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Le Grand Jeu, raison de l’arrivée des premiers Russes au Tadjikistan

Il y a un siècle et demi, l’Empire russe et le Royaume Uni ont vu leurs intérêts mutuellement menacés sur le territoire de l’actuel Tadjikistan, ce qui a poussé les Russes à adopter une politique impérialiste plus agressive. En dépit du caractère expansionniste de la présence russe, la protection des civils et le développement de la région ont été parmi les aspects positifs de cette entreprise coloniale.

Novastan reprend et traduit ici un article publié le 25 juillet 2020 par le média tadjik Asia-Plus.

À l’occasion de leur rencontre avec Savloukov Valéri Nicolaévitch, un homme au destin remarquable, les reporters d’Asia-Plus ont décidé de parler de son livre, Les Russes au Tadjikistan, publié en 2008 à Khodjent. Il s’agit de l’histoire des premiers arrivants russes au Tadjikistan et de leur rôle dans le développement de cet État.

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L’histoire de la première apparition de Russes au Tadjikistan peut être retracée dans les années 1860. L’adhésion des régions du nord du Tadjikistan à l’empire russe a eu lieu lors de la guerre de 1866 entre la Russie et l’Émirat de Boukhara. La capture de l’ambassade russe par l’émir de Boukhara, Mouzaffar de Kokand et Khodjent, a servi de casus belli à la politique offensive de la Russie dans la région.

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Le major général Ivan Romanovski, commandant supérieur des troupes russes, avait préalablement envoyé des lettres de bonne intention dans lesquelles il priait la population de ne pas résister. En dépit des proclamations pacifiques du général, la forteresse de Khodjent a accueilli les russes avec des coups de feu. Le siège a duré cinq jours avant la prise définitive de la citadelle. Si lors de l’offensive Oura-Tubé (actuelle Istaravchan) a été occupée, la dernière guerre de 1868 a permis d’annexer la ville de Pendjikent, qui a été incluse dans le comté de Zeravchan de l’Empire.

En 1876, la Russie a rattaché à son empire les ruines du khanat de Kokand sur le territoire duquel a été établi l’oblast de Ferghana. Les régions du nord de l’actuel Tadjikistan – ShaidonIsfara et Konibodom, ont également intégré la Russie. Dès lors, le destin des peuples vivant sur ces territoires était lié à celui du grand empire de manière indélébile.

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La population indigène de cette contrée et les nouveaux arrivants russes se trouvaient alors côte à côte, et l’influence que les Tadjiks subissaient était telle qu’elle a joué un rôle important dans leur développement.

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La politique migratoire mise en place à la fin du XIXème siècle a provoqué l’arrivée en masse d’immigrants dans le nord du Tadjikistan et notamment dans le district de Khodjent. Parmi eux, on comptait principalement des Cosaques d’Orenbourg, originaires du centre de l’Empire russe.

Le traité de 1873 entre la Russie et le Royaume Uni a défini la frontière sud de l’actuel Tadjikistan avec l’actuel Afghanistan à la limite de la vallée du Piandj, le fleuve séparant les zones d’influence stratégiques de ces deux superpuissances de l’époque. C’est cependant en 1895, suite à l’adhésion volontaire du Pamir à l’empire russe que s’est enfin achevée la démarcation des frontières dans cette région.

Le Pamir, point final de l’expansion russe  

Le Pamir n’était pas pour autant totalement inconnu aux premiers habitants russes. La présence de ces derniers pourrait être associée aux deux expéditions militaires du général Mikhaïl Ionov, qui ont protégé les populations locales constamment menacées par les Afghans qui enlevaient leur bétail et pillaient leurs villages. Ainsi, lors d’une des attaques, les troupes afghanes, ayant traversé le fleuve Piandj, se sont emparées des kichlaks (villages hivernaux) sur la rive droite, faisant fuir leurs habitants.

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Si la protection des indigènes faisait partie du projet d’élimination de l’agression étrangère dans le Pamir, cette politique permettait de se rapprocher de l’objectif principal de la mission du général Ionov, chargé de réaffirmer les intérêts tsaristes dans la région. Grâce à l’intervention des soldats russes, l’armée afghane a dû céder Chignan, ce qui a ainsi permis à la population de revenir sur ses terres. Le nom du général est resté dès lors gravé dans la mémoire collective des natifs du Pamir en tant que sauveur du peuple contre les agresseurs afghans. Dès 1895, le contrôle des frontières a été établi dans le but de protéger les habitants.

Le début de la période de la migration massive russe

Dans le Pamir, tant avant 1917 que pendant la période soviétique, on note l’absence de colonies civiles russes. Ce sont des gardes-frontières qui sont chargés du développement de cette contrée montagneuse.

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Quant au centre et au sud du Tadjikistan, leur rattachement à la Russie s’est produit plus tard. Auparavant, ces zones faisaient partie de la République soviétique populaire de Boukhara. En 1922, l’Armée rouge a pris possession de Duhanbe (aujourd’hui Douchanbé) dans la lutte contre Enver Pacha, l’ancien commandant en chef de l’armée turque pendant la Première Guerre mondiale. En 1924, la République socialiste soviétique autonome tadjike est formée et, en 1929, la septième république d’union, la RSS du Tadjikistan, apparaît sur la carte de l’URSS.

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La réinstallation massive des Russes au Tadjikistan a commencé dans les années 1920 et 1930, son pic se situant dans les années 1960. C’est pendant cette période que de nouvelles villes sont apparues – Nourek, Javan, ou encore Rogoun.

Aliya Ramidullina
Journaliste pour Asia-Plus

Traduit du russe par Gulafiya Chatayeva

Édité par Christine Wystup

Relu par Anne Marvau

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