Emomalii Rahmon Tadjikistan Election Présidentielle Vote Politique

Tadjikistan : le président Emomalii Rahmon en route vers un cinquième mandat

Le 26 août dernier, le président tadjik Emomalii Rahmon, au pouvoir depuis 28 ans, a officiellement été désigné comme candidat à sa propre succession au cours d’un congrès de la Fédération des syndicats indépendants du Tadjikistan. Cette nomination met fin aux spéculations entourant une possible candidature de son fils, Rustam Emomali, actuellement président du Sénat et numéro 2 de l’État. La réélection d’Emomalii Rahmon ne fait aucun doute, bien que quatre autres candidats soient officiellement en lice.

Après des mois de spéculations, la nouvelle est désormais officielle. Selon le média tadjik indépendant Asia-Plus, le congrès de la Fédération des syndicats indépendants du Tadjikistan a désigné le 26 août dernier Emomalii Rahmon comme candidat à l’élection présidentielle, prévue en octobre prochain. Ce dernier, âgé de 67 ans, se maintient au pouvoir dans la petite République centrasiatique depuis 1992, un record dans une région pourtant peu connue pour ses pratiques démocratiques. Réélu avec des scores quasi soviétiques à trois reprises (en 1999 avec 97,6 % des voix, en 2006 avec 79,3 % et en 2013 avec 84 %) au cours de scrutins jugés non libres et non transparents par la communauté internationale, le président tadjik devrait remporter les élections sans encombre, et se voir ainsi confier un nouveau mandat d’une durée de sept ans.

Novastan est le seul média en français et en allemand spécialisé sur l'Asie centrale. Entièrement associatif, il fonctionne grâce à votre participation. Nous sommes indépendants et pour le rester, nous avons besoin de vous ! Vous pouvez nous soutenir en vous abonnant, en réalisant un don défiscalisé à 66 %, ou en devenant membre actif par ici.

Le 6 août dernier, le parlement tadjik a décidé d’avancer la date de l’élection au 11 octobre, alors que celle-ci a traditionnellement lieu au mois de novembre. Selon le média américain Eurasianet, qui cite des sources gouvernementales tadjikes, l’élection a officiellement été décalée pour éviter qu’elle ne coïncide avec une éventuelle deuxième vague de l’épidémie de coronavirus. Pour autant, le gouvernement ne cesse de clamer que la situation sanitaire est sous contrôle, les autorités ne rapportant qu’une trentaine de cas chaque jour.

Le fils du président, Rustam Emomali, devra patienter

L’annonce de la candidature d’Emomalii Rahmon met fin au seul suspense qui animait la pré-campagne présidentielle. Ces derniers mois, les médias tadjiks bruissaient en effet de rumeurs sur une possible transition dynastique à la tête de l’État tadjik, le fils du président, Rustam Emomali, s’étant progressivement placé en position idéale pour succéder à son père.

Lire aussi sur Novastan : Tadjikistan : le fils du président devient le numéro 2 de l’État

Les interrogations sur une éventuelle candidature de Rustam Emomali à la présidence trouvent leur origine dans la réforme constitutionnelle de mai 2016, adoptée par référendum. L’un des amendements prévoyait ainsi d’abaisser l’âge minimum requis pour se présenter à l’élection présidentielle de 35 à 30 ans. De nombreux observateurs et citoyens avaient alors perçu cet amendement comme une manœuvre visant à autoriser la candidature de Rustam Emomali, qui sera âgé de 33 ans seulement le jour de l’élection. « Tout ceci est fait pour Rustam [Emomali], n’est-ce pas ? », avait alors déclaré un jeune Tadjik, interrogé par Eurasianet, à propos de la réforme.

