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L’Asie centrale autoritaire au chevet du Kirghizstan en plein trouble politique

Quelques jours après le début des troubles politiques au Kirghizstan, les chefs d’État d’Asie centrale ont publié un communiqué commun sur la situation en appelant à la stabilité et au respect de la Constitution et de la légalité. C’est un alignement diplomatique inédit des pays centrasiatiques aux régimes politiques autoritaires.

Le 9 octobre, les sites des présidences centrasiatiques ont publié simultanément une déclaration conjointe des présidents du Kazakhstan, du Tadjikistan, du Turkménistan et de l’Ouzbékistan sur les évènements au Kirghizstan. Depuis le 5 octobre et l’annonce des premiers résultats des élections législatives, le pays montagneux d’Asie centrale connaît sa troisième révolution depuis 2005. 

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Les quatre chefs d’État se disent « très préoccupés » par la situation au Kirghizstan et appellent le peuple kirghiz « à montrer sa sagesse inhérente afin de préserver la paix et de rétablir la stabilité dans le pays », ainsi que de rester « dans le respect indispensable de la Constitution et de la législation nationale ». La déclaration intervient alors que le pays est plongé dans un chaos politique où l’enjeu du respect de la légalité est au cœur des débats.

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Le communiqué poursuit en soulignant l’importance du Kirghizstan pour la sécurité mais aussi le développement économique de la région, reflétant clairement la crainte qu’un Kirghizstan plongeant dans le chaos n’entraîne également les territoires nationaux de ses voisins dans des troubles économiques et sécuritaires, en plus de la crise économique et sanitaire actuelle.

Le communiqué affirme aussi le soutien des chefs d’État centrasiatiques à la « quête d’unité » du Kirghizstan, faisant probablement référence aux craintes de division entre le nord et le sud du pays. Cette distinction régionale agit, dans cette crise comme depuis l’indépendance en 1991, comme une ligne de fracture de la politique kirghize, sans pourtant engendrer un réel indépendantisme.

Le Kazakhstan très impliqué pour assurer la stabilité et la sécurité du Kirghizstan

Le Kazakhstan, principal voisin et partenaire économique du Kirghizstan, a été le premier des pays centrasiatiques à réagir officiellement par la voix du porte-parole de la présidence kazakhe, Berik Uali, en appelant également au respect de la Constitution dès le 6 octobre au matin.

Deux jours après, le 8 octobre, alors que la situation au Kirghizstan était très peu claire, notamment en ce qui concerne le contrôle des services de sécurité du pays, un communiqué du Service de sécurité nationale kazakh (KNB) a annoncé que son directeur et ancien Premier ministre, Karim Massimov, avait eu une conversation téléphonique avec son homologue kirghiz, le directeur par intérim du Comité d’État pour la sécurité nationale de la République kirghize (GKNB), Omourbek Souvanaliev, pour « discuter de la situation ».

Selon le média kirghiz Kaktus, Karim Massimov s’est dit « convaincu que les forces de l’ordre de la République kirghize seront en mesure de normaliser la situation et l’ordre public dans un court laps de temps ». Il est peu habituel pour les services de sécurité en Asie centrale de communiquer sur des situations aussi délicates politiquement, ce qui démontre la volonté des autorités kazakhes d’être présentes publiquement dans la résolution de la crise au Kirghizstan voisin.

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Le même jour, le ministère des Affaires étrangères du Kazakhstan demandait, par un communiqué, à ce que les intérêts des investisseurs kazakhs au Kirghizstan soient respectés, alors que de nombreuses mines au Kirghizstan faisaient l’objet d’occupations et de vols.

L’Ouzbékistan déploie toute son énergie diplomatique pour aligner l’Asie centrale sur la question kirghize

L’Ouzbékistan, second grand voisin du Kirghizstan et également l’un des leaders centrasiatiques aux côtés du Kazakhstan, a réagi avant tout en fermant sa frontière avec le Kirghizstan dès les premières heures du 6 octobre, avant même que le parlement ne soit pris par les manifestants, comme le rapporte le média ouzbek Uzreport. Dans la soirée du 6 octobre, le ministère des Affaires étrangères ouzbek a publié un communiqué qui ressemble en tout point à celui qui sera publié trois jours plus tard par les quatre pays centrasiatiques.

En effet, dès le 7 octobre, le président ouzbek, Chavkat Mirzioïev, s’est activé sur la scène diplomatique régionale pour discuter avec ses homologues et s’aligner sur une position commune. Le chef d’État ouzbek a téléphoné à son homologue kazakh, Kassym-Jomart Tokaïev, puis à Emomali Rahmon, président tadjik, et, le 8 octobre, à son homologue turkmène, Gourbangouly Berdimouhamedov. Chacun de ces appels a fait l’objet d’un communiqué de la présidence ouzbèke, démontrant ainsi publiquement l’activisme de Tachkent au plus haut niveau sur la question kirghize.

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De manière assez claire, la situation au Kirghizstan n’est pas directement influencée par la diplomatie de ses voisins à son encontre. Cependant, l’unité très affichée dont font preuve les chefs d’État de la région face aux troubles politiques au Kirghizstan est une chose nouvelle. En effet, lors des précédentes révolutions kirghizes en 2005 et 2010, une telle cohésion était très lointaine. Pour preuve, même le très isolationniste Turkménistan a proposé d’organiser la prochaine réunion des chefs d’État centrasiatiques dans sa capitale Achgabat l’année prochaine, alors qu’il a été le pays le plus difficile à faire venir aux précédents sommets à Astana et Tachkent.

La rédaction

Relu par Anne Marvau

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