisme en un mouvement social rassemblant différentes couches des sociétés médiévales. Son développement dépendait alors de son rôle dans la vie politique.</p>
<p style="text-align: justify">Or, cette implication politique et économique, au détriment de la moralité et la spiritualité du soufisme originel, est la principale cause de la stagnation de la Naqshbandiyya dans la région. La politisation de ses activités est due à Khodja Oubaidallah Ahrar, célèbre cheikh soufi du XVème siècle, et de ses disciples. Ceux-ci ont davantage intégré la sphère politique et collectionné davantage de richesses que les cheikhs soufis de la période classique. Ces éléments, bien plus que ses opinions spirituelles et philosophiques, ses paroles et ses actes, ont marqué l’histoire de la fraternité.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Lire aussi sur Novastan : </strong><a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/le-soufisme-en-asie-centrale/"><strong>Le soufisme en Asie centrale</strong></a></p>
<p style="text-align: justify">L’évolution des confréries soufies a joué un rôle positif dans la vie des sociétés locales, accentuant considérablement l’influence du soufisme. Cependant, au fil du temps, lorsque les acteurs politiques soufis se sont liés aux dynasties régnantes, leur influence s’est affaiblie, ce qui a mené à l’intériorisation des principales branches de la Naqshbandiyya et des dirigeants de clans soufis.</p>
<p style="text-align: justify">Au Moyen Âge, le soufisme politique s’est émancipé de ses préceptes classiques et mystiques. Les doctrines se sont simplifiées et se sont concentrées sur la pratique rituelle, nettement épurée elle aussi. La Naqshbandiyya a continué d’exercer sous cette forme une influence majeure sur les sociétés locales. La renaissance de cette fraternité est liée à sa branche indienne, dont les dirigeants ont eux aussi finalement acquis des fonctions politiques.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Les soufis pendant la période soviétique</strong></p>
<p style="text-align: justify">Pour Bakhtiar Babadjanov, certaines branches de confréries telles que la Naqshbandiyya, qui ne pouvaient jouer aucun rôle social notable en raison de leur manque d’envergure, ont pu conserver leurs cercles d’initiés et leurs rituels collectifs, notamment le <em>dhikr</em>. C’est ce soufisme épuré, loin du mysticisme et de la philosophie complexes, qui a principalement survécu durant l’époque soviétique.</p>
<p style="text-align: justify">Certains spécialistes ne parlent pas de soufisme, mais de ses formes amorphes et spontanées conservées dans la mémoire collective : rituels, traditions folkloriques et ethnographiques. Le nombre de participants à ces réunions rituelles était limité, de même que leurs structures organisationnelles, car l’athéisme imposé leur interdisait toute activité politique.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>L’état actuel du soufisme en Ouzbékistan</strong></p>
<p style="text-align: justify">Bakhtiar Babadjanov ne parle pas soufisme au sens classique du terme. Selon lui, il est difficile de faire revivre des traditions mystiques et philosophiques complexes ou des expériences psychologiques sur la voie de la connaissance et l’amélioration de soi ou, comme le nomment les soufis, le « chemin complexe vers Allah ». Même au Moyen Âge, rares étaient ceux qui maîtrisaient les aspects de la voie soufie.</p>
<p style="text-align: justify">Dans l’histoire de l’islam, ce « soufisme intellectuel » n’est le fait que de quelques piliers, dont les travaux ont alimenté les études de nombreux savants modernes. Aujourd’hui, Bakhtiar Babadjanov ne constate aucune compréhension profonde et claire de la philosophie soufie dans les discours de ceux qui se déclarent soufis en Asie centrale. Certes, le début des années 1990 et 2000 a vu des confréries exister dans <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Vallée_de_Ferghana">la vallée de Ferghana</a> et à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Boukhara">Boukhara</a>, dans l’actuel Ouzbékistan. Cependant, lorsque le docteur en histoire les a découvertes, il n’a cru qu’en une renaissance et en un développement du mouvement. Mais des études plus détaillées et, surtout, leur évolution ont démontré que ce phénomène n’était que le reflet de l’évolution spontanée et brève de certains héritiers de la pensée soufie traditionnelle sur fond de crise de l’idéologie soviétique, de recrudescence de la foi et d’instabilité politique qui ont suivi l’indépendance.</p>