Depuis lors, Rustam Emomali a connu une ascension politique fulgurante. Nommé maire de la capitale Douchanbé en janvier 2017, à l’âge de 29 ans, ce dernier s’est ensuite fait élire sénateur en mars 2020. Le 17 avril dernier, soit moins d’un mois après son élection, il a été élu président de la chambre haute du Parlement, accédant ainsi à la deuxième plus haute fonction de l’État dans l’ordre protocolaire. En outre, comme l’a noté Eurasianet, le fils du président s’est fréquemment montré aux côtés de son père lors de visites officielles, notamment au plus fort de l’épidémie de coronavirus. Ces apparitions, additionnées aux incertitudes quant à l’état de santé du président, ont progressivement imposé l’idée que Rustam Emomali serait candidat à la présidentielle dès cette année.

Envie d'Asie centrale dans votre boîte mail ? Inscrivez-vous gratuitement à notre newsletter hebdomadaire en cliquant ici.

Pourtant, le fils devra patienter et attendre son heure, qui finira sans doute par venir. La succession du « Leader de la Nation » paraissant assurée, ce dernier semble vouloir prendre son temps. Interrogé par le média Radio Ozodi, la branche tadjike du média américain Radio Free Europe, Abdoumalik Kadyrov, un expert indépendant, estime que la candidature du père « met fin aux spéculations » et découle d’une volonté de « ne pas prendre de risques, compte tenu des évènements en Biélorussie“. Dans cet autre pays d’ex-URSS, le président Alexandre Loukachenko fait face à d’importantes manifestations, à la suite de sa réélection jugée frauduleuse par une partie de la population.

Plusieurs autres candidats sur la ligne de départ

Si la réélection d’Emomalii Rahmon ne fait aucun doute, plusieurs chefs de parti ont d’ores et déjà annoncé leur candidature à l’élection présidentielle. Ces partis ne constituent pas une opposition réelle au président tadjik, mais servent à préserver les apparences d’une élection « démocratique ». Ainsi, Rustam Latifzoda pour le Parti agraire, Abdoukhalim Gafforov pour le Parti socialiste, Saïdjafar Ousmonzoda pour le Parti démocratique du Tadjikistan et Rustam Rakhmatzoda pour le Parti des réformes économiques sont déjà dans la course, comme l’a rapporté Asia-Plus. Lors des élections législatives de mars dernier, seuls le Parti agraire et le Parti des réformes économiques avaient obtenu un score supérieur à 5 %, synonyme de représentation au Parlement.

Lire aussi sur Novastan : Élections législatives au Tadjikistan : le parti du président obtient la majorité absolue

En revanche, le Parti social-démocrate du Tadjikistan, l’un des seuls petits partis d’opposition autorisés au Tadjikistan, a annoncé son intention de boycotter les élections. « En tant que citoyen du Tadjikistan et président du Parti social-démocrate, je n’ai pas l’intention de participer aux élections et de légitimer les élections illégales et inconstitutionnelles pour le poste de président de la République du Tadjikistan », a ainsi déclaré le président du parti, Rahmatullo Zoirov, cité par Radio Ozodi, le 24 août dernier. Rahmatullo Zoirov, qui avait déjà renoncé à prendre part aux scrutins présidentiels de 2006 et 2013, a en outre accusé Emomalii Rahmon d’avoir transformé le système politique tadjik en « système à parti unique ».

Enfin, comme le souligne Eurasianet, le régime a renforcé la répression à l’encontre des membres du Parti de la renaissance islamique du Tadjikistan, banni par les autorités en 2015, et désormais considéré comme une organisation terroriste. D’après Radio Ozodi, trois fils de Saïd Qiyomiddin Ghazi, l’un des fondateurs du parti (mort en prison dans des circonstances mystérieuses en 2019), ont ainsi été arrêtés par la police le 14 août dernier. Un autre ancien membre du parti, Jaloliddin Mahmoudov, a également été arrêté début août, toujours selon Radio Ozodi. Cette vague d’arrestations est sans doute la conséquence de la crispation du régime autoritaire tadjik à l’approche d’un exercice de relégitimation nécessaire, mais néanmoins toujours risqué. 

Quentin Couvreur
Rédacteur pour Novastan

Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez répondre anonymement à ce questionnaire ou nous envoyer un email à redaction@novastan.org. Merci beaucoup !

Partager avec
Aucun commentaire

Ecrire un commentaire

Captcha *