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Suez va moderniser la gestion de l’eau de Tachkent pour 142 millions d’euros

Suez a signé un contrat de 142 millions d’euros pour moderniser les réseaux d’eau et d’eaux usées de la capitale ouzbèke, ainsi que former le personnel de la compagnie en charge de l’eau de Tachkent, Suv Shahar Taminoti (TSST). C’est l’un des plus gros contrats signés par une compagnie française en Asie centrale, et le premier qui va voir une entreprise française s’occuper de l’eau de la plus grande capitale de la région.

C’est l’un des contrats majeurs d’une entreprise française en Asie centrale ces dernières années : Suez a signé un contrat d’une valeur de 142 millions d’euros avec la mairie de Tachkent et le ministère du Logement et des services communaux ouzbek, le 7 mars dernier. La multinationale française de l’eau modernisera et cogérera pendant sept ans les réseaux d’eaux et d’assainissement de la capitale ouzbèke. Le contrat comprend également un investissement de la part de la partie ouzbèke de 43 millions d’euros, dédié au renouvellement de canalisations, portant l’ensemble du projet à 185 millions d’euros.

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L’annonce officielle a été repoussée jusqu’au 15 juin par la publication d’un communiqué de la mairie de Tachkent et de Suez, du fait de l’épidémie de coronavirus, selon une source proche du dossier contactée par Novastan. Cependant, Choukhrat Vafaïev, vice-ministre de l’Investissement et du Commerce extérieur ouzbek, avait annoncé dès le 8 mars sur sa page LinkedIn le début « d’une coopération entre Suez et la mairie de Tachkent », photo à l’appui, mais sans donner plus de détails.

Selon les informations de Novastan, Suez prévoit de commencer ses opérations avant la fin d’année, une fois le contrat entré en vigueur par le décret présidentiel attitré, passage obligé en Ouzbékistan, et les détails du financement définitivement bouclés.

Après les déboires de PSA qui a abandonné la construction de son usine de production en Ouzbékistan en janvier dernier, la signature de ce contrat par Suez est un succès bienvenu pour les entreprises françaises dans le pays. Cela permet également à l’Ouzbékistan de montrer concrètement la continuité de son ouverture en attirant une des grandes entreprises mondiales de l’eau pour s’occuper de sa capitale, dans un secteur qui, en Asie centrale, est d’ordinaire plutôt fermé aux entreprises étrangères. Suez a d’ailleurs réussi à convaincre les Ouzbeks grâce à un modèle innovant.

Un nouveau modèle de partenariat public-privé

Suez réalise en effet une première en Ouzbékistan en signant un contrat de cogestion des services de l’eau de la ville avec la compagnie publique ouzbèke existante, Suv Shahar Taminoti (TSST), pour une période relativement courte de sept années. Outre l’installation d’un nombre important d’équipements et de logiciels intelligents pour améliorer le pilotage en temps réel des réseaux et améliorer son rendement, le contrat est tourné vers la formation et l’augmentation des capacités techniques et de gestion locale, avec une rémunération de base conçue comme une rémunération de services avec une part variable sur les résultats.

Jusqu’alors, les contrats typiques dans le secteur de l’eau étaient plutôt des contrats de 15 à 20 ans où les sociétés internationales de gestion de l’eau se rémunéraient sur les revenus générés par la vente d’eau et d’autres services.

Selon une source proche du dossier contactée par Novastan, de par le contenu de ses prestations mais surtout par ses aspects contractuels et de gouvernance, le modèle mis au point sur mesure pour Tachkent est plutôt inédit pour le groupe français et même largement pionnier dans le monde de l’eau. Suez espère ainsi créer une nouvelle référence pouvant être répliquée dans des contextes similaires. Selon le communiqué de l’entreprise française, ce projet « sera un pilote pour la modernisation du secteur de l’eau en Ouzbékistan et une vitrine pour toute la région d’Asie centrale ».

Dans sa mise en œuvre concrète, le projet de Suez prévoit l’intégration d’une équipe de plus de 50 personnes, comprenant des expatriés et des chargés de missions recrutés localement, pour renforcer l’organisation de TSST. Ils seront mis en position de « co-manager » de chaque poste clé. Cela permettra de « cogérer au quotidien la société, superviser la mise en œuvre des plans d’actions, former les cadres et les agents de la société, et enfin permettre le transfert de savoir-faire et de technologie », selon des documentations du projet auxquelles Novastan a pu avoir accès. Selon une source contactée par Novastan, ce système permettra non seulement de mettre en œuvre la rénovation et la modernisation plus que nécessaire des réseaux d’eau et d’eaux usées de Tachkent, mais également de rendre TSST totalement autonome quant à la gestion des nouveaux outils à la fin des sept années de contrat.

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L’autre avantage est que ce modèle ne pousse pas Suez à avoir un intérêt à ce que les prix de l’eau augmentent, question sensible socialement et politiquement en Ouzbékistan, dans un contexte de réforme dans le pays sans précédent et de bouleversement des équilibres sociaux. De fait, la rémunération de Suez ne dépend pas des revenus de TSST, mais est conçue comme une prestation de service sur la base d’une rémunération fixe, avec une part variable liée à des indicateurs de performance conjointement définis et suivis.

Près de deux ans de travail pour aboutir à ce projet

Si Suez a pu proposer et signer un tel projet, c’est aussi parce que la partie ouzbèke a négocié rigoureusement pour obtenir le partenariat le plus équilibré possible, s’entourant pendant tout le processus de consultants internationaux de premier plan. Les Ouzbeks n’ont d’ailleurs pas manqué non plus de faire jouer la concurrence franco-française sur ce contrat, puisque Véolia a également été pendant un moment en concurrence avec Suez sur ce marché.

Les négociations et le travail autour de ce contrat ont en effet duré près de deux ans, avec des premiers contacts entre Suez et l’Ouzbékistan pour préparer la visite de Chavkat Mirzioïev en France en octobre 2018, aboutissant à la signature d’un mémorandum d’entente invitant Suez à soumettre une offre pour la gestion des eaux de Tachkent.

À la suite de la validation de l’offre technique et financière par différents ministères et agences gouvernementales, la négociation du projet a connu un véritable décollage en avril 2019 avec la publication d’une résolution de la primature autorisant la municipalité de Tachkent à négocier en gré à gré avec Suez et signer in fine le contrat.

S’il reste à présent quelques dernières modalités de rigueur à finaliser avant que Suez ne commence à travailler sur le terrain, ce nouveau contrat de premier plan devrait faire date et ancrer solidement la France et ses entreprises dans le paysage ouzbek pour les années à venir.

La rédaction

Relu par Aline Cordier Simonneau

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