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Le renouveau du studio Tajikfilm, qui fête ses 91 ans Novastan | Le renouveau du studio Tajikfilm, qui fête ses 91 ans
Tajikfilm Tadjikistan Cinema Sovietique

Le renouveau du studio Tajikfilm, qui fête ses 91 ans

Le studio de production cinématographique Tajikfilm fête ses 91 ans en 2021, l’occasion de revenir sur l’histoire de ce studio de cinéma tadjik qui cherche désormais à reprendre son élan dans un nouveau format et un nouveau style.

Novastan reprend et traduit ici un article publié le 15 mai 2021 par le média tadjik Asia-Plus.

Au cours de son existence, le studio Tajikfilm a traversé différentes périodes. De sa création en 1930 au développement rapide dans les années 1960 puis à l’accalmie après la dissolution de l’URSS, le studio de cinéma a toujours su innover et se renouveler, sans jamais stagner.

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« Même pendant les années de la guerre civile, des films ont été réalisés et sont conservés dans les archives », a déclaré en 2020 Tolib Rakhmatoulloïev, directeur adjoint du studio, lors de la célébration de la Journée du cinéma tadjik et du 90ème anniversaire du studio de cinéma.

Au commencement dans un petit laboratoire cinématographique

C’est le 15 mai 1930 que le petit laboratoire de cinéma tadjik, par décret du Conseil suprême de l’économie nationale, prend le nom de Tajikkino.

Tajikfilm Tadjikistan Cinéma Soviétique

En 1938, le studio de cinéma est renommé Stalinabad Film Studio, puis fusionne brièvement avec le studio Soyоuzdetfilm (aujourd’hui Studio Maxim Gorki, ndlr) entre 1941 et 1943 avant de finalement reprendre son indépendance et son nom définitif, Tajikfilm, en 1961.

A l’origine, le studio produit des films d’actualité et des documentaires, puis, à partir de 1932, il se lance également dans la production de longs métrages. Derrière ce studio se cache toute l’histoire du cinéma tadjik, des films au style ethnographique et les noms de leurs réalisateurs, connus dans le monde entier.

Les premiers films

Durant les premières années de son existence, le studio de cinéma ne disposait pas de l’équipement et de la technologie nécessaires, incitant ses équipes à faire preuve d’ingéniosité en transformant du matériel photographique en outils de tournage.

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À cette époque, pour se rendre sur le lieu de tournage par exemple, les équipes utilisaient tous les moyens de locomotion qui leur étaient accessibles : tantôt marcher à pied, tantôt monter à cheval, à dos de chameau ou à dos d’âne, tantôt en étant recueillis par des automobilistes au gré de la chance et du hasard. C’est notamment grâce à un travail acharné et à la persévérance que les équipes du studio Tajikfilm ont pu capturer l’histoire et la culture du Tadjikistan et de ses habitants.

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Au cours de ses premières années d’existence, Tajikfilm a produit en parallèle à la fois de nombreux documentaires de propagande, mais également plusieurs films d’auteur. À cette époque, la technologie pour réaliser des films était simple et rudimentaire. Les films étaient réalisés sans son, en noir et blanc.

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Parmi les premiers longs métrages muets figuraient Droit à la dignité (1932), Loin de la frontière (1932), Quand les émirs meurent (1932) et Le Dieu vivant (1935).

Kamil Yarmatov et le cinéma tadjik

Le début de l’histoire du cinéma tadjik est largement associé au nom de Kamil Yarmatov. En 1934, il réalise L’Emigrant, considéré comme le meilleur long métrage muet tadjik.

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Dans ce film, Kamil Yarmatov joue lui-même le rôle du personnage principal, Kamil, et sa femme Sofia Touïboïeva lui donne la réplique. L’Emigrant raconte l’histoire d’un jeune homme qui tente d’aller chercher fortune et bonheur en émigrant. Ne trouvant finalement ni l’un ni l’autre hors des frontières, il retourne dans son pays natal, apprenant au cours de son voyage la vraie valeur de celui-ci.