<p style="text-align: justify">En outre, ses observations, fruits de nombreux entretiens avec des soufis, lui ont permis de conclure que la plupart des leaders (tel qu’Ibrahim Hazrat, originaire du district de Kokand, décédé en 2009) connaissaient bien les rituels soufis, notamment le <em>dhikr</em> et le <em>tawajjuh</em>, mais manquaient d’aisance  avec la tradition littéraire soufie et les écrits des cheikhs dont ils faisaient mention dans leurs chaînes initiatiques de transmission spirituelle (<em>silsila</em>). Ces structures, renommées « fraternités » après l’indépendance de l’Ouzbékistan, se sont développées grâce aux rituels collectifs qui liaient leurs membres et à l’autorité spirituelle de leurs dirigeants.</p>
<p style="text-align: justify">De nombreux experts du soufisme évaluent le mouvement actuel à l’aune de sa popularité antérieure. Ils notent que la théologie musulmane a systématiquement tendance à se complaire dans son raffinement et son érudition littéraire ainsi qu’à se détacher des problèmes quotidiens de la communauté des croyants. Celle-ci, privée d’éducation religieuse digne de ce nom, cesse souvent de comprendre ses dirigeants spirituels et se cherche des idoles parmi ceux qu’elle sent proches de sa vie et de ses problèmes. C’est cette place que la plupart des nouveaux dirigeants soufis ont essayé de prendre.</p>
<p style="text-align: justify">Ces groupes se sont appuyés sur l’autorité de leurs dirigeants. Or, ceux-ci sont morts ou ont vieilli, de sorte que l’élan n’a pas perduré. D’autres n’ont pas été en mesure de répondre aux défis, car ils étaient trop conservateurs et parfois peu alphabétisés. La réalité d’hier n’est plus celle d’aujourd’hui. Ceux qui se déclaraient soufis ne pouvaient pas toujours satisfaire les demandes spirituelles des fidèles et ceux-ci se sont alors tournés vers d’autres horizons.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Relation officielle avec le soufisme</strong></p>
<p style="text-align: justify">L’indépendance de l’Ouzbékistan a été marquée par la recherche d’une alternative spirituelle à l’idéologie soviétique. Dans ce contexte, le soufisme a été déclaré « patrimoine exceptionnel » et la rhétorique soufie du Moyen Âge a souvent été utilisée dans la propagande pour jouer des stéréotypes. Les œuvres des leaders soufis ont été activement traduites et des cérémonies ont été organisées pour leur anniversaire, calquées sur le faste soviétique. Bakhtiar Babadjanov perçoit dans ce panégyrique de « l’héritage soufi » le désir naturel de la classe politique de trouver une alternative à l’agressivité et au terrorisme vers lesquels semblait se porter l’islam politique.</p>
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		</p>
<p style="text-align: justify">Dans ce contexte tendu, les maximes soufies choisies parmi l’hagiographie médiévale et qui invitent à la créativité (« Les mains pour le travail, le cœur pour Dieu »), à la tolérance et à la non-participation politique ont trouvé un certain écho. En réalité, le problème n’était pas l’adoption des valeurs soufies par la communauté musulmane. Il résidait plutôt dans la propagande, qui présentait ces valeurs sans les comprendre ou connaître l’histoire du soufisme.</p>
<p style="text-align: justify">L’absence de spécialistes de l’islam et du mysticisme musulman a eu un impact négatif sur la vision du soufisme dans la région. L’interprétation des principes éthiques ou philosophiques du soufisme reste simpliste et ne jouit pas du sérieux qu’elle mérite.</p>
<p style="text-align: justify">Si les théologiens modernes locaux, notamment officiels, connaissent le soufisme, rares sont ceux qui en maîtrisent toutes les subtilités. Le mysticisme médiéval demeure également méconnu. Certains le traitent avec déférence, mais le considèrent comme un héritage spirituel. D’autres ne reconnaissent pas du tout le soufisme. Ceux-là ont souvent étudié en Arabie saoudite ou au Pakistan. Leurs conflits, ouverts ou non, avec les soufis étaient assez fréquents, comme au Kazakhstan.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Le soufisme, bouclier contre le terrorisme et les élites modernes en Asie centrale</strong></p>