Malgré le caractère propagandiste du film, visant à promouvoir la vie dans l’Union soviétique socialiste plutôt qu’ailleurs, il illustre pour la première fois à l’écran la vie nationale tadjike.

La collaboration avec Soyоuzdetfilm

L’époque de la Grande guerre patriotique (l’opposition entre l’Union soviétique et l’Allemagne nazie durant la Seconde guerre mondiale, ndlr) est considérée comme une autre étape importante dans le cinéma tadjik. À l’été 1941, la plupart des studios de cinéma soviétiques sont évacués vers l’Asie centrale, notamment au Tadjikistan.

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C’est alors que Soyouzdetfilm fusionne avec le studio Tajikfilm. Cette collaboration a notamment permis un échange des connaissances et des techniques entre les équipes des deux studios, les équipes de Tajikfilm apprenant aux côtés des cinéastes plus expérimentés de Soyouzdetfilm.

À la suite de cette collaboration, d’excellents films tels que Le Fils du Tadjikistan (1942) et Film musical tadjik ont été produits. Outre le caractère propagandiste des deux films, y figure également une tentative de glorification de la culture nationale tadjike.

Le développement d’un nouveau point de vue

Dans la seconde moitié des années 1950, une autre période de développement du cinéma tadjik commence. La limitation du point de vue à la seule illustration des éléments extérieurs des personnages et du pays ne faisant plus l’unanimité, une nouvelle vision s’impose. Pour ce faire, le studio décide d’illustrer les aspects plus profonds et plus complexes de la vie des Tadjiks et du Tadjikistan. A cette époque, le studio Tajikfilm travaillait déjà à la création de films en couleur avec son.

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Dans les années 1950 et 1970, le réalisateur Boris Kimiagarov, d’origine ouzbèke, réalise de nombreux films mettant en valeur la culture et les traditions tadjikes. À cette époque, il est considéré comme l’un des principaux réalisateurs du paysage cinématographique tadjik. Grâce à son travail, le cinéma tadjik a eu l’opportunité d’exposer les thèmes vitaux de son identité nationale, notamment la culture persane, et d’en faire des films renommés.

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Ses films sont considérés comme des œuvres majeures de la cinématographie tadjike, comme Le destin d’un poète, lauréat du premier prix du Festival du film du Caire en 1959. Ses autres films notables sont La bannière du forgeron (1961), La légende de Rostam (1970), Rostam et Sohrâb (1971), La légende de Siavach (1976), l’adaptation de Dokounda (1956) d’après l’œuvre de l’écrivain Sadriddin Aïni, ou encore Hasan-arbakech (1965) et L’homme change de peau (1977-1978).

Des documentaires et des classiques

D’autres films tels que Dans les montagnes du Pamir (1946), Dans le Pamir (1952), La vallée de Vakhch (1954), Le pays de la jeunesse (1950), Tadjikistan soviétique (1951), Bonjour Tadjikistan (1960), Quatre chansons sur le Tadjikistan (1964) et Sadriddin Aïni (1949) ont servi de base au cinéma documentaire tadjik. À l’aide de ces films, Boris Kimiagarov a su sublimer la culture tadjike et en faire découvrir les valeurs et les sources spirituelles.

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Avec Boris Kimiagarov, d’autres réalisateurs ont travaillé avec les studios Tajikfilm, comme Davlat Khoudonazarov, Valéry Akhadov, Takhir Sabirov, Marat Aripov, Anvar Touraïev, Margarita Kasymova, Abdousalom Rakhimov, Soukhbat Khamidov ou encore Moukadas Makhmoudov.