<p style="text-align: justify">Le soufisme a ainsi connu une évolution très complexe en Asie centrale et a souvent été considéré comme une force politique organisée, voire assez agressive, désireuse de soumettre le cadre juridique officiel aux préceptes de l’islam ou d’établir un ordre social fondé sur la charia. De plus, le soufisme a défendu différentes hypostases, parfois contradictoires : tantôt des idées radicales, tantôt des alternatives à la violence contre les régimes dictatoriaux ou contre ce qu’ils considèrent être un « mauvais islam ».</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Lire aussi sur Novastan : </strong><a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/radicalisation-islamiste-parmi-la-jeunesse-centrasiatique-mythe-ou-realite/"><strong>Radicalisation islamiste parmi la jeunesse centrasiatique : mythe ou réalité ?</strong></a></p>
<p style="text-align: justify">Certains soufis font partie de l’élite politique au Kazakhstan, et non dans d’autres républiques centrasiatiques, <em>a fortiori</em> en Ouzbékistan. Au contraire, la diminution progressive de leur influence semble marquer la fin de leur présence dans la sphère politique.</p>
<p style="text-align: right"><strong>Chouhratjon Hourramov<br />
Journaliste pour le Central Asian Analytical Network</strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Traduit </strong><a href="https://caa-network.org/archives/7665?fbclid=IwAR1vldNxjLBglN8chsnqPHYVKvVmFKjPkwCZN_iI5oz_hk1OYdvS-fvHAHw"><strong>du russe</strong></a><strong> par Pierre-François Hubert</strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Édité par Amel-Amélie Karam </strong></p>
<p style="text-align: right"><strong>Relu par Anne Marvau<br />
</strong></p>
<p><p><em>Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez <a href="https://forms.gle/3M7U3fyMRXAiaZmJA">répondre anonymement à ce questionnaire</a> ou nous envoyer un email à <a href="mailto:redaction@novastan.org">redaction@novastan.org</a>. Merci beaucoup !</em></p></p>
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		<title>Le soufisme en Asie centrale</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Thomas Ciboulet]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 08 Oct 2017 06:21:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Kazakhstan]]></category>
		<category><![CDATA[Kirghizstan]]></category>
		<category><![CDATA[Ouzbékistan]]></category>
		<category><![CDATA[Région Ouïghoure]]></category>
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		<category><![CDATA[Asie centrale]]></category>
		<category><![CDATA[Islam]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/le-soufisme-en-asie-centrale/">Le soufisme en Asie centrale</a></p>
<p>Le soufisme, une pratique ésotérique de l'islam, a eu une histoire particulière en Asie centrale : plusieurs courants s'y sont implantés, tandis que d'autres y sont nés avant de rayonner parfois sur une grande partie du monde musulman. Explications. Plusieurs courants du soufisme sont nés en Asie centrale. Parmi eux, on peut en citer 3 : [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://novastan.org/fr/kirghizstan/le-soufisme-en-asie-centrale/">Le soufisme en Asie centrale</a></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Le soufisme, une pratique ésotérique de l'islam, a eu une histoire particulière en Asie centrale : plusieurs courants s'y sont implantés, tandis que d'autres y sont nés avant de rayonner parfois sur une grande partie du monde musulman. Explications.</strong></p>
<p style="text-align: justify">Plusieurs courants du soufisme sont nés en Asie centrale. Parmi eux, on peut en citer 3 : la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ahmed_Yasavi">Yasawiyya</a>, la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Kubr%C3%A2wiyya">Kubrawiyya</a> et la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Naqshbandiyya">Naqshbandiyya</a>. Avec des influences diverses...</p>
<p style="text-align: justify"><strong>L'Asie centrale à l'origine de différents courants du soufisme</strong></p>
<p style="text-align: justify">La Yasawiyya est probablement la première confrérie soufie turque, fondée par un poète mystique nommé Ahmet Yasavi. Sa tombe se trouve aujourd'hui à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Turkestan_(ville . . .
</p>

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