Leurs œuvres sont considérées comme faisant partie des meilleurs films du cinéma tadjik de la période soviétique. Parmi eux figurent des films tels que La dernière nuit de Shéhérazade (1987) de Takhir Sabirov, Zоumrad (1962) d’Abdousalom Rakhimov, Été 1943 (1968) et Aujourd’hui et toujours (1979) de Margarita Kasymova, Le piano blanc (1969) de Moukadas Makhmoudov, Secrets de famille (1983) de Valéry Akhadov, ou encore L’histoire du petit Muck (1983) d’Elizaveta Kimiagarova.

La recherche de nouveaux thèmes et d’une nouvelle esthétique

À la fin des années 1980 et au début des années 1990, des transformations quantitatives et qualitatives ont eu lieu dans le cinéma tadjik. De nouvelles approches et de nouveaux thèmes ont émergé tant à travers les documentaires que dans les films d’auteur.

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Ces innovations ont été mises en œuvre par une nouvelle génération de cinéastes tels que Maïram Yousoupova, Poulod Akhmedov, Safar Khakdodov, Goulbakhor Mirzoïeva, Tolib Khamidov, Saïf Rakhimov, Bakhtiar Khoudojnazarov, Jamched Ousmonov et Safarbek Solekh, qui, malgré le caractère propagandiste des films réalisés, ont tenté d’y insuffler de nouveaux thèmes.

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Parmi leurs œuvres notables, des films comme Le temps de l’herbe jaune (1991) de Maïram Yousoupova, Bratan, le frère (1991) de Bakhtiar Khoudojnazarov et le documentaire L’Appartement (1989) de Saïdo Kourbanov se distinguent par une analyse approfondie de la vie intérieure des personnages et l’utilisation d’un nouveau langage et d’une nouvelle esthétique cinématographique.

Des difficultés après l’indépendance

Après l’effondrement de l’Union soviétique et l’indépendance du Tadjikistan en 1991, la cinématographie nationale a été confrontée à la crise financière et économique la plus grave de son histoire, due au déclenchement de la guerre civile. A cette période, la plupart des travailleurs du cinéma tadjik ont été contraints de quitter le pays.

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Par conséquent, une partie des films de cette époque ont été réalisés à l’extérieur du pays. Parmi eux, il y a On est quitte (1993) et Luna Papa (1999) de Bakhtiar Khoudojnazarov, Flight of the Bee (1998) et L’Ange de l’épaule droite (2002) de Jamched Ousmonov. C’est également au cours de ces années que plusieurs studios de cinéma privés sont apparus dans le pays, notamment les studios Sinamo et Kino Service.

Le futur du studio Tajikfilm

Après avoir traversé des années difficiles, le studio de cinéma Tajikfilm reprend son souffle et cherche désormais à présenter ses films dans un nouveau format et dans un nouveau style.

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La nouvelle génération a apporté avec elle de nouvelles valeurs, une nouvelle vision, de nouveaux thèmes. Ces dernières années, le studio de cinéma a tourné des films tels que Barkhourd de Firdaous Niyozov, Tasfiya de Charofat Arabova, Durbin de Robiya Atoïeva, Taxi de Faïzoullo Faïzov ou encore The Cry of Tanbur d’Anisa Sabiri.

Dans la première moitié de l’année 2020 marquée par la pandémie, Tajikfilm a tourné trois longs métrages d’auteur, trois courts métrages, dix documentaires et un film d’animation. Certains nouveaux films tadjiks ont déjà acquis une reconnaissance internationale.

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The Cry of Tanbur d’Anisa Sabiri, Rêveurs provinciaux de Roumi Choazimov, Le bus d’Abdoulkhaï Zokirov et de nombreux autres films réalisés par des Tadjiks sont aujourd’hui connus non seulement au Tadjikistan, mais aussi à l’étranger.

Ainsi, le cinéma tadjik poursuit sa mission originelle, à savoir présenter sa culture nationale au monde, comme il le fait depuis ses débuts.

 

La rédaction d’Asia Plus

Traduit du russe par Oxana Makhneva-Barabanova

Édité par Sixtine Doineau

Relu par Robin Leterrier

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